Le carnaval étudiant de Caen.

Le carnaval puise son origine dans les fêtes archaïques du printemps, fêtes de la démesure et de la folie qui rejouaient le chaos originel. La fête de carnaval précède le Carême, période d’abstinence et de pénitence pour les chrétiens qui ne devaient pas manger de viande et d’œufs pendant quarante jours, avant la fête de Pâques. Les jours précédant le Carême, les jours gras, étaient des jours de fête : Dimanche Gras, Lundi Gras, Mardi Gras, le Mardi Gras étant traditionnellement le dernier jour de carnaval. Le carnaval prend une ampleur particulière au Moyen Âge. Durant plusieurs siècles on y mangeait bien et on y buvait abondamment, en se donnant l’illusion d’une liberté totale : les pauvres se déguisaient en riches, les rois en mendiants, les maîtres en valets, les paysans en seigneurs, les hommes se travestissaient en femmes et vice versa. La révolte organisée du carnaval permettait, le reste de l’année, le maintien du consensus social.

L’Association Générale des Etudiants de Caen (AGEC) est la 5ème AGE de France (après Nancy, Lille, Bordeaux et Paris) créée le 15 février 1884. C’est cette association qui va organiser dès le milieu des années 1880 des monômes. A cette époque, les monômes se mettaient en place en quelques jours seulement et ils avaient toujours un thème souvent axé sur une critique sociale de la société fidèle aux carnavals du Moyen Age. En effet, tous les étudiants se connaissaient. Ils logeaient souvent à proximité et leur petit nombre permettait une grande camaraderie. Les décisions et les thèmes relatifs au carnaval étaient lancés en une soirée et faisaient le tour de l’Université en une traînée de poudre.

C’est ainsi que tous les ans, sauf pendant les deux guerres des centaines d’étudiants défilent dans les rue de Caen sous le regard souvent réprobateur des caennais. Juste avant la seconde guerre mondiale la quasi-totalité des 800 étudiants participaient aux différents monômes. A cette époque comme dans l’immédiat après guerre  la forme des monômes était plus pittoresque qu’elle l’est maintenant. La procession se faisait en file indienne, généralement effectuée la main sur l’épaule et rythmée par des chants.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, les monômes vont reprendre, ainsi de 1946 à 1956, il y avait environ 1 000 à 2 000 étudiants aux monômes et cavalcades de la mi-carême. En 1956, le dernier grand monôme étudiant s’était inspiré de l’actualité. La Quatrième République battait de l’aile et les étudiants avaient érigé à l’entrée de l’esplanade un fronton de fortune pour symboliser l’Assemblée Nationale avec la devise « Longévité Puberté Vétusté ». Et surtout, ils défilaient dans les rues avec des pancartes qui fustigeaient les grands titres de la presse nationale. Pour Jean-Jacques Bertaux, ancien directeur du Musée de Normandie, la disparition du carnaval étudiant après 1956 est liée à l’accroissement massif du nombre d’étudiants et donc à la perte de spontanéité du mouvement. On peut également imputer cette disparition à la politisation croissante de l’AGEC qui petit à petit délaissait ses activités de loisir pour son rôle syndical ce qui conduira à sa dissolution en 1971.

En 1996, Nicolas Deschamps, alors étudiant et président de l’association Arts du Spectacle (devenue Lezardus), lance le défi de ressusciter la vieille tradition des monômes étudiants après quarante ans de disparition. Il déclare dans les journaux locaux de l’époque : « J’avais envie de ressouder un peu l’esprit étudiant. C’est en écoutant mon père et mon oncle parler de leur vie d’étudiant dans les années de l’immédiat après-guerre que l’idée de recommencer cette manifestation m’est venue. Il faut relancer l’esprit potache qui sommeille dans chaque étudiant aujourd’hui. Ils ne s’amusent plus qu’au travers des corpos… Il est temps de briser cet esprit étroit. Cette grande fête doit être l’occasion de réunir tous les étudiants autour d’un projet commun afin de retrouver l’indépendance d’esprit qui animait les anciens étudiants et aussi l’occasion de donner la fièvre à une ville plutôt morne. »

En 1996, le nouveau carnaval étudiant réunit 3 000 à 4 000 personnes dans les rues. Lors de ces premières éditions en rappel à la mémoire des étudiants d’antan, le cortège invitait les étudiants à une minute de bruit en passant rue Saint Sauveur en souvenir de l’ancien palais de l’université dévasté la nuit du 7 juillet 1944 par un bombardement allié lors de l’opération Charnwood.

