La sagesse et la connerie, c’est proche, des fois !

 

Une simple grotte, un simple feu était le but de leur voyage. Fébrilement, afin de réchauffer un peu leur carcasse meurtrie, des mains se tendirent pour sentir la maigre chaleur dispensée par des flammes battues par les vents des sommets. Où était le sage ? Où était celui pour lequel ils avaient bravés milles dangers, pour lequel ils avaient affronté l’opprobre de leurs ainés ?

L’un d’eux, plus courageux que les autres, lança un regard en direction de la grotte et pris la parole.

« Oh Grand Sage, nous sommes venus ici en quête de… de… euh… Ben de sagesse, quoi… »

Seul le silence lui répondit, bien qu’il lui semble que le vent hurlant lui renvoyait aussi des blasphèmes et éructation maudites.

« Grand Sage ? »

« Bordel de merde, qui sont les cons qui me dérange dans ma partie de Dawn of War ?!! »

« Uh… Nous, grand Sage… Nous avons marché des mois durant, nous avons combattu les féroces barbares de l’Ounephe, nous avons connu l’opprobre de nos ainés pour venir vous voir. »

« Rien à battre, merde ! Je combats le Xeno et l’Hérétique, j’ai pas le temps de m’occuper de bleus bites ! »

«Mais, grand Sage… », Reprit une jeune femme a l’opulente poitrine.

« Ah… y’a une gonzesse… ok, j’arrive ! Oooh, gros nichons ! », Fit le grand sage en saisissant le décolleté de la jeune femme pour y plonger le regard. « Bon, vous voulez quoi… »

« Savoir comme c’était la faluche de ton temps, Ô Grand Sage. », repris le premier, que le Grand Sage regarda avec dédain, occupé à vérifier l’élasticité du décolleté qui claqua contre la peau alors qu’il le lâchait. Il se retourna vers le jeune homme dont les boutons d’acné commençaient à disparaître.

« Alors déjà, gamin, tu oublies tes conneries de respect aux anciens et autres : tu ne me connais pas, je te connais pas. Respecte tout le monde, ancien et nouveau, par principe, jusqu’à ce qu’ils te prouvent le contraire, et tout le monde sera content. Ensuite, un, tu me tutoies ; deux, si j’entends encore une fois grand sage, je te fais faire douze étoiles de la mort avec mes potes de l’OGM, moi mon foie tiens plus donc je délègue ; trois, c’est une question à la con ; Quatre, Tu veux une binouze ? »

« Mais, grand sa… euh… je dois t’appeler comment ? »

« Ben Lonch’, ca suffira… Et la binouze, alors ? Toi la fille, c’est chartreuse, la touche féminine des excès de boisson ! Et ensuite, je serai pas contre une petite pipe !»

« J’ai été prévenue… », fit la demoiselle. « On m’a avertit qu’on pouvait tout te faire, sauf te sucer… »

« Putain… je m’en libérerai jamais de cette histoire… »

« Ok, Lonch’, c’était mieux avant ou pas ? Et je dis pas non à la binouze. »

« Ah putain, la question à la con… Tiens, ta bière… Non, c’était pas mieux avant, c’était différent. Y’avait toujours autant de mesquineries, de tirage dans les pattes, de camaraderies et d’amitié. Autant de cons et de connes, autant de personnes formidables et enrichissantes. Tu peux pas faire partie d’une communauté sans tout ça, sans avoir tout ça, surtout avec des jeunes peignes culs qui croient tout savoir, comme on l’est tous quand on a 20 ans… »

« Oui, mais quand on vous voit, vous les vraiment anciens, on a l’impression que c’était mieux. »

« Ben t’as tort, c’était différent… Ok, on a crée un vrai réseau, des relations d’amitié, d’affection qui vont plus loin que de simples potes de fac, mais c’est pas tellement différent de maintenant, enfin j’espère… »

« Comment ça, t’espère ? »

