Manifeste du carabin

Mais le problème, c’est que ce mot génère diverses connotations, plus ou moins reluisantes, et si on associe carabin à faluche, c’est encore pire.

La faluche est la coiffe traditionnelle des étudiants français. Adoptée lors d’un congrès international estudiantin à Bologne en 1888, elle coiffe depuis les étudiants français de n’importe quel cursus, qui ont choisi de devenir faluchard, suite à un baptême. La faluche est apolitique, assyndicale, et aconfessionale.

Alors il me semble important, et de surcroît approprié, à l’occasion de votre intégration, d’expliquer ce qu’est la culture carabine, ce qu’est la culture falucharde.

Tiens d’ailleurs, parlons-en de cette inté. Avant, c’était un bizutage, et le bizutage médecine avait une sacrée réputation ! Mais que l’on prenne ou non en compte les on-dit de l’époque, les divers témoignages, exagérés ou non, sous-estimés ou non, quoi qu’il en soit, le bizutage désormais n’est plus. Certains actes réalisés au cours de ce bizutage étaient déshonorants, humiliants, et ces pratiques ont été bannies des études par la loi, mais aussi et surtout par les étudiants eux-mêmes. Alors une fois de plus, on vous l’a dit et répété, mais c’est toujours bien de le signaler, vous n’avez pas du tout à avoir peur de votre inté, c’est vraiment quelque chose qui vous servira et où surtout vous vous marrerez énormément.

Maintenant parlons de la réputation des carabins. Ah, les soirées médecine, une vraie légende ! Demandez à n’importe quel étudiant ne venant pas de médecine, demandez-lui ce qu’il pense des soirées médecine, en comparaison des autres sorties estudiantines ! Bon on se passe un peu de la pommade là, mais tous ceux que je connais venant d’ailleurs ont toujours trouvé nos soirées comme étant les meilleures… Il n’y a que lors d’une sortie médecine où j’ai pu voir un prof, très sérieux par ailleurs, nous montrer ses fesses ! Ce sont donc des soirées où les gens se lâchent beaucoup plus, étudiants ou profs, où il y a un petit grain de folie qui abolit une grande partie de nos réserves… et ça c’est bien propre à nos études.

Mais là ça devient dérangeant. Certains n’apprécient que très moyennement que tombe le rideau de la pudeur, que les comportements deviennent très borderline, bref, cette désinhibition qui affecte nombre de carabins. Mais peut-être y’a-t-il une raison à cela. Peu de gens cherchent à connaître ces raisons, mais en médecine, on sait implicitement pourquoi. N’oublions pas que le médecin a accès au corps humain, vivant ou mort, jusqu’à son intimité la plus profonde (sans jeu de mots vulgaire, quoique). Le médecin a accès aux parties intimes de l’extérieur du corps, a accès à l’intérieur du corps (c’est peut-être moins intime, mais une endoscopie peut-être beaucoup plus dérangeante qu’un palpé des bourses), que ce soit par des examens invasifs ou non, ou par l’imagerie. Et s’il n’a pas un accès direct aux pensées de son patient, il en sait tout de même énormément sur lui, sur sa vie, sur son passé, sur son mode de vie, rien que grâce au colloque de la consultation. Et puis, demandez à quelqu’un dans la rue de se foutre à poil : si cette personne ne vous agresse pas physiquement, elle vous aura au moins insulté ; qu’un médecin pose la même question dans son cabinet (en y mettant plus de formes tout de même), la personne obéira. Docilement. En clair, le médecin possède un énorme pouvoir sur son patient, et ça, je peux vous dire que ça génère un certain stress. Qu’est-ce que ça à voir avec la désinhibition des carabins me direz-vous ? C’est très simple. Les tabous concernant le corps, que notre société judéo-chrétienne insère dans notre esprit dès notre plus jeune âge, doivent tous être mis de côté lors de l’examen médical. On a accès à des gens nus, dans le meilleur des cas, en vie, mais parfois décédés. Encore un tabou, celui de la mort cette fois, contre lequel il faut lutter également. Et pour ce faire, il faut pouvoir accepter la réalité que ces tabous veulent nous dissimuler, la réalité de la nudité, la réalité de la maladie, celle de la mort aussi. Et afin de pouvoir accepter la réalité de ces choses sur d’autres personnes, il me semble important de l’accepter sur nous-mêmes. C’est maintenant que la désinhibition des carabins opère, c’est elle qui permet au carabin de s’accepter, d’accepter son corps nu, de pouvoir ensuite accepter la nudité des autres.

C’est uniquement une question socio-cultutrelle : on nous a inculqué dans notre jeunesse des principes, mais des principes que l’on doit mettre de côté au cours de l’exercice médical, alors que le reste de la société les a conservés. D’où cette cassure entre les 2, qui génèrent une mauvaise vision de la société vis-à-vis des carabins. De même, si un médecin n’a plus besoin de ça pour accepter la nudité, il a toujours une distance à conserver vis-à-vis de la mort et de la maladie. Beaucoup de médecins sont considérés froids, insensibles, avec parfois un humour noir corrosif à faire grincer les dents. C’est là aussi une forme de protection. Alors qu’on a à affronter la maladie, la souffrance et la mort, il faut au risque de choquer, banaliser ces choses. On ne peut raisonnablement plus leur prêter toute l’importance méritée que le « profane » leur accorde, auquel cas on pèterait tous littéralement un câble, ce serait la déprime permanente, et tous les médecins iraient en consultation psy (problème, les psychiatres sont des toubibs aussi…).

Maintenant, parlons du problème des faluchards. Déjà, il est important de signaler qu’il n’y a pas qu’en médecine qu’on trouve des faluches, c’est bien la coiffe de tous les étudiants français. On en trouve en pharma, en sciences, en lettres… Pourquoi la faluche est-elle mal vue ? Une espèce d’ordre, de caste, avec son signe distinctif, son code, ses insignes… Alors que la faluche se veut « œcuménique », je dirais plutôt confraternelle et universelle, on la désigne comme étant sectaire, réservée à une poignée d’individus ubuesques, qui ont pour seules motivations le sexe et l’alcool. Mais là déjà, faut arrêter un peu l’hypocrisie : il y a énormément de non-faluchards qui ont pour seules motivations le sexe et l’alcool, et énormément de faluchards qui ne sont pas motivés par l’un ou l’autre ! Mais le mérite des porteurs de cette coiffe est peut-être justement d’assumer leurs pulsions, contrairement à d’autres qui ne sont en fait que des personnalités refoulées… Mais malheureusement, à cause de cette mauvaise réputation, parce que la faluche est mal connue, elle ne peut plus jouer son rôle de réunification de tous les étudiants, puisqu’elle est boudée dans nombre de cursus, où le peu de personnes qui la portent, plutôt que d’en faire la promotion, la desservent en croyant faire partie d’une espèce d’élite… Il me semble donc important, avant de mal la juger, de bien connaître ce qu’est réellement la faluche, ce qu’elle signifie, ce qu’elle implique de la part de ceux qui la portent… Ce n’est point ici mon propos, s’il y en a que ça intéresse vraiment (et je le souhaite), les spécialistes ès faluche s’occuperont de vous en temps et en heure, et si vous êtes impatients, prenez contact avec des faluchards (vous en verrez le vendredi avec leur coiffe) ou avec la corpo qui vous orientera.

