Historique de l’internat des hôpitaux de Nancy

 

C’est essentiellement au cours de la première moitié du XIXe siècle qu’apparaissent les premiers Internats en France (1802 à Paris). Seule la « petite Histoire » (marseillaise) en réfère à des sources beaucoup plus lointaines : « Déjà, au XVIe siècle, les recteurs de l’Hôtel Dieu choisissaient les mieux doués parmi les enfants trouvés, recueillis et élevés dans cet Hôpital, pour les diriger vers l’Apothicairerie, puis la Chirurgie. Elèves logés et nourris, ils étaient Internes au sens scolaire habituel. Ils devaient en recevoir naturellement la dénomination, d’autant que ces enfants commençaient leurs études à l’âge de dix ans ! Il s’agissait pour eux d’apprendre à la fois les rudiments et les notions pratiques d’Apothicairerie et de Chirurgie. Après huit ans au minimum, ils quittaient l’Hôtel Dieu pour, vers l’âge de 18 ans, se placer en ville chez un Maître chirurgien, ou s’embarquer comme chirurgien navigant,  avec un pécule de  120 livres ».

Nous allons voir que l’histoire de l’enseignement médical en Lorraine est, elle aussi fort ancienne ; un aperçu de ce cadre où naîtra l’Internat nous apparaît en effet nécessaire ; mais comme il doit surtout intéresser les Lorrains d’origine, sinon même les Nancéiens, nous nous contenterons d’un résumé assez rapide, avant de décrire l’Internat à ses débuts (1855), puis à sa période « moderne » (depuis 1872).

 

I — L’enseignement médical en Lorraine jusqu’en 1843.

Il nous faut tout d’abord schématiser l’histoire des lieux où se fit cet enseignement, c’est-à-dire, grâce notamment aux documents apportés par Pfister, schématiser l’histoire clés Hôpitaux de Nancy.

En 1346, sous le règne du duc Raoul, le prêtre Vernier aménage sa maison en asile réservé aux pauvres, vieillards et enfants. L’établissement, qui correspond à l’emplacement actuel du 29 au 33 de la Grande Rue, est appelé Maison de Saint-Julien, et il est dirigé par dame Catherine, religieuse au couvent des Pécheresses ; en 1438, il est cédé à la communauté de Nancy, et il est alors géré par les Echevins. Comme il devient par la suite insuffisant, Charles III crée en 1590, dans la ville neuve, un hôpital beaucoup plus vaste, qui se situerait aujourd’hui entre la rue des Dominicains et la rue Maurice-Barres. Ce n’est qu’en 1900 qu’il est transféré sur son emplacement actuel.

Si Saint-Julien est l’établissement hospitalier nancéien le plus ancien, c’est Saint-Charles en revanche qui est devenu l’hôpital actuel. Il est fondé au début du XVIIe siècle par Pierre de Stainville, doyen de la Primatiale, à l’emplacement où se situe aujourd’hui la poste Saint-Jean. Quelques braves femmes s’y réunissent pour soigner les malades, et le peuple les appelle les sœurs de Saint-Charles ; en 1769, l’Evêque de Toul les autorise à se mettre en Communauté, et Saint-Charles devient vite le véritable hôpital de Nancy ; comme les sœurs étendent progressivement et considérablement leur activité, elles se trouvent peu à peu à la tête de tous les hôpitaux de la ville. Enfin en 1877 le conseil municipal décide qu’un nouvel hôpital sera construit, à ses frais, sur les terrains de la Prairie, et c’est là que, en 1883, l’hôpital Saint-Charles est transféré.

L’histoire proprement dite de la pratique hospitalière et de l’enseignement médical à Nancy remonte, elle aussi fort loin. Trois dates nous semblent devoir être mises en exergue : 1768 (transfert de la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson à Nancy), 1793 (suppression de cette Faculté), et 1843 (création de l’Ecole préparatoire de Médecine et de Pharmacie).

C’est en 1572 que, sur la demande du Cardinal de Lorraine, le Pape Grégoire XIII accorde une bulle de fondation d’une université à Pont-à-Mousson, bulle qui est publiée le 3 mars 1575. Nous ne nous attarderons pas sur l’étude de l’enseignement médical donné par l’Ecole mussipontaine, car son renom, dès le début du XVIII » siècle, va progressivement en déclinant, alors que celui de l’Ecole de Nancy s’affirme de plus en plus.