« Ben tu vois, bizarrement, je pense qu’internet a éloigné les gens… Ok, quand y’a un congrès ou un baptême, ya plein de monde qui s’incrustent, mais est ce qu’ils viennent pour faire la fête ou pour rencontrer les gens de la ville d’accueil ? Je sais plus trop, tu vois… Moi j’ai commencé à faire des congrès, tout se faisait au bouche à oreille, par connaissance… Internet était balbutiant, c’était le temps des IRC, du chat caramail… »

« Mais il devait y avoir moins de monde, non ? ca devait être moins la fête ? »

« Pourquoi ca ? Au moins on se connaissait… Je veux dire, prend un congrès maintenant, 300-400 personnes… C’est pas possible de rencontrer tout le monde, de créer des liens. A mon époque, on était 100-150… Les congrès étaient organisés par les gens de la ville, pour les gens de la ville, pour essayer de créer des liens entre faluchards d’une même ville… Les extérieurs, c’était des potes qui étaient appelés, ou des inconnus qui apprenaient qu’il y avait quelque chose et demandaient si ils pouvaient venir. »

« Quoi… on n’était pas prévenu des mois à l’ avance ? »

« Nan, on venait parce qu’on connaissait et/ou qu’on aimait la ville… Même des fois, ca se faisait par hasard. On s’incrustait à l’arrache. Prends-moi, par exemple : je suis allé 3 fois à Poitiers en un an. La première fois, j’ai rencontré les pictaves, Je causais déjà avec eux depuis quelques temps sur cara. Puis je les ai revu dans un we a orléans où on était pas plus de 100, puis à mes premières angevines (où j’avais été prévenu une semaine avant, juste parce que j’avais dit que je savais pas quoi faire le we et qu’un inconnu m’avait proposé de venir… Et j’y ai retrouvé des  dijonnais, en plus !), Ensuite, j’ai sympathisé à une FOUF avec un chevalier de l’ordre du vénéré bitard… »

(Silence pour regarder le jeune homme, qui regarde le vieux sage d’un air plein d’incompréhension)

« Ok… toute une culture à refaire… donc le chevalier de l’OVB (loué soit il), m’a invité à son baptême faluchard et roule ma poule… Je connaissais une bonne partie de l’Ordre, la quasi totalité des faluchards poitevins, je considère toujours certains comme mes amis, d’ailleurs, même si on se voit peu… Et si une des personnes de cette époque a besoin de quelque chose qui est dans mes cordes, même si je l’ai pas vu depuis des années, pas de souci. J’ai pu constater ça pour mon déménagement à Reims, d’ailleurs, même si comme un con j’ai oublié d’appeler le pote en question… »

« Mais maintenant c’est sympa, y’a des gens de partout. »

« C’est vrai… Mais c’est aussi une vraie purge… Y’a des choses qui ne sont plus possible, et c’est bien dommage. Nous, on arrivait en congrès au dernier moment, et on ne rechignait pas à dormir à la dure, et de faire la fête à la dure. Un congrès, tu dormais chez l’habitant, tu couchais par terre, tu n’avais pas de repas de prévu, sauf à quelques endroits. Tu te démerdais ! »

« C’était pas organisé ? »

« Si, mais en gros, tu venais dans une autre ville et faisait la fête avec les gens de la ville, mais tu ne demandais pas à avoir un menu, à avoir la picole à volonté, sauf le samedi soir. Prends la première Angevine que j’ai faite, par exemple : arrivée à la cafet, bière pas chère mais à payer, dodo chez l’habitant (Jenny et ses attributs féminins^^, ou chez Gwen), repas au resto U, visite de cave l’après midi (découverte du Coteau du Layon), puis fiesta dans un château des environs. Mais on était 100-150… Une descente de cave à 400, c’est impossible, maintenant. »

« C’est vrai… Maintenant on reste dans un camping à faire des jeux à boire… »

« Ben voilà… C’est sympa, remarque, on se marre bien, y’a bonne ambiance mais… Mais y’a plus de découverte et de visite de la ville… Sauf pour les rares qui prennent leur voiture. La FOUF, on allait dans une cave à bière ; la rab’, on allait dans les rues de Tours (y’avait des jeux à boire, mais dans les bars de la ville), l’Angevine, c’était descente de cave… Ah, ma découverte du Coteau du Layon !!»