L’édition 2003 du carnaval n’aura compté que 2 000 à 3 000 étudiants, ce qui est peu en comparaison avec les années précédentes. La raison en serait que les étudiants, par solidarité avec les peuples en guerre, n’ont pas tenu à se déguiser et à fêter carnaval. Mais on peut également parler de l’annulation de l’édition 2006 lors de la crise du CPE ou de l’édition 2009 lors de l’édition 2009. Mais en 2009 malgré une annulation plusieurs milliers d’étudiants se sont tout de même rassemblés sur le parvis de l’Université avant de défiler dans les rues de Caen sans chars et sans musique juste avec un esprit surement plus fidèle à l’esprit contestataire d’origine pour braver l’interdiction de manifester de la préfecture.

L’association étudiante Lezardus a organisé le carnaval de 1996 à 2007 avant de jeter l’éponge suite à l’annulation du carnaval étudiant 2006 due aux blocages des bâtiments de l’Université de Caen Basse-Normandie lors des évènements liés au CPE. De 2007 à 2012, c’est la radio campus « radio phénix » qui a pris le relai de l’organisation de cet évènement festif pour le faire passer d’un évènement qui rassemblait 7 000 personnes à un évènement de plus de 12 000 personnes. Mais vu l’ampleur de l’évènement la petite équipe qui compose Radio Phénix ne pouvait plus suivre, c’est donc tout naturellement que la Fédération campus BN a proposé de reprendre l’évènement.

En reprenant le flambeau la fédération campus BN ne compte pas révolutionner le carnaval étudiant de Caen d’autant que pour cette première année, les bénévoles seront accompagnés par radio phénix qui leur fera bénéficier de toute son expérience.

Si de nombreux étudiants bas-normands sont fidèles à ce rendez-vous, le carnaval attire au-delà des frontières régionales. Ainsi en 2012, on a vu des gens de Rouen, Rennes, Tours, Angers et Paris venir spécialement pour cet évènement hors du commun. Des demandes de renseignements sont même venues de Strasbourg et Montpellier où des étudiants veulent lancer un carnaval.

Malheureusement la ville de Caen et les commerçants ne tiennent plus à cet évènement festif comme cela pouvait être le cas pour le carnaval d’avant guerre qui obtenait des subventions de la Ville. Tous, les ans les organisateurs doivent se battre avec les autorités pour obtenir des subventions (le carnaval étudiant nécessitant un budget d’environ 15 000€) mais surtout les autorisations pour avoir lieux. Malheureusement l’année 2012 aura été marquée par un grand nombre d’intervention des services de soin après l’évènement et la mise en place d’un hôpital de campagne en plein centre ville. La question est donc de ne pas laisser certains étudiants un peu défaits errer ou se bagarrer le soir dans la rue ou prendre leur voiture en état d’ébriété. Sans compter ceux qui, parmi les participants (qui ne sont pas tous étudiants puisque on y compte également de nombreux lycées et jeunes de tous horizons),  perçoivent le carnaval comme un lieu de défoulement, auquel il faut donner des limites.

 

 

 

1905 – Caen – Les fêtes du Souvenir Normand

 

Faluchards de Caen

« Vous connaissez le Souvenir normand qui groupe par des fêtes populaires dans tous les pays normands les hommes pieux du souvenir des beaux gestes que la race fit à travers le monde, histoire et légende. Vous n’ignorez pas les fêtes de Corneville pour élever dans le clocher symbolique de la réconciliation entre Normands anglais et français ce gracieux carillon dont l’une des plus belles cloches, la Canadienne, a été donnée par souscription des dames canadiennes. Vous avez lu les récits de notre pèlerinage au champ de bataille historique de Hastings, où Saxons et Normands ont scellé leur réconciliation par des journées de belle cordialité et par une fête d’art populaire de sept journées inoubliables, en août 1903.

