La Faculté de Médecine de Nancy

Le 27 juin 1822, Nancy obtenait une école secondaire de médecine qui devint en 1843 une école préparatoire illustrée par les Simonin, les Parisot, les Bonfils, les Poincaré.

Ce court rappel historique était nécessaire pour comprendre la transformation de l’enseignement médical en Lorraine. Après la guerre de 1870, la Faculté de Médecine de Strasbourg fut transférée à Nancy. Le 21 mars 1872, l’Assemblée Nationale votait « le transférement » confirmé le 1er octobre par le Président de la République. L’installation du personnel eut lieu le 1er octobre 1872 et l’inauguration solennelle le 19 novembre 1872. Le premier Doyen fut l’éminent professeur d’obstétrique, ancien doyen de la Faculté de Strasbourg, le professeur Stoltz. Au cours de la cérémonie d’inauguration, il donna connaissance d’une lettre du Ministre de l’Instruction publique, Jules Simon, qui exprimait tous ses vœux pour l’avenir de la nouvelle Faculté, ne méconnaissant pas l’installation modeste dans laquelle elle se trouvait et reconnaissant les sacrifices faits par l’Etat, le département et la ville de Nancy pour son installation et son fonctionnement.

Grâce à l’activité déployée par le Professeur Coze, délégué à cet effet par le Doyen, la Faculté put commencer son enseignement le lendemain de la séance de rentrée. Elle avait été installée dans les locaux de l’ancienne École préparatoire et dans ceux de l’École supérieure de garçons, située à côté du Palais de l’Académie, mise par la ville à la disposition de la Faculté.

La Faculté de Médecine de Strasbourg comptait seize chaires. Le décret de 1872 les maintint à Nancy. Neuf d’entre elles gardaient leurs titulaires : Stoltz, Rameaux, Tourdes, Rigaud, Hirtz, Eugène Michel, Coze, Bach, Morel. Sept chaires étaient devenues vacantes, deux par suite des décès des titulaires Küss et Stoeber; trois par suite de retraite et d’honorariat, Caillot, Sédillot, Fée, deux enfin parce que les professeurs n’avaient pas quitté Strasbourg, Schutzenberger et Wieger. Si ce dernier accepta avec Aubenas, Soessel et Strohl de faire partie de la nouvelle université allemande, Schutzenberger et deux agrégés, Koeberlé et Bugène Boeckel, refusèrent toujours les propositions des vainqueurs.

Trois anciens professeurs de l’École préparatoire furent nommés : Blondlot, Simonin et Victor Parisot ; les quatre dernières chaires furent attribuées à quatre agrégés de Strasbourg, Beaunis, Feltz, Hecht, Engel. Le décret de 1872 avait désigné neuf professeurs adjoints : Roussel, Charles Démange, Bechet, Grandjean, Xardel, Léon Poincaré, Emile Parisot, Lallement et Ritter. Le même décret avait maintenu dans leurs fonctions huit agrégés en exercice de la Faculté de Strasbourg. Cinq d’entre eux vinrent à Nancy : Monoyer, Schlagdenhaufen, Bouchard, F. Gross, Bernheim. Les deux derniers seuls sont restés à la Faculté de Nancy

Il nous a paru utile de montrer en ces quelques lignes comment se présentait la Faculté de Médecine de Nancy lors de sa création. Les premiers professeurs qui l’ont illustrée ont laissé un nom dans la science. Leur souvenir est toujours cher aux Lorrains.

Dans la période qui s’étend de 1888 à 1902, la réputation de la Faculté de Médecine s’étend de plus en plus ; elle est due, pour ne citer que les disparus, aux professeurs Victor Parisot, Paul Spillmann, Heydenreich, Frédéric Gross, Schmitt, Simon, Rohmer, Charpentier, Meyer, Baraban, Nicolas, Prenant, Haushalter, Guilloz, Alphonse Hergott, Schuhl, Zilgien. C’est l’époque de « l’École de Nancy » grâce aux travaux et à l’enseignement du professeur Bernheim.

Des progrès incessants ont été réalisés par la Faculté à partir de 1872. Une série de transformations de chaires furent faites ; nous ne citerons que les principales. De 1872 à 1882, il y a création de deux chaires. En 1878, la chaire de Rameaux, chaire de Physique et d’Hygiène, est dédoublée en chaire de Physique dont le premier titulaire est le professeur Charpentier et en chaire d’Hygiène donnée au professeur Léon Poincaré. En 1879, la chaire de Stoltz devient la chaire de clinique obstétricale avec le professeur J. Herrgott comme titulaire. Une chaire d’histologie est créée pour le professeur Morel qui depuis 1856 faisait une conférence spéciale à Strasbourg.

De 1872 à 1882, les locaux consacrés à l’enseignement clinique étaient insuffisants. Au lendemain du transfert, il n’y avait qu’une seule clinique pour deux professeurs de clinique médicale et une seule pour les deux professeurs de clinique chirurgicale, l’un opérant l’hiver et l’autre l’été. Dès 1873, chaque professeur eut sa clinique particulière. La construction d’un hôpital général était décidée le 25 février 1878 et en novembre 1883 les services cliniques quittaient l’hôpital Saint-Charles et l’hôpital Saint-Léon. L’origine de l’hôpital Saint-Charles remontait à 1626 ; il occupait l’emplacement de la rue Saint-Jean, où se trouve actuellement le magasin d’exposition des automobiles Citroën. L’hôpital Saint-Léon était l’ancien dépôt de mendicité, actuellement l’École Supérieure de Filles de la rue Saint-Léon. C’est le Directoire qui, avec la loi du 16 vendémiaire an V, créa les commissions administratives destinées à remplacer les conseils de directeurs ou d’administrateurs de l’ancien régime. Les différentes Commissions administratives qui se sont succédées à Nancy depuis leur fondation se sont rendu compte de l’intérêt d’une entente d’abord avec l’Ecole Préparatoire dès 1843, et avec la Faculté depuis 1872. A cette époque, la Commission administrative confia les soins à donner aux malades dans ses différents établissements à la Faculté. Ce monopole a existé jusque dans ces dernières années jusqu’à la création de chirurgiens et de médecins des hôpitaux. En réalité, les services principaux de médecine, de chirurgie générales, les services de spécialités sont assurés par les professeurs titulaires et agrégés de la services hospitaliers qui doivent être dirigés par des membres du corps enseignant. L’administration hospitalière est aidée depuis 1652 par la Congrégation des Sœurs de Saint-Charles, créée « pour soigner les pauvres malades de Nancy ». Les sœurs de Saint-Charles étaient désignées au début sous le nom de sœurs de la Sainte-Famille. C’est eu 1679 que l’évêque de Toul, Jacques de Fieux, autorisa les filles de la Sainte-Famille à s’organiser en communauté et à changer leur nom en celui des sœurs de Saint-Charles-Borromée. Il faut leur rendre hommage : leur dévouement a toujours grandement facilité la tâche de la Faculté de Médecine.

Pendant la période qui va de 1872 à 1892, la première installation des laboratoires fut faite dans les locaux de l’ancienne Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie et dans ceux de l’Ecole supérieure des garçons, située à côté du Palais de l’Académie. Les bâtiments s’élevaient dans le jardin de l’Académie occupant l’angle formé par la jonction de la rue de Serre et de la rue de la Ravinelle. Les différents titulaires de ces laboratoires furent Morel, Lallement, Tourdes, E. Démange, Beaunis, Feltz, Léon Poincaré, Coze

En 1892, après une visite du directeur de l’enseignement supérieur, la création d’un Institut anatomique fut décidée. La construction fut commencée en 1892 et terminée à la fin de 1894. Il fut inauguré le 28 juin 1896 en présence du Ministre de l’Instruction publique Barthou, du Ministre du Commerce Boucher, du Directeur de l’Enseignement Supérieur Liard, sous le décanat du professeur Heydenreich.

En 1894 fut créé l’Institut sérothérapique de l’Est dans le but de préparer et de distribuer du sérum antidiphtérique et d’aider aux progrès de la bactériologie. Cet Institut était fondé avec l’aide d’un généreux donateur, Osiris, et le produit d’une souscription publique ouverte dans la région, des subventions des villes principales de l’Est, des départements de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, de la Meuse. Il fut confié au professeur Macé. Cet Institut vient d’être complètement transformé en Institut régional d’Hygiène sous l’active direction du titulaire actuel de la chaire d’Hygiène et de Médecine préventive. Ce centre de recherches est doté de grands laboratoires, d’un musée et d’une riche bibliothèque. Il est en liaison avec plusieurs départements de la région de l’Est. Le Dispensaire universitaire lui est annexé. Cette nouvelle création permet d’établir le livret sanitaire des étudiants inscrits à l’Université et de les surveiller au point de vue médical pendant toute la durée de leurs études.

C’est en 1899 que la question du transfert à proximité de l’Institut anatomique des services restés dans les locaux de la place Carnot entra dans la phase d’exécution. Le Doyen Heydenreich posa les premiers jalons ; le Doyen Gross eut l’honneur de terminer la nouvelle Faculté. Le terrain fut acquis en face de l’Institut anatomique. A la rentrée de 1902, la Faculté prenait possession de ses nouveaux locaux rue Lionnois.

Dans les bâtiments de l’Institut anatomique, outre le service d’anatomie et la salle de dissection pourvue de tout ce qui était nécessaire pour recevoir deux cents étudiants, se trouvèrent installés le service d’anatomie pathologique et sa collection d’enseignement commencée par le professeur Baraban et classée par le titulaire actuel, le service de médecine légale avec son musée de médecine légale et de médecine judiciaire, la morgue étant annexée au laboratoire, le service d’histologie, centre de recherches particulièrement actif avec ses laboratoires fréquentés par de nombreux travailleurs, le service d’histoire naturelle et de parasitologie avec les collections du savant professeur Vuillemin, le service de bactériologie en voie d’aménagement et d’organisation.

Dans le bâtiment principal de la rue Lionnois, le rez-de-chaussée a été affecté aux services généraux et administratifs. C’est là que se trouve la salle de réunion du Conseil et de l’Assemblée de Faculté avec une collection de portraits de professeurs de l’ancienne Faculté de médecine de Pont-à-Mousson, du collège royal de médecine et de chirurgie, des professeurs de l’ancienne école préparatoire, des professeurs de la Faculté de médecine depuis 1872. Cette série constitue un riche musée historique.

La Faculté comprend le service de physique biologique avec amphithéâtre, salle de travaux, importante collection d’instruments et appareils ; le service de physiologie, laboratoire très moderne avec une salle d’opérations, des collections d’une grande richesse et une bibliothèque importante; le service de chimie, pourvu de toutes les ressources nécessaires; le service de thérapeutique et de pharmacologie avec son musée; le service de médecine opératoire avec ses collections d’instruments et une installation de chirurgie expérimentale. La Faculté s’est récemment agrandie par la création, dans l’ancien hôtel des Missions royales affecté il y a quelques années aux besoins de l’Université, d’un grand laboratoire d’hydrologie qui peut compter parmi les installations les plus importantes de notre pays. La formule qui a permis cette réalisation est particulièrement intéressante; le service a été aménagé avec des crédits relativement peu élevés dans un très vieux local qui ‘paraissait ne plus pouvoir être utilisé.

Le nombre des travaux qui sortent de ce laboratoire prouve clairement que la somptuosité des installations n’est pas indispensable à la recherche scientifique. A côté du service d’hydrologie, et dans les mêmes conditions, a été aménagé un Institut d’Education Physique d’Université rattaché à la Faculté de Médecine. Sa réputation, désormais solidement établie, fait honneur à son Directeur.

La Faculté de Nancy fut la première, dès l’année 1901, à organiser l’enseignement dentaire. L’Institut de Nancy date de l’année 1910 : il avait été construit sur un terrain voisin de l’Institut anatomique et concédé à la Faculté par la ville. De 1901 à 1910, l’enseignement avait été donné dans des locaux disponibles de la Faculté et à la Clinique dentaire de l’Hôpital civil. L’Institut devint rapidement trop petit pour le nombre toujours croissant des élèves. Il comprend actuellement un grand bâtiment affecté aux laboratoires et aux services de prothèse; c’est l’Institut dentaire considérablement agrandi et transformé pour les besoins de l’enseignement moderne. Il comprend ensuite une clinique modèle installée à côté de la nouvelle Maternité. Le style de la construction, ses remarquables aménagements intérieurs avec ses salles d’opération et surtout son hall immense renfermant 70 fauteuils pourvus des derniers perfectionnements font l’admiration des visiteurs. La Faculté de Nancy possède actuellement un des plus beaux centres d’enseignement dentaire d’Europe.

Pendant que la Faculté agrandissait ses laboratoires et perfectionnait son outillage, les Services hospitaliers subissaient d’importantes modifications. Il serait trop long de les envisager au fur et à mesure de leur réalisation. Nous devrons nous contenter de passer en revue les créations les plus importantes qui ont fait des hôpitaux de Nancy un très remarquable ensemble. Un vaste programme a été réalisé dans le cours des 20 dernières années et surtout depuis 1919 par la Commission administrative des Hospices. Il faut rendre justice aux membres de cette Commission qui toujours ont fait leur possible pour donner satisfaction aux désirs de la Faculté.

Avec la tendance actuelle, tendance absolument justifiée et nécessitée par l’évolution continuelle des sciences médicales, la spécialisation devient nécessaire. Depuis 1918, la Commission, présidée par M. Krug, a réalisé toutes les transformations et il est intéressant de constater que les transformations des services hospitaliers ont marché de pair avec les créations d’enseignements.

La Faculté de Nancy est la première qui a réalisé, pour donner aux médecins désireux de se consacrer à certaines spécialités médicales et chirurgicales, des diplômes spéciaux. Ces diplômes s’appellent « Attestations d’études médicales spéciales ». Ces attestations sont délivrées avec les mentions suivantes :

1° Ophtalmologie; 2° Electro-radiologie; 3° Chirurgie; 4° Gynécologie; 5° Médecine infantile; 6° Chirurgie infantile et orthopédique; 7° Oto-rhino-laryngologie; 8° Urologie; 9° Dermatologie et syphiligraphie ; 10° Maladies tuberculeuses ; 11° Obstétrique. Pour obtenir une attestation, il faut faire un stage d’un an dans une clinique de la Faculté.

En 1872, une charge de cours complémentaire d’ophtalmologie était créée à la Faculté. C’est en 1898 seulement que cet enseignement fut élevé au rang d’enseignement magistral. Le professeur Rohmer fut le premier titulaire de la chaire. La clinique était installée dans le Pavillon Brullard-Balbâtre ; elle fut, depuis quelques années, complètement transformée. C’est actuellement une magnifique clinique d’enseignement pourvue d’un très riche matériel.