Un autre problème, qui concerne les carabins tout comme les faluchards (on associe souvent les deux, il faut avouer qu’une bonne partie des faluchés est en médecine), c’est celui des chansons paillardes. Je tiens à différencier les paillardes chantées par des beaufs et celles chantées par les étudiants en médecine ; bien sûr ce sont les mêmes, mais l’esprit, le but dans lequel on les chante est différent. Bon, on se marre en entendant les paroles, maintenant on a tous bien conscience que c’est très limité et que ça ne vole pas souvent très haut (il y a des exceptions, certaines chansons sont au contraire pleines de subtilités et font preuve de l’intelligence de leur auteur). Mais ça, nous on le sait, à la différence de la plupart des beaufs ! C’est là où se trouve une différence essentielle. Ensuite, qu’est-ce qui a amené la présence des paillardes dans nos bien-aimées études ? Déjà, il faut signaler qu’elles viennent « d’en haut » et pas « d’en bas », je m’explique : elles viennent des salles de garde, des internes, elles sont ensuite descendues progressivement vers les externes puis les années inférieures. De plus, elles sont chargées d’histoire, elles nous viennent de l’époque révolue où l’étudiant était essentiellement un citoyen du Quartier Latin, où les étudiants représentaient encore une population bien particulière. A quoi nous servent les paillardes ? peut-être tout simplement à oublier que l’on fait un métier incroyablement difficile. En étant médecin, on possède un savoir et une technique très pointus, que l’on met en œuvre quotidiennement pour soigner des gens, et ce en faisant le moins d’erreurs possibles, en puisant dans la quantité incommensurable de connaissances que l’on possède, la bonne solution. Il ne faut pas se voiler la face et jouer les faux modestes : on fait tout de même partie d’une certaine élite, sans en faire de la vantardise idiote. Et à cause de cela, l’erreur ne nous est pas pardonnée ; on est comme tout le monde, mais on nous reprochera la plus petite erreur que l’on fera. Cette pression constante sur nos épaules, on a à la subir à chaque minute de notre exercice professionnel. En allant plus loin et en évoluant dans les études, on se rend compte qu’il n’est pas facile de faire un TR ou un TV, pas facile de disséquer un corps qui a appartenu à un être vivant, doué d’une conscience comme tout un chacun, pas facile non plus d’annoncer à quelqu’un qu’il lui reste 2 mois à vivre et qu’on ne peut rien faire. Je pense que les paillardes servent aussi à nous faire oublier tout ça. Enfin, les paillardes sont chantées entre amis étudiants. La médecine est une grande famille, tous ceux de la promo, ceux qu’on connaît des années supérieures, tout ce petit monde sera plus tard un groupe de médecins qui pratiqueront en même temps. Dans le milieu hospitalier, ils se connaissent tous, et ce sera d’autant plus vrai pour nous dans la mesure où les départs à la retraite seront importants et que les numerus clausus augmentent : on connaîtra plus de monde au cours de notre pratique que n’en ont connu nos prédécesseurs. Alors quand on voit des potes aussi souvent, n’a-t-on pas envie de faire la fête ? Et quel meilleur moyen pour exprimer cette envie que la chanson ?

Et enfin, pour finir avec les carabins faluchards, on remarquera que ce sont eux qui sont le plus engagés dans la communauté de la vie étudiante. Ce sont eux qui se battent pour les réformes, qui font grêve, qui agissent au niveau des différents BDE et corpos, qui prennent en charge la formation et l’aide aux plus jeunes, qui organisent les soirées, le crit, le férium, et, bien sûr, les intés…

Alors pour toutes ces raisons, oui je suis fier de porter une faluche, oui je suis fier de chanter des paillardes, oui je suis fier d’être un carabin !!!

Article rédigé par pookie

Trouvé sur le net ici : http://www.remede.org/spip/article175.html

Toucher n’est pas jouer

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Le microcosme faluchard est traversé ces jours ci par une bonne grosse polémique comme on les aime. Les faits sont assez graves et les avis sont à la fois proches, mais divergents. Et au moins un avis est, pour moi, plus préoccupant que tout.

Je résume rapidement l’affaire au cœur du débat.

Un faluchard est actuellement sujet à au moins une plainte pour des faits de viol. Je dis au moins, car il semble y avoir plusieurs plaintes. Une d’entre elle est certaine , confirmée par des sources très sures.

Lors d’un récent week-end, au vu de la gravité des faits supposés, des anciens, en accord avec les GM présents, après concertation avec l’officant d’une cérémonie, après confirmation de la réalité du dépot de plainte, lui ont enlevé sa faluche de manière provisoire dans l’attente de la décision judiciaire (donc d’ici 3-4 ans, à la vitesse de la justice sans moyen de notre pays) et lui ont demandé de ne plus paraître en événements faluchard, aussi bien apéro que week-end ou tout au moins de se faire discret.

Le faluchard incriminé a accepté les conditions, contrepartie normale de la discrétion quant aux faits, discrétion dont la nécessité ne faisait aucun doute dans l’esprit des personnes présentes.

Ce faluchard n’a pas respecté sa partie du contrat : Il sort en apéro, se pose en parrain possible et fait comme si de rien n’était. La grande question fut donc la réponse à apporter, afin de respecter aussi bien la présomption d’innocence qu’un principe de précaution visant à éviter qu’un éventuel individu dangereux fréquentes nos évenements.

Je ne parlerai absolument pas de la culpabilité. Nul ne connaît les tenants et aboutissants de l’affaire, même les personnes qui ont entendu les victimes déclarées ou l’auteur présumé, et nul ne peut donc présumer de l’innocence ou pas de ce jeune homme. Je me contenterai donc de donner uniquement mon avis général vis à vis de ce genre de faits qui, il ne faut pas rêver, se sont produits dans le passé et se reproduiront dans l’avenir, malheureusement.

Nous sommes ici devant un sujet complexe, où le rôle des émotions est très fort, ce qui obscurci toujours le jugement. Garder la tête froide est très important. Réagir avec ses émotions, c’est ouvrir la porte à des abus, des dérives, des jugements à l’emporte-pièce, voir à de réels lynchages virtuels ou réels. Il est donc indispensable de rester aussi neutre que possible, aussi détaché des émotions, ceci afin non seulement d’aider les victimes (même si celles-ci ne s’en rendent pas toujours compte, préférant qu’on les soutienne sans condition), mais aussi la personne incriminée, qui est peut être totalement innocente. 

Je vous citerai dans la suite de mon propos certains cas survenus en faluche, sans jamais citer de nom, bien sur.

Ne rêvons pas : le viol et l’agression sexuelle ont toujours eu lieu dans notre communauté, comme dans le reste de la population. Rassemblez des jeunes hommes, des jeunes femmes et de l’alcool en un seul et même lieu, et c’est non pas une incitation, mais une plus grande probabilité d’atteintes sexuelles. Mais il ne faut pas non plus sombrer dans la psychose et considérer que viol et agressions sont communs. Le fait que cette histoire nous agite prouve le caractère fort heureusement exceptionnels de ce genre d’affaire.

Bien, commençons par une séquence souvenir.

Je me souviens avoir vu, de mes yeux, quelqu’un lécher les seins d’une jeune femme alors ivre morte lors d’un week-end faluchard. Ceci est une agression sexuelle. De quel coté qu’on le tourne, même si la jeune femme n’en a pas de souvenir, c’est une agression sexuelle. Tripoter les parties génitales, même secondaires, de quelqu’un pendant qu’il est inconscient est une agression sexuelle.

Et je n’ai rien fait. Oui, j’étais présent, et je n’ai rien fait. Je n’en suis pas fier, je n’ai aucune excuse. J’étais moi aussi passablement saoul comme une barrique et je n’ai pas eu l’idée d’agir, bien que je me souvienne de ma gêne devant le spectacle.

Mais vous voulez savoir autre chose d’aussi choquant que mon inaction : cette agression a eu lieu devant une vingtaine de personne. Nous étions à la sortie d’une salle de danse, juste à coté du bar, et aucune n’a agit. Aucune ne pouvait imaginer qu’il s’agissait d’une agression sexuelle. Pourtant cela en était bien une. Aujourd’hui, je regrette cette inaction. Mais les regrets, c’est bien rigolo, mais ça n’efface pas les faits : nous avons été complices, par notre silence, d’une agression sexuelle.

