1936 – Paris – Les étudiants en médecine et en droit

Note dactylographiée: « La corporation des Etudiants en médecine a reçu hier soir sur le mode rabelaisien, à l’ombre de la statue de Vulpian, la Corporation des Etudiants en Droit« .

La statue de Vulpian se situe dans la rue de l’Ecole de Médecine à Paris. Agence Trampus, Paris, rue du Bouloi.

corporation des Etudiants en médecine Faluche

 

Edmé Félix Alfred Vulpian (5 janvier 1826 à Paris – 18 mai 1887 à Paris) est un physiologiste et neurologue français, médecin des hôpitaux et professeur d’anatomie pathologique et de pathologie expérimentale. (plus de renseignement sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Vulpian)

Médaille de l’Association Générale des Etudiants de Paris

C’est dans ce contexte et afin de reconnaitre les efforts de l’Association et de ses membres, qu’en 1892, M. le Directeur des Beaux Arts commandait au sculpteur Oscar Roty la médaille de l’A. Le 9 janvier 1893, la médaille fut officiellement remise à l’Association par M. Charles Dupuy alors Ministre de l’Instruction Publique dans la grande salle du Conseil de la Nouvelle Sorbonne.

La partie face de la médaille fait référence à la Jeunesse qui y est représentée entre le Force, tenant l’épée, et l’Étude, tenant le livre. Comme il est précisé dans l’Annuaire de l’A, « studieuse et forte : impossible de symboliser l’Association d’une manière plus précise et plus fidèle ».

Le côté pile de la médaille précise dans un cartouche les noms des dignitaires et représentants de la République :

– M. Carnot : Président de la République

– M. Bourgeois : Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts

– M. Gérard : Vice Recteur de l’Académie

– M. Liard : Directeur de l’Enseignement Supérieur

– M. Roujon : Directeur des Beaux-Arts

A l’issue des célébrations de remise de la médaille, le Comité de l’A organisa, le 25 février 1893, un grand bal qui se tint dans les salons du Ministère des Affaires Étrangères auquel, le Président de la République et son épouse Mme Carnot « avaient bien voulu en rehausser l’éclat par leur présence ». Ce bal au caractère bien particulier fut agrémenté par la remise d’un médaillon en souvenir des festivités.

En savoir plus sur Oscar Roty : http://www.oscar-roty.fr/article/oscar-roty-un-graveur-dans-la-republique.html

1988 – Réapparition de la Faluche

Les dictionnaires ne peuvent guère les renseigner à ce sujet. Le Robert {Dictionnaire de la langue française, éd. 1977) rappelle seulement que c’est un « béret d’étudiant » (terme d’origine obscure). Le Larousse {Grand dictionnaire encyclopédique, éd. 1983), signalant que c’est un terme vieilli (dont l’étymologie serait à rechercher dans le lillois faluche, galette ?), indique que c’est le béret de velours noir des étudiants.
Ce béret aurait cent ans d’existence. Il aurait été adopté par les étudiants français à l’occasion d’un congrès international auquel tous les étudiants étrangers portaient des coiffures spéciales, généralement des casquettes de couleurs vives.
On peut se demander s’il n’a pas été choisi alors à l’imitation du béret alpin. Ne s’en coiffe-t-on pas de la même façon ? N’en a-t-il pas la forme et l’ampleur ? Serait-ce d’ailleurs une coïncidence si justement le béret alpin a également cent ans, sa description ayant été précisée par une décision ministérielle du 24 mars 1889 ? Il comporte trois parties : un bourrelet de tête d’une hauteur de 18 mm, qui se rentre à l’intérieur quand on se coiffe du béret ; une couronne et un turban qui, tissés en laine d’une seule pièce et sans couture, ne peuvent se distinguer que lorsque le béret est à plat, le turban réunissant au bourrelet la couronne dessus du béret.
La faluche comprend pareillement une couronne et un turban en velours noir d’une seule pièce, mais au lieu d’un bourrelet, un bandeau qui n’est pas rentré à l’intérieur quand on coiffe le béret. Ce bandeau, de 40 mm de hauteur environ, est traditionnellement recouvert d’un ruban de la couleur attribuée à la faculté : rouge pour les étudiants en droit, velours cramoisi pour ceux de médecine, amarante ceux des sciences, jaune d’or pour ceux des lettres et velours vert pour ceux de pharmacie.

