Témoignage, 1946. Paul Bouchet. La charte de Grenoble: texte et contexte

Bureau de l’AGE de Lyon.

Ce texte est issu des interventions prononcées lors du colloque du GERME du 20 mai 1995 et du colloque RESSY – UNEF – UNEF ID du 13 avril 1996. Revu par l’orateur pour la publication de Naissance d’un syndicalisme étudiant, la charte de Grenoble 1946, Syllepse, 2006.. 

http://www.germe-inform.fr/?p=1830

Nos témoignages, à Pierre Rostini et moi-même, se complètent mais ne concordent pas toujours. Cela s’explique. Nous ne sommes pas intervenus au même moment, ni au même niveau. Pierre, c’est lui qui a fait la transition. Et en 1945 il est là.

Je suis arrivé à l’AG de Lyon après la Libération. Ce que je dis sur son histoire, c’est ce que j’ai appris après coup. Précisément l’AG de Lyon est donc donnée comme une des AG qui était donnée comme « collabo ». On avait mis un président provisoire pour prendre la place d’un pré­sident, arrêté, qu’on peut peut-être qualifier de « collabo », pas au sens où il est allé jusqu’au bout, mais en tout cas il était très « vichyssois ». Mais il faut savoir que dans la même AG, la corpo de let­tres était animée par Gilbert Dru, as­sassiné par l’occupant Place Bellecour. Continuer la lecture de « Témoignage, 1946. Paul Bouchet. La charte de Grenoble: texte et contexte »

Visite des caves painctes à Chinon

Lors de la 20ème édition de la Rabelaisienne, congrès organisé par l’association des faluchards de Tours, un monôme a été organisé à Chinon le samedi après-midi (21 février 2015).

Tours faluche visite des caves Chinon

Après ce monôme, une visite des Caves Painctes, lieu cher à Rabelais, a été organisée. Les faluchards ont été accueillis par la Confrérie des Bons Entonneurs Rabelaisiens, qui ont expliqué l’histoire de leur mouvement, chanté, et fait déguster moult godets de vin de Chinon.

 

Ci-dessous, une copie du texte de la Nouvelle République, paru le 22 février 2015 en ligne:

Chinon tours faluche

Crédit photo: La Nouvelle République

Les étudiants réunis aux Caves painctes

Coiffes brillantes d’insignes sur la tête, les étudiants de la confrérie La Faluche se sont accordé une après-midi chinonaise, hier.

Après une halte au pied de la statue de Rabelais, « pour le saluer et lui rendre hommage », 150 étudiants de La Faluche ont arpenté les rues de Chinon bruyamment, à renfort de chants remarqués.

Direction les Caves painctes, pour une visite assurée par Jean Méré et les Entonneurs Rabelaisiens. Mémoire de ce lieu emblématique de l’appellation Chinon, le fidèle entonneur a distillé anecdotes et extraits de textes pour permettre à son auditoire de mieux saisir l’importance du site.

Étudiants depuis quelques mois ou actifs qui gardent un lien avec le milieu estudiantin, les représentants de La Faluche revendiquent l’héritage de François Rabelais. « Nous partageons ses valeurs humanistes, le plaisir de bien boire et de bien manger », présente Antoine Bordier, Tourangeau de 25 ans.

S’ils ont choisi les Caves painctes, c’est que la section tourangelle de l’association des étudiants de France fête cette année ses 20 ans. Habitués à la Maison de la Devinière pour ce rassemblement annuel, « nous avons voulu marquer le coup en faisant découvrir ces caves extraordinaires », conclut Antoine Bordier.

 

le mot: faluche

Du nom du béret de velours noir porté par les étudiants reçus à Chinon, hier. Ornée de rubans colorés et d’insignes dorées, la faluche est la coiffe traditionnelle des étudiants de France. Son nom viendrait d’un pain du Nord-Pas de Calais, dont il imite la forme.

 

Nouvelle République 2015 – Rentrée solennelle de l’Université et faluche

A Poitiers, la Nouvelle République publie tous les jeudis des articles concernant l’Université, les étudiants, les professeurs … dans une « page Campus ».

Celle du Jeudi 8 octobre 2015 était consacrée à la rentrée solennelle de l’Université (avec un focus sur les couleurs des toges doctorales et le rôle de « massier ») ainsi qu’à une présentation de la faluche et des faluchards.