« Donc, c’était mieux avant… »

« Non, c’était différent… Les époques évoluent ! Dans les boites des années 50, y’avait des orchestres, dans les années 70, un DJ, on faisait toujours autant la fête, mais différemment. Maintenant y’a plus de monde, tu discutes avec des gens de partout, que tu retrouves sur internet. Il y a peut être plus de contact, plus de suivi dans les relations, mais plus de suivi dans l’amitié, on ne peut pas encore le savoir, c’est un peu tôt. Donc non, on ne peut pas dire que c’était mieux avant. »

« Plus ca change… »

« Ouais, plus c’est la même chose… Mais avant, les congrès, c’était assez géographique : quand tu allais à l’angevine, tu ne voyais que des poitevin, des nantais, des orléanais, des tourangeaux, et parfois des bordelais… Et des parisiens, les parisiens étaient partout… des vrais chancres… »

« Euh… T’habitais pas Paris, à l’époque ? »

« Chuis pas parisien, t’as compris ? » (regard lourd de sens)

« Oui, oui… »

« En fait je n’ai qu’un seul regret… Le fun a changé, mais y’a une chose qui a disparu »

« Lequel ? »

« Les chants… Avant, on chantait. On se levait le matin, t’avais toujours un gars avec une guitare qui se mettait à gratter ; au repas, on ne chantait pas que la Prière (que j’ai jamais chanté, d’ailleurs, même si je l’entends tous les jours depuis que je bosse à Laon), on chantait tout ce qui nous passait par la tête, des paillardes et d’autres. Je rentrais de congrès, j’avais plus de voix ! »

« C’est vrai que ça chante peu… »

« De ce que j’ai vu, en tout cas… C’est au 116 que je me suis rendu compte de ça… Un ancien, pour moi, qui vient me voir en me disant, ‘Lonch’, personne ne chante, on va chanter’… On s’est retrouvé à deux, puis j’ai commencé à emballer une lesbienne, donc on a du arrêter. »

« Une lesbienne ?! »

« Ouais, mais elle emballait des mecs de temps en temps. Elle allait jamais plus loin… la même année, au mois de septembre, elle m’a remonté le moral toute une soirée alors que je chialais… Une fille bien, un vrai cœur. Pas de nouvelles depuis des années, mais si elle a besoin de moi un jour, elle peut toujours compter sur moi. »

« Un de nos anciens…», reprit le jeune.

« Ouais, un gamin, donc… »

« Oui… Un de nos anciens trouve que c’est pas normal que vous veniez encore en congrès, vous les vraiment vieux, qui ont plus de 30 ans. »

« Et ben, respectueusement vu que je le connais pas, je l’emmerde, l’encule à sec avec du gravier, et verse du sel dans les plaies purulentes de son anus détruit. »

« Ouille… »

« Si ce connard, que je respecte, vu que je le connais pas, trouve que c’est anormal de vouloir revoir ses potes, et bien tant pis pour lui. Le souci, tu vois, c’est que toute la bande qu’on était à faire les congrès à droite à gauche, et bien on est éparpillé aux quatre coins de France, voir du mooooooonde !! Et on a peut être pas le temps, avec nos boulots, ou nos gosses pour certains, sans oublier les procès pour divorce, d’organiser des week-ends où on peut se rencontrer.»

« Ouais… Donc les congrès, c’est plus pratique pour ça, alors… »

« C’est ça, t’as tout compris ! On ne fait pas ça pour emmerder le monde ou faire découvrir le vrai plaisir sexuel à des jeunes filles pas si innocentes… On est là surtout pour se retrouver… Quand tu vois les apéros CAF, tu vois un peu ce que pouvais donner les congrès à nos époques : à la bonne franquette, mais avec des bons produits, et je ne parle pas de la bouffe, mais des gens ! »

« J’ai vu des vieux qui emmerdaient le monde… »