Dans certaines associations d’étudiants, comme à Paris, la faluche ne comporte pas ce seul ruban sur le bandeau, mais parfois bien d’autres ornements : rubans au travers de la couronne, divers insignes généralement métalliques sur le bandeau ou la couronne, armoiries de la ville universitaire brodées ou sur écusson de métal, etc. Il n’est évidemment pas question de les décrire ici, ni d’en indiquer la signification.

Cette réapparition de la faluche sera-t-elle durable ? Ce que l’on peut en dire actuellement, c’est qu’à Paris, elle serait portée par quelques étudiants en droit et en pharmacie. Pour ces derniers, en juin 1988, une quarantaine d’étudiants s’en était procuré une et beaucoup plus en province. La photo ci-jointe représente une manifestation en l’honneur de la faluche organisée le 22 juin 1988 à laquelle Mlle le Professeur Bournique avait été invitée ainsi que moi-même en qualité de président de la Société d’Histoire de la Pharmacie.

 

GROUPE D'ÉTUDIANTS EN PHARMACIE PARISIENS PORTANT LA FALUCHE

GROUPE D’ÉTUDIANTS EN PHARMACIE PARISIENS PORTANT LA FALUCHE
(au premier plan, M. le Doyen honoraire G. Dillemann et Mlle le Pr C. Bournique)

Georges DILLEMANN.

 


In: Revue d’histoire de la pharmacie, 76e année, N. 279, 1988. pp. 369-370.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1988_num_76_279_3005


 