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, le service officiel de santé à Nancy,   est   à   peu   près   exclusivement   concentré   à   Saint-Julien ; puis, dans la première moitié du XVIIIe devant le développement de  Saint-Charles,  un  médecin  et  un chirurgien  y  sont titularisés, pour le faible traitement de cent livres tournois pour le médecin et   soixante-deux  livres  pour  le  chirurgien.   Comme  le  règlement leur  impose   simplement   de  passer  dans   les   salles  une  fois par semaine,  l’on  conçoit  que le  rôle  de la  « sœur pharmacienne » reste prédominant.

On peut dire que c’est Stanislas qui est à l’origine de l’essor médical  à  Nancy,  et  qui  surtout  y  a  posé  les  fondements d’un enseignement officiel. Pfister nous apprend en effet que « en 1742 tous les médecins furent réunis en Collège. Trois membres ouvrirent des cours d’anatomie, de chimie, et de botanique. Cinq autres étaient   chargés   de   donner   des   consultations   gratuites   aux indigents ». Ce  nouveau  collège   de  médecine, affilié   à  l’université, s’installe dans l’édifice où se trouve le musée actuel (entre la rue Stanislas et la fontaine de Neptune) ; il a pour charge de surveiller les hôpitaux et d’assurer l’enseignement, grâce à ses agrégés.

Stanislas n’ose cependant pas ramener l’université de Pont-à-Mousson à Nancy, ce qui dès lors est cependant logique ; mais quand Louis XV remplace son beau-père comme souverain de la Lorraine, le transfert est ordonné (le 3 août 1768).

On est assez peu documenté sur l’enseignement clinique à cette époque (entre 1768 et 1793), mais tout porte à croire qu’il est de peu d’envergure, et qu’il ne fait pas l’objet d’une réglementation précise. Ainsi que l’écrit Boppe  : « Rien dans les archives ne nous renseigne sur les conditions d’admission des étudiants dans les salles. On sait seulement qu’il n’y avait ni externe, ni interne rétribué ». Pourtant les Maîtres nancéiens étendent assez rapidement leur réputation ; Pfister remarque à ce propos : « La Faculté de Médecine a un certain renom scientifique et déjà l’on parle de la hardiesse de ses idées. Tandis que Jadelot publie, avec figures, un remarquable cours de myologie, Nicolas applique à la guérison des maladies nerveuses, non point encore l’hypnotisme, mais déjà l’électricité ». De plus coexistent alors avec la Faculté de Médecine les deux Collèges royaux : celui de médecine qui, fondé par Stanislas, date de 1752, et celui de chirurgie, créé en 1770.

Malheureusement en 1793 ces trois organismes (la faculté et les deux collèges) sont supprimés, en pleine activité, par un décret de la Convention. L’école médicale nancéienne, cependant, va naître une nouvelle fois, et ce sera l’œuvre de quelques individus, au premier rang desquels il faut citer J.B. Simonin, dont la grande valeur apparaît bien à la lecture de la thèse de M Jattiot. On apprend dans cet ouvrage que le 28 germinal an V, le citoyen Simonin, « dont les talents sont généralement connus » est nommé « pour officier de santé de ces trois établissements » (hospice de bienfaisance, des enfants de la Patrie, et des orphelines). L’année suivante il devient le médecin de l’hôpital de la commune, et le restera jusqu’en 1809. La rémunération du citoyen Simonin est. en frimaire an V, de 2.000 francs, attribués par la Commission Administrative, qui décide (séance du 28 germinal An V) qu’« il utilisera pour ses leçons d’anatomie et de chirurgie ïes cadavres de l’hospice ».

Il nous importe surtout d’apprendre que, à la suite de l’admission des militaires à l’hôpital, en l’an X (1802), la Commission administrative accorde au citoyen Simonin « un élève externe au choix », qui est rétribué par les hospices au taux de 300 francs par an.

Le citoyen J.B. Simonin fils, qui fut donc en quelque sorte le premier ancêtre de notre Internat, est alors désigné par son père (27 germinal an X), tant il est vrai que le népotisme {.si l’on peut employer ici ce terme impropre) est parfois à l’origine de grandes réalisations…

Cette nomination d’« élèves externes » semble se répéter par la suite au fur et à mesure des besoins, et, par exemple, le 10 vendémiaire an XI, le citoyen Richy est nommé dans des conditions semblables.