(articles parus en page 13, dossier préparé par Didier Monteil).

 

faluche rentrée solennelle poitierspoitiers rentrée solennelle faluche étudiant

2ème Congrès de la Fédération internationale des Etudiants – Paris – août 1900

La Fédération Internationale des Etudiants fût une organisation regroupant les étudiants au niveau mondial, hors de toute considération politique, religieuse, commerciale ou même humanitaire. Elle était également appelée « Corda Fratres » (de plus amples informations sont disponibles ici)

 

L’article suivant est paru le 25 août 1900 dans le périodique « L’illustration ».

congrès international étudiants paris 1900

 

On notera la coiffe du Président de ce second Congrès International (une faluche), ainsi que les coiffes semblables des représentants danois, suédois et finlandais.

Le Bitard – journal de la Grand Goule

Outre un animal légendaire, représenté comme un dragon ailé et associé à l’histoire de Sainte-Radegonde à Poitiers, la Grand Goule était également un périodique pictave, qui a eu pour directeur de publication R. Jozereau.  

Dans les années 1930, celui-ci nous livre, certaines fois sous forme romancée, des anecdotes concernant la vie estudiantine pictave, et plus particulièrement celles se rapprochant du Bitard.

 

Grand Goule – mars – mai 1936 – numéro 40

Ordre du bitard

Ce texte décrit sommairement la Semaine Estudiantine de 1936. On notera que l’Association des Etudiants (ou l’A. plus loin dans le texte) dont il est fait mention est une référence à l’AGEP, Association Générale des Etudiants de Poitiers. Le « béret » dont il est question dans le texte étant la faluche, comme on peut le comprendre avec le « béret à bande bleue » des étudiants des Beaux-Arts.

 

 

Grand Goule – mars 1930 – numéro 8

 

ordre du bitard faluche

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Traduction du premier texte (merci à Schnappy, étudiante en droit à Poitiers, pour la traduction):

Depuis que cette édition mensuelle est parue, nous avons appris beaucoup de choses sur Poitiers et ses environs. Nous avons découvert des édifices et des monuments des siècles passés, à quoi ressemble la ville, et nous nous sommes laissés pénétrer par les histoires du Poitou depuis maintenant longtemps. 

Je m’étonne cependant que personnes ne nous ait rien raconté à propos d’une curiosité locale, qui pourrait cependant inciter chercheurs et étudiants étrangers à faire un séjour dans notre ville. Cette curieuse créature (c’est en effet un animal) a de quoi susciter l’intérêt du plus grand nombre au sein de la communauté savante, puisqu’elle a été observée jusqu’à maintenant uniquement dans les environs de Poitiers. Couramment désignée par un nom latin hautement scientifique, Bitardus paradoxus, la découverte de son genre n’est pas encore aboutie. 

Le Bitard vit dans les bois entre Saint-Benoît et Naintré, deux villages séparés l’un de l’autre par le Clain. C’est ici que l’animal se ressource, étendu sur un talus ensoleillé afin de profiter des rayons réchauffant du soleil de printemps. 

Quand on trouve la trace de cet animal rare, éclate chez les étudiants une grande excitation : c’est qu’ils considèrent la chasse de cet animal comme une faible contrepartie pour de nombreux désagréments. Les autorités ont un autre avis, et soutiennent que cette drôlerie n’est autre qu’un délit de chasse. C’est pourquoi de nombreux gardes forestiers sont postés afin d’empêcher le tapage. 

Le chapeau estudiantin sur la tête, lequel est décoré au bord par un ruban jaune, rouge, rose, vert ou violet pour représenter la faculté, un bâton en main et un sac dans le dos, voilà à quoi ressemblent les étudiants aux alentours de Saint-Benoît. Chacun croit que son devoir est d’exciter les paisibles habitants de Poitiers à grands renforts de cris et de chants. 

Arrivés dans la forêt, ils se dispersent, chacun se cache et attend que l’animal, attiré par un morceau de viande, entre dans le sac ouvert (faisant office de piège). Il est ensuite très simple de tuer la bête avec un bon coup de bâton. Il faut simplement prendre garde à ne pas tomber entre les mains des gardes forestiers. Mais les zélés chasseurs, Musensöhne en devenir (Ndt: Musensöhne = les fils de la muse/égérie), ne se laissent pas effrayer. Sans bruit, ils se faufilent dans la forêt, et bientôt, on entend plus que la rumeur des arbres. 

