Mémoire – L’Association Générale des Etudiantes et Etudiants Rennais de 1919 à 1940

CONCLUSION

 

De 1919 à 1940, le mouvement associatif des étudiants français se révèle particulièrement actif. Il présente plusieurs caractéristiques qu’il est possible de résumer par un terme : le corporatisme. L’Association Générale des Etudiantes et Etudiants Rennais offre un exemple de ce corporatisme estudiantin de l’entre-deux-guerres.

Le mouvement associatif plonge ses racines dans les dernières années du XIXe siècle. Alors que l’enseignement supérieur émerge véritablement, les étudiants prennent conscience qu’ils forment un corps. Ils éprouvent alors logiquement le besoin de renforcer les liens qui les unissent et d’entretenir ce corps. Pour ce faire, dans chaque ville universitaire, les étudiants des différentes facultés se réunissent au sein d’une Association Générale. Celle des étudiants rennais voit le jour en 1887. Elle ne semble cependant pas réussir à maintenir la cohésion de la jeunesse des écoles. Cette dernière ne retrouve un début d’unité que vers 1910, notamment autour de son Foyer.

Après la Première Guerre mondiale, l’A.G.E.R. (re)naît. Le conflit que les étudiants ont vécu les a marqués et leur a donnés une maturité nouvelle. Ils ont pour but, comme avant-guerre, de se regrouper. Mais cette fois, la solidarité et l’entraide apparaissent presque vitales. Elles permettent aux étudiants de surmonter ensemble les difficultés matérielles du quotidien et la crainte de l’avenir. A Rennes et ailleurs, les membres des Associations Générales s’activent pour obtenir aides et avantages matériels et financiers. Dans une atmosphère paternaliste, ils s’entourent du soutien des autorités municipales ou universitaires.

Au-delà de l’échelon local, l’Union Nationale des Associations d’Etudiants de France bénéficie alors d’une véritable participation des Associations Générales qui la composent. Ce n’était pas le cas avant la guerre. Et l’U.N. bénéficie de la reconnaissance des autorités gouvernementales et de leur aide. Les réalisations en faveur des étudiants se multiplient alors : bourses, restaurants, cités universitaires, sanatorium…

Les intérêts estudiantins sont désormais mieux pris en compte et les étudiants peuvent, dans une certaine mesure, participer aux réformes universitaires qui les concernent directement. La défense de leurs intérêts est d’ailleurs au cœur de leur mouvement associatif. Il entraîne un changement de ton sensible vers la fin de la période. Les vœux polis et respectueux communiqués aux autorités ne sont plus toujours entendus. Le recours à la grève est alors une solution. Et un syndicalisme estudiantin est déjà en germe. Il faut cependant souligner que l’apolitisme prôné par leur mouvement permet aux étudiants de s’adresser aux autorités quelles que soient leurs appartenances idéologiques. Mais il est avant tout une garantie pour la cohésion du mouvement, à l’U.N.E.F. comme à Rennes.

Cependant, les étudiants ne restent pas prostrés dans une attitude sérieuse et préoccupée. L’esprit estudiantin est joyeux. L’A.G.E.R. propose à ses membres toute une série de distractions. Elle fait vivre dans ce domaine un héritage de la période d’avant-guerre, période « folklorique » comme elle est parfois qualifiée. Au-delà des chahuts et des monômes plus ou moins indisciplinés, il est même proposé aux étudiants de l’A de Rennes d’organiser des festivités. Parmi celles-ci, la plus remarquable est sans conteste le carnaval de la Mi-Carême. Mais elle ne doit pas occulter les autres manifestations dues à l’humour et à la jeunesse des étudiants. Dans ce registre, il faut citer une réalisation exceptionnelle : L’A, le journal de l’A.G.E. de Rennes.

Le mouvement associatif et corporatiste des étudiants rennais est donc marqué, dans les années vingt et trente, par une assez large représentativité du milieu estudiantin, par la défense des intérêts de ce milieu, par une dimension nationale au sein de l’U.N. et par un caractère folklorique. Ces caractéristiques générales qu’elle partage avec les autres Associations Générales d’Etudiants de France, font de l’A.G.E.R. un exemple du corporatisme estudiantin de l’entre-deux-guerres.

Mais en 1939, la guerre est déclarée. Les Allemands entrent dans Rennes en 1940 et occupent les lieux de vie des étudiants. La Faculté de Droit, par exemple, est réquisitionnée. Les juristes suivent donc leurs cours parmi les statues du musée qui retrouve sa première fonction ou près d’un corps humain décapité et conservé dans un liquide à l’Ecole de Médecine [46]. La Maison de la rue Saint-Yves n’échappe pas à l’occupation et la vie associative des étudiants s’endort à nouveau.

En 1944, quelques étudiants relancent l’activité de l’A.G.E.R. et le succès est immédiat et massif. Le corporatisme reprend sa place mais par pour très longtemps. Les choses ont changé, le monde n’est plus le même. La politique prend de l’importance dans le milieu étudiant. Le syndicalisme qui perçait déjà avant la guerre, se développe. Bientôt, l’étudiant corporatiste, l’étudiant « folklorique », l’étudiant porteur du béret sera dépassé. La révolte de mai 1968 n’est pas loin.