J.B. Simonin n’est pas le seul médecin à reprendre en mains, à Nancy, l’enseignement médical. Celui-ci ne peut plus être officiel, mais il est pourtant nécessaire, car les trois écoles de Santé créées par la Convention, à Paris, Montpellier et Strasbourg, ne suffisent pas aux besoins médicaux du pays. M. de Haldat, lui aussi, ouvre des cours privés, en prenant des élèves à forfait. Puis ces deux hommes confondent leurs disciples, se partagent la besogne, et, peu à peu, d’autres professeurs se joignent à eux, de sorte que l’« Ecole privée de médecine de Nancy » prend de plus en plus d’importance. En 1822 on l’érige en Ecole secondaire, et, en 1843, en Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie.

 

II — La naissance de l’Internat et ses débuts.

Nous avons retrouvé, à cette date, dans les archives départementales, le règlement pour le service intérieur des hospices civils de Nancy, dont il nous semble intéressant de citer quelques passages visant le service de Santé de l’Ecole préparatoire.

« L’An 1843, le premier avril, la Commission Administrative des hospices civils de Nancy, réunie…

Art. 103. — La Commission fixe le nombre des étudiants à qui la fréquentation des salles sera accordée et les désignera nominativement…

Art. 105. — Les élèves admis dans les salles de chirurgie pourront, selon leur degré d’instruction et de capacité, exécuter d’après les ordres et sous les yeux du chirurgien des pansements de peu d’importance, des saignées ou autres petites opérations chirurgicales.

Cinq de ces élèves recevront un tablier ou au besoin un appareil. Ils seront nommés annuellement, soit sur la présentation du médecin ou chirurgien, soit d’après un concours dont ceux-ci seront les juges, et qui aura lieu en présence de la Commission,

Art. 106. — Les cinq élèves jugés dignes de cette distinction devront fréquenter assiduement l’hôpital aux heures indiquées. Ils aideront aux pansements, ils feront ceux qui leur seront confiés, et après les opérations graves, ils monteront la garde à leur tour, sur l’ordre du médecin ou du chirurgien ».

Bien que le titre d’Interne ne soit pas ici explicité, la fonction est dès lors annoncée. La gestation de la Commission administrative va être longue et difficile, mais douze ans plus tard on assiste à la naissance de l’Internat proprement dit.

Il s’agit donc surtout de la reconnaissance officielle d’un état de fait, puisque des fonctions correspondant à celles de l’ « interne » semblent assurées dès 1802 par l’« élève externe », et surtout, à partir de 1843, par les cinq « élèves jugés dignes ». Mais ce n’est qu’en 1855 que sont mis à l’ordre du jour de la délibération de la Commission administrative la question et le vocable même des Internes, comme en témoigne la modification, à cette date, du règlement sur le service intérieur, dont nous avons exhumé le manuscrit (oh! combien raturé!) aux archives départementales. Il s’agit du chapitre VII, concernant le service de santé, et de l’article 87 : « Lors de la cessation des fonctions de chirurgiens-aides par les titulaires actuels, ces derniers seront remplacés par des internes dont le nombre, le mode de nomination, les émoluments et les fonctions seront ultérieurement déterminés. Les internes seront placés sous les ordres des chefs de services qui veilleront sous leur responsabilité personnelle à l’exécution exacte des fonctions confiées à leurs intérêts ».

Nous citerons également, à côté de cet « acte de naissance », l’article 89 qui, s’il peut paraître en dehors du sujet et s’il prête aujourd’hui à sourire, nous semble cependant empreint d’une sagesse certaine : « Les prescriptions médicales sont faites à voix basse. Celles du régime alimentaire sont toujours faites à haute A partir de 1855, l’article 87 concernant les Internes subira modifications sur modifications, et il n’est pas question de les analyser ici en détail ; d’ailleurs entre 1856 et 1872 de nombreuses lacunes sont à déplorer au fonds hospitalier des archives.

L’évolution se fait sur plusieurs points  :

Tout d’abord l’interne, chargé au préalable de remplacer le chirurgien-aide, peut très rapidement remplacer également le médecin-aide, de sorte que ce poste devient en quelques années le tremplin des hautes fonctions hospitalières, médicales et chirurgicales.

De plus, si le rôle de l’interne est d’emblée fixé, de même que sont déterminées les éventuelles sanctions secondaires aux manques, en revanche les précisions sur son statut se font attendre (déjà!). Et surtout un traitement ne lui est attribué qu’en 1861. La Commission administrative accorde alors aux internes des appointements de 250 francs par an, mais, moins généreuse que celle d’autres facultés, elle stipule qu’elle ne s’engage ni à les loger, ni à les nourrir, et qu’« ils trouveront un avantage plus important dans le titre d’interne auquel sont attachées certaines prérogatives pour l’avancement dans la carrière médicale » ! .. Nous nous abstiendrons ici de toute remarque sur le chemin parcouru durant un siècle…

Quant au concours proprement dit, il ne trouvera sa véritable formule qu’en 1873. Certes à partir de 1855, des internes sont nommés chaque année : un en 56, un en 57, puis deux ou trois par promotion, la durée des fonctions étant d’un ou de deux ans ; mais les conditions du concours ne sont pas constantes, et parfois même un étudiant est nommé par son Patron, sans la moindre épreuve théorique.