C’est en 1894 qu’un cours complémentaire de médecine infantile était créé puis installé dans le Pavillon Virginie-Mauvais. En 1906, cette clinique complémentaire était transformée en chaire magistrale et confiée au si regretté professeur Haushalter. Depuis la dernière guerre, la clinique infantile est installée dans un grand bâtiment nouvellement construit par les Hospices. L’aménagement de cette clinique permet l’hospitalisation de très nombreux enfants malades dans des conditions parfaites. Les locaux consacrés à l’enseignement sont particulièrement développés. C’est un centre important de lutte contre la mortalité infantile.

Le départ de la clinique médicale infantile dans ses nouvelles installations, en 1930, permit aux Hospices d’attribuer tout le Pavillon Virginie-Mauvais à la clinique de chirurgie infantile et d’orthopédie qui put ainsi prendre tout le développement nécessaire. Deux grandes cliniques furent ensuite aménagées à côté de la clinique médicale infantile pour l’oto-rhino-laryngologie et l’urologie. Ces deux cliniques magistrales créées à la Faculté peu de temps après la guerre constituent à l’heure actuelle deux centres d’enseignement importants avec salles d’opération, services de consultation et laboratoires.

Dès 1895, la Faculté créa un cours dont le titulaire fut chargé du service des consultations pour électrothérapie et électrodiagnostic.

Les applications de la radiographie à la chirurgie furent étudiées à Nancy dès la découverte de Rœntgen, par le professeur Guilloz, qui, une des premières victimes des rayons X, fut un des titulaires du prix et de la médaille de la fondation Carnegie.

Au moment de la fondation de la Faculté, dans l’ancien Hospice Saint-Julien, fondé en 1588 sur l’emplacement occupé actuellement par l’Hôtel des Postes, fonctionnait un enseignement des maladies des vieillards. Cet enseignement est devenu un cours complémentaire de clinique des maladies des vieillards. Il a sa clinique dans le nouvel Hospice Saint-Julien, élevé près de l’Hôpital central et ouvert en octobre 1900. Cet établissement réunit trois classes de la population nancéienne, la classe aisée, la classe de condition moyenne, la classe pauvre. Les bénéfices réalisés avec les deux premières servent chaque année à améliorer la troisième, conception des plus heureuses au point de vue assistance. Depuis quelques années fonctionnent à Saint-Julien une clinique médicale de propédeutique et une consultation de neurologie.

La Maison départementale de Secours dont l’origine remonte à 1624, reçut, dès le transfert de la Faculté de Strasbourg, la clinique d’accouchements. La chaire d’accouchements et la clinique d’accouchements avaient été maintenues à Nancy comme chaire de clinique obstétricale et gynécologique. Stoltz, titulaire à Strasbourg, était resté titulaire à Nancy. Au moment de sa retraite, les deux enseignements théorique et clinique furent réunis en une seule chaire dont J. Herrgott fut titulaire et auquel succéda son fils le professeur Alphonse Herrgott.

En 1906, le vœu si longtemps émis de voir créer une nouvelle maternité était enfin entendu. En 1907, la construction en était décidée. Le professeur Hergott en a présenté le premier projet et les premiers plans. Les bâtiments devaient s’élever sur un terrain acquis près de l’ancien domaine du Grand Séminaire. Les travaux commencés en 1914 furent interrompus pendant la durée des hostilités. Repris en 1920, ils furent terminés en 1928. La nouvelle Maternité est un établissement magnifique faisant honneur à la ville, au département, à l’Université. C’est une des plus belles Maternités d’Europe. L’administration en est départementale. Elle a fait une très large part à l’enseignement. La clinique d’obstétrique y est installée dans des conditions remarquables.

A la Maison de Secours, outre la clinique d’accouchements, se trouvaient les services spéciaux pour affections syphilitiques, cutanées, scrofuleuses et cancéreuses. Dès 1905, la Municipalité de Nancy, sur l’initiative prise en 1904 par son ancien maire Hippolyte Maringer, faisait l’acquisition d’une immense propriété appartenant aux. Dames du Sacré-Cœur. Dans cette propriété donnée par la ville aux Hospices civils, la Commission administrative créa, d’une part, l’hôpital Villemin, hôpital-sanatorium, d’autre part, l’hôpital Hippolyte-Maringer où furent transférés les services spéciaux de la Maison de Secours. C’est le 1er avril 1914 que la clinique de dermatologie et de syphiligraphie était transférée dans le nouvel Etablissement où fonctionnaient aussi dès cette époque une clinique médicale et une clinique chirurgicale complémentaires devenue clinique de propédeutique chirurgicale. L’Hôpital Maringer s’est transformé ultérieurement par suite de la création de l’Hôpital Fournier. L’Hôpital-Sanatorium Villemin était sur le point d’être achevé à la mobilisation de 1914 ; de rapides travaux provisoires le mirent en état de fonctionner pendant toute la durée des hostilités comme Hôpital de contagieux. A ce titre, il rendit de très grands services. L es travaux furent repris dès le printemps de l’année 1919 et, à la fin de l’année, le pavillon d’hommes était ouvert et, au printemps de l’année suivante, le pavillon des femmes l’était à son tour.

A côté de l’Hôpital Villemin, se trouve le Dispensaire antituberculeux de l’Office départemental d’hygiène sociale.

Du point de vue de la lutte antituberculeuse, l’Hôpital Villemin est complété par le Sanatorium de Lay-Saint-Christophe, très agrandi, dont le fondateur a été le professeur Paul Spillmann, président de l’Oeuvre lorraine des tuberculeux. C’est en 1919 que le Sanatorium a été confié à l’Administration des Hospices.

L’Hôpital Villemin, l’Hôpital Hippolyte-Maringer, l’Hôpital A. Fournier constituent un ensemble hospitalier important affecté aux maladies transmissibles. En octobre 1926, la Commission administrative procédait à la transformation des locaux de l’ancienne Ecole des Mutilés de la Guerre, construits en 1915 et sans affectation depuis la fermeture de cette école en 1927. Ainsi se trouva constituée une clinique des maladies contagieuses avec chambres d’isolement.

En 1922, la Commission administrative avait mis à l’étude :

a) La construction, à l’Hôpital civil, d’un nouveau pavillon destiné à recevoir

la clinique de médecine infantile, la clinique d’oto-rhino-laryngologie et d’urologie,

le service de radiologie centrale.

b) La construction, à l’Hôpital civil, de deux importants groupes opératoires.

c) La réorganisation du service des consultations gratuites et des salles d’opération de la clinique ophtalmologique.

d) La création de l’Hôpital A. Fournier.

Dès 1923, les travaux étaient commencés. Le 16 juin 1924, le nouveau service des consultations gratuites de médecine et de chirurgie était ouvert. En janvier 1925, les deux groupes opératoires dont la construction avait été entreprise en 1923, étaient mis à la disposition des deux cliniques chirurgicales de la Faculté. En septembre 1925, l’Hôpital A. Fournier entrait en fonctionnement avec sa clinique de dermatologie et de syphiligraphie. En novembre 1925, l’administration hospitalière ouvrait son nouveau service de consultations gratuites. Ie nouveau service opératoire de la clinique d’ophtalmologie fonctionna en mai 1927.

Le  10 juin 1924, grâce à une donation importante de Mme veuve Boulanger (donation du 19 juillet 1910), le professeur Vautrin, mandataire de la donatrice, organisait, avec la Commission administrative des Hospices civils, une clinique de gynécologie avec dispensaire. Quelque temps après, il créait le centre anticancéreux de Lorraine dont il fut le premier directeur. Ayant obtenu de certains industriels de la région de l’Est des subventions importantes, il pouvait, avec le concours du Ministère de l’Hygiène, acquérir du radium. Ce centre anticancéreux est administré par un Conseil d’Administration, présidé par le Doyen de la Facuité de Médecine, et composé de délégués de la Municipalité, de la Faculté de Médecine, de la Commission administrative, de l’Office départemental d’Hygiène sociale. Placé à proximité des services de médecine et de chirurgie générales, en étroite communication avec l’Institut gynécologique, ce centre peut mettre à leur disposition ses moyens de traitement et a toute facilité d’hospitaliser les malades dont il assure la responsabilité du traitement.

En mai 1930, les services, réservés l’un à la clinique d’oto-rhino-laryngologie, l’autre à la clinique d’urologie, pouvaient fonctionner.

Un pavillon spécial est annexé à ces cliniques pour le service des consultations gratuites, si importantes pour leur fonctionnement.

La Faculté fut autorisée à organiser un enseignement des maladies mentales à l’Asile des aliénés de Maréville. Par décision ministérielle en date du 13 août 1878, un des médecins chefs de l’Asile fut chargé d’un cours pratique et théorique. De 1895 à 1905, par suite de difficultés entre l’Administration de l’intérieur et celle de l’instruction publique, l’enseignement des maladies mentales n’eut plus lieu à Maréville mais à l’Hospice Saint-Julien. Grâce à l’appui du directeur de l’enseignement supérieur Liard, cet enseignement a été rétabli à Maréville et il y est toujours fait, pour le plus grand bien des étudiants, par un des médecins chefs de l’Asile qui a le titre de chargé de cours.

Dès 1902, tous les services administratifs de la Faculté de Médecine, tous les laboratoires étaient réunis rue Lionnois. Depuis 1930, tous les services cliniques dépendant de la Faculté et de la Commission sont réunis dans le même quartier, proches de la nouvelle maternité.

On pourrait regretter que ce remarquable centre d’instruction médicale fût un peu éparpillé : les bâtiments de la Faculté et les différents hôpitaux qui lui sont rattachés sont sépares les uns des autres par des rues très passagères, par des groupes de maisons et même par la voie ferrée Paris-Strasbourg. Il était impossible de faire autrement, les premiers aménagements ayant été conçus d’une façon beaucoup trop restreinte. L’avenir n’avait pas été prévu avec l’ampleur désirable. Le même reproche peut, d’ailleurs, être adressé à ceux qui ont dispersé les différentes Facultés aux quatre coins de la ville. Si l’Université de Nancy était groupée dans le même quartier, elle formerait un ensemble unique. Dans le cours de ces dernières années, de gros efforts ont été faits pour rassembler tous les locaux dont la Faculté de Médecine constitue le centre tout naturel. Le jour où la Faculté de Pharmacie sera reconstruite à côté de l’Hôpital Central, les erreurs commises il y a quarante ans seront en partie réparées. L’ensemble actuel comprend, d’une part, la Faculté et l’Hôpital central, d’autre part, l’Hôpital des vieillards, la Maternité et les trois hôpitaux consacrés aux maladies contagieuses, à la tuberculose et aux maladies vénériennes.

Bien que les Services d’Hygiène sociale ne fassent pas partie de la Faculté, il est indispensable de signaler qu’ils jouent à Nancy et dans tout le département un rôle de première importance. Ils fonctionnent d’ailleurs dans les hôpitaux, sont dirigés par des membres du corps enseignant et peuvent recevoir les étudiants au cours de leur scolarité. Ces différents services ont été créés par l’Office départemental d’Hygiène sociale sous l’impulsion du Doyen Fr. Gross, son premier président, et du professeur J. Parisot, son président actuel. L’Office départemental comprend plusieurs sections qui gardent chacune leur autonomie mais qui sont soumises à la même gestion administrative. Les Présidents de section font tous les ans, à l’Assemblée générale de l’Office, un rapport sur le fonctionnement de leur service ; les différents budgets sont entre les mains du Trésorier de l’Office. La Section antituberculeuse a son dispensaire central à l’Hôpital Villemin; la section antivénérienne a son dispensaire central à l’Hôpital Fournier. Ces deux dispensaires sont spécialisés. Le dispensaire antituberculeux a des centres annexes dans différent s quartiers de la ville. Le dispensaire antisyphilitique a comme annexe le dispensais antiblennorragique de l’Hôpital Fournier, le dispensaire de la Maternité consacré à la lutte contre la syphilis infantile et le centre de la Maison d’arrêt. La lutte antituberculeuse est dirigée par le Professeur d’hygiène et de médecine préventive ; la lutte antivénérienne est confiée au Professeur de clinique des maladies syphilitiques et cutanées. Des dispensaires polyvalents ont été créés dans tout le département, dans les villes importantes et dans les grands centres industriels. On y fait à des jours différents des consultations antituberculeuses et antivénériennes. Cette importante organisation a permis d’obtenir des résultats remarquables. A ces deux sections, il faut ajouter la section de protection de l’enfance placée sous la direction du Professeur de clinique médicale infantile. Elle a à sa disposition des pouponnières et de très nombreuses consultations de nourrissons. Une quatrième section s’occupe de la lutte anticancéreuse. Elle est dirigée par le Professeur d’anatomie pathologique. Le centre anticancéreux dont il a déjà été question comprend actuellement des salles de consultation, des laboratoires, une salle de radiothérapie profonde et des salles d’hospitalisation qui vont être considérablement agrandies. L’Office départemental a créé récemment une section d’Hygiène mentale, une section de propagande. Une section d’Hygiène dentaire est en voie de réalisation. A côté de la Faculté de Médecine et des Hôpitaux, en liaison avec leurs différents laboratoires ou services cliniques, l’Office départemental a ainsi réalisé une vaste organisation de lutte contre les maladies sociales qui est souvent citée connue modèle en France et à l’étranger.

Depuis de longues années, la Bibliothèque de la Faculté était réunie aux bibliothèques des autres Facultés formant la Bibliothèque universitaire, les étudiants en médecine ne profitaient qu’incomplètement de cette bibliothèque. Grâce aux efforts de notre actif et dévoué doyen actuel, la Bibliothèque de la Faculté de Médecine aura son local particulier. Elle sera établie à côté des laboratoires de la Faculté, de l’Institut anatomique, de l’Institut d’Hydrologie, de la nouvelle Maternité, de l’Institut d’Hygiène, de l’Institut dentaire, de l’Hôpital central, du Centre Villemin-Maringer-Fournier. Son installation des plus modernes comprend une salle de travail pour étudiants, un cabinet de lecture pour les professeurs. Elle est terminée depuis le 1er avril 1932.