Soudain, un bruit puissant : on entend clairement et distinctement deux se disputant, l’une appartenant en effet à un garde forestier, l’autre étant celle d’un étudiant. Un sermon assez salé et un allègement de porte-monnaie marquent la fin  de l’altercation, celui qui a été pris sur le fait n’a cependant pas à s’inquiéter de cette raillerie. A part cela, tout reste calme. 

Doucement et prudemment, tel un indien, un porteur de chapeau sort en rampant de sa cachette, portant dans son sac de casse le Bitard prisonnier. Là ! Un toussotement ! Immédiatement, le chasseur se cache derrière un buisson protecteur et peut sans danger dissimuler à la vue du garde forestier la bête inconsciente. Ce dernier dit tout fort que « Si ce mec essaie seulement de s’échapper … », ce qui fait se dire au Musensohn qu’il est bien caché et va être sauvé. 

Son vœu est exaucé, l’œil de la justice s’éloigne et l’heureux chasseur rejoint ses camarades déjà rassemblés qui le salut et l’accueillent. Comme il a été demandé, toute la petite bande frappe en rythme dans ses mains afin de fêter le chasseur victorieux. 

Vers le soir, les héros reviennent en « monôme » au parc de Blossac, ce qui signifient qu’ils sont l’un derrière l’autre, formant un très grand rang, ils se recueillent alors de manière festive en chantant « Chahut … Chahut … Chahutez … ».Il faut faire trois fois le tour de la fontaine du parc en marchant avant de rejoindre le restaurant sous les yeux étonnés des poitevins, pour la Fête du jour. 

Le Bitard mort est exposé publiquement dans le parc. Les yeux fulgurants de la tête de martre brillent encore, les dents acérées et pointues semblent encore menaçantes, et les pattes de blaireau pendent vers le bas, sans vie. Au soleil se reflètent, telles des pellicules luisantes, des écailles de poisson, qui coulent de la queue déployée d’un dindon. 

Malgré la beauté de la victime, les étudiants s’occupent bien moins de cela que de fêter avec joie leur victoire. Encore tard dans la nuit, les étudiants errent dans les rues, au grand effroi des habitants, sortis de leur calme sommeil à grands coups de sonnette, et de visages effrayants  coiffés d’un chapeau noir et affichés aux fenêtres.

Traduction du second texte (traduction par Bilbo, sciences Poitiers)

Avant la guerre [Ndt: la première Guerre Mondiale], la Chasse au Bitard était une chose traditionnelle chez les étudiants de Poitiers. C’était une farce jouée par les anciens à un nouvel arrivant.

La Chasse consistait à capturer dans les bois de Saint-Benoît un animal étrange et carnassier: le Bitard. De lui, on faisait une vague description au jovial étudiant. La bête ressemblait tout à la fois à la fouine, au saumon, au dindon et au renard. Par conséquent, cette Chasse était fort divertissante pour les chasseurs, qui pouvaient se moquer de l’étudiant choisi.

L’heure venue, toujours de nuit, les étudiants joyeux et bruyants se mettaient en chemin pour les bois de Saint-Benoît, armés d’une lumière pour attirer le Bitard et d’un sac pour l’attraper (le jeune qui avait été choisi portait alors l’un et l’autre). A l’orée du bois, on ne parlait plus qu’à voix basse: et après une marche difficile dans les buissons obscurs, deux chasseurs se dirigeaient silencieusement jusqu’à l’antre du Bitard, qu’ils se proposaient d’éveiller.

Le nouvel arrivant s’agenouille alors, allume la bougie pour attirer le Bitard. Mais, tout à coup, la flamme s’éteint, le sac lui atterrit sur la tête, pendant que les autres chasseurs fuient. A force de s’agiter, il recouvre la liberté. Humilié, le jeune bitardier cherche et recherche son chemin, qui est fort difficile à trouver… D’un coup, il s’affole. Des branches le frôlent sur le côté. Serait-ce le Bitard ? Non, rien de plus que le garde champêtre. « Vous chassez durant la nuit, vous avez un sac et une bougie, ce qui est interdit! Je vais de suite vous inculper. Donnez-moi votre nom ». L’étudiant veut tromper le garde, en lui donnant un faux nom, mais celui-ci lui répond: « vous me mentez, je vous connais et sais que vous étudiez le droit en la noble cité de Poitiers. Vous paierez l’amende due ».