Ceci va être modifié du tout au tout quand Nancy possédera, non plus une école préparatoire de médecine et de pharmacie, mais bien une faculté, c’est-à-dire en 1872, date à partir de laquelle l’Internat prend peu à peu l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.

 

III — L’Internat de la Faculté de Médecine de Nancy (depuis  1872).

Quelques dates sont utiles pour diviser cette période trop riche d’événements. 1872 : création de la Faculté de Médecine. 1892 : fondation de l’Association amicale des Internes des Hôpitaux de Nancy. 1896 : création de l’Association amicale des Internes en exercice de Nancy et des Anciens Internes de Strasbourg et de Nancy. 1912 : deuxième Congrès de l’Internat des Hôpitaux (Nancy). 1922 : retour à une Association amicale des Internes et Anciens Internes des Hôpitaux civils de Nancy.

1872 est certainement, dans l’histoire de l’Internat de Nancy, une date capitale. En effet, le transfert de la Faculté de médecine de Strasbourg à Nancy, non seulement va rendre à la capitale lorraine la faculté que Louis XV lui avait octroyée et que la Convention lui avait enlevé, mais encore va lui permettre, grâce à un apport extrêmement riche, d’entrer dans la phase moderne de son histoire de façon d’emblée brillante. Le doyen (Stolz) et la majorité des cadres sont évidemment strasbourgeois mais, parmi les seize professeurs, notons trois Nancéiens : Blondlot, Simonin et Victor Parisot ; signalons de plus, parmi les agrégés, des noms qui resteront illustres, tels ceux de Léon Poincaré, Emile Parisot, Gross, Bernheim.

Le concours de l’internat est évidemment compliqué par cette fusion et, dès lors, comme à Strasbourg, les internes sont les uns nommés par la faculté (aides de clinique), et les autres nommés par l’Administration des Hospices (internes proprement dits) ; mais les uns et les autres prennent part au même concours et sont soumis au même statut hospitalier. Comme ce statut est la source même du règlement actuel (évidemment modifié sur bien des points), nous le citerons « in extenso », tel que nous l’a livré, aux archives, le manuscrit de la délibération de la Commission des Hospices (1873) :

« Règlement concernant les aides de clinique, les internes et les externes des Hôpitaux :

1° Les aides de clinique, les internes et les externes des Hôpitaux aident les professeurs et chefs de clinique dans le traitement des malades qui leur sont confiés et dans le service des cliniques de la faculté. Ils sont placés sous leurs ordres.

2° Ils sont distribués dans les divers services hospitaliers et alternent d’après leur ancienneté et les exigences du service : les aides de clinique tous les ans, les internes et les externes tous les semestres.

3° Les aides de clinique, les internes et les externes sont tenus de se rendre à l’hôpital 1/4 d’heure avant la visite du matin et de revenir à 4 heures pour la contre-visite.

4°  Ils suivent le professeur dans la visite des malades.

5° L’aide de clinique et l’interne rendent compte au Professeur de l’état du Service depuis la visite de la veille, du nombre des entrants, des complications, des accidents qui peuvent être survenus chez les malades du Service.

6° L’aide de clinique et l’interne sont chargés de la rédaction des observations qu’ils remettent au chef de clinique après la sortie ou la mort des malades.

7° Ils sont chargés de surveiller l’exécution des prescriptions faites par le chef de service ou le chef de clinique.

8° Ils exécutent les opérations de petite chirurgie, les pansements, les appareils, dont ils sont chargés par le chef de service ou le chef de clinique.

9° Ils surveillent la tenue des cahiers de visite.

10° Les externes sont chargés de tenir les cahiers de visite, de prendre les températures, d’exécuter les pansements et de rédiger les observations qui leur sont désignées.

11° Les chefs de clinique pourront désigner les internes ou les externes qui devront, à tour de rôle, rester de garde à l’hôpital auprès des malades, au cas où cela serait jugé nécessaire. L’aide de clinique, logé à proximité de l’hôpital, devra se rendre au premier appel qu’on lui fera pendant la nuit, en cas de nécessité.