 


[1] AMR – R 82 : Rapport de police 1889

[2] [sans auteur] « Et nos bérets ? », Le Cri des Ecoles N°17, 3 mars 1912, p. 1

[3] [sans auteur] « V’là l’béret ! », Le Cri des Ecoles N°18, 17 mars 1912, p. 2

[4] PREVOST L., « Le Congrès de Strasbourg », L’A n° 1 L.22 décembre 1919, pp. 1 et 2

[5] ADIV – 1 J 40 : Registre, séance du 19 janvier 1923

[6] [sans auteur] « Les couleurs corporatives », L’A n° 4 J. 25 janvier 1923, p. 8

[7] ADIV – 1 J 40 : Registre, séance du 8 janvier 1930

[8] L’A n° 6 Merc. 10 mars 1926, p. 3

[9] M., « La ballade du Notariat », L’A n° 12 Merc. 30 juin 1926, p. 2

[10] L’A n° 8 Merc. 21 avril 1926, p. 1

[11] L’A n° 11 J. 18 mai 1933, p. 1

[12] COLLIN H., « A propos d’insignes », L’A n° 10 J. 14 mai 1936, p. 12

[13] Quito, « Le congrès… et sa muse », L’A n° 10 J. 4 mai 1933, p. 8

[14] [sans auteur] « On dit », L’A n° 11 V. 4 mai 1945, p. 2

[15] L’A n° 10 16 juin 1938, p. 4

[16] LE GOUX F., « A propos de Faluche. Retour à la sobriété classique », L’A n° 7 J. 22 février 1945, p. 1 et ANNEXE 4

[17] L’A n° 12 J. 26 juin 1924, p. 1

[18] témoignage de M. Le Goux

[19] L’A n° 7 J. 31 mars 1938, p. 3

[20] Jobic, « Balade en prose! », L’A n° 1 J. 1er décembre 1921, p. 3

[21] COLAS-PELLETIER, « Appel aux étudiants », L’A n° 4 J. 29 janvier 1925, p. 5

[22] PICQUENOT P., « Ballade de fin d’année à Nantes – Programme général », L’A n° 10 J. 14 mai 1925, p. 3

[23] [sans auteur] « Association Générale des Etudiants Rennais – Ballade de “l’A”. Année scolaire 1927-1928 », L’A n° 11 J. 31 mai 1928, p. 8

[24] G. (des Lettres) C. Lui, « A propos du Bal des Lettres », L’A n° 5 J. 7 février 1923, p. 8

[25] BOUYNOT Y., « La ballade de l’A », L’A n° 12 J. 13 juin 1929, p. 1

[26] Quito, « Le congrès… et sa muse », L’A n° 10 J. 4 mai 1933, p. 8

[27] LEROY M., « Revue de la presse estudiantine », L’A n° 8 J. 26 mars 1936, p. 9

[28] [sans auteur] « Aux confrères de l’A et aux lecteurs de l’A », L’A n° 1 J. 3 décembre 1936, p. 9

[29] M. L., « La résurrection de la faluche », L’A n° 1 J. 3 décembre 1936, p. 2

[30] Un ruban jaune, « Renée », L’A n° 2 J. 17 décembre 1936, p. 3

[31] M. L., « Renée se meurt. Renée n’est pas morte… », L’A n° 4 J. 21 janvier 1937, p. 2

[32] Un Dur à Cuir, « La faluche », L’A n° 2 J. 20 janvier 1938, p. 9

[33] Le serre-file, « Le monôme du 20 décembre », L’A n° 2 L. 12 janvier 1920, p. 1

[34] [sans auteur] « Aux midinettes », L’A n° 5 L. 23 février 1920, p. 2

[35] ADIV – 1 J 40 : Registre, séance du 26 avril 1926

[36] PIV : Statuts et Règlement de l’A.G.E.R. 1923

[37] J. T., « Le Congrès de l’U.N. à Toulouse », L’A n° 9 J. 18 avril 1929, p. 4

[38] Copyright by Razaiou, « Les conférences de l’A », L’A n° 4 Merc. 10 février 1926, p. 4

[39] [sans auteur] « Les conférences de L’A », L’A n° 4 J. 26 janvier 1928, p. 7

[40] ADIV – 1 J 40 : Registre, séance du 19 janvier 1926

[41] [sans auteur] « A travers l’A.G.E.R. – Le président nous quitte », L’A n° 9 J. 30 avril 1931, p. 11

[42] ADIV – 1 J 40 : Registre, séance du 27 novembre 1924

[43] ADIV – 1 J 40 : Registre, séance du 9 février 1925

[44] [sans auteur] « Ce que fut le Mardi-Gras », L’A n° 6 J. 17 février 1921, pp. 1 et 2

[45] L’A n° 1 J. 15 décembre 1927, p. 3

[46] Témoignage de M. Piron

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