« Tu parles de qui, là ? Attention, ne confond pas ! Y’as des gars qui sont des anciens, qui ont vécu une vie de faluchard, mais qui considère ensuite qu’ils savent tout, qu’ils ont la connaissance ultime, tu vois. Comme si le Dieu des Faluchards leur avait rempli le cul avec tout son savoir… En fait, ces mecs là, qui sont en général nos jeunes à nous, ils se sont fourré le gode de leur suffisance dans le popotin, ils ont transformé un trou normand en fosses des Mariannes de leur orgueil ! »

« J’aime bien le message… »

« Pas moi… J’ai jamais aimé les gros plans dans les pornos. Bon, ces gars là, ils disent ‘faut pas faire ci, faut pas faire ça’, mais sans aucune explication ! »

« Comment ca ? »

« La faluche, c’est la tradition, ok ? »

« Ben oui… »

« Bon, et bien les traditions, ca a des raisons. On ne décide pas brutalement de se mettre une plume rose dans le cul et de tourner sur soi même en chantant la macarena simplement parce qu’on trouve que ca serait cool de créer cette tradition à l’université de Poil sous Beuvray ! »

« Y’a une université dans le Morvan ? »

« Nan, mais Autun avait l’une des plus grandes écoles de grammaires de Gaule, sous l’époque romaine… Et la Gaule, c’est la faluche, car elle bande encore, car elle bande encore !! Mais on s’en fout du Morvan… Je veux seulement te dire qu’une tradition, ca ne s’invente pas parce que c’est marrant, ca s’invente parce que c’est marrant ET pour une raison. »

« Une raison ? »

« Oui, une célébration, le besoin de se souvenir, un gros gros délire entre pote d’une année qui se transmet ensuite. Mais c’est pas un grand merdeux… Pardon, un grand maitre qui décide d’un seul coup que tu auras une plume dans le cul. Regarde les passants alsaciens, ca a une raison, tout comme la pizza que se mettent les montpelliérain sur la tête… Et nulle part je n’ai entendu parler de tradition de trashage d’impétrant le jour de leur baptême ! Enfin pas depuis ces dernières années.»

« Mais ca se fait partout ! »

« La connerie aussi, mais j’essaye de pas être con tout le temps ! Bon, on va reprendre les basiques : a quoi sert un baptême ? »

« A tester un impétrant, à voir si il a le bon esprit pour être faluchard ? »

« Ouais, c’est pas mal… Bon, ca sert aussi à faire la fête, déconnons pas. Bon… Maintenant, dis-moi en quoi se prendre de la farine et des œufs sur la gueule fait de toi un bon faluchard ? C’est pas plutôt la camaraderie, le sens de la fête ? Perso, tu me fous un œuf dans les cheveux, je peux te jurer que tu passes pas la nuit et que je serai pas le seul à te massacrer. Et on sera méchant, vindicatif et sans aucune pitié. Est-ce que ca fait de moi un faluchard de merde de pas vouloir être trashé ? »

« Mais c’est la tradition à certains endroits… »

« Ouais, peut être… Sauf que j’ai récemment vu des baptêmes où ca se pratiquait, alors que deux ans avant, ca ne se faisait pas ! Elle est où la tradition, là ? Dans le cul du grand maitre suffisamment con pour dénaturer un baptême ! Un baptême, ce n’est pas un bizutage ! Mais bon, un jour un GM va faire un baptême, et dans son petit plaisir sadique de petit chef, il trouve que c’est cool que l’impétrant il finisse tout crado, alors il essaye dans sa ville. Ya pas mal de gens qui trouvent ça immonde, mais qui ferment leur gueule parce que le GM est un petit Kapo prompt à dégainer mais qui tient l’alcool comme moi actuellement, c’est-à-dire pas fort. »

« Ca s’est passé comment, ton baptême, toi ? »

« L’horreur… J’ai fini mort saoul, en train de chialer pour une raison à la con, sans aucun souvenir de la moitié du repas. »

« Du repas ? »