12° Désormais, les places d’aide de clinique, d’internes ou d’externes ne seront plus données qu’au concours.

13° Les externes seuls seront admis à concourir pour l’internat.

14° Des rapports seront faits à la Faculté par les chefs de clinique sur l’assiduité des externes et leur aptitude. Ces témoignages seront pris en considération lors du concours pour l’internat ». Nancy, le 6 janvier 1873. Le doyen : Stolz.

Pour en terminer avec les externes, signalons qu’une promotion de douze est nommée sur concours le 8 février 1873 et, (Stolz dixit) « tous élèves de 3e année, c’est-à-dire assez instruits pour pouvoir rendre des services utiles… Il est bien entendu que les externes n’ont droit à aucune rémunération » ; simplement, les deux externes de garde (un de médecine et un de chirurgie) seront « nourris, ce jour de garde, à l’établissement, afin de leur enlever tout prétexte de sortie. En récompense des services qu’ils auront rendus, j’ai arrêté que les externes seuls seront désormais admis à concourir pour l’internat ».

Signalons que c’est le 1er septembre 1873 qu’a lieu le premier concours d’internat qu’on aurait déjà pu appeler « nouvelle formule » ; il entraîne la nomination de M. Hussenet, né en mars 1852, élève de troisième année, nommé externe en février 1873.

Lors de l’installation de la Faculté de médecine, en 1872, il y a à Nancy trois internes des hôpitaux attachés aux services cliniques de l’ancienne école préparatoire, chiffre insuffisant. Les trois emplois de premiers internes aides de clinique de Strasbourg, rétribués sur fonds d’Etat, sont alors maintenus, mais leurs titulaires ne prennent plus que le titre d’aide de clinique. Leur fonctions restent les mêmes que celles des internes, et il est décidé que tous seront nommés par le même concours devant la Faculté ; de sorte qu’en 1873 il y a à Nancy six internes des Hôpitaux.

L’esprit de l’internat semble né : il n’est que de regarder, sur les annuaires, les noms qui témoignent de cette période féconde : Hergott, Ganzinotty, P. Parisot, Vautrin, Haushalter, Etienne, Froelich, Richon, Perrin,, Fruhinsholz pour ne citer que les disparus.

Il n’est que de lire, aussi, leurs récriminations qui, déjà, annoncent les thèmes si souvent exploités depuis. Stoeber, aussi (de la promotion de 1872), décrit la Salle de Garde du vieil hôpital Saint-Charles, « où les exhalaisons et les bruits de la rue de l’Equitation s’entendent avec les petits animaux nocturnes pour empêcher l’interne de garde de dormir ».

La correspondance entre l’internat et la Commission administrative est alors souvent amusante, et parfois dépourvue d’aménité ; ainsi le 29 avril 1876 : « Les soussignés internes et externes ont l’honneur de prier M. le Président de la Commission des Hospices de bien vouloir faire droit aux demandes dont l’exposé suit :

1° Modifications au régime alimentaire des internes de garde.

2° Modifications au service de table.

3° Une glace de toilette, un peigne, une brosse à cheveux.

4° Réparation de la tapisserie aux environs du lavabo.

5° Réparation des lieux d’aisance.

Hélas ! après plusieurs échanges de lettres, le doyen, le 20 mai, écrit au Président de la Commission administrative et lui confirme qu’il est inutile de donner suite à ces réclamations injustifiées…

C’est que la Commission semble très puissante, et le doyen lui-même a bien du mal à faire valoir ses essais de réclamations personnelles. C’est ainsi qu’en 1878 (1878, et non point 1963), il écrit : « M. le Président : les modifications qui devaient être apportées à l’organisation des Hôpitaux de Nancy en vue de favoriser l’enseignement clinique n’ayant pas été approuvées, et l’exécution du projet de construction d’un grand hôpital pouvant être retardée pendant des années, la Faculté m’a chargé de demander certaines améliorations faciles à exécuter dans les hôpitaux de Saint-Charles et de Saint-Léon ».

La Commission, cependant, ne semble pas s’émouvoir facilement et, si toutes les réclamations sont fort bien rangées et classées, elles restent en revanche bien souvent sans réponse. Ainsi celle-ci, du 7 juillet 1886 : « Messieurs les Internes à Monsieur le Président de la Commission des Hospices. « Monsieur, Nous avons l’honneur de solliciter de votre bienveillance la prise en considération des quelques réclamations suivantes :

1° Une lanterne sourde pour nous permettre de circuler la nuit dans l’hôpital, ce qui n’est pas sans danger depuis que le couloir et les escaliers ne sont plus éclairés.