Tout cela pour dire que quand j’entends certains parler d’un “retour” des histoires de viols ou d’agression en faluche, c’est soit qu’ils ont eu la chance de ne pas entendre parler de ces histoires à leur époque, soit qu’ils se voilent la face, soit qu’ils mentent.

Aujourd’hui, je pense qu’il est nécessaire, justement, d’en parler ouvertement.

J’ai récemment lu quelqu’un qui disait : “ cette discussion n’a rien à faire dans la faluche et cela ne nous regarde pas.” Je suis obligé de considérer la personne qui a dit cela soit comme un irresponsable, soit comme un complice. Je trouve cette réaction plus que préoccupante quant à la position de la personne vis à vis de ce qu’est la faluche. Il y a ici un souci de transmission des valeurs, et pas seulement par les anciens, mais aussi par les parents du jeune homme dans sa vie non falucharde.

Oui, cette histoire nous concerne tous autant que nous sommes. Faluchards encore actifs, étudiants ou dans la vie réelle, anciens ou nouveaux. Elle nous concerne car l’idée même d’esprit faluchard, avec ce qu’il implique de solidarité et de camaraderie, impose que nous nous protégions, et pas seulement en mettant une capote. Et ce n’est pas parce que nous travaillons, que nous sortons moins, que nous perdons cet esprit (tout le monde change), que nous devons rester passif quand ce genre de chose arrive sans que nul ne s’en offusque.

Quand un faluchard tombe ivre mort, tout le monde considère normal de le mettre en PLS. Mais il faudrait, quand une agression sexuelle ou un viol nous est connu que nous détournions le regard ? Quelle magnifique conception de la faluche !

Mais avant de donner encore plus mon avis, je vais quand même devoir préciser ce qu’est un viol, car quand je vois certaines réactions, je me demande si c’est très clair pour tout le monde. Apparemment, pour certains néandertaliens (ceci dit sans mépris aucun pour nos lointains cousins disparus) un viol c’est uniquement quand la fille se débat, crie “non non non” ou montre réellement un refus. Et bien ce n’est pas si simple.

D’abord du pur juridique :

Article 222-22 du Code Pénal :

Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise.

Article 222-27 du Code Pénal : les agressions sexuelles autres que le viol sont punies de cinq ans ’emprisonnement et 75 000 euros d’amendes.

Article 222-23 du Code Pénal :

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.

Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle.

 

Je précise donc pour les rachitiques du cerveau :

Demander à une jeune femme (ou un jeune homme) durant un baptême, de mettre le sexe de quelqu’un dans sa bouche est un viol. Même si il y a apparemment consentement, même si le propriétaire du pénis est son mec, il ne sera pas difficile de déterminer la contrainte morale. La pression du groupe, des soi-disant traditions sont suffisantes.

Avoir une relation sexuelle avec une femme ivre morte est un viol. On parlera ici de surprise. C’est pas compliqué d’attendre au matin pour qu’elle soit réveillée et être sure qu’elle soit consentante ! Vous êtes si frustré que vous ne pouvez pas vous retenir ? Une bonne branlette et ensuite dodo !

Se masturber et éjaculer sur le visage d’une femme terrifiée est une agression sexuelle. Ben oui, certaines n’aiment pas les éjacs faciales, surtout quand elles ont dit non à une relation sexuelle consentie avant.

Se relayer à trois pour faire boire quelqu’un afin que l’un des trois passe la nuit avec la personne est un viol. C’est plus difficile à prouver, mais on peut parler de contraintes. Et si vous ne voyez pas la différence entre « boire avec une jeune fille et avec laquelle, les inhibitions disparaissant, vous vous retrouvez à faire des galipettes » et « bourrer la gueule sciemment de la dite jeune fille pour lui bourrer le cul », c’est que vous avez de gros problèmes en terme de moralité. GHB ou Alcool, c’est du pareil au même. 

Ah oui ! Autre chose : Si vous (ou la victime) êtes sous l’influence de l’alcool ou de stupéfiants, c’est une circonstance aggravante. « J’étais bourré », ça ne fonctionne pas si c’est suivi de « donc je l’ai bourrée et elle était pas d’accord. » Et si il y a circonstance aggravante, le viol est puni de vingt ans, et non plus quinze et les agressions sexuelles de sept ans, et non plus cinq.

De même, c’est aggravant (donc 20 et sept ans) si l’infraction ou le crime est commis par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions. Un GM qui se permet donc de tripoter « entre ami », un ou une falucharde de sa filière commet un délit. Et non, « pouet pouet camion », quand la fille n’est pas consentante, ce n’est pas marrant : c’est un délit, pas une fille qui n’a pas d’humour. De nos jours, fort heureusement, la jeune fille met une grosse baffe au mec, mais ça n’enlève rien au caractère délictuel de « pouet pouet camion ».

Cher lecteur, je ne remet pas en doute ton intelligence, mais tu auras beau rationaliser autant que tu veux, te trouver des excuses comme tout bon délinquant sexuel (« Mais j’étais amoureux, monsieur le juge! » « J’avais trop bu, je sais pas ce qui m’a pris, je suis un tendre quand je suis pas saoul »), tu auras tort. Et à partir du moment où le consentement est altéré, la frontière entre l’amusement entre adulte consentant et l’atteinte sexuelle devient très flou.  

Par contre, voici un autre cas qui montre que l’on est dans une situation où rumeur et erreur étant courantes, il faut prendre des précautions.

Il y a quelques années, je reçois un coup de téléphone d’un faluchard affolé me disant qu’une jeune femme l’avait accusé de viol lors d’un we où j’avais également participé. Connaissant l’individu, dont les conquêtes féminines se comptaient sur les doigts d’un poulpe, j’étais un poil étonné, je l’ai donc rassuré. En plus, il avait passé une partie de la soirée à discuter avec moi. Il ne voyait même pas qui était son accusatrice. Maisn bon, l’alcool étant présent, il avait peur d’avoir fait un acte dont il n’aurait eu aucun souvenir. Quelques temps plus tard, il entends de nouveau parler de cette histoire, venant d’une autre personne, GM de son état. Par le plus grand des hasards, il a pu voir lors d’un apéro la victime présumée. Il est allé la voir, s’est présenté poliment, et elle ne l’a pas reconnue. Elle avait bien été agressée (pas violée, mais tripotée rudement) mais elle s’était trompée dans le surnom de son agresseur, accusant ainsi à tort mon infortuné camarade. Elle a eu l’intelligence et l’honnêteté de dire la vérité à tout le monde par la suite. Mon pote attends toujours les excuses de la GM qui a relaté l’histoire.  

Je ne reviendrai pas non plus sur cette histoire où un autre avait été accusé parce que sa partenaire n’avait pas voulu avouer à son copain qu’elle était consentante. Il y avait eu une plainte de déposée et fort heureusement les charges avaient été abandonnées, en raison du témoignages des autres personnes présentes dans la pièce qui les avaient entendues baiser comme des pécaris en rut, avec force rires et gémissements.

Mais revenons à notre affaire.

De tels actes ont toujours eu lieu, et contrairement aux avis des autruches, pénibles tartufes modernes, clamant « cachez ce viol que nous ne saurions voir », ils appellent une réponse. Et c’est cette réponse qui est le plus difficile à établir.

L’une des premières choses à éviter, c’est de mener l’enquête nous même. Dans notre pays, nous avons une institution formidable, appelée la Police Nationale. Elle est certainement plus apte que nous à démêler le vrai du faux. Que chacun fasse son métier !  

Déjà une petite précision : il ne faut pas demander aux présumées victimes de la fermer. Je ne parle pas de les laisser lancer des rumeurs ou autre, je parle de les inciter à ne pas faire de vagues et à laisser tomber. C’est ce qui s’est passé de trop nombreuses fois, malheureusement. Mais cette action doit, elle aussi, avoir un cadre précis : Il faut au contraire les inciter à porter plainte le plus vite possible.