« Oui, par chez moi, ca se faisait en repas. Donc on ne se gelait pas les miches en bord de Seine ou dans un parc pendant deux heures et on avait de quoi éponger. Le futur faluchard avait de quoi se remettre entre les testum. Bref, j’ai repris mes esprits quand on m’a trempé la bite dans du vin glacial pour faire un dagobi, et je me souviens de mon serment, ce qui est l’essentiel. »

« Oui, c’est le plus important… »

« Mais en tout cas, y’avait pas de gages… J’ai jamais vu de gages jusqu’à ces dernières années. Ou alors des gages marrants et intelligents, pas ramper 50m couvert de farine ou mimer des actes sexuels ! »

« C’est-à-dire… »

« Par exemple, chanter une chanson sur l’air d’une autre… Va chanter la Petite Huguette sur l’air des Prisons de Nantes, tiens… Surtout à 15gr… Ou alors écrire une chanson sur un thème en rapport avec le passé de l’impétrant, ou un événement qui lui est arrivé. Mais c’est même pas ça qui m’emmerde le plus dans les baptêmes actuels… Après tout, chaque époque ses délires et si vous aimez vous les geler couvert d’œufs, de farine et de flotte, c’est votre choix… Non, moi ce qui m’énerve aussi, c’est de faire un baptême un événement national. »

« Ben… C’est sympa quand des extés viennent, non ? »

« Ouais, ouais, c’est sympa quand des gens qui ne connaissent les impétrants ni d’Eve ni d’Adam se ramènent à un baptême dont ils n’ont rien à foutre, uniquement pour picoler, et sème le brin. C’est vrai que c’est un immense respect pour le futur baptisé, ça ! Je m’incline ! »

« Vu comme ca… »

« Un baptême, c’est les faluchards d’une ville qui accueillent un nouveau faluchard. Si l’impétrant a fait quelques congrès et sympathisé avec des gens, libre a lui de les inviter, mais des baptêmes à 80 gugusses dont seulement un quart connaissent l’impétrant, je vois pas vraiment la finalité. La faluche, c’est pas que les trois B, y’a un serment qu’on a prêté, et je vois nulle part dans ce serment ‘et tu iras te bourrer la gueule en égoïste dans les coin les plus reculés de France et de Navarre !’ Regarde par exemple le baptême de ma fillotte, il y a fort longtemps. Elle était assez connue sur Dijon et ailleurs car sa marraine sortait sur Lyon, Valence, Montpellier. Bon… Et ben y’avait que deux ou trois exté, dont un dénommé Tarzan, qui la connaissait ! Les extés qui venaient connaissaient ma fillotte, ils sont venus pour elle et certains parrains/marraines qu’ils connaissaient, pas pour picoler comme des idiots ! »

« Oui, mais quand c’est pendant un congrès… »

« C’est autre chose. Pendant un congrès, si le GM a du sharisme… »

« Du charisme ? »

« Ouais, du Sharisme… Bref, s’il est burné, il tient les spectateurs. Et il fait en sorte que seuls ceux qui sont réellement intéressés viennent assister au baptême. Le reste, ben ils picolent au bar, et personne leur en voudra, tout le monde sera content ! L’impétrant aura eu un beau baptême avec du monde, le GM aura montré qu’il sait mener sa barque et les autres se seront amusés. En fait le gros souci c’est que le coté délire et fiesta a éclipsé le coté tradition. »

« Bah quand même, tu peux pas dire ça ! »

« A la naissance d’une tradition, il y a une raison, y’a pas un porteur de croix en slip… Sauf la religion chrétienne, mais confondons pas tout. »

« Bah la raison c’est faire la fête, non ? »

« Non. »

« Ben… »

« Le potager, y’a une raison ; le nom des insignes, y’a une raison ; certaines pratiques locales, y’a une raison ; c’est jamais des caprices. Mais bon, donne le pouvoir à un individu et ca finira en caprice…»

« Tu penses au Grand Maître, là ? »

« Ouais, je pense à eux… A mon avis, c’est une bande de dictateur en puissance qui ont oublié leur raison d’exister et leur raison d’être… Qu’est ce qui est dit dans le code sur les GM ? »