2″ Un seau et une cruche de toilette… », etc…, jusqu’aux réclamations, décidément obstinées, au sujet de la nourriture :

« Depuis deux ans, on nous sert tous les jours et à tous les repas au moins un plat de veau… ».

Signalons pourtant, en 1886, une victoire de l’internat qui obtient, après un long échange de courrier, que la salle de garde soit chauffée au bois.

Bref, de 1872 à 1892, l’internat s’affirme comme un organisme certes jeune, mais plein de vitalité, et qui, tout compte fait, n’est pas tellement différent, dans son esprit du moins, de celui d’aujourd’hui. Evidemment, certaines particularités nous étonnent : ainsi il y a généralement deux ou trois provisoires par concours, mais il arrive à plusieurs reprises qu’ils soient titularisés, suivant les besoins, c’est-à-dire si un titulaire s’installe, ou devient chef de clinique, ou passe sa thèse ; c’est le cas pour Muller en 1877, pour Hagen en 1884, pour Clément en 1886 (huit jours après le concours), et pour Sénique et Baseil en 1889.

De plus, l’âge moyen de l’ancien interne qui s’installe (24 ans) peut nous faire envie, et, quant à la carrière hospitalière, elle apparaît aussi rapide, comportant typiquement, dans ses débuts, deux ans de faculté, six mois ou un an d’externat, et un an ou 18 mois d’internat, ce qui amène au clinicat vers 23 ans. Mais ces délais vont peu à peu s’allonger, en même temps que l’internat de Nancy va prendre de l’ancienneté et étendre son renom.

Une des premières manifestations de cette vitalité est la fondation, en 1892, de l’Association amicale des internes des hôpitaux de Nancy, qui dès lors se réunit une fois par an et édite un annuaire. Leur collection a été conservée, ainsi que celle des cahiers de garde, dont on ne trouve pas trace auparavant, et qui donne une bonne idée de la vivacité de l’esprit d’internat d’alors. On ne peut qu’admirer d’ailleurs les talents de dessinateurs de nos anciens qui, s’ils écrivent moins, crayonnent plus que nous et, il faut l’avouer, beaucoup mieux.

Les archives restent également intéressantes, et démontrent, elles aussi, cette vigueur du corps de l’internat ; citons encore une récrimination, à propos de la gratuité des soins à l’hôpital pour les internes ; après refus de la Commission (« La Commission a été d’avis de n’y donner aucun suite »), l’internat revient à la charge : « Nous avons donc l’honneur de renouveler notre précédente requête, décidés en cas de rejet à refuser nos soins aux pensionnaires après entente avec nos professeurs ». Les pensionnaires, est-il besoin de le dire, correspondent aux malades « de clientèle » de l’actuel Bon-Secours. La Commission, alors, écrit à Paris, à la Maison municipale de Santé, 200, rue du Faubourg Saint-Denis, qui informe qu’elle soigne gratuitement les internes et les externes, et une solution de compromis est adoptée.

Les problèmes pécuniaires sont d’ailleurs fréquemment soulevés et, pour donner une idée des ressources de l’internat, signalons qu’en 1894 le traitement d’un interne est de 500 francs par an.

Enfin une date, encore, est d’importance : 1896, qui correspond à la création de l’Association des anciens internes de Strasbourg et de Nancy par fusion des deux associations antérieures. Cette décision est prise au cours de l’assemblée générale du 18 juillet 1896, et l’article premier du règlement intérieur est alors défini de la façon suivante : « L’association amicale des internes en exercice des hôpitaux civils de Nancy et des anciens internes des hôpitaux civils de Strasbourg et de Nancy a son siège à Nancy, fut fondée en mars 1892 par les internes et anciens internes des hôpitaux de Nancy depuis 1872, et elle a, depuis le 18 juillet 1896, ouvert ses rangs aux anciens internes des hôpitaux de Strasbourg et de Nancy d’avant 1872 ».

Cette association va se révéler active, et participera efficacement à l’essor de l’Ecole nancéienne, entre 1896 et 1922, autant grâce aux brillantes individualités qu’elle comporte que grâce à l’esprit de corps et d’initiative dont elle fait preuve dans son ensemble.

