LA VIE DES ETUDIANTS EN MEDECINE A LA FACULTE DE PONT-A-MOUSSON

Ecrit par Jacques VADOT

 

Modeste au début, leur nombre atteignit 250 dans les périodes les plus florissantes, sur les 2000 étudiants environ que comportait l’Université. Les futurs médecins, à leur arrivée à la Faculté, devaient s’inscrire sur les registres du recteur et verser trimestriellement le montant de leurs inscriptions durant les trois années que duraient leurs études. Celles-ci étaient sanctionnées successivement par le baccalauréat, la licence et le doctorat, obtenu après qu’ait été soutenue une thèse. Celle-ci, en latin et toujours courte (1 à 8 pages), pouvait aussi être rédigée à plusieurs.

L’enseignement était dispensé dans les locaux de la Faculté. Mais au début, il fallut faire appel à des personnages ayant reçu l’autorisation de donner des leçons à leur domicile. Ce fut le cas d’un des premiers enseignants, dès 1592, Toussaint Fournier (1544-1614) dont le portrait est conservé dans les collections de notre Musée. Notre Faculté peut s’enorgueillir de posséder aussi les portraits de beaucoup de professeurs ayant enseigné à Pont-à-Mousson, comme Pierre Barot auquel succéda son fils Marc Barot, Jacques Le Lorrain, Jean Levrechon, Christophe Pillement et Charles Lepois, premier doyen, etc.

Cet enseignement subit les aléas de la guerre et de la peste qui sévirent en Lorraine entre 1630 et 1634. Dans les suites, la Faculté de Pont-à-Mousson perdit un peu de son lustre et de sa rigueur, et le Duc Léopold, en 1697, exigea que pour exercer la médecine, les étudiants aient reçu aussi des compétences en chirurgie.

La vie des étudiants en la ville de Pont-à-Mousson était diverse. Certains vivaient chez leurs parents, soucieux de contrôler leur bonne tenue et leur travail. D’autres prenaient pension chez les Jésuites dans un internat relativement important. D’autres enfin étaient hébergés en ville chez des précepteurs qui tenaient des pensions privées. C’était d’ailleurs une source de revenus non négligeables pour certains Mussipontains dont un édit spécial des Ducs de Lorraine réglementa les prétentions financières. En ville, les étudiants étaient soumis à des lois sévères : ils ne devaient pas rentrer chez leurs logeurs après la cloche du “couvre-feu” et avaient l’interdiction du port d’armes.

Néanmoins, malgré une discipline rigide, prônée par l’Université et la police de la ville, certains d’entre eux étaient plus turbulents, ayant des moeurs de “fainéantise, libertinage et débauche de vins, encouragés par les bourgeois qui en tiraient profit”. Ils étaient auteurs de quelques farces, souvent aux dépens des bourgeois de la ville, surtout de ceux qui s’attardaient le soir. Parfois, il s’agissait de querelles ou de rixes ; un étudiant trouva même la mort au cours d’un duel. Ailleurs, ce furent des soldats qui furent l’objet d’une attaque et l’un d’eux succomba.

Il fallut même créer une patrouille spéciale pour “réprimer le vacarme qu’ils faisaient dans la ville et arrêter leur insolence pour mettre fin aux carillons des étudiants qui couraient la nuit sans clarté (on les obligea plus tard à se munir d’une torche), munis d’épées, maltraitant les bourgeois, les insultant et cassant les vitres”. Se croyant au-dessus du peuple ou des lois, certains étudiants s’octroyaient le droit d’aller chasser dans les propriétés voisines et les bois environnants qui retentissaient du bruit des arquebuses.

Malgré l’interdiction du port d’armes et des amendes, certains “délinquants” étaient punis par une peine de prison. Leurs geôliers recevaient de l’étudiant incarcéré un “tant par jour”, ce qui les incitait à ne pas le laisser s’échapper.

Nombreuses étaient les fêtes et distractions auxquelles pouvaient participer les étudiants. Qu’il s’agisse des réceptions publiques de “grades”, des fêtes religieuses ou processions, ou des fêtes littéraires où étaient conviés les Mussipontains. Les Ducs de Lorraine, en particulier Charles III, y assistaient souvent. Parmi les “menus plaisirs”, on retrouvait la fréquentation des tavernes, les bals ou les promenades à âne sur la colline ou dans les bois de Montauville. Thiaucourt et son petit vin des côtes attiraient les disciples de Bacchus. Cette localité fut même le siège d’une “Faculté dérisoire où des diplômes grotesques étaient délivrés aux plus ignorants”, ce qui lui valut dans le patois lorrain l’appelation de “Mont-aux-Anes”.

La création à Nancy du Collège Royal de Médecine (1752) puis le transfert de sa Faculté (1768), priva en quelques décennies Pont-à-Mousson de sa vie estudiantine et de l’animation originale qui l’accompagnait.

 


Article trouvé sur l’excellent site sur la médecine à Nancy: http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Vadot3.htm

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