« Euh… On parle de son élection et de son rôle»

« Ouais, je cite : Dans chaque faculté ou école, il sera procédé à l’élection d’un Grand Maître, choisi par les faluchards au vu de ses mérites, et dont le tâche principale sera de veiller à l’application des principes de base qui régissent le port de la faluche. Le GM est le garant des traditions, il veille aux baptêmes des étudiants de sa filière et fait procéder l’élection de son successeur. »

« C’est à la fin du code, ça, non ? »

« Ouais, ce qui montre l’importance du Grand machin : il vient après tous le reste, même après le potager. Je te dis, rien n’est fait sans raison : dans un code, l’ordre est important. Mais à part ça, sur ses pouvoirs, on le mentionne, on dit quels insignes il peut distribuer, on lui donne le droit d’enlever des insignes qu’il juge inappropriées, mais c’est tout. Rien d’autres… Où est ce qu’il est marqué ‘ton GM aura le droit de te frapper les roubignolles parce que tu fais un truc qui lui plait pas’, rigole pas, j’ai vu ça dans un baptême parisien dernièrement… Où est il marqué ‘La parole de ton GM est sainte’ ?

« Ben… C’est le garant des traditions… »

« C’est ça, le garant… A t’il à ce titre une autorité quelconque autre que celle que sont prêt à lui accorder ses faluchards ? Je ne pense pas… Tu connais Rome ? »

« La série TV ? »

« Y’a de l’idée… Non, je parle de Rome, la ville, l’Urbs, la capitale du monde. L’empire romain, etc… Sous la République Romaine, on séparait deux choses : l’Impérium, le pouvoir coercitif, et l’Auctoritas, l’influence morale. Pour moi, un GM est titulaire d’une auctoritas. Il n’est pas différent des autres faluchards. »

« Ben si, quand meme ! »

« Non, c’est un faluchard comme les autres, mais qui a une croix ! Et en plus, c’est une charge, un poids d’être GM !! C’est lui qui doit gérer ses ouailles, veiller aux PLS, faire gaffe que des conneries soient pas faites comme reprendre la bagnole après une tôle ! Aujourd’hui, un GM c’est quoi ? »

« Euh… Ben on les voit pas tellement faire ça, quand même… »

« Ben voilà… Je suis persuadé que la majorité des GM sont des mecs et des nans biens, mais le peu de GM que j’ai vu officier dernièrement se comportaient comme des petits chefaillons, se foutaient de comment finissaient leurs faluchards et se la pétaient dés qu’ils avaient une croix. On leur a donné un semblant de pouvoir, et ces frustrés s’en servent pour satisfaire leurs petits désirs de domination… Je plains leur nana ou leur mec ! Mais bon, c’est juste qu’il y a eu un changement de perception… »

« Comment ça ? »

« Je me souviens de mon GM quand j’étais à la corpo droit. Il était venu me voir quelques temps après son intronisation en me disant, ‘fais chier, je peux plus me bourrer la gueule, maintenant que je suis GM, faut que je surveille les gens.’ Il avait pas tort et il a été un excellent GM, que j’écoute encore aujourd’hui. »

« Et toi… T’as failli être GM, non ? »

« Ouais, magnifique, un GM pendant 6 mois, quel intérêt ? Faut vraiment être un débile ou un groupe de débiles pour penser qu’une filière ne peut pas se démerder sans GM pendant 6 mois, dont 4 mois de congés… Bref, j’ai été élu, à la suite de manœuvres bizarres que j’ai même pas cherchées, en plus je relevais d’une cuite quand on m’a désigné sans me demander mon avis, et on m’a demandé d’organiser mon intro… »

« Et ? »

« Et je n’ai RIEN foutu !! J’allais partir à l’armée, être un GM absent c’est pas une bonne chose. Mieux vaut pas de GM qu’un GM qui ne fait ça que pour avoir une croix. Etre GM, c’est une charge, un poids, pas un privilège ! C’est des emmerde, pas un moyen d’imposer sa volonté aux autres !»