D’ailleurs le nombre des internes s’accroît progressivement et, de six en 1872, il passe à dix-huit entre 1900 et 1914. Il faut distinguer alors trois « aides de clinique », emplois d’Etat, deux « internes du département », fonctionnaires du département rétribués par le Conseil général de Meurthe-et-Moselle et attachés à la Maison de Secours, et treize internes des Hôpitaux proprement dits. Mais tous passent le même concours et ont des fonctions semblables, qui durent normalement deux ans, et peuvent être prolongées une troisième année, et même une quatrième année pour le candidat qui obtient le « Prix Bénit » (fondé en 1873).

L’internat, dès lors, est organisé de façon solide, et son histoire peut être assez aisément retracée, grâce notamment aux annuaires, aux cahiers de garde, et aux archives hospitalières. Ces dernières conservent un intérêt certain, même pour cette époque récente, car on y retrouve la correspondance échangée entre l’internat et la Commission des Hospices ; cette correspondance a surtout trait aux avis de démissions, aux demandes de congés, et aux « disputes », dont nous citerons un dernier exemple : en 1899, la Commission des hospices décide que deux couverts seulement seront mis à la disposition des internes au lieu des quatre habituels (un pour l’interne de garde, un pour son invité, et deux attribués par roulement aux autres internes) ; cette décision est brutale, et apparemment immotivée, bien que, d’après certains anciens, elle soit en rapports étroits avec la conduite (ou l’inconduite) de (ou envers) l’infirmière servant en salle de garde ; une lettre à M. le Président de la Commission suit rapidement : « De tous les internes des Hôpitaux de France, les internes de Nancy sont les moins bien traités, moins payés que leurs camarades des autres villes, pas logés et pas nourris… Nous avons donc l’honneur de vous demander, M. le Président, de vouloir bien maintenir à quatre le nombre des couverts de notre salle de garde ».

Les cahiers de garde se font d’ailleurs l’écho de ces plaintes, mais généralement sous une forme humoristique et plus souvent encore gauloise ; une page est même arrachée à cette époque (ô scandale) et, le 12 décembre 1899, le Président des internes, Gross, juge bon d’intervenir : « Prière de ne plus arracher les pages de l’agenda, sous peine d’amende. L’histoire des internes devant un jour prendre place parmi les documents officiels pour l’histoire de France, il est de la plus haute importance que l’agenda soit complet, afin que nos descendants ne croient pas à des trahisons ». Notons que ce même Gross, le 18 décembre 1899, reçoit lui-même une amende de un franc « pour garde non prise », ce qui d’ailleurs est loin d’être rare à cette époque.

Quant aux cahiers des années suivantes, ils rapportent surtout des diatribes ou des dessins visant l’autorité administrative : ce peut être l’autorité, véritable et indiscutée, des sœurs de Saint-Charles, que certains, aujourd’hui trop connus pour n’avoir pas droit à l’anonymat, appellent « les sous-officiers de la religion », ou « jeunes filles en uniforme ». Ce peut être aussi l’autorité, qui alors n’est que théorique, du directeur, qui, surnommé Ali-Baba, doit subir bien des plaisanteries et semble ne jouer qu’un rôle de marionnette.

La vie de l’association des internes mérite, elle aussi d’être évoquée ; nous l’avons vu naître en 1892, se modifier en 1896. Elle n’en est encore qu’à ses débuts, et, en 1897, à la Ve Assemblée générale annuelle, le Président, P. Parisot, pose le problème de la reconnaissance légale de l’association, problème qui se heurte à des difficultés financières, car l’association ne possède que 920 francs ; il propose alors aux différents membres de verser, au lieu des cinq francs annuels, cent francs en une fois, ce qui les fait devenir membres fondateurs. D’autres allocutions sont prononcées, par Herrgott père, Président d’honneur du Banquet, Tourdes et Louis Spillmann, interne en exercice. Enfin le Banquet se termine par un concert, donné par l’orchestre de l’association, sous la direction de Léon Etienne, externe des hôpitaux, qui reprend ici le rôle tenu, les deux années précédentes, par le « camarade Sterne ».

Il est à craindre que les éventuels membres fondateurs, qui avaient pourtant salué le discours de P. Parisot d’un « tonnerre d’applaudissements », ne se soient ravisés par la suite en grand nombre, car la caisse reste presque vide, et ce n’est qu’en 1909 qu’est obtenue la reconnaissance légale de l’association. Ceci va mettre l’internat de Nancy en relation plus étroite avec les autres villes de Faculté, et très rapidement son association se révèle des plus actives, notamment dans le cadre des congrès.