L’activité de la Faculté de Médecine de Nancy ne s’est pas démentie un seul instant depuis l’année 1872. Après avoir été pendant quarante-six ans la Faculté française d’avant-garde, elle a eu le périlleux honneur, au cours de la grande guerre, d’assurer une partie de ses enseignements à moins de vingt kilomètres des lignes sous les bombardements par avions et par canons à longue portée. Une flatteuse citation à l’ordre de la nation constitue un de ses plus beaux titres de gloire. Les nobles traditions médicales y sont jalousement conservées. Plusieurs de ses maîtres, parmi les meilleurs, ont été appelés dans d’autres Universités. La plupart sont restés fidèles à la terre lorraine. Leur plus grand désir est de conserver à la Faculté où ils ont été élevés la place qu’elle doit conserver parmi les grands centres français d’enseignement. De nombreux congrès scientifiques ou professionnels ont tenu leurs assises à Nancy. Des savants et des médecins souvent venus de très loin ont voulu rendre hommage aux efforts considérables réalisés dans les domaines de la science médicale. La vieille Société de Médecine qui, avant la guerre de 1914, centralisait tous les travaux des maîtres nancéiens a vu se fonder à côté d’elle de jeunes sociétés dont l’activité ne cesse de grandir : réunion biologique dont le professeur Jolly vient de célébrer le 30ème anniversaire, société d’ophtalmologie de l’Est, société de gynécologie et d’obstétrique, réunion de dermatologie et de syphiligraphie. De nombreuses publications témoignent de leur incessant développement. Depuis quelques années, des réunions médicales annuelles groupent plusieurs centaines de médecins venus de toute la région pour se tenir au courant des nouvelles méthodes de recherche, de diagnostic et de traitement. Des conférences et des démonstrations resserrent, de très heureuse façon, les liens qui doivent étroitement unir le corps professoral et le corps des médecins praticiens. Tous les ans, nombreux sont les professeurs et leurs collaborateurs qui, dans les congrès nationaux et internationaux, vont porter le bon renom de la Faculté de Médecine. Ainsi se maintient, par delà les années, la renommée du centre d’enseignement médical lorrain, digne successeur de la vieille Faculté de Pont-à-Mousson et des Collèges royaux de Médecine et de chirurgie de Nancy.

L’énumération des transformations et des créations, forcément un peu sèche, permet de se rendre compte de l’essor de la Faculté de Médecine depuis 1872. Alors qu’elle comptait seize chaires, en 1932 elle comporte vingt et une chaires. En 1872, il y avait neuf professeurs adjoints; actuellement, il y a treize cours complémentaires, quatre cours de cliniques complémentaires, sept agrégés chargés d’enseignement, plus l’Institut dentaire qui comporte douze conférences.

Au lendemain de la guerre, quand plusieurs professeurs de Nancy partirent pour la Faculté de Strasbourg, on avait cru dans bien des milieux que les deux Facultés ne pourraient vivre et que la Faculté lorraine serait sacrifiée. Il n’en a rien été. Cette dernière a montré quelle était sa vitalité et les deux institutions peuvent se développer parallèlement.

En 1872, les étudiants en médecine étaient au nombre de 185. En 1931, les étudiants sont au nombre de 438.

Il y a eu une véritable transfusion de sang en 1872 quand la Faculté de Strasbourg est venue à Nancy et depuis la Faculté de Nancy n’a fait que prospérer. Au point de vue clinique, grâce à la Commission administrative des Hospices civils, la Faculté a à sa disposition environ 2642 lits. En 1872-1873, les cliniques de Faculté recevaient : Saint-Charles : 691 malades; Saint-Léon : 555 malades. En 1888, les cliniques du nouvel hôpital recevaient 2961 malades; en 1898 : 5257; en 1913-1914 : 9000 malades. En 1931, les malades traités à l’Hôpital central étaient de 10526. Le groupe Hôpitaux Maringer, Fournier, Villemin et Sanatorium de Lay-Saint-Christophe soignaient 3608 malades. Ces chiffres se passent de tout commentaire; ils sont assez éloquents par eux-mêmes ; ils montrent quelles sont les ressources de l’enseignement clinique à Nancy.

En 1872, tout était presque à créer ou à améliorer. De 1872 à 1932, les Doyens qui se sont succédés à la tête de la Faculté ont tout fait pour la doter de laboratoires bien installés, bien équipés. Actuellement ces laboratoires suffisent aux besoins de l’enseignement, mais ils sont perfectibles et seront perfectionnés.

La Faculté de Médecine de Nancy garde fidèlement les traditions de ses anciens professeurs ; elle fait marcher de pair la recherche scientifique et la préparation technique des futurs médecins. Elle s’est donné comme but le développement de la science désintéressée et l’enseignement de la médecine. C’est une lourde tâche que les professeurs actuels accomplissent avec la ténacité propre au caractère lorrain pour faire honneur à l’Université de Nancy, à la Lorraine et à la France.

 


Article trouvé sur l’excellent site: http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Faculte_Medecine.htm

 

Souvenirs de mes années 1940 en médecine

A cet effet, je me revois encore en 1942, étudiant de 2ème année et assistant à une clinique en service de médecine. Nous étions tous rassemblés autour de la malade dans un petit box au fond de la salle commune, et nous écoutions avec attention les commentaires de notre moniteur, un jeune chef de clinique, qui devint ensuite un grand professeur que vous avez tous connu.

La patiente était une jeune fille couchée en chien de fusil sur son lit dans la pénombre.

Notre chef, petit par la taille, se hissait à la tête du lit et sur la pointe des pieds pour exprimer d’un ton doctoral des faits importants. Il affirmait que le diagnostic porté, et ceci de façon formelle, était celui de méningite tuberculeuse, bien que l’on n’ait pas trouvé de bacille de Koch dans le liquide céphalo-rachidien, ce qui était habituel à l’époque.

De ce fait, étant donné que nous ne disposions d’aucun moyen thérapeutique efficace, cette pauvre fille était condamnée à une mort certaine. Il ajoutait que le bacille de Koch avait une épaisse capsule de cire qui le rendait acido et alcoolo résistant. On pouvait le tremper dans l’acide le plus concentré ou dans l’alcool absolu sans le détruire, et dans ces conditions, il était impensable de découvrir un jour un traitement efficace.

Vous savez tous ce qu’il est advenu du traitement et du pronostic de cette affection quelques années plus tard avec l’avènement de la streptomycine.

Mais je dois également vous conter l’épilogue de cette histoire. Nous avions tous, jeunes étudiants, été profondément frappés par le destin tragique de cette jeune fille qui avait notre âge. Aussi, huit jours plus tard, nous avons été trouver discrètement la sœur de la salle pour avoir quelques nouvelles sur le sort de la malheureuse. Elle nous accueillit avec le sourire et nous dit qu’on pouvait la voir et qu’elle prenait son déjeuner.

L’externe de la salle nous donna de plus amples explications. En fait le diagnostic de méningite tuberculeuse avait été porté un peu hâtivement, il s’agissait simplement d’une méningite lymphocytaire bénigne spontanément curable.

Cet exemple clinique m’est toujours resté présent et j’en ai tiré deux conclusions :

Tout d’abord l’erreur est possible en médecine et ensuite l’espoir est toujours permis même dans les cas jugés désespérés.

J’ajouterai d’ailleurs que j’ai vu au centre anticancéreux à plusieurs reprises des malades apparemment condamnés à une mort prochaine, renvoyés dans leurs foyers, se présenter quelques mois plus tard à la consultation en pleine santé apparente. A nous d’en tirer une leçon de modestie.

Il faut également garder confiance dans l’avenir de la médecine, des découvertes inespérées pouvant toujours démentir les dogmes les mieux établis.

Etudes médicales

 

Les études médicales de l’époque duraient 6 ans et étaient précédées d’une année de préparation : le PCB (photo de la promo – 1940) qui se déroulait à la faculté des sciences dans le quartier de la Craffe, c’est à dire à l’Institut de Physique Chimie Biologie. En 1940, le nombre d’étudiants était limité par les difficultés que beaucoup d’entre nous avaient pour rejoindre Nancy restée en zone interdite. L’atmosphère était celle d’une franche camaraderie renforcée par de nombreuses sorties collectives. A l’occasion de l’une d’elle, vous pouvez voir le futur Professeur Rauber exerçant déjà ses talents oratoires et captivant son auditoire.

 

1ère année

Après cette année de détente relative, les choses nous paraissaient plus sérieuses, lorsque nous franchissions les portes de la faculté de médecine dans le quartier Saint Pierre.

Les cours et les travaux pratiques étaient communs aux deux premières années, le programme étant étalé sur 2 ans, ce qui favorisait les relations entre étudiants d’années différentes.

Le premier semestre était le plus important car il était consacré à l’anatomie et à l’histologie, qui représentaient alors la base de l’enseignement. Celui de l’anatomie était fondamental et  4 après midi par semaine, nous nous retrouvions tous de 2 à 4 heures en salle de dissection.(photo de la promo – 1941 ).

Inutile de décrire l’impression désagréable ressentie lorsque nous pénétrions pour la première fois dans cette immense salle froide où régnait une forte odeur de formol qui nous prenait au nez et où une dizaine de cadavres étaient alignés sur des tables en pierre. Nous étions accueillis par le Professeur Beau, alors jeune agrégé, dont la froideur apparente de maitre de cérémonie complétait admirablement l’atmosphère morbide.

Mais peu à peu le climat se réchauffait, les conversations engendraient un brouhaha général en même temps qu’un lourd nuage de fumée emplissait la salle, chacun allumant cigarette ou pipe pour se donner du courage avant d’entreprendre la dissection.

La dissection se passait par équipe de 2 ou 3 équipes travaillant sur le même cadavre tout en compulsant le petit Rouvière.

En salle de dissection

Le professeur et les aides d’anatomie passaient de tables en tables pour donner des conseils ; ils se mêlaient volontiers aux discussions qui portaient sur les sujets les plus variés. La première impression désagréable passée, ces heures étaient des moments de détente dont nous avons conservé de bons souvenirs.

2ème année

 

L’histologie nous était enseignée de façon magistrale par l’un des grands maîtres de l’époque, le Professeur Remy Collin. Ses cours essentiellement consacrés à l’histophysiologie de l’hypophyse, se référaient à des travaux personnels. Il s’exprimait toujours dans un langage châtié et fascinant son auditoire par la clarté de son exposé. Personnage qui nous paraissait déjà d’un autre âge, il portait toujours des binocles et un col dur cassé et amidonné.

Je me souviendrai toujours de l’épreuve de TP d’histologie où j’avais confondu une coupe de testicule avec une coupe d’antéhypophyse. Devant ce sacrilège, les binocles en sont tombés sur la table d’indignation et bien sûr je fus recalé.

 

Le deuxième semestre était consacré à l’enseignement de la physique, de la chimie et de la physiologie. La chimie et la physique occupaient peu de place.

Le Professeur Robert devait interrompre une fois par semaine son passe temps favori, la pêche, pour venir de Lunéville faire son cours sur les protides, les glucides et les lipides.

Son sujet favori était le lait, et,  à cette occasion, il nous faisait l’inventaire de tous les objets insolites que l’on trouvait dans les bidons de lait à la laiterie Saint Hubert, tels que vieilles chaussures, bottes, chats, rats, souris crevés et j’en passe.

Il faut dire que l’examen se passait gentiment. Le candidat était invité à choisir son sujet qui infailliblement était le lait. Seuls ceux qui s’étaient distingués en chahutant pendant les cours étaient recalés.

La physique était enseignée dans une atmosphère houleuse. Le Pr Georges Lamy apparaissait sur son bureau, le visage congestif, lisait à voix basse son cours sur le fonctionnement du tube de Crookes en sautant de temps en temps inconsciemment quelques pages au milieu des piécettes et objets divers qui atterrissaient autour de lui.

Seule la physiologie était prise plus au sérieux. Elle nous était enseignée par le Professeur Chailley Bert, à l’allure de lord anglais qui ne manquait pas une occasion de faire référence à son illustre beau père, Paul Bert, et à son maître Charles Richet.

 

3ème année

 

La troisième année (photo de la promo) était essentiellement consacrée à l’anatomie pathologique et à la bactériologie. Nous avons eu le privilège de bénéficier de l’enseignement d’un brillant élève du Pr Remy Collin, le Professeur Pierre Florentin, directeur du Centre anticancéreux. Ses cours remarquablement illustrés par des schémas simples et clairs, faits au tableau, séduisaient l’auditoire.

Le Professeur Paulin de Lavergne avait des qualités d’orateur et d’enseignant exceptionnels. Ses cours étaient de véritables spectacles où l’auditoire était à la fois captivé par le verbe et amusé par les gestes et les mimiques.

 

Paulin de Lavergne

 

On le voyait ainsi certains jours traverser l’estrade  genoux ployés, les bras tombant ou majestueusement pour indiquer la banalité ou la rareté dune bactérie; ou encore pour retenir l’attention, rattraper au dernier moment sa paire de lunettes qu’il avait malicieusement laissée glisser sur son pupitre.

A partir de la quatrième année, les cours étaient peu fréquentés. Nos fonctions d’externe et la préparation à l’internat se substituaient avantageusement  aux cours de pathologie.

 

5ème année

 

En 5ème année, l’hygiène et le traitement des gadoues intéressaient peu de monde.

Seuls les cours de thérapeutique du Pr Kissel emplissaient l’amphithéâtre.

Pour d’autres raisons, nous fréquentions le cours de médecine légale du Pr Mutel. Avec un flegme non simulé, il avait l’art de distiller nombre d’histoires drôles touchant une discipline qui ne s’y prêtait guère.

Enfin, la 6ème année était consacrée à la préparation des examens cliniques et à la thèse.

 

Salle des thèses (1954)

Concours hospitaliers

 

Dans le cursus des études médicales, les examens ne constituaient au pire qu’un barrage temporaire pour l’étudiant qui arrivait presque toujours à décrocher son diplôme de médecine, à condition d’avoir la patience et d’y mettre le temps. La seule sélection était celle des concours hospitaliers (interrompus de 1943 à 1945). On peut dire qu’un étudiant sur 3 devenait externe et qu’un externe sur 3 ou 4 devenait  interne.

L’externat se passait habituellement en fin de 2ème année, mais dès le début de la première année, nous assistions aux conférences faites pas les internes.

L’examen comprenait 3 épreuves: une d’anatomie et deux épreuves médicales, l’une de médecine dite de pathologie interne et l’autre de chirurgie dite de pathologie externe. Chaque épreuve consistait en un exposé oral de 5 minutes devant le jury après tirage au sort des questions et préparation de 10 minutes.

Le concours d’internat se passait généralement en 5ème ou 6ème année et nécessitait une préparation intensive. A cet effet, notre livre de chevet était les« Conférences de clinique » de Louis Ramond en 13 volumes.

Le concours comportait 3 épreuves: anatomie – pathologie interne- pathologie externe,  chacune d’une durée d’une heure.

Après les épreuves, le candidat lisait sa copie devant le jury sous la surveillance d’un camarade. Mais si l’écrit était discriminatoire, le résultat final et le classement étaient essentiellement en rapport avec les résultats de l’épreuve orale, éminemment pratiques, c’est-à-dire «  l’épreuve des malades ».