Alors, le pauvre étudiant pense avec une amertume certaine aux difficultés qu’il aura pour retrouver son chemin, aux moqueries de ses camarades, à l’argent perdu en jouant aux cartes, et enfin à cette amende qu’il va devoir payer… Après beaucoup de marche aux travers des bois et des moments de colère, l’étudiant en disgrâce arrive à Poitiers et ouvre la porte de  sa chambre, où l’accueillent les rires de sses compagnons qui l’ont précédé, ainsi que le garde champêtre qui connaît si bien le nom des étudiants de Poitiers. Enfin, ils burent, fumèrent et chantèrent jusqu’au lever du soleil.

De nos jours, la Chasse au Bitard n’est plus une farce, mais une distraction, qui attire tous les ans de nombreuses personnes à Saint-Benoît ! 

 

Grand Goule – Décembre 1935 – février 1936.

La Chasse au Bitard par R. Jozereau

 

la chasse aux bitard faluche

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On remarquera à la fin de cet article sur la Chasse au Bitard, une brève faisant mention de Scapin. Cette revue créée en 1933 (source sur la Bibliothèque Nationale de France) était éditée par les étudiants de Poitiers et faisait mention d’événements folkloriques, associatifs … On trouvera un exemple d’article relatant la Semaine Estudiantine >> ici <<.

 

Grand Goule – Noël 1937 – numéro 45

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Partition ‘ »L’Etudiant Passe »

 « L’étudiant passe »

« Lo studente passa » fût écrit en 1929 par Enrico Maria Chiappo, sur une musique de Julio Cesar Ibanez. Elle fût notamment traduite en français sous le nom de « L’Etudiant Passe », et en allemand comme « Der Student Geht Vorbei« . Une version de février 1932, interprétée par Darcelys, est disponible en ligne.

La chanson relate une histoire d’amour entre un jeune homme venu de province à Turin pour ses études de Médecine, et une demoiselle ouvrière. Leur amourette finira brutalement lorsque l’étudiant obtiendra son diplôme: devenant bourgeois, il serait indigne de sa condition que d’entretenir une relation de ce type ou de se marier avec une simple ouvrière.

L’histoire est basée sur une comédie datant de 1911 et intitulée « Addio Giovinezza! » (« Adieu Jeunesse! »). Cette comédie en 3 actes, écrite par Sandro Camasio et Nino Oxilia, eut beaucoup de succès, et a été mise en scène, pendant les années suivantes,  dans quatre films (trois muets).  Le film de 1940, le plus réussi et le plus chanceux, est disponible en libre-accès en ligne. En 1915, le musicien Giuseppe Pietri également a tiré de cette comédie une opérette.

En 1935, l’intrigue de « Addio Giovinezza !  » a donné lieu à une nouvelle chanson intitulée « Piemontesina« , dont les paroles [1] suivent la même trame que « Lo Studente Passa » (à la différence que le nom de la jeune fille de la chanson est cette fois Rosina).

 

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Le thème de « l’amour impossible » est récurrent dans les œuvres de fiction. Ainsi, une comédie allemande intitulée « Le prince étudiant » retrace l’histoire d’un prince venant faire ses études dans la ville de Heidelberg, et qui tombe amoureux d’une serveuse de brasserie. L’issue de leur histoire sera la même, une fois son diplôme obtenu « l’étudiant passe » et rompt avec cette fille, simple ouvrière qu’il ne peut décemment par marier.

Les illustrations des partitions représentent, en version française comme italienne, une étudiante, reconnaissable à sa coiffe (feluca pour l’Italie, faluche pour la France). Il est par contre étonnant que ce soit une étudiante qui soit représentée, car les paroles de la chanson ne parlent que d’un étudiant, et la femme n’est qu’ouvrière !

 

Différences entre les versions

Dans la version d’origine de « Lo Studente Passa« , l’histoire se déroule donc à Turin en Italie, comme dans la comédie « Addio Giovinezza!« . Mario, l’étudiant, y vient pour faire sa médecine.

La version française a bien entendu été adaptée, en se basant à Paris, mais en gardant le même corps d’études.

Une différence notable se situe sur la demoiselle: hormis son prénom passant de « Dorina » en version italienne à « Janine » en version française, sa profession est modifiée. Elle se trouve donc être dactylo à Paris dans la version allemande, et couturière à Turin.