J’insiste vraiment sur cette rapidité nécessaire. La justice de notre pays est lente, fautes des moyens adéquats, et entre un dépôt de plainte et les premières auditions des auteurs présumés, il peut se passer 6 mois à un an. Et oui, c’est ainsi. C’est inadmissible. Mais on a la justice que l’on mérite avec les moyens qu’on lui donne ! Donc plus la plainte est déposée tôt, et plus vite la lente machine judiciaire se met en marche.

Mais une fois cette froide machine lancée, une fois des vies placées sur la sellette, que faire, nous, faluchard ?  

Et bien là, je pense qu’il faudra en parler à la prochaine réunion des GM de l’anniversaire de la Faluche. Il y a des sujets bien plus important que de connaître la couleur du ruban de l’école d’apiculture supérieure de Lescheroux, et je pense qu’un tel sujet permettrai une tentative d’harmonisation des pratiques, et une condamnation claire, nette et précise des agresseurs et de ceux qui les ont couvert en connaissance de cause.

Voila par contre ce que, moi, Lonch’, je propose en tant qu’ancien sans aucune légitimité autre que le respect que j’ai gagné auprès de ceux qui me connaisse, et qui n’a rien à voir avec mon ancienneté. Je n’ai jamais réclamé le respect en tant qu’ancien, et n’ai aucune autre légitimité que ma parole. Alors me casser pas les burnes.  

Dans un premier temps, je pense qu’il est nécessaire que rien ne soit fait en faluche tant qu’une plainte n’est pas déposée. Il serait malheureux que des simples querelles de personnes débouchant sur des fausses accusations n’entachent le nom de quelqu’un. Quand une plainte est déposée, il y a un acte légal qui est accompli. La victime présumée témoigne de ce qui s’est passé selon elle. Elle engage sa parole. Elle se dresse et annonce « J’ai été violée ». Et l’agresseur présumé n’a pas à savoir le nom de son accusatrice, ce afin d’éviter pression de sa part ou de celle de ses amis. Ce nom lui sera dit par les autorités compétentes, c’est à dire la police ou le procureur. En attendant, ce n’est pas à nous, faluchard, de le lui dire.

Et c’est là que nous, en tant que faluchard, nous ne pouvons rester inactif.

Je pense qu’à titre conservatoire, la faluche de la personne accusée doit lui être retirée, en toute discrétion. Je pense aussi que cette personne se doit rester discrète. Libre à lui de continuer à voir ses amis (qui ne manqueront pas de clamer son innocence et de crier à l’injustice), mais il me paraît difficile qu’un danger potentiel soit laisser libre de nuire. Ça s’appelle le principe de précaution.

Cette idée existe d’ailleurs en droit pénal, sans que nul ne remette en cause la présomption d’innocence : pendant un contrôle judiciaire, le prévenu est souvent interdit d’aller à certains endroits, afin d’éviter une réitération des crimes ou délits.

La décision relèverai ici du Grand Maître assisté de ses grands chambellans ou de plusieurs anciens en cas de lacune des précités, afin d’éviter l’arbitraire. Cette décision se ferait après une confirmation de la plainte. Dans tous les cas, il doit y avoir concertation entre personnes neutres et aucune décision unilatérale et autocratique.

Et quand je parle de lacune, je parle, par exemple, de GM ayant conseillés aux présumés victimes de ne rien faire et de laisser tomber. Pour moi, c’est une faute grave de la part d’un GM, ainsi qu’une mauvaise comprehension de son rôle par celui ci. Un GM est au service de ses faluchard, il doit les protéger et les aider, il n’est pas un chef ou un dictateur.  

En cas d’innocence ou de non lieu, la faluche sera rendue publiquement, devant un maximum de faluchards. Et en cas de culpabilité, elle sera détruite de la même manière.

Il est, dans notre serment, une phrase qui dit que si nous manquons à notre parole, nous serons « couvert d’opprobre ». Ce dernier mot implique la publicité : le déshonneur doit être public. Mais il ne peut intervenir que lorsqu’une décision pénale définitive est intervenue. 

Mais plus que d’agir a posteriori (car nous n’aurons de réponses définitives que 4 ou 5 ans après) ne devrions nous pas réfléchir à agir a priori ?

Non parce que c’est bien joli de dire « le viol c’est pas bieeeeennn et ça fait mal au cul», mais si personne ne fait rien, continue de se bourrer la gueule, de se voiler la face, je vois pas réellement l’intérêt. Ne faut il pas se poser des simples questions ?

Pourquoi, par exemple, certaines victimes présumées vont voir des anciens plutôt que des GM en exercice ? N’y a t’il pas, ici, un gros souci de confiance ? Plutôt, d’ailleurs, que de critiquer les anciens qui soulèvent le lièvre, ne faudrait il pas que les GM actuels se demande pourquoi eux-même ne l’ont pas fait ? 

Si les GM se comportaient en GM, et non pas en petit chef soucieux de ne pas faire de vague, il y aurait déjà une amélioration. Je ne dis pas que tous le sont, mais quand des victimes présumées viennent leur en parler et qu’ils leur demande de la fermer, je pense qu’il y a un gros souci éthique. Pour moi, une fois la condamnation prononcée, on devrait également sanctionner ces indélicats (si la justice ne l’a pas déjà fait pour complicité.) soit en leur retirant leur croix, soit en leur infligeant un blâme bien visible.

Il n’y a pas grand chose à faire, en vérité, pour prévenir ce genre de chose, mis à part changer la nature humaine.

La seule chose est de diffuser au maximum cette idée : si vous êtes victimes de ce genre de faits, vous devez aller porter plainte au plus vite ; si vous êtes le confident ou le témoin de ces actes, vous devez inciter la victime à porter plainte au plus vite. Vous vous taisez, vous êtes un lâche ; vous dites à la victime de se taire, vous êtes complice. Réfléchissez : un violeur mérite t’il qu’on le protège ?

On le voit, le sujet est tout de même assez complexe. Chacun réagira en fonction de son ressenti, de ses liens avec les personnes impliquées. Certains condamneront ou excuseront, sans réfléchir, sans connaître tous les aspects. Certains expliqueront l’acte par le comportement des victimes, ou leur caractère. « Elle était bourrée et elle regrette, et maintenant elle l’accuse de viol, le pauvre. » C’est une phrase que l’on entends souvent dans la bouche des proches des auteurs d’agressions. Mais ça peut être pire : « Vu ta gueule, c’était ta seule chance de baiser », « En même temps, tu l’as cherché, tu l’as allumé toute la nuit ! » « De toute façon, c’est une mytho ».

Joie et misère de la nature humaine.

Mais l’auteur présumé aussi va en prendre plein la tronche : « j’ai toujours trouvé qu’il me regardait bizarrement. » « En même temps, vu sa gueule, y’a que comme ça qu’il peut choper. »

Les victimes vont souffrir car, comme toute communauté, certains vont les descendre et d’autres les croire sans fondement. Et l’auteur présumé sera logé exactement à la même enseigne que les victimes présumées.

Ne rêvons pas. Certains ou certaines auront ce genre de réaction. C’est pourquoi on ne peut pas, et on ne doit pas, se poser en juge ; c’est pourquoi il faut inciter les victimes au dépôt d’une plainte ; c’est pourquoi il ne faut pas régler l’affaire en interne, sans faire intervenir la police. C’est pourquoi une réaction de notre part ne peut avoir lieu qu’après le dépôt de plainte, pour des mesures provisoires, et après le jugement, pour des mesures définitives.

Une fois condamné ou acquitté, ou non lieu, les choses sont simples et sans aucune demi mesure. Elle sont clairement et totalement simples : Couvert d’opprobre ou innocenté ; Banni à vie, faluche brûlée, ou accepté et accueilli de nouveau. En faluche, il n’y a pas de réhabilitation.  