 

Le candidat avait 1/4 d’heure pour examiner le malade tiré au sort et demander les quelques examens complémentaires nécessaires pour préciser le diagnostic. Après 15 minutes de réflexion, il devait en 10 minutes présenter le malade devant le jury en exposant successivement les symptômes, les signes cliniques et biologiques, le diagnostic différentiel, le diagnostic affirmé ou présumé, le traitement et éventuellement le pronostic. Enfin, une épreuve d’urgence départageait les ex-æquo.

Il faut dire que quel que soit le résultat, la préparation au concours, dans un esprit de compétition et plus particulièrement celle de l’épreuve de malades, constituait un enseignement fécond et vivant. Pour nous entrainer, nous faisions de nombreuses présentations de malades aux anciens internes et à quelques agrégés comme les PrChalnot et Kissel. On apprenait ainsi la discipline et la rigueur de l’examen clinique. On s’entrainait également à observer, à réfléchir, et à exposer.

Cet enseignement complet englobait la maladie, c’est à dire la pathologie et également le malade c’est à dire l’investigation clinique. La proclamation des résultats était suivie du traditionnel baptême. A cette époque, le nombre total des internes en exercice était limité à 15 ou 20, ce qui favorisait les réunions amicales et les sorties communes.

(photo d’internat – 1947 ) (photo – dans le service du Pr. Chalnot)

Les hôpitaux de Nancy

 

L’enseignement clinique au lit du malade ayant lieu tous les matins à l’hôpital, dès la première année, les externes avaient le privilège de participer pleinement à la vie des services et de faire partie du personnel médical de l’hôpital.

En 1943, au début de mon externat, les hôpitaux étaient la propriété pleine et entière des sœurs de Saint Charles qui en assuraient la gestion. L’administration était réduite à sa plus simple expression, c’est à dire à un économe gestionnaire et à un trésorier auprès duquel nous allions chercher à la fin de chaque mois notre maigre pécule.

Le personnage suprême et tout puissant et pour nous un peu mystérieux était la supérieure des soeurs de Saint Charles. Son pouvoir absolu pouvait à l’occasion aller jusqu’à faire ou défaire une carrière médicale.

Elle disposait d’un service de renseignement parfaitement structuré car la communauté exerçait un contrôle absolu et permanent sur tous les services. Les responsables des services et des salles communes étaient des sœurs dont l’autorité  était d’autant plus grande qu’étant donné leur âge canonique, elles avaient souvent connu le chef de service alors qu’il n’était qu’externe, et il était courant de désigner un service ou une salle par le nom de la sœur responsable. Il faut dire toutefois que beaucoup de ces sœurs étaient à l’époque des femmes remarquables d’une grande intelligence ayant acquis sur le terrain une expérience considérable. De plus, disponibles 24h sur 24 et dévouées, elles assuraient auprès des malades un soutien moral irremplaçable.

La population hospitalière à l’époque était également différente de celle d’aujourd’hui L’hôpital était essentiellement réservé aux classes sociales les plus défavorisées qui ne bénéficiaient pas souvent de prestations financières maladie.

La sécurité sociale n’existait pas avant 1945. Seuls des salariés non cadre étaient obligatoirement inscrits à une caisse mutuelle d’assurance maladie ce qui représentait en fait une minorité de la population dans un pays encore à l’époque essentiellement agricole.

Les médecins peu ou pas rétribués exerçaient tous à temps partiel. Ceux qui n’avaient pas de fonction universitaire trouvaient leur revenu dans un exercice en clientèle privée ou comme consultant. Cet exercice était grandement favorisé par le titre prestigieux de « chirurgien ou médecin des hôpitaux ».

Ces facteurs socio-économiques retentissaient également sur les mentalités. Les malades étaient peu ou pas revendicateurs. Ils acceptaient sans grande explication et avec un certain fatalisme le verdict et les décisions médicales même lorsqu’elles se traduisaient par des mutilations importantes.

Le problème de la vérité au malade ne se posait pas. L’image du médecin qui donnait gratuitement des soins aux pauvres et aux indigents était grandie. Le pouvoir médical était considérable.

Chirurgie

 

Au début des années 40, certains chirurgiens commençaient à s’intéresser à la chirurgie fonctionnelle à la suite des travaux de Leriche, mais le chirurgien restait encore essentiellement dirigé vers la technique sur la base de ses connaissances anatomiques.

Nombre de techniques chirurgicales utilisées couramment aujourd’hui étaient déjà décrites, mais les conditions de réalisation de ces interventions avaient peu évolué depuis l’époque pasteurienne c’est à dire de l’asepsie.

L’intervention majeure était alors la gastrectomie subtotale. Ne disait-on pas qu’elle constituait le brevet du chirurgien et cette confirmation était acquise à l’interne qui, en fin de 4eme année, avait le privilège de réaliser sous la direction du patron ou du chef de clinique sa première gastrectomie.

Il faut dire que ses indications étaient alors très larges. Pratiquement tout ulcère qui ne répondait pas rapidement favorablement au traitement médical ou qui récidivait était opéré. Et j’ai vu nombre de jeunes de 20 ans ou même moins subir cette intervention qui était  grevée d’une mortalité opératoire inacceptable aujourd’hui.

En effet les conditions de réalisation des interventions étaient précaires. Les techniques d’anesthésie générale utilisées nous paraissent aujourd’hui d’un autre âge. L’anesthésie était réalisée au Schleich (chlorure d’éthyle – éther – chloroforme) au masque d’Ombredanne, ou encore chez l’enfant  au chloroforme en goutte à goutte sur une compresse.

Les moyens de réanimation se limitaient à l’inhalation d’oxygène et si nécessaire des transfusions de bras à bras, en utilisant en cas d’urgence le donneur que l’on avait sous la main, c’est à dire un brancardier ou l’externe de service.

Inutile d’ajouter que l’on ne disposait ni d’antibiotiques pour juguler l’infection, ni d’anticoagulant pour traiter les thromboses.

Dans de telles conditions la mortalité opératoire était fonction essentiellement de la maitrise du chirurgien, de la sureté et de la rapidité du geste. La durée d’une intervention ne devait pas dépasser en principe 60 minutes sans risque d’augmenter de façon intolérable les risques opératoires.

A cet effet l’adresse et la célébrité du Pr Hamant étaient légendaire, il était capable de battre des records. Personnage hors du commun, doué dune personnalité puissante et colorée, son influence lorsqu’il se trouvait dans un jury d’internat pouvait être décisive pour le candidat. Ainsi, tout externe soucieux de son avenir se devait de faire un stage en chirurgie B. La journée du Pr Hamant commençait à 5h30 à la clinique Bonsecours.

Lorsque 8H sonnait à la chapelle de l’hôpital, il arrivait au service portant sous son bras sa traditionnelle bicyclette jusqu’à son bureau. Tout le personnel médical l’attendait dans un alignement parfait.

La visite commençait et entouré de ses gardes du corps, chef de clinique et internes. Il  parcourait au pas  de course les 4 salles du service, suivi de la cohorte des externes.

Après cette courte visite débutaient les séances opératoires. Le Pr Hamant se réservait les 2 ou 3 interventions jugées les plus importantes, puis le chef de clinique et les internes prenaient le relais.

 

Le tableau opératoire était toujours très chargé : gastrectomie, colectomie, cholecystectomie se succédaient.

Les interventions gynécologiques les plus courantes étaient l’hystérectomie subtotale avec annexectomie réalisée souvent chez des femmes jeunes de moins de 30 ans pour saignements ou chez des femmes plus âgées pour fibrome. Les cancers gynécologiques étaient traités généralement par Wertheim ou Halsted.

Certaines interventions peuvent paraitre aujourd’hui anachroniques. Ainsi les péritonites tuberculeuses avec épanchement, très fréquentes à l’époque, étaient traitées et parfois guéries par simple exposition des lésions après laparotomie. Il s’agissait en l’occurrence d’une forme d’héliothérapie.

Les hernies et les appendicites étaient,  bien sûr,  l’apanage des internes, mais lorsqu’un externe avait été jugé particulièrement méritant, il avait le privilège à la fin de son stage de réaliser l’une des interventions sous le contrôle d’un chirurgien expérimenté.

La traumatologie occupait également une place importante et une salle au service des hommes était réservée à ces blessés.

L’enclouage des fractures du col, la pose de broches  étaient des interventions courantes. La réduction des fractures,  de même que la recherche des corps étrangers se faisaient sous contrôle scopique avec « la boule de Siemens », l’externe tenant l’écran. Ces appareils étaient mal protégés et nombre de chirurgiens de l’époque ont gardé des séquelles sous forme de radiodermites au niveau des mains.

Enfin, il faut dire que les ostéomyélites étaient fréquentes  et en l’absence d’antibiotiques, le traitement était essentiellement chirurgical.

Dans les services de chirurgie le rôle essentiel de l’externe était celui d’anesthésiste. Inutile de décrire la terreur panique qui pouvait s’emparer de nous lorsque nous étions amenés à donner dans le service du Pr Hamant la première anesthésie générale pour le patron.

L’apprentissage était des plus sommaires. On nous mettait l’appareil d’Ombredanne dans les mains après avoir versé dans le réservoir une ampoule de Schleich. On nous expliquait qu’il fallait simplement  monter progressivement la manette au repère 8, jusqu’à ce que le malade dorme, ce qui s’appréciait par l’abolition du réflexe palpébral, en mettant le doigt sur la cornée. Puis on devait redescendre progressivement la manette en surveillant la respiration du malade, c’est à dire le rythme d’expansion de la vessie et l’état de la pupille.

En fait il fallait beaucoup de doigté pour naviguer entre les 2 écueils, c’est à dire la syncope qui était annoncée par une mydriase et le réveil du malade associé parfois à des vomissements.

Lors des cas de syncope, la réanimation consistait essentiellement après avoir dégagé les voies respiratoires à l’administration de grandes tapes sur la joue du patient.

De temps en temps, le silence de la salle était brutalement rompu par les vociférations de l’opérateur: le sang est noir, le malade jaune. Quand cela ne se traduisait pas par des actes, le pauvre externe se retrouvait avec son tabouret au fond de la salle sous l’effet d’un magistral coup de pied du Pr Hamant.

On racontait également l’aventure arrivée à un jeune externe au service d’urologie du temps du Pr André. Elle avait donné lieu à un quiproquo assez comique. Le jeune externe effrayé par l’ampleur de l’expansion de la vessie de l’appareil s’était écrié : « Monsieur, la vessie va éclater ». Le patron intervenant chez le patient sur le même organe s’offusqua bruyamment de cette réflexion inopinée qui lui paraissait déplacée. L’externe eut finalement le mot de la fin en disant : « Monsieur ce n’est pas la vôtre, mais c’est la mienne qui va éclater ».

Parmi les spécialités chirurgicales, le service de chirurgie infantile du Pr Bodart se trouvait au pavillon Virginie Mauvais, actuellement détruit. Je n’ai pas fréquenté ce service mais le seul souvenir que j’en ai gardé est l’aventure qui m’est arrivée lors de ma première nuit de garde d’interne. A cette occasion, il faut dire que l’on avait du mal à contenir une certaine angoisse lorsqu’on se trouvait pour la première fois seul responsable dans cet immense hôpital.

La première partie de la nuit s’était relativement bien passée. Quelques appels souvent peu justifiés de veilleuses totalement incompétentes. Tel l’appel pour un malade pris soudainement de violentes douleurs abdominales et qui à mon arrivée se trouvait tout à fait bien après être passé aux toilettes.

Vers 1h du matin, je suis amené à examiner un enfant qui apparemment présentait une hernie étranglée. Je fais appel au chirurgien de garde qui à cette époque, n’ayant pas de moyen de locomotion, venait à pied depuis la rue de Metz. Au bout d’une heure, je le vis apparaitre en salle de garde pour m’informer que je l’avais dérangé inutilement, la sœur Rosalie, experte en la matière, ayant réduit la hernie dans un bain d’eau tiède.

Vers 3h du matin, je vois un autre enfant qui présentait manifestement des symptômes d’invagination intestinale. Cette fois, avant de déplacer le chirurgien, j’avais pris la précaution de consulter la sœur Rosalie pour savoir si elle n’avait pas également une technique pour réduire les invaginations des nourrissons.

J’ai fréquenté le service d’urologie du Pr André Guillemin lors de mon premier stage d’externe en 1943. Une des occupations essentielles de l’externe était alors de pratiquer dans une salle spécialement aménagée les nombreuses dilatations quotidiennes au Béniquet des urètres rétrécis le plus souvent à la suite de blennorragie.

Le service était sous la haute protection de la sœur Andrée qui, lorsque le patron apparaissait, se précipitait sur une petite clochette qu’elle actionnait fébrilement pour prévenir le personnel médical que la visite allait commencer.

Le service de gynécologie se trouvait dans le vieil hôpital Marin. Le Pr Binet était très connu pour ses publications de sexologie que l’on trouvait dans les kiosques à journaux. Elles faisaient scandale à l’époque alors qu’elles apparaitraient certainement bien banales aujourd’hui.

L’externe du service était préposé au traitement par Propidon des salpingites chroniques, ce qui représentait une forme de thermothérapie.

Enfin, la neurochirurgie naissante était alors abritée dans les locaux du service d’ORL du Dr Aubriot. Le Pr Rousseaux, chirurgien habile et orateur brillant trop tôt disparu y opérait déjà quelques tumeurs cérébrales. Mais les résultats de ces opérations souvent longues étaient alors décevants, car les malades décédaient habituellement dans les 24h, l’hypertension cérébrale étant alors mal contrôlée.

Et je l’ai entendu dire un jour désabusé qu’il n’y avait qu’une bonne intervention, c’était celle de l’appendicite aigüe. Heureusement il trouvait plus de satisfactions dans les interventions pour hernie discale  ou dans la chirurgie de la thyroïde qu’il affectionnait.

Le Professeur Kissel intervenait au service comme consultant de neurologie, et cette brillante association constituait un magnifique tandem pour le plus grand bénéfice des étudiants.

Dans les services de chirurgie, l’externe était formé à une rude discipline. L’activité y était intense, le temps était compté et l’exactitude était de rigueur. Tout autre était l’atmosphère plus détendue qui régnait dans les services de médecine où la pose matinale traditionnelle de 11h favorisait les discussions.

On prenait également le temps de la réflexion pour élaborer des théories pathogéniques souvent ingénieuses et séduisantes mais rapidement caduques. Certaines conceptions de l’époque nous paraissent aujourd’hui complètement aberrantes.