Ce métier n’est pas anodin: à l’époque, Turin était « la ville de la mode », et de nombreux ateliers de couture étaient logés au centre-ville, proches des Universités … On se doute bien que les étudiants passaient ainsi un temps certains à courtiser les jeunes couturières !

Une autre différence réside dans la « situation » des deux amoureux : dans la version française, ils vivent en concubinage, partageant une chambre comme le ferait un couple marié ; alors que la version italienne voit Mario et Dorina vivre séparément (Mario dans une chambre de location et Dorina chez sa famille). Il faut croire que le concubinage était à l’époque mieux toléré en France qu’en Italie !

 

Les auteurs

L’air a été composé par J.C. Ibanez, un musicien argentin. Les paroles ont quant à elles été écrites par E.M. Chiappo (Turin, 1892-1961 [4]), un éditeur musical et fabricant de pianos particulièrement connu à Turin. Il était de la famille de Felice Chiappo, qui fonda en 1825 la Maison du même nom.

Concernant les auteurs de « Addio Giovinezza »: Nino Oxilia était un poète,  auteur de pièces de théâtre et metteur en scène de cinéma muet; Sandro Camasio était journaliste, également auteur de pièces de théâtre et metteur en scène. L’un comme l’autre sont morts jeunes, Oxilia pendant la 1ère Guerre Mondiale, et Camasio des suites d’une méningite. Ils écrivirent Addio Giovinezza durant leurs années d’études à l’Université de Turin. 

A gauche: J.C. Ibanez. A droite: réclame de 1928 de la maison Chiappo

 

Les Catherinettes

Les « filles de la mode » à Turin étaient traditionnellement appelées « Catherinettes ». Chaque année, un bal était organisé, et les étudiants y étaient conviés. C’est souvent lors de ce bal que des histoires sentimentales arrivaient entre couturières et étudiants …

 

Affiche du dernier bal en date des Catherinettes en 1970 (à gauche), groupe de Catherinettes en 1904 (à droite)

 

Ce nom de « Catherinette » leur était donné en rapport avec Sainte-Catherine, dont la fête (le 25 novembre) célébrait les couturières.

On retrouve la même idée en France: Sainte Catherine est la patronne des filles à marier, et à Paris elle est également devenue la « protectrice » des modistes avant les années 20 (et même dès le début des années 1900, comme le suggère [5]).

A l’origine, un curé bénissait une statue de la Sainte et ce sont les filles à marier (entre 25 et 35 ans en général) qui étaient chargées de changer la coiffe de la statue. On parlait alors de « coiffer Sainte Catherine », cérémonie qui avait lieu le 25 novembre.

          

A gauche: un curé coiffe Sainte-Catherine. A droite: groupe de Catherinettes

Avec le temps, plutôt que de coiffer la Sainte, les jeunes filles se sont mises à se coiffer elles-mêmes, avec des chapeaux en général extravagants, qui portent principalement des tons vert (couleur de l’espoir, de la foi), et jaune (couleur de la sagesse, de la fête, de la joie).

Cette tradition s’est par la suite surtout conservée dans le milieu de la mode et de la couture, car les ouvrières fleurissaient régulièrement une statue du quartier du Sentier, située à l’angle de la rue Poissonnière et de la rue Cléry (ce quartier est traditionnellement un lieu de confection de textiles), la même statue qui était coiffée le 25 novembre.

 

On retrouve ces liens entre Catherinettes et le domaine de la mode dans la chanson « les petites Catherinettes » [5], où les Maison Beer, Chérnit et Paquin (page 2) font référence à des maisons de couture [6,7].

Un grand merci à Paolo Benevelli pour ses apports documentaires, ses informations et ses pistes de recherche !

Sources

[1] Italy Word Club

[2] Le Prince Etudiant

[3] Bibliothèque Nationale de France

[4] Ricordando il trio Lescano

[5] Les petites Catherinettes, C. Mauselin et L. Mauger-Bourdelle, 1910

[6] Fashion: The Collection of the Kyoto Costume Institute : a History from the 18th to the 20th Century, Volume 1, Akiko Fukai, Taschen, 2002

[7] Encyclopaedia Universalis

 

Partition intitulée « L’Etudiant Passe », par J.C. Ibanez.

 

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