Lonch’ finit son discours en hurlant, à poil, et en tenant au dessus de son auditoire terrifié une peluche verte en forme de Cthulhu. La petite chose sinople dardait ses tentacules pelucheuses vers le public en les regardant d’un œil torve.

« Bon, j’ai soif… J’espère qu’un de ces peignes-cul a pensé à la bibine ! Z’avez écouté et compris ?»

« Euh… Je crois… Tu nous a dit ça pour qu’on se bouge le fion, qu’on pose des règles, qu’on fasse le ménage et que plus aucune histoire comme ça ne soit enterrées par des GM plus à la recherche de popularité que de remplir leur rôle ? »

« Putain, j’hallucine, y’en a un qui suit… Et quoi d’autre ? »

« Et je suppose, parce que tu n’en causes pas, que la filière ou l’ancienneté ne sont pas des critères quand il faut sévir. »

« voilà ! Tu savais qu’un jour, un GM avait dit à une fille qui venait lui parler d’une agression qu’elle avait subi que comme l’agresseur n’était pas dans sa filière, il ne pouvait rien faire ? »

« C’est complètement con ! »

« On est d’accord… Et tu savais que ce même GM lui a ajouté « en plus, c’est un ancien, donc c’est difficile… », juste après ? »

« Mais c’est qui cet abruti ? Ancien ou pas, quand on fait un crime ou un délit, n’importe qui peut agir ! Et c’est pas compliqué de prendre la nana par la main pour l’accompagner chez les condés !»

« Et ouais… Agir en faluche, on le fait, mais APRES avoir agi en dehors de la faluche. On est pas un milieu fermé, il faut qu’on respecte les lois !.

« C’est un minimum ».

« Et agir en faluche, ce n’est pas une question de filière ou de ville. N’importe quel GM, n’importe quel ancien peut agir avec d’autres pour poser un cadre. C’est ce qu’on avait fait dans le passé dans une ville que je ne citerai pas, suite à une agression sexuelle. Tous les GM présents lors du congrès ont agi, et l’individu a été totalement exclu, sauf malheureusement dans sa ville et section d’origine, dont le groupe l’a protégé. Fort heureusement, il n’a jamais eu ce comportement dans cette ville. »

« Moi je lui aurait pété la tronche. Il a été condamné ?»

« non, les gens de la ville du gars ont fait pression sur la fille pour ne pas qu’il y ait de plainte, en contrepartie de cette exclusion nationale de l’individu. Exclusion qu’il a d’ailleurs respectée, ce qu’on ne peut pas dire de tout le monde. »

« En même temps, on m’accuse d’un truc comme ça, j’aurai pas envie de faire profil bas. J’aurai envie de me défendre.»

« C’est certain ! Mais il y a se défendre et se défendre. Tu as la méthode DSK, ‘Je suis innocent et l’enquête le montrera’, et la méthode crétin des alpages ‘Vous vous repentirez de m’avoir attaqué, ma vengeance sera terriiiiible, mouahahahahaah !!’

« La deuxième méthode fonctionne ? »

« Non, elle montre la bêtise, pas une attitude responsable. Mais bon, la connerie humaine n’a aucune limite. » Lonch’ regarda distraitement la demoiselle qui lui posait les question, posa sa peluche Cthulhu dans son décolleté, et repris la parole : « Au fait, je peux te toucher les lolos, gamine ? », puis se tournant vers le jeune homme. « Tu vois, je demande, je suis poli ! » 

La sagesse et la connerie, c’est proche, des fois !

 

Une simple grotte, un simple feu était le but de leur voyage. Fébrilement, afin de réchauffer un peu leur carcasse meurtrie, des mains se tendirent pour sentir la maigre chaleur dispensée par des flammes battues par les vents des sommets. Où était le sage ? Où était celui pour lequel ils avaient bravés milles dangers, pour lequel ils avaient affronté l’opprobre de leurs ainés ?

L’un d’eux, plus courageux que les autres, lança un regard en direction de la grotte et pris la parole.

« Oh Grand Sage, nous sommes venus ici en quête de… de… euh… Ben de sagesse, quoi… »

Seul le silence lui répondit, bien qu’il lui semble que le vent hurlant lui renvoyait aussi des blasphèmes et éructation maudites.

« Grand Sage ? »

« Bordel de merde, qui sont les cons qui me dérange dans ma partie de Dawn of War ?!! »

« Uh… Nous, grand Sage… Nous avons marché des mois durant, nous avons combattu les féroces barbares de l’Ounephe, nous avons connu l’opprobre de nos ainés pour venir vous voir. »

« Rien à battre, merde ! Je combats le Xeno et l’Hérétique, j’ai pas le temps de m’occuper de bleus bites ! »

«Mais, grand Sage… », Reprit une jeune femme a l’opulente poitrine.

« Ah… y’a une gonzesse… ok, j’arrive ! Oooh, gros nichons ! », Fit le grand sage en saisissant le décolleté de la jeune femme pour y plonger le regard. « Bon, vous voulez quoi… »

« Savoir comme c’était la faluche de ton temps, Ô Grand Sage. », repris le premier, que le Grand Sage regarda avec dédain, occupé à vérifier l’élasticité du décolleté qui claqua contre la peau alors qu’il le lâchait. Il se retourna vers le jeune homme dont les boutons d’acné commençaient à disparaître.

« Alors déjà, gamin, tu oublies tes conneries de respect aux anciens et autres : tu ne me connais pas, je te connais pas. Respecte tout le monde, ancien et nouveau, par principe, jusqu’à ce qu’ils te prouvent le contraire, et tout le monde sera content. Ensuite, un, tu me tutoies ; deux, si j’entends encore une fois grand sage, je te fais faire douze étoiles de la mort avec mes potes de l’OGM, moi mon foie tiens plus donc je délègue ; trois, c’est une question à la con ; Quatre, Tu veux une binouze ? »

« Mais, grand sa… euh… je dois t’appeler comment ? »

« Ben Lonch’, ca suffira… Et la binouze, alors ? Toi la fille, c’est chartreuse, la touche féminine des excès de boisson ! Et ensuite, je serai pas contre une petite pipe !»

« J’ai été prévenue… », fit la demoiselle. « On m’a avertit qu’on pouvait tout te faire, sauf te sucer… »

« Putain… je m’en libérerai jamais de cette histoire… »

« Ok, Lonch’, c’était mieux avant ou pas ? Et je dis pas non à la binouze. »

« Ah putain, la question à la con… Tiens, ta bière… Non, c’était pas mieux avant, c’était différent. Y’avait toujours autant de mesquineries, de tirage dans les pattes, de camaraderies et d’amitié. Autant de cons et de connes, autant de personnes formidables et enrichissantes. Tu peux pas faire partie d’une communauté sans tout ça, sans avoir tout ça, surtout avec des jeunes peignes culs qui croient tout savoir, comme on l’est tous quand on a 20 ans… »

« Oui, mais quand on vous voit, vous les vraiment anciens, on a l’impression que c’était mieux. »

« Ben t’as tort, c’était différent… Ok, on a crée un vrai réseau, des relations d’amitié, d’affection qui vont plus loin que de simples potes de fac, mais c’est pas tellement différent de maintenant, enfin j’espère… »

« Comment ça, t’espère ? »

« Ben tu vois, bizarrement, je pense qu’internet a éloigné les gens… Ok, quand y’a un congrès ou un baptême, ya plein de monde qui s’incrustent, mais est ce qu’ils viennent pour faire la fête ou pour rencontrer les gens de la ville d’accueil ? Je sais plus trop, tu vois… Moi j’ai commencé à faire des congrès, tout se faisait au bouche à oreille, par connaissance… Internet était balbutiant, c’était le temps des IRC, du chat caramail… »

« Mais il devait y avoir moins de monde, non ? ca devait être moins la fête ? »