On voyait la vérole partout. Certes, la syphilis était beaucoup plus fréquente qu’elle ne l’est aujourd’hui. A l’hôpital Fournier, on pouvait observer quotidiennement chancre, roséole, gommes …. De même, dans les services de médecine, on trouvait toujours quelques malades atteints de tabes et de paralysie générales

Mais on attribuait également à la syphilis ou plutôt à l’hérédosyphilis un grand nombre de maladies dont on ignorait l’étiologie. C’était le cas d’un grand nombre d’affections néonatales ou congénitales et d’une grande partie des maladies vasculaires ou neurologiques. Il suffisait de quelques dents malformées, d’une kératite suspecte, d’une aorte douteuse quelque peu déroulée pour entreprendre un traitement spécifique.

A la maternité, toute femme qui avait fait plusieurs avortements spontanés ou accouchements prématurés ou dont l’enfant était malformé, était suspectée de syphilis et était soumise au traitement par Novarsenobenzol et Bismuth.

L’interne, comme aujourd’hui, était une des chevilles ouvrières indispensables à la bonne marche des services de médecine, assurant le suivi des malades, l’accueil et l’examen des nouveaux malades, lors des contre visites. De plus, en l’absence de secrétaire médical, il écrivait le courrier.

L’externe était « le notaire » et prenait les observations détaillées. Mais de plus, comme les secrétaires n’étaient pas autorisées à pratiquer les ponctions veineuses, il était chargé également des prises de sang, injections intra veineuses et des diverses ponctions d’épanchement pleuraux ou d’ascites.

Mais les services constituaient avant tout une école de clinique où l’on apprenait à interroger, à palper, à ausculter. L’examen clinique du malade était fondamental et devait permettre dans la plupart des cas d’établir le diagnostic.

C’était une application de la méthode anatomoclinique décrite déjà en 1819 par Laennec. L’auscultation occupait ainsi une place importante en pneumologie: elle se faisait directement à l’oreille au travers d’une serviette. Les râles crépitants, les tintements métalliques et le souffle amphorique du pneumothorax.

Les examens complémentaires étaient limités, en dehors des examens systématiques traditionnels: NF, BW, urée, recherche du sucre et de l’albumine dans les urines. On réalisait parfois à la demande: constante d’Ambard, glycémie, dosage des protides et tests hépatiques.

Les radiographies étaient demandées en fonction des données de l’examen clinique.

En période de restriction, il était d’usage de réduire le nombre des clichés qui étaient d’ailleurs souvent de mauvaise qualité. Le Pr Lamy, responsable du service de radiologie, avait d’ailleurs décrété qu’il était inutile de faire des radios pulmonaires de profil, arguant de l’incapacité des médecins pour interpréter  correctement un cliché de face.

Dans le domaine de la thérapeutique, les moyens doués de quelque efficacité étaient peu nombreux en dehors de quelques diurétiques et tonicardiaques,

    – des anti inflammatoires de type salicylate de sodium (utilisé pour le traitement du rhumatisme articulaire aigu, pathologie fréquente à l’époque.

    – de la quinine utilisée dans le paludisme et comme anti thermique

    – de l’insuline pour traitement du diabète.

L’infection était traitée par les sulfamides depuis la découverte de Domack en 1935.

Dans certains cas de septicémies et endocardites malignes, on utilisait couramment l’abcès de fixation provoqué par l’injection de térébenthine.

Enfin, l’alcool par voie intraveineuse sous diverses formes avait une place importante dans le traitement des pneumopathies aigues.

Mais si les médicaments actifs étaient peu nombreux, la pharmacologie n’en était pas moins riche. Si l’on se réfère à l’épaisseur du codex, emplis de noms à consonance latine que nous étions censés connaitre pour l’examen de pharmacologie qui constituait une épreuve redoutable.

L’examinateur ouvrait au hasard une page du Codex et le candidat devait donner la propriété, les indications et la posologie du produit qui y figurait.

Il faut dire également que les préparations magistrales de certain de nos Maîtres telles que celles du Pr Louyot faisaient notre émerveillement en même temps que la terreur des pharmaciens.

La pathologie rencontrée dans les services de médecine différait quelque peu de celle rencontrée aujourd’hui. Je n’ai pas vu de cirrhose pendant des années de garde du fait du sevrage alcoolique.  Le cancer du poumon était très rare. Il faut dire que les indications de la bronchoscopie étaient restreintes et le diagnostic n’était fait qu’à un stade tardif.

Les moyens thérapeutiques étant limités, nombre d’affections aujourd’hui facilement curables étaient réputées généralement mortelles.

Il en était ainsi des endocardites à évolution lente d’Osler.

Il en était de même de la maladie de Hogkin, bien que quelques rémissions pouvaient déjà être espérées à la suite de traitement radiothérapique.

Les deux services de médecine générale A et B se faisaient face de part et d’autre de la cour centrale au 1er étage des bâtiments Collinet de la Salle et Roger de Videlange.

L’ambiance qui y régnait était également différente. Au service du Pr Drouet, l’hormonologie occupait une place importante. La clinique y était brillante et on avait le culte du trait de génie qui donnait le jour à de nouvelles pathogénies.

En face, le Pr Abel manifestait une conscience professionnelle poussée jusqu’au scrupule et il régnait dans ce service une atmosphère de sérieux et de gravité qui se répandait sur tout et sur tous.

Chez le Docteur Mathieu

 

Voisin des deux grands services de médecine générale, le service de médecine complémentaire du Dr Mathieu était situé sous les combles dans le pavillon Collinet de la Salle.

Les malades devaient gravir à pied les deux étages, ce qui constituait une véritable épreuve d’effort, le nombre et la durée des étages constituant un bon test pour apprécier l’état des coronaires et témoignant du degré d’insuffisance cardiaque.

Dans le local des consultations, l’électrocardiogramme à corde était un meuble impressionnant  plus proche d’un buffet lorrain par son volume que des appareils modernes. Il nécessitait pour son maniement la main experte des demoiselles Hadot qui seules étaient capables d’obtenir un tracé satisfaisant.

La visite était agrémentée de longues stations au lit des malades. Le Maître auscultait attentivement dans un profond silence posant délicatement son stéthoscope dont la longueur inhabituelle des tuyaux de caoutchouc nous impressionnait. Puis chacun de nous s’évertuait à percevoir et à localiser le petit souffle diastolique ou le bruit de galop qu’il avait décrit et que nos oreilles inexpertes ne trouvaient que rarement.

Entre deux salles, il s’arrêtait volontiers, et pour détendre l’atmosphère, il nous contait une histoire drôle vécue, telle que celle du père Garnier, professeur de Chimie dans les années 20 dont il avait été le préparateur.

C’était l’heureuse époque où les étudiants passaient les examens individuellement quand ils le désiraient. Certains étaient plus assidus des brasseries que des salles de cours et l’un d’eux se rendant au labo de chimie pour fixer la date de son examen tombe sur un vieil homme à la blouse crasseuse qui farfouillait dans un poêle à charbon pour en ranimer la flamme. Il lui dit, le prenant pour un garçon de laboratoire : « Tu sais pas où est le vieux con de père Garnier » et l’autre se raidissant lui répondit : « le vieux con, c’est moi ! »

Inutile de décrire la stupeur de l’étudiant et le résultat de l’examen.

Les malades hospitalisés au service de cardiologie étaient pour la plupart des cardiaques en état de décompensation avancée, auxquels on administrait largement les quelques médicaments diurétiques et tonicardiaques disponibles associés si nécessaire aux ponctions d’hydrothorax et d’ascite. La saignée était couramment pratiquée chez les hypertendus et dans les œdèmes aigus du poumon. Les grands œdémateux étaient soulagés par le drainage lymphatique réalisé par tube de Southey placé aux chevilles.

Enfin, le Dr Mathieu affectionnait  l’application de sangsues dans les œdèmes phlébitiques, ce qui réalisait un traitement heparinique avant l’heure. J’ai d’ailleurs lu récemment dans la littérature que ce moyen thérapeutique qui nous parait d’un autre âge existe toujours dans la pharmacopée et connait une nouvelle vogue en microchirurgie pour la résorption des œdèmes veineux.

Nous gardons du Dr Mathieu l’image d’un vrai médecin.

Il était doté d’une grande culture et d’un vaste savoir médical acquis par le travail et d’une longue pratique en clientèle et à l’hôpital. Fin psychologue, il savait être proche du malade, et, quelque soit sa condition sociale, trouver le langage le mieux approprié pour communiquer avec lui. Il savait également à l’occasion se montrer paternel et bienveillant avec ses collaborateurs.

Autres services médicaux

En 1943, le service des contagieux du Pr de Lavergne était transféré de Maringer à la maison de sœurs actuellement Hôpital St Charles.

En l’absence de vaccination systématique, la fréquence des maladies infectieuses était nettement plus élevée qu’aujourd’hui et on ne disposait d’aucun traitement spécifique en dehors de la sérothérapie. On y retrouvait toutes les maladies infectieuses de l’enfance dont les complications étaient parfois redoutables en l’absence d’antibiotique.

Chez l’adulte, les cas de tétanos étaient fréquents. Il en était de même des paratyphoïdes et des typhoïdes dont il existait un foyer endémique dans la Meuse à Bar Le Duc, et les décès dans les formes graves n’étaient pas exceptionnelles.

Les cas de fièvre de Malte paraissaient également de plus en plus fréquents.

L’hôpital Villemin était à l’époque un hôpital sanatorium où l’on soignait exclusivement la tuberculose pulmonaire. Cet hôpital avait été construit en 1922 sur le modèle des sanatoriums. On peut encore voir actuellement les galeries de cures où les malades passèrent de longues heures allongées pour effectuer leur cure de repos et de silence.

La tuberculose dans ces années de guerre et de privation était le grand fléau à l’époque, touchant activement les jeunes. Les étudiants en médecine étaient plus particulièrement exposés et payaient un lourd tribu. Près du tiers de l’effectif de étudiants de chaque année de médecine subissaient plus ou moins sévèrement l’atteinte du mal et plusieurs de nos camarades l’ont payé de leur vie.

En l’absence de traitement spécifique, la thérapeutique habituelle dans les formes excavées était la collapsothérapie, c’est à dire essentiellement le pneumothorax associé le plus souvent à une section de bride et entretenue plusieurs années. Il se compliquait fréquemment d’épanchement liquidien ou purulent  nécessitant un drainage.

Lorsque la collapsothérapie par simple pneumothorax s’avérait insuffisante, on préconisait parfois pour les cavernes du lobe inférieur la phrénicectomie qui entrainait un déficit ventilatoire important  et pour les cavernes du sommet les plus fréquentes la thoracoplastie.

J’ai assisté à quelques unes de ces interventions réalisées à l’époque à l’hôpital Maringer par le Pr André Guillemin. Les opérations étaient redoutées par les malades. Elles étaient très mutilantes et très pénibles, car réalisées sous anesthésie locale, elles étaient très douloureuses. J’entends encore d’un jeune malade, qui, au cours de l’intervention, alors que le Pr Simonin devisait avec le chirurgien de la situation politique du moment, s’écria excédé : « M’en fous de votre Pétain et de votre De Gaulle », ce qui contribua instantanément à ramener au silence absolu.

Pour tous les malades, une cure de repos en sanatorium, généralement à la montagne, pendant de nombreux mois, voire plusieurs années, complétait le traitement, mais on ne pouvait malheureusement le plus souvent  espérer qu’une stabilisation des lésions et les rechutes étaient fréquentes.

Inutile de dire que la mortalité était importante.

Les malades multi excavés et cachectiques mouraient habituellement dans un tableau de généralisation associant  granulie, laryngite et parfois méningite tuberculeuse.

Hautement contagieux, ces moribonds étaient isolés dans une chambre individuelle ce qui avait souvent un effet psychologique dramatique.

A l’hôpital Fournier, à coté des cas de galle qui encombraient les consultations, le diagnostic et le traitement de la syphilis occupaient une place importante. Fournier, médecin de Saint Louis, avait consacré sa vie à la syphiligraphie.

L’externe chargé chaque matin de faire les injections  de novarsenobenzol aux longues files de malades atteints ou présumés y perfectionnait sa technique.

Au pavillon Ricord du Dr Bonnet, personnage pittoresque au vocabulaire de troupier, traitant énergiquement les blennorragies par les grands lavages urétraux au permanganate.

Le service de médecine infantile situé au pavillon Krug était peu hospitalier pour les externes ou les internes qui n’étaient pas du service. L’Amélie, non religieuse, factotum du patron et véritable cerbère, refoulait systématiquement  tout visiteur importun. Elle était pleine d’attention pour le Maître, le professeur Caussade qu’elle tirait par la manche pendant la visite de 11H45 pour lui passer son manteau afin qu’il ne rate pas son tramway pour rentrer chez lui.

La maternité a toujours été un service à part. Le Professeur Vermelin enseignait que l’accouchement est et doit rester un acte physiologique, la nature étant présumée faire les choses au mieux. Trop souvent, l’intervention médicale crée la dystocie et était à l’origine des complications.

Cette conception traduisait  un certain bon sens à une époque où l’infection était redoutable en l’absence d’antibiotique.

Toutes les femmes fébriles étaient transférées immédiatement au pavillon d’isolement. On y rencontrait également  nombre de jeunes femmes qui, à la suite d’un avortement provoqué dans des conditions précaires, mourraient généralement  de péritonite dans un tableau de septicémie.

Que dire du pavillon de Radiothérapie en 1940 ! Le Pavillon des cancéreux, c’était le refuge des malades atteints de cancers avancés, au teint jaune paille, et qui présentaient souvent d’énormes tumeurs surinfectées et nécrosées.

Il faut dire que les cancéreux étaient moins nombreux à l’époque et que le cancer ne constituait pas comme aujourd’hui un problème de société.

On peut évoquer plusieurs raisons: l’espérance de vie était plus courte, les moyens de diagnostic étaient limités.

Enfin, nombre de personnes âgées, surtout de la campagne, dépourvues de protection sociale et de ressources, refusaient toute hospitalisation.

Pour beaucoup, la chirurgie représentait alors le seul traitement à visée curative. Et jusqu’à l’arrivée du Pr Chalnot en 1945, il n’y avait pas de chirurgien au Centre. Le traitement radiothérapique n’était souvent perçu que comme un pis aller relevant un peu des médecines parallèles. Si son efficacité était discutable, ce traitement avait au moins l’avantage de donner au médecin la possibilité d’expliquer au malade, lorsque son état s’était aggravé, que c’était l’effet des rayons et que cet effet était transitoire, et qu’il ne pouvait qu’aller mieux.