En 1910, en effet, pour la première fois, sur l’initiative de la société des internes clé Bordeaux, et en l’honneur de son trentenaire, se réunit dans cette ville, un congrès de l’internat français ; l’association nancéienne fait alors « un très gros effort » et vote une subvention de 500 francs pour envoyer à Bordeaux une délégation forte de cinq internes : Heully (secrétaire du congrès), Legris, Vayvrand, Mutel et Pillot. Il est alors entendu qu’en 1911 un congrès aura lieu à Paris, et l’année suivante, à Nancy.

Mais en 1911, au dernier moment, Segond, secrétaire de l’association parisienne, fait savoir que cette dernière juge toute réunion inutile, de sorte que le deuxième congrès de l’internat des hôpitaux a lieu à Nancy les 24 et 25 mai 1912. Il s’agit là d’une manifestation qui fut certainement d’une grande importance, tant par le nombre des participants que, surtout, par la qualité des rapports présentés et l’importance des décisions prises. Le congrès, placé sous la présidence de L. Spillmann, agrégé (alors que J. Watrin est président des internes) réunit 190 internes et anciens internes d’Alger, Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier, Nancy et Toulouse.

Parmi les rapports, signalons celui de Mutel et Watrin sur « l’organisation matérielle de l’internat », où l’on apprend par exemple que l’indemnité, à Nancy, n’est toujours que de 500 francs par an. Signalons surtout le rapport de Perrin et Caussade sur « l’organisation sociale de l’internat » ; après sa lecture, est décidée la création d’une fédération des associations d’internes et anciens internes des hôpitaux des villes de Faculté, comportant les facultés représentées à ce congrès, c’est-à-dire toutes, sauf celle de Paris. Et les statuts adoptés sont à peu près ceux présentés par Perrin et Caussade.

Ce sont ensuite les années de guerre, puis celles, difficiles encore, de l’après-guerre immédiat ; et aux concours de 1919 et 1920, chose oubliée depuis 1872 et qu’on n’a plus revue depuis, il y a autant de places que de candidats ; mais dès 1921 la compétition est à nouveau très ouverte.

A cette même date, le doyen Weiss redonne vie à l’internat de Strasbourg et le premier concours est ouvert en novembre 1921.

Comme conséquence logique, en 1922, réapparaît l’association amicale des internes et anciens internes des hôpitaux civils de Nancy dont la vitalité, jusqu’à ce jour, ne s’est pas démentie. Elle participe notamment aux différents congrès (Lyon 1914, Toulouse 1922, Lille 1923, Montpellier 1924) et organise en 1925, le T congrès de l’internat des hôpitaux de villes de Faculté.

Elle inaugure pour cela une nouvelle formule, et fait coïncider ce congrès avec celui de médecine (le 28e). Notons que le Président des internes est alors A. Tachot, et que le Professeur Cruchet, de Bordeaux, dans son discours, évoque en ces termes la grande année de 1912 : « D’abord c’était en fait le premier congrès de l’internat, régulièrement constitué ; le précédent, celui de Bordeaux en 1910 avait été plutôt une réunion des internes des grandes villes de France, autour d’une fête locale d’internat. Mais on avait pris contact, l’idée avait paru intéressante ».

Et de fait nul ne songera à mettre en doute l’importance de ces congrès de l’internat, comme l’honneur qui incombe à ceux qui doivent les organiser. C’est en partie grâce à ces réunions que, depuis 1925, le statut de l’internat a (quand même) subi un certain nombre de modifications ; nous ne les rapporterons pas ici car cette période fait partie de l’époque contemporaine, qui est bien présente à la mémoire et qui, depuis la renaissance de la Fédération en 1950 et la création en 1959 de l’intersyndicat des internats, semble s’orienter vers une voie de recherche et d’action à la fois nouvelle et précise.

Bref, nous avons essayé de faire revivre, dans le cadre du passé médical ancien de la Lorraine, les débuts de l’internat de Nancy qui, annoncé dès 1802, puis créé en 1855 pour l’école préparatoire, évolue progressivement jusqu’en 1872 où la réapparition d’une faculté favorise son essor nouveau. Dès lors il ne cesse de se développer, et aujourd’hui, avec ses quatre promotions d’environ quatorze internes par an, il apparaît particulièrement stable.

Si son équilibre nous semble de bon augure, c’est que l’internat de Nancy ne craint pas de regarder vers l’avenir, et c’est aussi qu’il doit sa vitalité autant à son « Système d’habitudes » (la Revue, le Banquet, les « Malades » au concours, le Rallye, le Baptême) qu’à son système de traditions qui lui permet à juste titre, et tant qu’il en sera digne, d’être fier de lui-même.

 


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