« Pourquoi ca ? Au moins on se connaissait… Je veux dire, prend un congrès maintenant, 300-400 personnes… C’est pas possible de rencontrer tout le monde, de créer des liens. A mon époque, on était 100-150… Les congrès étaient organisés par les gens de la ville, pour les gens de la ville, pour essayer de créer des liens entre faluchards d’une même ville… Les extérieurs, c’était des potes qui étaient appelés, ou des inconnus qui apprenaient qu’il y avait quelque chose et demandaient si ils pouvaient venir. »

« Quoi… on n’était pas prévenu des mois à l’ avance ? »

« Nan, on venait parce qu’on connaissait et/ou qu’on aimait la ville… Même des fois, ca se faisait par hasard. On s’incrustait à l’arrache. Prends-moi, par exemple : je suis allé 3 fois à Poitiers en un an. La première fois, j’ai rencontré les pictaves, Je causais déjà avec eux depuis quelques temps sur cara. Puis je les ai revu dans un we a orléans où on était pas plus de 100, puis à mes premières angevines (où j’avais été prévenu une semaine avant, juste parce que j’avais dit que je savais pas quoi faire le we et qu’un inconnu m’avait proposé de venir… Et j’y ai retrouvé des  dijonnais, en plus !), Ensuite, j’ai sympathisé à une FOUF avec un chevalier de l’ordre du vénéré bitard… »

(Silence pour regarder le jeune homme, qui regarde le vieux sage d’un air plein d’incompréhension)

« Ok… toute une culture à refaire… donc le chevalier de l’OVB (loué soit il), m’a invité à son baptême faluchard et roule ma poule… Je connaissais une bonne partie de l’Ordre, la quasi totalité des faluchards poitevins, je considère toujours certains comme mes amis, d’ailleurs, même si on se voit peu… Et si une des personnes de cette époque a besoin de quelque chose qui est dans mes cordes, même si je l’ai pas vu depuis des années, pas de souci. J’ai pu constater ça pour mon déménagement à Reims, d’ailleurs, même si comme un con j’ai oublié d’appeler le pote en question… »

« Mais maintenant c’est sympa, y’a des gens de partout. »

« C’est vrai… Mais c’est aussi une vraie purge… Y’a des choses qui ne sont plus possible, et c’est bien dommage. Nous, on arrivait en congrès au dernier moment, et on ne rechignait pas à dormir à la dure, et de faire la fête à la dure. Un congrès, tu dormais chez l’habitant, tu couchais par terre, tu n’avais pas de repas de prévu, sauf à quelques endroits. Tu te démerdais ! »

« C’était pas organisé ? »

« Si, mais en gros, tu venais dans une autre ville et faisait la fête avec les gens de la ville, mais tu ne demandais pas à avoir un menu, à avoir la picole à volonté, sauf le samedi soir. Prends la première Angevine que j’ai faite, par exemple : arrivée à la cafet, bière pas chère mais à payer, dodo chez l’habitant (Jenny et ses attributs féminins^^, ou chez Gwen), repas au resto U, visite de cave l’après midi (découverte du Coteau du Layon), puis fiesta dans un château des environs. Mais on était 100-150… Une descente de cave à 400, c’est impossible, maintenant. »

« C’est vrai… Maintenant on reste dans un camping à faire des jeux à boire… »

« Ben voilà… C’est sympa, remarque, on se marre bien, y’a bonne ambiance mais… Mais y’a plus de découverte et de visite de la ville… Sauf pour les rares qui prennent leur voiture. La FOUF, on allait dans une cave à bière ; la rab’, on allait dans les rues de Tours (y’avait des jeux à boire, mais dans les bars de la ville), l’Angevine, c’était descente de cave… Ah, ma découverte du Coteau du Layon !!»

« Donc, c’était mieux avant… »

« Non, c’était différent… Les époques évoluent ! Dans les boites des années 50, y’avait des orchestres, dans les années 70, un DJ, on faisait toujours autant la fête, mais différemment. Maintenant y’a plus de monde, tu discutes avec des gens de partout, que tu retrouves sur internet. Il y a peut être plus de contact, plus de suivi dans les relations, mais plus de suivi dans l’amitié, on ne peut pas encore le savoir, c’est un peu tôt. Donc non, on ne peut pas dire que c’était mieux avant. »

« Plus ca change… »

« Ouais, plus c’est la même chose… Mais avant, les congrès, c’était assez géographique : quand tu allais à l’angevine, tu ne voyais que des poitevin, des nantais, des orléanais, des tourangeaux, et parfois des bordelais… Et des parisiens, les parisiens étaient partout… des vrais chancres… »

« Euh… T’habitais pas Paris, à l’époque ? »

« Chuis pas parisien, t’as compris ? » (regard lourd de sens)

« Oui, oui… »

« En fait je n’ai qu’un seul regret… Le fun a changé, mais y’a une chose qui a disparu »

« Lequel ? »

« Les chants… Avant, on chantait. On se levait le matin, t’avais toujours un gars avec une guitare qui se mettait à gratter ; au repas, on ne chantait pas que la Prière (que j’ai jamais chanté, d’ailleurs, même si je l’entends tous les jours depuis que je bosse à Laon), on chantait tout ce qui nous passait par la tête, des paillardes et d’autres. Je rentrais de congrès, j’avais plus de voix ! »

« C’est vrai que ça chante peu… »

« De ce que j’ai vu, en tout cas… C’est au 116 que je me suis rendu compte de ça… Un ancien, pour moi, qui vient me voir en me disant, ‘Lonch’, personne ne chante, on va chanter’… On s’est retrouvé à deux, puis j’ai commencé à emballer une lesbienne, donc on a du arrêter. »

« Une lesbienne ?! »

« Ouais, mais elle emballait des mecs de temps en temps. Elle allait jamais plus loin… la même année, au mois de septembre, elle m’a remonté le moral toute une soirée alors que je chialais… Une fille bien, un vrai cœur. Pas de nouvelles depuis des années, mais si elle a besoin de moi un jour, elle peut toujours compter sur moi. »

« Un de nos anciens…», reprit le jeune.

« Ouais, un gamin, donc… »

« Oui… Un de nos anciens trouve que c’est pas normal que vous veniez encore en congrès, vous les vraiment vieux, qui ont plus de 30 ans. »

« Et ben, respectueusement vu que je le connais pas, je l’emmerde, l’encule à sec avec du gravier, et verse du sel dans les plaies purulentes de son anus détruit. »

« Ouille… »

« Si ce connard, que je respecte, vu que je le connais pas, trouve que c’est anormal de vouloir revoir ses potes, et bien tant pis pour lui. Le souci, tu vois, c’est que toute la bande qu’on était à faire les congrès à droite à gauche, et bien on est éparpillé aux quatre coins de France, voir du mooooooonde !! Et on a peut être pas le temps, avec nos boulots, ou nos gosses pour certains, sans oublier les procès pour divorce, d’organiser des week-ends où on peut se rencontrer.»