La médecine après 1945

 

De 1940 à 1945, on a donc assisté en France et à Nancy, à une certaine stagnation des sciences médicales. Pendant les années de guerre, les moyens de communication étaient pratiquement inexistants et de plus, la plupart des travaux anglo saxons étaient couverts par le secret militaire.

L’arrivée des américains en automne 44 fut pour nous une révélation.

Ils amenaient dans leur paquetage un produit miraculeux, la pénicilline, dont l’action bactéricide apparaissait spectaculaire avec des doses qui nous paraissent aujourd’hui ridicules, de l’ordre de 500.000 à 1.000.000 d’unités au total.

Le produit était distribué avec parcimonie aux civils et par suite réservé aux malades les plus gravement atteints. Les flacons étaient conservés à basse température et les injections se faisaient toutes les 3 H. C’est à cette occasion que s’est installé à l’hôpital un externe de garde chargé de parcourir la nuit les salles pour réaliser les traitements.

L’apparition de la pénicilline  a marqué le début de l’antibiothérapie et fut bientôt suivie de nouvelles drogues.

Ainsi, en 1947, l’avènement de la streptomycine a permis enfin le contrôle du BK.

Un service spécial fut créé à Maringer sous le contrôle du Pr de Lavergne où l’on traitait essentiellement des granulies et des méningites BK.

Je me souviens alors que j’étais interne au service en 1948 du premier malade traité et guéri à Nancy d’une méningite tuberculeuse.

C’était un médecin biologiste alsacien qui avait fait lui même son diagnostic et suivait avec angoisse l’évolution de sa maladie.

Peu de temps après, ce fut l’avènement de la typhomycine qui modifie le pronostic de la typhoïde.

L’arrivée des américains a également marqué le début d’une ère nouvelle en chirurgie.

Les américains ont permis d’équiper les hôpitaux avec les premiers appareils d’anesthésie à circuit fermé.

En même temps, l’armée américaine approvisionnait les services de chirurgie en flacon de plasma en attendant l’ouverture par le Pr Michon en 1948 du Centre Régional de Transfusion. Cette évolution des techniques d’anesthésie et de réanimation favorisait en particulier le développement au service du Pr Chalnot de la chirurgie thoracique puis de la chirurgie cardiaque.

Par la suite on assista à l’éclatement de la médecine et de la chirurgie générale en nombreux services de spécialité.

Les locaux de l’hôpital central s’avérèrent bientôt trop exigus et dès 1948, on faisait des projets pour le nouvel hôpital.

Parallèlement, sous l’influence du Pr Jacques Parisot, élu doyen en 1949, la faculté devait également connaitre un développement et une expansion considérable.

Si l’on fait le bilan de l’état de la médecine en cette fin de siècle par rapport à ce qu’il était dans les années 40, le bilan est certes très positif.

La pénétration de la médecine par les sciences exactes, physique et chimique, et par les sciences biologiques, est à l’origine de développements prodigieux dans tous les domaines et cette évolution se poursuivra certainement dans l’avenir.

Mais il ne faudrait pas que la médecine ne devienne que l’expression d’une haute technicité orientée uniquement vers le traitement de la maladie, le malade lui même étant considéré comme une association d’organes, qui font l’objet de multiples investigations, réunis dans des bilans parfois impressionnants, quand il n’est pas assimilé à un simple volume cible.

Ainsi, lors des staffs du lundi soir au service du Pr Chalnot, la présentation et l’examen du malade était de règle avant la prise de décision thérapeutique. Actuellement, ces décisions se prennent souvent sur simple examen de dossier, et l’on peut craindre que dans l’avenir, l’ordinateur seul établisse le programme thérapeutique.

Malgré les progrès, la médecine ne sera jamais une science exacte, et il est nécessaire de conserver l’esprit médical, transmis par nos anciens maitres, généralistes et humanistes, et qui repose sur la valeur de l’examen clinique, le développement de l’esprit clinique et la personnalité de chacun.

 


Article trouvé sur l’excellent site: http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Schoumacher_souvenirs.htm

LA VIE DES ETUDIANTS EN MEDECINE A LA FACULTE DE PONT-A-MOUSSON

Ecrit par Jacques VADOT

 

Modeste au début, leur nombre atteignit 250 dans les périodes les plus florissantes, sur les 2000 étudiants environ que comportait l’Université. Les futurs médecins, à leur arrivée à la Faculté, devaient s’inscrire sur les registres du recteur et verser trimestriellement le montant de leurs inscriptions durant les trois années que duraient leurs études. Celles-ci étaient sanctionnées successivement par le baccalauréat, la licence et le doctorat, obtenu après qu’ait été soutenue une thèse. Celle-ci, en latin et toujours courte (1 à 8 pages), pouvait aussi être rédigée à plusieurs.

L’enseignement était dispensé dans les locaux de la Faculté. Mais au début, il fallut faire appel à des personnages ayant reçu l’autorisation de donner des leçons à leur domicile. Ce fut le cas d’un des premiers enseignants, dès 1592, Toussaint Fournier (1544-1614) dont le portrait est conservé dans les collections de notre Musée. Notre Faculté peut s’enorgueillir de posséder aussi les portraits de beaucoup de professeurs ayant enseigné à Pont-à-Mousson, comme Pierre Barot auquel succéda son fils Marc Barot, Jacques Le Lorrain, Jean Levrechon, Christophe Pillement et Charles Lepois, premier doyen, etc.

Cet enseignement subit les aléas de la guerre et de la peste qui sévirent en Lorraine entre 1630 et 1634. Dans les suites, la Faculté de Pont-à-Mousson perdit un peu de son lustre et de sa rigueur, et le Duc Léopold, en 1697, exigea que pour exercer la médecine, les étudiants aient reçu aussi des compétences en chirurgie.

La vie des étudiants en la ville de Pont-à-Mousson était diverse. Certains vivaient chez leurs parents, soucieux de contrôler leur bonne tenue et leur travail. D’autres prenaient pension chez les Jésuites dans un internat relativement important. D’autres enfin étaient hébergés en ville chez des précepteurs qui tenaient des pensions privées. C’était d’ailleurs une source de revenus non négligeables pour certains Mussipontains dont un édit spécial des Ducs de Lorraine réglementa les prétentions financières. En ville, les étudiants étaient soumis à des lois sévères : ils ne devaient pas rentrer chez leurs logeurs après la cloche du “couvre-feu” et avaient l’interdiction du port d’armes.

Néanmoins, malgré une discipline rigide, prônée par l’Université et la police de la ville, certains d’entre eux étaient plus turbulents, ayant des moeurs de “fainéantise, libertinage et débauche de vins, encouragés par les bourgeois qui en tiraient profit”. Ils étaient auteurs de quelques farces, souvent aux dépens des bourgeois de la ville, surtout de ceux qui s’attardaient le soir. Parfois, il s’agissait de querelles ou de rixes ; un étudiant trouva même la mort au cours d’un duel. Ailleurs, ce furent des soldats qui furent l’objet d’une attaque et l’un d’eux succomba.

Il fallut même créer une patrouille spéciale pour “réprimer le vacarme qu’ils faisaient dans la ville et arrêter leur insolence pour mettre fin aux carillons des étudiants qui couraient la nuit sans clarté (on les obligea plus tard à se munir d’une torche), munis d’épées, maltraitant les bourgeois, les insultant et cassant les vitres”. Se croyant au-dessus du peuple ou des lois, certains étudiants s’octroyaient le droit d’aller chasser dans les propriétés voisines et les bois environnants qui retentissaient du bruit des arquebuses.

Malgré l’interdiction du port d’armes et des amendes, certains “délinquants” étaient punis par une peine de prison. Leurs geôliers recevaient de l’étudiant incarcéré un “tant par jour”, ce qui les incitait à ne pas le laisser s’échapper.

Nombreuses étaient les fêtes et distractions auxquelles pouvaient participer les étudiants. Qu’il s’agisse des réceptions publiques de “grades”, des fêtes religieuses ou processions, ou des fêtes littéraires où étaient conviés les Mussipontains. Les Ducs de Lorraine, en particulier Charles III, y assistaient souvent. Parmi les “menus plaisirs”, on retrouvait la fréquentation des tavernes, les bals ou les promenades à âne sur la colline ou dans les bois de Montauville. Thiaucourt et son petit vin des côtes attiraient les disciples de Bacchus. Cette localité fut même le siège d’une “Faculté dérisoire où des diplômes grotesques étaient délivrés aux plus ignorants”, ce qui lui valut dans le patois lorrain l’appelation de “Mont-aux-Anes”.

La création à Nancy du Collège Royal de Médecine (1752) puis le transfert de sa Faculté (1768), priva en quelques décennies Pont-à-Mousson de sa vie estudiantine et de l’animation originale qui l’accompagnait.

 


Article trouvé sur l’excellent site sur la médecine à Nancy: http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Vadot3.htm

Historique de l’internat des hôpitaux de Nancy

 

C’est essentiellement au cours de la première moitié du XIXe siècle qu’apparaissent les premiers Internats en France (1802 à Paris). Seule la « petite Histoire » (marseillaise) en réfère à des sources beaucoup plus lointaines : « Déjà, au XVIe siècle, les recteurs de l’Hôtel Dieu choisissaient les mieux doués parmi les enfants trouvés, recueillis et élevés dans cet Hôpital, pour les diriger vers l’Apothicairerie, puis la Chirurgie. Elèves logés et nourris, ils étaient Internes au sens scolaire habituel. Ils devaient en recevoir naturellement la dénomination, d’autant que ces enfants commençaient leurs études à l’âge de dix ans ! Il s’agissait pour eux d’apprendre à la fois les rudiments et les notions pratiques d’Apothicairerie et de Chirurgie. Après huit ans au minimum, ils quittaient l’Hôtel Dieu pour, vers l’âge de 18 ans, se placer en ville chez un Maître chirurgien, ou s’embarquer comme chirurgien navigant,  avec un pécule de  120 livres ».

Nous allons voir que l’histoire de l’enseignement médical en Lorraine est, elle aussi fort ancienne ; un aperçu de ce cadre où naîtra l’Internat nous apparaît en effet nécessaire ; mais comme il doit surtout intéresser les Lorrains d’origine, sinon même les Nancéiens, nous nous contenterons d’un résumé assez rapide, avant de décrire l’Internat à ses débuts (1855), puis à sa période « moderne » (depuis 1872).

 

I — L’enseignement médical en Lorraine jusqu’en 1843.

Il nous faut tout d’abord schématiser l’histoire des lieux où se fit cet enseignement, c’est-à-dire, grâce notamment aux documents apportés par Pfister, schématiser l’histoire clés Hôpitaux de Nancy.

En 1346, sous le règne du duc Raoul, le prêtre Vernier aménage sa maison en asile réservé aux pauvres, vieillards et enfants. L’établissement, qui correspond à l’emplacement actuel du 29 au 33 de la Grande Rue, est appelé Maison de Saint-Julien, et il est dirigé par dame Catherine, religieuse au couvent des Pécheresses ; en 1438, il est cédé à la communauté de Nancy, et il est alors géré par les Echevins. Comme il devient par la suite insuffisant, Charles III crée en 1590, dans la ville neuve, un hôpital beaucoup plus vaste, qui se situerait aujourd’hui entre la rue des Dominicains et la rue Maurice-Barres. Ce n’est qu’en 1900 qu’il est transféré sur son emplacement actuel.

Si Saint-Julien est l’établissement hospitalier nancéien le plus ancien, c’est Saint-Charles en revanche qui est devenu l’hôpital actuel. Il est fondé au début du XVIIe siècle par Pierre de Stainville, doyen de la Primatiale, à l’emplacement où se situe aujourd’hui la poste Saint-Jean. Quelques braves femmes s’y réunissent pour soigner les malades, et le peuple les appelle les sœurs de Saint-Charles ; en 1769, l’Evêque de Toul les autorise à se mettre en Communauté, et Saint-Charles devient vite le véritable hôpital de Nancy ; comme les sœurs étendent progressivement et considérablement leur activité, elles se trouvent peu à peu à la tête de tous les hôpitaux de la ville. Enfin en 1877 le conseil municipal décide qu’un nouvel hôpital sera construit, à ses frais, sur les terrains de la Prairie, et c’est là que, en 1883, l’hôpital Saint-Charles est transféré.

L’histoire proprement dite de la pratique hospitalière et de l’enseignement médical à Nancy remonte, elle aussi fort loin. Trois dates nous semblent devoir être mises en exergue : 1768 (transfert de la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson à Nancy), 1793 (suppression de cette Faculté), et 1843 (création de l’Ecole préparatoire de Médecine et de Pharmacie).

C’est en 1572 que, sur la demande du Cardinal de Lorraine, le Pape Grégoire XIII accorde une bulle de fondation d’une université à Pont-à-Mousson, bulle qui est publiée le 3 mars 1575. Nous ne nous attarderons pas sur l’étude de l’enseignement médical donné par l’Ecole mussipontaine, car son renom, dès le début du XVIII » siècle, va progressivement en déclinant, alors que celui de l’Ecole de Nancy s’affirme de plus en plus.

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, le service officiel de santé à Nancy,   est   à   peu   près   exclusivement   concentré   à   Saint-Julien ; puis, dans la première moitié du XVIIIe devant le développement de  Saint-Charles,  un  médecin  et  un chirurgien  y  sont titularisés, pour le faible traitement de cent livres tournois pour le médecin et   soixante-deux  livres  pour  le  chirurgien.   Comme  le  règlement leur  impose   simplement   de  passer  dans   les   salles  une  fois par semaine,  l’on  conçoit  que le  rôle  de la  « sœur pharmacienne » reste prédominant.

On peut dire que c’est Stanislas qui est à l’origine de l’essor médical  à  Nancy,  et  qui  surtout  y  a  posé  les  fondements d’un enseignement officiel. Pfister nous apprend en effet que « en 1742 tous les médecins furent réunis en Collège. Trois membres ouvrirent des cours d’anatomie, de chimie, et de botanique. Cinq autres étaient   chargés   de   donner   des   consultations   gratuites   aux indigents ». Ce  nouveau  collège   de  médecine, affilié   à  l’université, s’installe dans l’édifice où se trouve le musée actuel (entre la rue Stanislas et la fontaine de Neptune) ; il a pour charge de surveiller les hôpitaux et d’assurer l’enseignement, grâce à ses agrégés.

Stanislas n’ose cependant pas ramener l’université de Pont-à-Mousson à Nancy, ce qui dès lors est cependant logique ; mais quand Louis XV remplace son beau-père comme souverain de la Lorraine, le transfert est ordonné (le 3 août 1768).