« C’est pas franchement la conception de certains. »

« Ben faut les virer, les taper et les virer, avec sodomie… Et choisir non pas un pote, mais quelqu’un de modeste. En fait, je pense qu’une élection de GM devrait se faire non pas au plus populaire, mais au moins impopulaire… Ca éviterai les merdes de choisir une personne qui ne veut pas l’être.»

« Et le système alsacien ? »

« Le système alsacien… Tu parles d’un système où trois vieux que personnes ne connait peuvent baptiser un jeune que personne ne connait non plus dans un appart paumé de Schiltigheim ? »

« Euh… »

« Rêve pas, y’a pas de système parfait. Au moins un GM tout le monde le connait, ce qu’on ne peut pas dire de tous les TVA. Y’a du bon, par le coté collégial qui évite justement les débordements de petits chefs des GM, mais le coté où certains TVA disparaissent pendant des années pour revenir quand leur petit cousin veut prendre la faluche, c’est pas parfait non plus… »

« Donc, tu penses qu’il faudrait revenir à la tradition ? »

« Oula, moi je pense pas ! Je pense rien. Je t’ai dis, chaque époque ses merdes et ses délires ! Chaque époque ses vieux qui râlent. Moi j’ai un de mes anciens qui m’a un jour dit qu’il était content de voir que je continuais les sorties faluchardes… et un plus jeune qui m’a incendié parce que je continuais, alors je ne dis plus rien… Mais faut pas qu’il se pointe un jour au CAF, celui là, on l’accueillera avec un grand sourire sadique. Non, je ne pense plus, moi. Ca ne sert à rien. C’est le mal du siècle, de toute façon : on ne pense plus, on ne réfléchit ni aux causes, ni aux conséquences de ses actes ou de ses délires. Donc je m’adapte, et quand je mets mon béret à pins, je ne pense plus, je picole, je tombe comme une merde, je badouille… »

« Et tu te pètes la cheville. »

« Ouais… Connard… »

« Mais on peut faire quoi alors ? »

« Rien… C’est cyclique tout ça. Un jour, un GM ou autre refusera de trasher ou de se faire trasher, aura les cojones pour dire que les baptêmes sont avant tout pour les locaux et les amis de l’impétrant, même non faluchard, et calmera le jeu. Il sera détesté par certains autres qui invoqueront les traditions, mais ses faluchards, sauf les potes des anciens trasheurs, lui seront peut être reconnaissant et ça fera peut être tache d’huile, faut espérer sinon je vois pas trop… »

Plusieurs semaines plus tard, un homme hirsute ressort d’une jungle profonde. Il a laissé sa compagne avec le vieux sage, pardon, avec le vieux con, capable de parler d’autre chose que de foot et de cul pendant plus de 10 mn.

Il a échappé aux barbares féroces de l’Ouneffe, qui voulait lui faire subir des outrages insensés en l’obligeant à tenir une pancarte pendant des heures pour une cause qui n’est pas la sienne. « Ils ne comprennent rien à la tradition », se dit-il. Mais lui, la comprenait-il ?

De retour chez lui, il vit un baptême. L’un des candidats au port de la coiffe sacrée se roula dans la boue en imitant le cochon, car le thème choisit par le GM ce soir là était « la vie à la Ferme ». Aucun des impétrants ne venait d’une famille d’agriculteur, ni n’avait travaillé dans une ferme… L’humiliation devait certainement être une forme de subvention européenne pour le GM. Mais le jeune homme fit comme les autres, il ne dit rien, il rit, il applaudit, et il rentra chez lui. On était loin de l’Abbaye de Thélème…

Dans sa tête résonne le dernier dialogue qu’il a eu avec l’ermite.

« Mais oublie pas une chose, gamin… »

« oui ? »

« Dans 10 ans, tu diras la même chose que moi, et moi et les autres vieux… »

« Oui ? »

« Moi et les autres, on sera toujours là… On est votre pire cauchemar… Des grabataires avec une mémoire ! Mouahahahahahahha !!! »

« Oh… Putain de merde… »

« T’as vu, je le fais bien le rire de malade, hein !! »

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