« Ouais… Donc les congrès, c’est plus pratique pour ça, alors… »

« C’est ça, t’as tout compris ! On ne fait pas ça pour emmerder le monde ou faire découvrir le vrai plaisir sexuel à des jeunes filles pas si innocentes… On est là surtout pour se retrouver… Quand tu vois les apéros CAF, tu vois un peu ce que pouvais donner les congrès à nos époques : à la bonne franquette, mais avec des bons produits, et je ne parle pas de la bouffe, mais des gens ! »

« J’ai vu des vieux qui emmerdaient le monde… »

« Tu parles de qui, là ? Attention, ne confond pas ! Y’as des gars qui sont des anciens, qui ont vécu une vie de faluchard, mais qui considère ensuite qu’ils savent tout, qu’ils ont la connaissance ultime, tu vois. Comme si le Dieu des Faluchards leur avait rempli le cul avec tout son savoir… En fait, ces mecs là, qui sont en général nos jeunes à nous, ils se sont fourré le gode de leur suffisance dans le popotin, ils ont transformé un trou normand en fosses des Mariannes de leur orgueil ! »

« J’aime bien le message… »

« Pas moi… J’ai jamais aimé les gros plans dans les pornos. Bon, ces gars là, ils disent ‘faut pas faire ci, faut pas faire ça’, mais sans aucune explication ! »

« Comment ca ? »

« La faluche, c’est la tradition, ok ? »

« Ben oui… »

« Bon, et bien les traditions, ca a des raisons. On ne décide pas brutalement de se mettre une plume rose dans le cul et de tourner sur soi même en chantant la macarena simplement parce qu’on trouve que ca serait cool de créer cette tradition à l’université de Poil sous Beuvray ! »

« Y’a une université dans le Morvan ? »

« Nan, mais Autun avait l’une des plus grandes écoles de grammaires de Gaule, sous l’époque romaine… Et la Gaule, c’est la faluche, car elle bande encore, car elle bande encore !! Mais on s’en fout du Morvan… Je veux seulement te dire qu’une tradition, ca ne s’invente pas parce que c’est marrant, ca s’invente parce que c’est marrant ET pour une raison. »

« Une raison ? »

« Oui, une célébration, le besoin de se souvenir, un gros gros délire entre pote d’une année qui se transmet ensuite. Mais c’est pas un grand merdeux… Pardon, un grand maitre qui décide d’un seul coup que tu auras une plume dans le cul. Regarde les passants alsaciens, ca a une raison, tout comme la pizza que se mettent les montpelliérain sur la tête… Et nulle part je n’ai entendu parler de tradition de trashage d’impétrant le jour de leur baptême ! Enfin pas depuis ces dernières années.»

« Mais ca se fait partout ! »

« La connerie aussi, mais j’essaye de pas être con tout le temps ! Bon, on va reprendre les basiques : a quoi sert un baptême ? »

« A tester un impétrant, à voir si il a le bon esprit pour être faluchard ? »

« Ouais, c’est pas mal… Bon, ca sert aussi à faire la fête, déconnons pas. Bon… Maintenant, dis-moi en quoi se prendre de la farine et des œufs sur la gueule fait de toi un bon faluchard ? C’est pas plutôt la camaraderie, le sens de la fête ? Perso, tu me fous un œuf dans les cheveux, je peux te jurer que tu passes pas la nuit et que je serai pas le seul à te massacrer. Et on sera méchant, vindicatif et sans aucune pitié. Est-ce que ca fait de moi un faluchard de merde de pas vouloir être trashé ? »

« Mais c’est la tradition à certains endroits… »

« Ouais, peut être… Sauf que j’ai récemment vu des baptêmes où ca se pratiquait, alors que deux ans avant, ca ne se faisait pas ! Elle est où la tradition, là ? Dans le cul du grand maitre suffisamment con pour dénaturer un baptême ! Un baptême, ce n’est pas un bizutage ! Mais bon, un jour un GM va faire un baptême, et dans son petit plaisir sadique de petit chef, il trouve que c’est cool que l’impétrant il finisse tout crado, alors il essaye dans sa ville. Ya pas mal de gens qui trouvent ça immonde, mais qui ferment leur gueule parce que le GM est un petit Kapo prompt à dégainer mais qui tient l’alcool comme moi actuellement, c’est-à-dire pas fort. »

« Ca s’est passé comment, ton baptême, toi ? »

« L’horreur… J’ai fini mort saoul, en train de chialer pour une raison à la con, sans aucun souvenir de la moitié du repas. »

« Du repas ? »

« Oui, par chez moi, ca se faisait en repas. Donc on ne se gelait pas les miches en bord de Seine ou dans un parc pendant deux heures et on avait de quoi éponger. Le futur faluchard avait de quoi se remettre entre les testum. Bref, j’ai repris mes esprits quand on m’a trempé la bite dans du vin glacial pour faire un dagobi, et je me souviens de mon serment, ce qui est l’essentiel. »

« Oui, c’est le plus important… »

« Mais en tout cas, y’avait pas de gages… J’ai jamais vu de gages jusqu’à ces dernières années. Ou alors des gages marrants et intelligents, pas ramper 50m couvert de farine ou mimer des actes sexuels ! »

« C’est-à-dire… »

« Par exemple, chanter une chanson sur l’air d’une autre… Va chanter la Petite Huguette sur l’air des Prisons de Nantes, tiens… Surtout à 15gr… Ou alors écrire une chanson sur un thème en rapport avec le passé de l’impétrant, ou un événement qui lui est arrivé. Mais c’est même pas ça qui m’emmerde le plus dans les baptêmes actuels… Après tout, chaque époque ses délires et si vous aimez vous les geler couvert d’œufs, de farine et de flotte, c’est votre choix… Non, moi ce qui m’énerve aussi, c’est de faire un baptême un événement national. »

« Ben… C’est sympa quand des extés viennent, non ? »

« Ouais, ouais, c’est sympa quand des gens qui ne connaissent les impétrants ni d’Eve ni d’Adam se ramènent à un baptême dont ils n’ont rien à foutre, uniquement pour picoler, et sème le brin. C’est vrai que c’est un immense respect pour le futur baptisé, ça ! Je m’incline ! »

« Vu comme ca… »

« Un baptême, c’est les faluchards d’une ville qui accueillent un nouveau faluchard. Si l’impétrant a fait quelques congrès et sympathisé avec des gens, libre a lui de les inviter, mais des baptêmes à 80 gugusses dont seulement un quart connaissent l’impétrant, je vois pas vraiment la finalité. La faluche, c’est pas que les trois B, y’a un serment qu’on a prêté, et je vois nulle part dans ce serment ‘et tu iras te bourrer la gueule en égoïste dans les coin les plus reculés de France et de Navarre !’ Regarde par exemple le baptême de ma fillotte, il y a fort longtemps. Elle était assez connue sur Dijon et ailleurs car sa marraine sortait sur Lyon, Valence, Montpellier. Bon… Et ben y’avait que deux ou trois exté, dont un dénommé Tarzan, qui la connaissait ! Les extés qui venaient connaissaient ma fillotte, ils sont venus pour elle et certains parrains/marraines qu’ils connaissaient, pas pour picoler comme des idiots ! »

« Oui, mais quand c’est pendant un congrès… »

« C’est autre chose. Pendant un congrès, si le GM a du sharisme… »

« Du charisme ? »

« Ouais, du Sharisme… Bref, s’il est burné, il tient les spectateurs. Et il fait en sorte que seuls ceux qui sont réellement intéressés viennent assister au baptême. Le reste, ben ils picolent au bar, et personne leur en voudra, tout le monde sera content ! L’impétrant aura eu un beau baptême avec du monde, le GM aura montré qu’il sait mener sa barque et les autres se seront amusés. En fait le gros souci c’est que le coté délire et fiesta a éclipsé le coté tradition. »

« Bah quand même, tu peux pas dire ça ! »

« A la naissance d’une tradition, il y a une raison, y’a pas un porteur de croix en slip… Sauf la religion chrétienne, mais confondons pas tout. »

« Bah la raison c’est faire la fête, non ? »

« Non. »

« Ben… »

« Le potager, y’a une raison ; le nom des insignes, y’a une raison ; certaines pratiques locales, y’a une raison ; c’est jamais des caprices. Mais bon, donne le pouvoir à un individu et ca finira en caprice…»

« Tu penses au Grand Maître, là ? »

« Ouais, je pense à eux… A mon avis, c’est une bande de dictateur en puissance qui ont oublié leur raison d’exister et leur raison d’être… Qu’est ce qui est dit dans le code sur les GM ? »

« Euh… On parle de son élection et de son rôle»

« Ouais, je cite : Dans chaque faculté ou école, il sera procédé à l’élection d’un Grand Maître, choisi par les faluchards au vu de ses mérites, et dont le tâche principale sera de veiller à l’application des principes de base qui régissent le port de la faluche. Le GM est le garant des traditions, il veille aux baptêmes des étudiants de sa filière et fait procéder l’élection de son successeur. »

« C’est à la fin du code, ça, non ? »

« Ouais, ce qui montre l’importance du Grand machin : il vient après tous le reste, même après le potager. Je te dis, rien n’est fait sans raison : dans un code, l’ordre est important. Mais à part ça, sur ses pouvoirs, on le mentionne, on dit quels insignes il peut distribuer, on lui donne le droit d’enlever des insignes qu’il juge inappropriées, mais c’est tout. Rien d’autres… Où est ce qu’il est marqué ‘ton GM aura le droit de te frapper les roubignolles parce que tu fais un truc qui lui plait pas’, rigole pas, j’ai vu ça dans un baptême parisien dernièrement… Où est il marqué ‘La parole de ton GM est sainte’ ?