1924 – Le Petit Journal illustré- 24 février 1924

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Mauvaise tête et bon coeur
On conçoit aisément qu’on ait appelé « Quartier Latin » cette portion de Paris qui englobe la Sorbonne, le collège de France, les Facultés, les grandes écoles et, à cheval sur le boulevard Saint Germain et le boulevard Saint Michel, enserre dans ses rues étroites Cluny, le Luxembourg, la montagne Sainte Geneviève, tout un passé, enfin, de traditions savantes et de travail intellectuel. Mais, latin, ce quartier ne l’est pas seulement par les idées studieuses qu’il évoque. Grâce à un phénomène de transfusion étrange mais très réel, on peut dire aussi qu’il est latin par l’enthousiasme de la jeunesse qui y vit, par sa passion du mouvement et du bruit, par la fermentation de tous les sentiments chaleureux propres aux races méridionales. Qu’ils soient Bretons ou Normands, Bourguignons ou Alsaciens, les étudiants de Paris, pendant le temps de leur études sont vraiment des Latins.
Une fois de plus, on vient de le constater. Le 11 décembre dernier, l’Association Générale des Etudiants, pour venir en aide à ceux d’entre eux dont le labeur est compromis par l’angoissant problème de la vie chère, avait organisé, à l’Opéra, un bal costumé qui remporta le plus grand succès. La recette dépassa les 300000 francs. Hélas! l’Assistance publique, appliquant d’une façon stricte le règlement prétendit percevoir sur cette somme 77000 francs à son profit.
On parlementa, on discuta, on adressa note sur note sans résultat. Bref, les étudiants décidèrent d’employer la manière forte. Groupés en une troupe de quatre cents volontaires bien résolues, ils se rendirent avenue Victoria, forcèrent les portes des bureaux de l’Assistance Générales de M.Mourrier, le directeur. Celui-ci était absent. Mais deux hauts fonctionnaires se trouvaient là. On les fit prisonniers et l’occupation de la place ennemie menaça de durer interminablement. Il fallut faire intervenir la police. Ce fut pas sans horions échangés qu’on parvint à expulser les envahisseurs.
La turbulence des étudiants, leur propension a descendre dans la rue et à manifester, même quand elle est intempestive ou exagérée, n’excita jamais une sévérité bien grande. En principe, l’indulgence la plus souriante est acquise à toutes les manifestations. C’est le privilège de la jeunesse, aussi bien celles des ateliers que celles des écoles, de provoquer ainsi l’intérêt et la sympathie, d’obtenir pour leurs démonstrations les plus tapageuses le bénéfice des circonstances atténuantes.
Parfois cependant, les étudiants se sont fâchés pour de bon et ce fût sérieux. Lorsqu’en juillet 1830, les ouvriers de Paris descendirent dans la rue au cri de « Vive la Charte !  » les jeunes gens des écoles se joignirent a eux, élevèrent avec eux des barricades, furent enfin de ceux qui renversèrent le trône chancelant de Charles X. Il en fut de même en février 1848. Un colonne d’étudiants entraîna la foule vers le Palais-Bourbon et déclancha ainsi la Révolution d’où devait naître la Deuxième République.
A quel âge serait-on révolutionnaire si on ne l’était pas vingt ans ? Mais les étudiants n’ont pas seulement pris une part actives à tous les grands mouvements politiques qui ont agités Paris. Il est une sorte de privilège qu’ils se sont accordé peut-être, mais dont ils sont férocement jaloux et qu’ils défendent par tous les moyens quand ils le croient attaqué : ils n’admettent pas l’intrusion de la police dans leurs facultés et dans leurs écoles. Ce fut un scandale parmi eux, un scandale suivi d’une manifestation tumultueuse, lorsque, il y années, le doyen de la faculté de Médecine crut devoir appeler les agents pour dégager un jury houspillé par des candidats mécontents.
Mais le fait de ce genre le plus symptomatique date de plus loin, de l’année 1883. Les jeunes peintres, sculpteurs et architectes de divers ateliers avaient organisé un bal, depuis lors répété chaque année et maintenant célèbre, le bal des Quatre z’Arts. Or, le président d’une société de protestation contre la licence des rues, le sénateur Béranger, crut bien faire de dénoncer à la justice l’inconvenance des costumes exhibés à cette fête. Traduits en Police correctionnelle, les organisateurs se virent condamnés à une amende.
Aussitôt, quelques centaines d’étudiants et d’artistes se groupèrent en monôme et parcoururent les rues en protestant avec violence. Ordre fut donné à la police de les disperser. Une bagarre en résulta, au cours de laquelle un consommateur, nommé Nuger, assis a la terrasse d’un café, reçut à la temps un bloc de pyrogène lancé on ne sait par qui, et fut tué sur le coup. La jeunesse des écoles qui jusque-là, n’avait été que tapageuse fut prise de colère et les troubles allèrent en croissant. Le conflit dégénéra en émeute. On arrêta et détela les omnibus, on incendia les kiosques à journaux. Le gouvernement dut faire appel à la troupe et, pendant quelques jours, le quartier Latin fut en état de siège.
Depuis lors, les manifestations n’eurent jamais cette gravité. Monômes traditionnels à quelques dates fixes, protestations contre certaines décisions universitaires, levées enthousiastes à l’arrivée à Paris de certaines personnalités sympathiques, comme Kruger ou le président Wilson, tout se termina le mieux du monde. Il convient toutefois de signaler un fait qui caractérise bien le caractère de la jeunesse des écoles. Au cours d’un conflit avec la police, les manifestants découvrirent, un jour, sous une porte, une enfant abandonnée. Ils l’adoptèrent, lui donnèrent le nom significatif de Lucie Bagarre, pourvurent, en se cotisant, à son éducation et, il y a peu de temps, la marièrent après l’avoir dotée.
Si la cervelle des étudiants est prompte à s’échauffer, leur coeur de vingt ans est, plus que autre, généreux.
Claude FRANCUEIL

Merci à PoRKo-RoCCo