On est assez peu documenté sur l’enseignement clinique à cette époque (entre 1768 et 1793), mais tout porte à croire qu’il est de peu d’envergure, et qu’il ne fait pas l’objet d’une réglementation précise. Ainsi que l’écrit Boppe  : « Rien dans les archives ne nous renseigne sur les conditions d’admission des étudiants dans les salles. On sait seulement qu’il n’y avait ni externe, ni interne rétribué ». Pourtant les Maîtres nancéiens étendent assez rapidement leur réputation ; Pfister remarque à ce propos : « La Faculté de Médecine a un certain renom scientifique et déjà l’on parle de la hardiesse de ses idées. Tandis que Jadelot publie, avec figures, un remarquable cours de myologie, Nicolas applique à la guérison des maladies nerveuses, non point encore l’hypnotisme, mais déjà l’électricité ». De plus coexistent alors avec la Faculté de Médecine les deux Collèges royaux : celui de médecine qui, fondé par Stanislas, date de 1752, et celui de chirurgie, créé en 1770.

Malheureusement en 1793 ces trois organismes (la faculté et les deux collèges) sont supprimés, en pleine activité, par un décret de la Convention. L’école médicale nancéienne, cependant, va naître une nouvelle fois, et ce sera l’œuvre de quelques individus, au premier rang desquels il faut citer J.B. Simonin, dont la grande valeur apparaît bien à la lecture de la thèse de M Jattiot. On apprend dans cet ouvrage que le 28 germinal an V, le citoyen Simonin, « dont les talents sont généralement connus » est nommé « pour officier de santé de ces trois établissements » (hospice de bienfaisance, des enfants de la Patrie, et des orphelines). L’année suivante il devient le médecin de l’hôpital de la commune, et le restera jusqu’en 1809. La rémunération du citoyen Simonin est. en frimaire an V, de 2.000 francs, attribués par la Commission Administrative, qui décide (séance du 28 germinal An V) qu’« il utilisera pour ses leçons d’anatomie et de chirurgie ïes cadavres de l’hospice ».

Il nous importe surtout d’apprendre que, à la suite de l’admission des militaires à l’hôpital, en l’an X (1802), la Commission administrative accorde au citoyen Simonin « un élève externe au choix », qui est rétribué par les hospices au taux de 300 francs par an.

Le citoyen J.B. Simonin fils, qui fut donc en quelque sorte le premier ancêtre de notre Internat, est alors désigné par son père (27 germinal an X), tant il est vrai que le népotisme {.si l’on peut employer ici ce terme impropre) est parfois à l’origine de grandes réalisations…

Cette nomination d’« élèves externes » semble se répéter par la suite au fur et à mesure des besoins, et, par exemple, le 10 vendémiaire an XI, le citoyen Richy est nommé dans des conditions semblables.

J.B. Simonin n’est pas le seul médecin à reprendre en mains, à Nancy, l’enseignement médical. Celui-ci ne peut plus être officiel, mais il est pourtant nécessaire, car les trois écoles de Santé créées par la Convention, à Paris, Montpellier et Strasbourg, ne suffisent pas aux besoins médicaux du pays. M. de Haldat, lui aussi, ouvre des cours privés, en prenant des élèves à forfait. Puis ces deux hommes confondent leurs disciples, se partagent la besogne, et, peu à peu, d’autres professeurs se joignent à eux, de sorte que l’« Ecole privée de médecine de Nancy » prend de plus en plus d’importance. En 1822 on l’érige en Ecole secondaire, et, en 1843, en Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie.

 

II — La naissance de l’Internat et ses débuts.

Nous avons retrouvé, à cette date, dans les archives départementales, le règlement pour le service intérieur des hospices civils de Nancy, dont il nous semble intéressant de citer quelques passages visant le service de Santé de l’Ecole préparatoire.

« L’An 1843, le premier avril, la Commission Administrative des hospices civils de Nancy, réunie…

Art. 103. — La Commission fixe le nombre des étudiants à qui la fréquentation des salles sera accordée et les désignera nominativement…

Art. 105. — Les élèves admis dans les salles de chirurgie pourront, selon leur degré d’instruction et de capacité, exécuter d’après les ordres et sous les yeux du chirurgien des pansements de peu d’importance, des saignées ou autres petites opérations chirurgicales.

Cinq de ces élèves recevront un tablier ou au besoin un appareil. Ils seront nommés annuellement, soit sur la présentation du médecin ou chirurgien, soit d’après un concours dont ceux-ci seront les juges, et qui aura lieu en présence de la Commission,

Art. 106. — Les cinq élèves jugés dignes de cette distinction devront fréquenter assiduement l’hôpital aux heures indiquées. Ils aideront aux pansements, ils feront ceux qui leur seront confiés, et après les opérations graves, ils monteront la garde à leur tour, sur l’ordre du médecin ou du chirurgien ».

Bien que le titre d’Interne ne soit pas ici explicité, la fonction est dès lors annoncée. La gestation de la Commission administrative va être longue et difficile, mais douze ans plus tard on assiste à la naissance de l’Internat proprement dit.

Il s’agit donc surtout de la reconnaissance officielle d’un état de fait, puisque des fonctions correspondant à celles de l’ « interne » semblent assurées dès 1802 par l’« élève externe », et surtout, à partir de 1843, par les cinq « élèves jugés dignes ». Mais ce n’est qu’en 1855 que sont mis à l’ordre du jour de la délibération de la Commission administrative la question et le vocable même des Internes, comme en témoigne la modification, à cette date, du règlement sur le service intérieur, dont nous avons exhumé le manuscrit (oh! combien raturé!) aux archives départementales. Il s’agit du chapitre VII, concernant le service de santé, et de l’article 87 : « Lors de la cessation des fonctions de chirurgiens-aides par les titulaires actuels, ces derniers seront remplacés par des internes dont le nombre, le mode de nomination, les émoluments et les fonctions seront ultérieurement déterminés. Les internes seront placés sous les ordres des chefs de services qui veilleront sous leur responsabilité personnelle à l’exécution exacte des fonctions confiées à leurs intérêts ».

Nous citerons également, à côté de cet « acte de naissance », l’article 89 qui, s’il peut paraître en dehors du sujet et s’il prête aujourd’hui à sourire, nous semble cependant empreint d’une sagesse certaine : « Les prescriptions médicales sont faites à voix basse. Celles du régime alimentaire sont toujours faites à haute A partir de 1855, l’article 87 concernant les Internes subira modifications sur modifications, et il n’est pas question de les analyser ici en détail ; d’ailleurs entre 1856 et 1872 de nombreuses lacunes sont à déplorer au fonds hospitalier des archives.

L’évolution se fait sur plusieurs points  :

Tout d’abord l’interne, chargé au préalable de remplacer le chirurgien-aide, peut très rapidement remplacer également le médecin-aide, de sorte que ce poste devient en quelques années le tremplin des hautes fonctions hospitalières, médicales et chirurgicales.

De plus, si le rôle de l’interne est d’emblée fixé, de même que sont déterminées les éventuelles sanctions secondaires aux manques, en revanche les précisions sur son statut se font attendre (déjà!). Et surtout un traitement ne lui est attribué qu’en 1861. La Commission administrative accorde alors aux internes des appointements de 250 francs par an, mais, moins généreuse que celle d’autres facultés, elle stipule qu’elle ne s’engage ni à les loger, ni à les nourrir, et qu’« ils trouveront un avantage plus important dans le titre d’interne auquel sont attachées certaines prérogatives pour l’avancement dans la carrière médicale » ! .. Nous nous abstiendrons ici de toute remarque sur le chemin parcouru durant un siècle…

Quant au concours proprement dit, il ne trouvera sa véritable formule qu’en 1873. Certes à partir de 1855, des internes sont nommés chaque année : un en 56, un en 57, puis deux ou trois par promotion, la durée des fonctions étant d’un ou de deux ans ; mais les conditions du concours ne sont pas constantes, et parfois même un étudiant est nommé par son Patron, sans la moindre épreuve théorique.

Ceci va être modifié du tout au tout quand Nancy possédera, non plus une école préparatoire de médecine et de pharmacie, mais bien une faculté, c’est-à-dire en 1872, date à partir de laquelle l’Internat prend peu à peu l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.

 

III — L’Internat de la Faculté de Médecine de Nancy (depuis  1872).

Quelques dates sont utiles pour diviser cette période trop riche d’événements. 1872 : création de la Faculté de Médecine. 1892 : fondation de l’Association amicale des Internes des Hôpitaux de Nancy. 1896 : création de l’Association amicale des Internes en exercice de Nancy et des Anciens Internes de Strasbourg et de Nancy. 1912 : deuxième Congrès de l’Internat des Hôpitaux (Nancy). 1922 : retour à une Association amicale des Internes et Anciens Internes des Hôpitaux civils de Nancy.

1872 est certainement, dans l’histoire de l’Internat de Nancy, une date capitale. En effet, le transfert de la Faculté de médecine de Strasbourg à Nancy, non seulement va rendre à la capitale lorraine la faculté que Louis XV lui avait octroyée et que la Convention lui avait enlevé, mais encore va lui permettre, grâce à un apport extrêmement riche, d’entrer dans la phase moderne de son histoire de façon d’emblée brillante. Le doyen (Stolz) et la majorité des cadres sont évidemment strasbourgeois mais, parmi les seize professeurs, notons trois Nancéiens : Blondlot, Simonin et Victor Parisot ; signalons de plus, parmi les agrégés, des noms qui resteront illustres, tels ceux de Léon Poincaré, Emile Parisot, Gross, Bernheim.

Le concours de l’internat est évidemment compliqué par cette fusion et, dès lors, comme à Strasbourg, les internes sont les uns nommés par la faculté (aides de clinique), et les autres nommés par l’Administration des Hospices (internes proprement dits) ; mais les uns et les autres prennent part au même concours et sont soumis au même statut hospitalier. Comme ce statut est la source même du règlement actuel (évidemment modifié sur bien des points), nous le citerons « in extenso », tel que nous l’a livré, aux archives, le manuscrit de la délibération de la Commission des Hospices (1873) :

« Règlement concernant les aides de clinique, les internes et les externes des Hôpitaux :

1° Les aides de clinique, les internes et les externes des Hôpitaux aident les professeurs et chefs de clinique dans le traitement des malades qui leur sont confiés et dans le service des cliniques de la faculté. Ils sont placés sous leurs ordres.

2° Ils sont distribués dans les divers services hospitaliers et alternent d’après leur ancienneté et les exigences du service : les aides de clinique tous les ans, les internes et les externes tous les semestres.

3° Les aides de clinique, les internes et les externes sont tenus de se rendre à l’hôpital 1/4 d’heure avant la visite du matin et de revenir à 4 heures pour la contre-visite.

4°  Ils suivent le professeur dans la visite des malades.

5° L’aide de clinique et l’interne rendent compte au Professeur de l’état du Service depuis la visite de la veille, du nombre des entrants, des complications, des accidents qui peuvent être survenus chez les malades du Service.

6° L’aide de clinique et l’interne sont chargés de la rédaction des observations qu’ils remettent au chef de clinique après la sortie ou la mort des malades.

7° Ils sont chargés de surveiller l’exécution des prescriptions faites par le chef de service ou le chef de clinique.

8° Ils exécutent les opérations de petite chirurgie, les pansements, les appareils, dont ils sont chargés par le chef de service ou le chef de clinique.

9° Ils surveillent la tenue des cahiers de visite.

10° Les externes sont chargés de tenir les cahiers de visite, de prendre les températures, d’exécuter les pansements et de rédiger les observations qui leur sont désignées.

11° Les chefs de clinique pourront désigner les internes ou les externes qui devront, à tour de rôle, rester de garde à l’hôpital auprès des malades, au cas où cela serait jugé nécessaire. L’aide de clinique, logé à proximité de l’hôpital, devra se rendre au premier appel qu’on lui fera pendant la nuit, en cas de nécessité.

12° Désormais, les places d’aide de clinique, d’internes ou d’externes ne seront plus données qu’au concours.

13° Les externes seuls seront admis à concourir pour l’internat.

14° Des rapports seront faits à la Faculté par les chefs de clinique sur l’assiduité des externes et leur aptitude. Ces témoignages seront pris en considération lors du concours pour l’internat ». Nancy, le 6 janvier 1873. Le doyen : Stolz.

Pour en terminer avec les externes, signalons qu’une promotion de douze est nommée sur concours le 8 février 1873 et, (Stolz dixit) « tous élèves de 3e année, c’est-à-dire assez instruits pour pouvoir rendre des services utiles… Il est bien entendu que les externes n’ont droit à aucune rémunération » ; simplement, les deux externes de garde (un de médecine et un de chirurgie) seront « nourris, ce jour de garde, à l’établissement, afin de leur enlever tout prétexte de sortie. En récompense des services qu’ils auront rendus, j’ai arrêté que les externes seuls seront désormais admis à concourir pour l’internat ».

Signalons que c’est le 1er septembre 1873 qu’a lieu le premier concours d’internat qu’on aurait déjà pu appeler « nouvelle formule » ; il entraîne la nomination de M. Hussenet, né en mars 1852, élève de troisième année, nommé externe en février 1873.

Lors de l’installation de la Faculté de médecine, en 1872, il y a à Nancy trois internes des hôpitaux attachés aux services cliniques de l’ancienne école préparatoire, chiffre insuffisant. Les trois emplois de premiers internes aides de clinique de Strasbourg, rétribués sur fonds d’Etat, sont alors maintenus, mais leurs titulaires ne prennent plus que le titre d’aide de clinique. Leur fonctions restent les mêmes que celles des internes, et il est décidé que tous seront nommés par le même concours devant la Faculté ; de sorte qu’en 1873 il y a à Nancy six internes des Hôpitaux.

L’esprit de l’internat semble né : il n’est que de regarder, sur les annuaires, les noms qui témoignent de cette période féconde : Hergott, Ganzinotty, P. Parisot, Vautrin, Haushalter, Etienne, Froelich, Richon, Perrin,, Fruhinsholz pour ne citer que les disparus.

Il n’est que de lire, aussi, leurs récriminations qui, déjà, annoncent les thèmes si souvent exploités depuis. Stoeber, aussi (de la promotion de 1872), décrit la Salle de Garde du vieil hôpital Saint-Charles, « où les exhalaisons et les bruits de la rue de l’Equitation s’entendent avec les petits animaux nocturnes pour empêcher l’interne de garde de dormir ».

La correspondance entre l’internat et la Commission administrative est alors souvent amusante, et parfois dépourvue d’aménité ; ainsi le 29 avril 1876 : « Les soussignés internes et externes ont l’honneur de prier M. le Président de la Commission des Hospices de bien vouloir faire droit aux demandes dont l’exposé suit :

1° Modifications au régime alimentaire des internes de garde.

2° Modifications au service de table.