« Ben… C’est le garant des traditions… »

« C’est ça, le garant… A t’il à ce titre une autorité quelconque autre que celle que sont prêt à lui accorder ses faluchards ? Je ne pense pas… Tu connais Rome ? »

« La série TV ? »

« Y’a de l’idée… Non, je parle de Rome, la ville, l’Urbs, la capitale du monde. L’empire romain, etc… Sous la République Romaine, on séparait deux choses : l’Impérium, le pouvoir coercitif, et l’Auctoritas, l’influence morale. Pour moi, un GM est titulaire d’une auctoritas. Il n’est pas différent des autres faluchards. »

« Ben si, quand meme ! »

« Non, c’est un faluchard comme les autres, mais qui a une croix ! Et en plus, c’est une charge, un poids d’être GM !! C’est lui qui doit gérer ses ouailles, veiller aux PLS, faire gaffe que des conneries soient pas faites comme reprendre la bagnole après une tôle ! Aujourd’hui, un GM c’est quoi ? »

« Euh… Ben on les voit pas tellement faire ça, quand même… »

« Ben voilà… Je suis persuadé que la majorité des GM sont des mecs et des nans biens, mais le peu de GM que j’ai vu officier dernièrement se comportaient comme des petits chefaillons, se foutaient de comment finissaient leurs faluchards et se la pétaient dés qu’ils avaient une croix. On leur a donné un semblant de pouvoir, et ces frustrés s’en servent pour satisfaire leurs petits désirs de domination… Je plains leur nana ou leur mec ! Mais bon, c’est juste qu’il y a eu un changement de perception… »

« Comment ça ? »

« Je me souviens de mon GM quand j’étais à la corpo droit. Il était venu me voir quelques temps après son intronisation en me disant, ‘fais chier, je peux plus me bourrer la gueule, maintenant que je suis GM, faut que je surveille les gens.’ Il avait pas tort et il a été un excellent GM, que j’écoute encore aujourd’hui. »

« Et toi… T’as failli être GM, non ? »

« Ouais, magnifique, un GM pendant 6 mois, quel intérêt ? Faut vraiment être un débile ou un groupe de débiles pour penser qu’une filière ne peut pas se démerder sans GM pendant 6 mois, dont 4 mois de congés… Bref, j’ai été élu, à la suite de manœuvres bizarres que j’ai même pas cherchées, en plus je relevais d’une cuite quand on m’a désigné sans me demander mon avis, et on m’a demandé d’organiser mon intro… »

« Et ? »

« Et je n’ai RIEN foutu !! J’allais partir à l’armée, être un GM absent c’est pas une bonne chose. Mieux vaut pas de GM qu’un GM qui ne fait ça que pour avoir une croix. Etre GM, c’est une charge, un poids, pas un privilège ! C’est des emmerde, pas un moyen d’imposer sa volonté aux autres !»

« C’est pas franchement la conception de certains. »

« Ben faut les virer, les taper et les virer, avec sodomie… Et choisir non pas un pote, mais quelqu’un de modeste. En fait, je pense qu’une élection de GM devrait se faire non pas au plus populaire, mais au moins impopulaire… Ca éviterai les merdes de choisir une personne qui ne veut pas l’être.»

« Et le système alsacien ? »

« Le système alsacien… Tu parles d’un système où trois vieux que personnes ne connait peuvent baptiser un jeune que personne ne connait non plus dans un appart paumé de Schiltigheim ? »

« Euh… »

« Rêve pas, y’a pas de système parfait. Au moins un GM tout le monde le connait, ce qu’on ne peut pas dire de tous les TVA. Y’a du bon, par le coté collégial qui évite justement les débordements de petits chefs des GM, mais le coté où certains TVA disparaissent pendant des années pour revenir quand leur petit cousin veut prendre la faluche, c’est pas parfait non plus… »

« Donc, tu penses qu’il faudrait revenir à la tradition ? »

« Oula, moi je pense pas ! Je pense rien. Je t’ai dis, chaque époque ses merdes et ses délires ! Chaque époque ses vieux qui râlent. Moi j’ai un de mes anciens qui m’a un jour dit qu’il était content de voir que je continuais les sorties faluchardes… et un plus jeune qui m’a incendié parce que je continuais, alors je ne dis plus rien… Mais faut pas qu’il se pointe un jour au CAF, celui là, on l’accueillera avec un grand sourire sadique. Non, je ne pense plus, moi. Ca ne sert à rien. C’est le mal du siècle, de toute façon : on ne pense plus, on ne réfléchit ni aux causes, ni aux conséquences de ses actes ou de ses délires. Donc je m’adapte, et quand je mets mon béret à pins, je ne pense plus, je picole, je tombe comme une merde, je badouille… »

« Et tu te pètes la cheville. »

« Ouais… Connard… »

« Mais on peut faire quoi alors ? »

« Rien… C’est cyclique tout ça. Un jour, un GM ou autre refusera de trasher ou de se faire trasher, aura les cojones pour dire que les baptêmes sont avant tout pour les locaux et les amis de l’impétrant, même non faluchard, et calmera le jeu. Il sera détesté par certains autres qui invoqueront les traditions, mais ses faluchards, sauf les potes des anciens trasheurs, lui seront peut être reconnaissant et ça fera peut être tache d’huile, faut espérer sinon je vois pas trop… »

Plusieurs semaines plus tard, un homme hirsute ressort d’une jungle profonde. Il a laissé sa compagne avec le vieux sage, pardon, avec le vieux con, capable de parler d’autre chose que de foot et de cul pendant plus de 10 mn.

Il a échappé aux barbares féroces de l’Ouneffe, qui voulait lui faire subir des outrages insensés en l’obligeant à tenir une pancarte pendant des heures pour une cause qui n’est pas la sienne. « Ils ne comprennent rien à la tradition », se dit-il. Mais lui, la comprenait-il ?

De retour chez lui, il vit un baptême. L’un des candidats au port de la coiffe sacrée se roula dans la boue en imitant le cochon, car le thème choisit par le GM ce soir là était « la vie à la Ferme ». Aucun des impétrants ne venait d’une famille d’agriculteur, ni n’avait travaillé dans une ferme… L’humiliation devait certainement être une forme de subvention européenne pour le GM. Mais le jeune homme fit comme les autres, il ne dit rien, il rit, il applaudit, et il rentra chez lui. On était loin de l’Abbaye de Thélème…

Dans sa tête résonne le dernier dialogue qu’il a eu avec l’ermite.

« Mais oublie pas une chose, gamin… »

« oui ? »

« Dans 10 ans, tu diras la même chose que moi, et moi et les autres vieux… »

« Oui ? »

« Moi et les autres, on sera toujours là… On est votre pire cauchemar… Des grabataires avec une mémoire ! Mouahahahahahahha !!! »

« Oh… Putain de merde… »

« T’as vu, je le fais bien le rire de malade, hein !! »