Vous avez suivi le souvenir normand à Rouen, où, l’an dernier, sur la terre sainte de Jeanne d’Arc, le maire d’Hastings, en robe rouge, entouré d’une délégation d’Anglais vint pieusement posé une tige de lys en fer forgé, comme hommage et amende honorable à la sainte du patriotisme.

Cet été, du 5 au 10 août, la ville de Caen — capitale de la Basse-Normandie, où reposent Guillaume le Conquérant et Mathilde, sa femme, les fondateurs de la dynastie royale d’Angleterre et à la fois la souche de tous les vrais chrétiens d’Europe — la ville de Caen va donner de belles fêtes du Souvenir normand qui seront surtout d’un caractère d’art traditionnel et populaire. On inaugurera la statue du grand légiste Demelombe, connu de tous les juristes, car c’est la loi normande qui gouverne le monde chrétien.

À Falaise, berceau du Conquérant, on jouera le 9 août, en plein air, un grand drame lyrique…

Le clou de la fête sera sans doute, à côté de cette représentation comique, la présence d’invités venus de toutes les «Normandysseurs». Et parmi ces invités distingués, des représentants en uniforme des armées de la paix des Normands : Angleterre, Suède, Norvège, Danemark, Russie (fondée par Normand Rurik), Grèce, Italie.

Dans cette représentation pacifique de Normands du monde entier, le Canada ne pouvait être oublié par les fondateurs du Souvenir normand qui, depuis les fêtes du Vieux Honfleur, ont pris l’agréable habitude de qualifier le Canada de Normandie d’Amérique.

M. Turgeon, qui doit être à l’inauguration de la statue de Jacques Cartier à St-Malo, ne refusera pas notre invitation d’être avec nous à Caen et à Falaise. De Paris, les étudiants canadiens ne peuvent manquer d’assister à la fête des étudiants normands de Caen avec leurs camarades de la «Boucane»; les artistes canadiens viendront de même y assister avec le bon sculpteur Ph. Hébert.

 

 

Les étudiants de Caen goûtent les meilleurs crus de la Beuverie

Mais il est des Canadiens que le Souvenir normand aimerait à voir se joindre à tous les Normands de la paix de voir, à côté des volontaires de Jersey ou du Sussex quelques volontaires portant l’uniforme anglais et français, venue des bords du St-Laurent ? Pris par le temps, n’ayant ni liste, ni adresse des corps de milice de la province de Québec ou du Manitoba, ou du pays de l’ancienne Acadie, comment faire utilement des invitations ?

Je prends le moyen le plus court, d’écrire à La Patrie en la priant de publier cet appel et cet avis.

Parmi les nombreux Canadiens qui vont en France et en Angleterre, cette année, quelques-uns ne peuvent-ils emporter leur uniforme de volontaire, et venir montrer dans l’état-major des armées normandes de la paix à Caen, pendant les fêtes du Souvenir normand, les couleurs pacifiques et fières de leur pays ?

Nous les invitons de grand cœur, au nom du Souvenir normand, avec l’assentiment de l’honorable maire de Caen. Ils sont sûrs de recevoir parmi les Normands de la vieille Normandie un accueil cordial.

Mais si je pouvais exprimer un vœu personnel, je dirais que ma joie serait à son comble si, parmi les Canadiens volontaires, je pouvais avoir l’honneur de présenter aux autorités normandes un représentant en uniforme des volontaires de Québec et un volontaire de la Garde Ville-Marie.

En terminant, permettez-moi d’exprimer le désir de voir à Caen beaucoup de canadiennes et des journalistes confrères, qui seront bien accueillis chez les Normands de France. »

 


Relaté par Hervé Giraud