3° Une glace de toilette, un peigne, une brosse à cheveux.

4° Réparation de la tapisserie aux environs du lavabo.

5° Réparation des lieux d’aisance.

Hélas ! après plusieurs échanges de lettres, le doyen, le 20 mai, écrit au Président de la Commission administrative et lui confirme qu’il est inutile de donner suite à ces réclamations injustifiées…

C’est que la Commission semble très puissante, et le doyen lui-même a bien du mal à faire valoir ses essais de réclamations personnelles. C’est ainsi qu’en 1878 (1878, et non point 1963), il écrit : « M. le Président : les modifications qui devaient être apportées à l’organisation des Hôpitaux de Nancy en vue de favoriser l’enseignement clinique n’ayant pas été approuvées, et l’exécution du projet de construction d’un grand hôpital pouvant être retardée pendant des années, la Faculté m’a chargé de demander certaines améliorations faciles à exécuter dans les hôpitaux de Saint-Charles et de Saint-Léon ».

La Commission, cependant, ne semble pas s’émouvoir facilement et, si toutes les réclamations sont fort bien rangées et classées, elles restent en revanche bien souvent sans réponse. Ainsi celle-ci, du 7 juillet 1886 : « Messieurs les Internes à Monsieur le Président de la Commission des Hospices. « Monsieur, Nous avons l’honneur de solliciter de votre bienveillance la prise en considération des quelques réclamations suivantes :

1° Une lanterne sourde pour nous permettre de circuler la nuit dans l’hôpital, ce qui n’est pas sans danger depuis que le couloir et les escaliers ne sont plus éclairés.

2″ Un seau et une cruche de toilette… », etc…, jusqu’aux réclamations, décidément obstinées, au sujet de la nourriture :

« Depuis deux ans, on nous sert tous les jours et à tous les repas au moins un plat de veau… ».

Signalons pourtant, en 1886, une victoire de l’internat qui obtient, après un long échange de courrier, que la salle de garde soit chauffée au bois.

Bref, de 1872 à 1892, l’internat s’affirme comme un organisme certes jeune, mais plein de vitalité, et qui, tout compte fait, n’est pas tellement différent, dans son esprit du moins, de celui d’aujourd’hui. Evidemment, certaines particularités nous étonnent : ainsi il y a généralement deux ou trois provisoires par concours, mais il arrive à plusieurs reprises qu’ils soient titularisés, suivant les besoins, c’est-à-dire si un titulaire s’installe, ou devient chef de clinique, ou passe sa thèse ; c’est le cas pour Muller en 1877, pour Hagen en 1884, pour Clément en 1886 (huit jours après le concours), et pour Sénique et Baseil en 1889.

De plus, l’âge moyen de l’ancien interne qui s’installe (24 ans) peut nous faire envie, et, quant à la carrière hospitalière, elle apparaît aussi rapide, comportant typiquement, dans ses débuts, deux ans de faculté, six mois ou un an d’externat, et un an ou 18 mois d’internat, ce qui amène au clinicat vers 23 ans. Mais ces délais vont peu à peu s’allonger, en même temps que l’internat de Nancy va prendre de l’ancienneté et étendre son renom.

Une des premières manifestations de cette vitalité est la fondation, en 1892, de l’Association amicale des internes des hôpitaux de Nancy, qui dès lors se réunit une fois par an et édite un annuaire. Leur collection a été conservée, ainsi que celle des cahiers de garde, dont on ne trouve pas trace auparavant, et qui donne une bonne idée de la vivacité de l’esprit d’internat d’alors. On ne peut qu’admirer d’ailleurs les talents de dessinateurs de nos anciens qui, s’ils écrivent moins, crayonnent plus que nous et, il faut l’avouer, beaucoup mieux.

Les archives restent également intéressantes, et démontrent, elles aussi, cette vigueur du corps de l’internat ; citons encore une récrimination, à propos de la gratuité des soins à l’hôpital pour les internes ; après refus de la Commission (« La Commission a été d’avis de n’y donner aucun suite »), l’internat revient à la charge : « Nous avons donc l’honneur de renouveler notre précédente requête, décidés en cas de rejet à refuser nos soins aux pensionnaires après entente avec nos professeurs ». Les pensionnaires, est-il besoin de le dire, correspondent aux malades « de clientèle » de l’actuel Bon-Secours. La Commission, alors, écrit à Paris, à la Maison municipale de Santé, 200, rue du Faubourg Saint-Denis, qui informe qu’elle soigne gratuitement les internes et les externes, et une solution de compromis est adoptée.

Les problèmes pécuniaires sont d’ailleurs fréquemment soulevés et, pour donner une idée des ressources de l’internat, signalons qu’en 1894 le traitement d’un interne est de 500 francs par an.

Enfin une date, encore, est d’importance : 1896, qui correspond à la création de l’Association des anciens internes de Strasbourg et de Nancy par fusion des deux associations antérieures. Cette décision est prise au cours de l’assemblée générale du 18 juillet 1896, et l’article premier du règlement intérieur est alors défini de la façon suivante : « L’association amicale des internes en exercice des hôpitaux civils de Nancy et des anciens internes des hôpitaux civils de Strasbourg et de Nancy a son siège à Nancy, fut fondée en mars 1892 par les internes et anciens internes des hôpitaux de Nancy depuis 1872, et elle a, depuis le 18 juillet 1896, ouvert ses rangs aux anciens internes des hôpitaux de Strasbourg et de Nancy d’avant 1872 ».

Cette association va se révéler active, et participera efficacement à l’essor de l’Ecole nancéienne, entre 1896 et 1922, autant grâce aux brillantes individualités qu’elle comporte que grâce à l’esprit de corps et d’initiative dont elle fait preuve dans son ensemble.

D’ailleurs le nombre des internes s’accroît progressivement et, de six en 1872, il passe à dix-huit entre 1900 et 1914. Il faut distinguer alors trois « aides de clinique », emplois d’Etat, deux « internes du département », fonctionnaires du département rétribués par le Conseil général de Meurthe-et-Moselle et attachés à la Maison de Secours, et treize internes des Hôpitaux proprement dits. Mais tous passent le même concours et ont des fonctions semblables, qui durent normalement deux ans, et peuvent être prolongées une troisième année, et même une quatrième année pour le candidat qui obtient le « Prix Bénit » (fondé en 1873).

L’internat, dès lors, est organisé de façon solide, et son histoire peut être assez aisément retracée, grâce notamment aux annuaires, aux cahiers de garde, et aux archives hospitalières. Ces dernières conservent un intérêt certain, même pour cette époque récente, car on y retrouve la correspondance échangée entre l’internat et la Commission des Hospices ; cette correspondance a surtout trait aux avis de démissions, aux demandes de congés, et aux « disputes », dont nous citerons un dernier exemple : en 1899, la Commission des hospices décide que deux couverts seulement seront mis à la disposition des internes au lieu des quatre habituels (un pour l’interne de garde, un pour son invité, et deux attribués par roulement aux autres internes) ; cette décision est brutale, et apparemment immotivée, bien que, d’après certains anciens, elle soit en rapports étroits avec la conduite (ou l’inconduite) de (ou envers) l’infirmière servant en salle de garde ; une lettre à M. le Président de la Commission suit rapidement : « De tous les internes des Hôpitaux de France, les internes de Nancy sont les moins bien traités, moins payés que leurs camarades des autres villes, pas logés et pas nourris… Nous avons donc l’honneur de vous demander, M. le Président, de vouloir bien maintenir à quatre le nombre des couverts de notre salle de garde ».

Les cahiers de garde se font d’ailleurs l’écho de ces plaintes, mais généralement sous une forme humoristique et plus souvent encore gauloise ; une page est même arrachée à cette époque (ô scandale) et, le 12 décembre 1899, le Président des internes, Gross, juge bon d’intervenir : « Prière de ne plus arracher les pages de l’agenda, sous peine d’amende. L’histoire des internes devant un jour prendre place parmi les documents officiels pour l’histoire de France, il est de la plus haute importance que l’agenda soit complet, afin que nos descendants ne croient pas à des trahisons ». Notons que ce même Gross, le 18 décembre 1899, reçoit lui-même une amende de un franc « pour garde non prise », ce qui d’ailleurs est loin d’être rare à cette époque.

Quant aux cahiers des années suivantes, ils rapportent surtout des diatribes ou des dessins visant l’autorité administrative : ce peut être l’autorité, véritable et indiscutée, des sœurs de Saint-Charles, que certains, aujourd’hui trop connus pour n’avoir pas droit à l’anonymat, appellent « les sous-officiers de la religion », ou « jeunes filles en uniforme ». Ce peut être aussi l’autorité, qui alors n’est que théorique, du directeur, qui, surnommé Ali-Baba, doit subir bien des plaisanteries et semble ne jouer qu’un rôle de marionnette.

La vie de l’association des internes mérite, elle aussi d’être évoquée ; nous l’avons vu naître en 1892, se modifier en 1896. Elle n’en est encore qu’à ses débuts, et, en 1897, à la Ve Assemblée générale annuelle, le Président, P. Parisot, pose le problème de la reconnaissance légale de l’association, problème qui se heurte à des difficultés financières, car l’association ne possède que 920 francs ; il propose alors aux différents membres de verser, au lieu des cinq francs annuels, cent francs en une fois, ce qui les fait devenir membres fondateurs. D’autres allocutions sont prononcées, par Herrgott père, Président d’honneur du Banquet, Tourdes et Louis Spillmann, interne en exercice. Enfin le Banquet se termine par un concert, donné par l’orchestre de l’association, sous la direction de Léon Etienne, externe des hôpitaux, qui reprend ici le rôle tenu, les deux années précédentes, par le « camarade Sterne ».

Il est à craindre que les éventuels membres fondateurs, qui avaient pourtant salué le discours de P. Parisot d’un « tonnerre d’applaudissements », ne se soient ravisés par la suite en grand nombre, car la caisse reste presque vide, et ce n’est qu’en 1909 qu’est obtenue la reconnaissance légale de l’association. Ceci va mettre l’internat de Nancy en relation plus étroite avec les autres villes de Faculté, et très rapidement son association se révèle des plus actives, notamment dans le cadre des congrès.

En 1910, en effet, pour la première fois, sur l’initiative de la société des internes clé Bordeaux, et en l’honneur de son trentenaire, se réunit dans cette ville, un congrès de l’internat français ; l’association nancéienne fait alors « un très gros effort » et vote une subvention de 500 francs pour envoyer à Bordeaux une délégation forte de cinq internes : Heully (secrétaire du congrès), Legris, Vayvrand, Mutel et Pillot. Il est alors entendu qu’en 1911 un congrès aura lieu à Paris, et l’année suivante, à Nancy.

Mais en 1911, au dernier moment, Segond, secrétaire de l’association parisienne, fait savoir que cette dernière juge toute réunion inutile, de sorte que le deuxième congrès de l’internat des hôpitaux a lieu à Nancy les 24 et 25 mai 1912. Il s’agit là d’une manifestation qui fut certainement d’une grande importance, tant par le nombre des participants que, surtout, par la qualité des rapports présentés et l’importance des décisions prises. Le congrès, placé sous la présidence de L. Spillmann, agrégé (alors que J. Watrin est président des internes) réunit 190 internes et anciens internes d’Alger, Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier, Nancy et Toulouse.

Parmi les rapports, signalons celui de Mutel et Watrin sur « l’organisation matérielle de l’internat », où l’on apprend par exemple que l’indemnité, à Nancy, n’est toujours que de 500 francs par an. Signalons surtout le rapport de Perrin et Caussade sur « l’organisation sociale de l’internat » ; après sa lecture, est décidée la création d’une fédération des associations d’internes et anciens internes des hôpitaux des villes de Faculté, comportant les facultés représentées à ce congrès, c’est-à-dire toutes, sauf celle de Paris. Et les statuts adoptés sont à peu près ceux présentés par Perrin et Caussade.

Ce sont ensuite les années de guerre, puis celles, difficiles encore, de l’après-guerre immédiat ; et aux concours de 1919 et 1920, chose oubliée depuis 1872 et qu’on n’a plus revue depuis, il y a autant de places que de candidats ; mais dès 1921 la compétition est à nouveau très ouverte.

A cette même date, le doyen Weiss redonne vie à l’internat de Strasbourg et le premier concours est ouvert en novembre 1921.

Comme conséquence logique, en 1922, réapparaît l’association amicale des internes et anciens internes des hôpitaux civils de Nancy dont la vitalité, jusqu’à ce jour, ne s’est pas démentie. Elle participe notamment aux différents congrès (Lyon 1914, Toulouse 1922, Lille 1923, Montpellier 1924) et organise en 1925, le T congrès de l’internat des hôpitaux de villes de Faculté.

Elle inaugure pour cela une nouvelle formule, et fait coïncider ce congrès avec celui de médecine (le 28e). Notons que le Président des internes est alors A. Tachot, et que le Professeur Cruchet, de Bordeaux, dans son discours, évoque en ces termes la grande année de 1912 : « D’abord c’était en fait le premier congrès de l’internat, régulièrement constitué ; le précédent, celui de Bordeaux en 1910 avait été plutôt une réunion des internes des grandes villes de France, autour d’une fête locale d’internat. Mais on avait pris contact, l’idée avait paru intéressante ».

Et de fait nul ne songera à mettre en doute l’importance de ces congrès de l’internat, comme l’honneur qui incombe à ceux qui doivent les organiser. C’est en partie grâce à ces réunions que, depuis 1925, le statut de l’internat a (quand même) subi un certain nombre de modifications ; nous ne les rapporterons pas ici car cette période fait partie de l’époque contemporaine, qui est bien présente à la mémoire et qui, depuis la renaissance de la Fédération en 1950 et la création en 1959 de l’intersyndicat des internats, semble s’orienter vers une voie de recherche et d’action à la fois nouvelle et précise.

Bref, nous avons essayé de faire revivre, dans le cadre du passé médical ancien de la Lorraine, les débuts de l’internat de Nancy qui, annoncé dès 1802, puis créé en 1855 pour l’école préparatoire, évolue progressivement jusqu’en 1872 où la réapparition d’une faculté favorise son essor nouveau. Dès lors il ne cesse de se développer, et aujourd’hui, avec ses quatre promotions d’environ quatorze internes par an, il apparaît particulièrement stable.

Si son équilibre nous semble de bon augure, c’est que l’internat de Nancy ne craint pas de regarder vers l’avenir, et c’est aussi qu’il doit sa vitalité autant à son « Système d’habitudes » (la Revue, le Banquet, les « Malades » au concours, le Rallye, le Baptême) qu’à son système de traditions qui lui permet à juste titre, et tant qu’il en sera digne, d’être fier de lui-même.

 


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