Etude des caducées

Les caducées sont, dans la mythologie grecque, les attributs des dieux (comme le thyrse de Dionysos/Bacchus ou le trident de Poséidon/Neptune). Ils sont emprunts d’une symbolique et les différents éléments les composant ont chacun une signification propre.

En Faluche et d’une manière générale dans notre monde judeo-chrétien, on a l’habitude de mélanger allègrement les deux panthéons grec et romain. Il s’agit en effet plus ou moins des mêmes dieux, cependant le culte qui leur était rendu différait notablement. Les attributs divins symboliques, dont les caducées, ont pourtant survécu pour la plupart à cette ectopie, pour certains ils leurs sont même antérieurs et empruntent des symboles mythologiques Assyriens ou Babylonien.

Les principales sources exégétiques citées ici sont issues de l’oracle de Delphes, qui a organisé et épuré le Panthéon antique et des écrits héroïques grecs et latins.

Pour des raisons de praticité et de clarté je nommerai donc l’entité grecque puis la romaine comme suit : Zeus/Jupiter.

Je me propose ici de faire la lumière sur les trois « caducées » qui ornent nostre coiffe à savoir les symboles des filières Médecine, Commerce/Eco/Gestion/Kiné et Pharmacie.

 

Symbole des carabins : le bâton d’Asclépios/Esculape.

Description

Symbole du corps médical en France (d’autres pays ont en effet choisi d’autres symboles, comme le caducée Mercure), il est composé en première intention d’un long bâton d’olivier autour duquel s’enroule un serpent que l’on a décrit aujourd’hui pour être la couleuvre d’Esculape Zamenis longissimus (nous nous attarderons sur ce serpent plus loin dans cette présentation).

Insigne pour faluche – Stadium : bâton d’Asclépios

 

De nos jours le sceptre est plus droit (certaines représentations antiques figurent plus nettement la branche d’olivier au naturel), surmonté du miroir de la prudence (en référence au diagnostic et au paradigme médical primum non nocere encore d’actualité) et surchargé des palmes croisées d’olivier (attribut d’Asclepios/Esculape et symbole de la longévité) et de laurier (attribut d’Apollon, père d’Asclepios/Esculape et symbole d’autorité et de savoir).

En France la première utilisation du bâton d’Asclépios pour représenter le corps des médecins est sans doute le sceau de l’Université de Montpellier en 1605. Le caducée de Mercure lui fut longtemps préféré avant que quelques auteurs s’en insurgent au XIXème et rende à Asclépios/Esculape son patronage sur la médecine, dans certains pays (notamment les États-Unis d’Amérique) le caducée Mercure représente toujours les médecins…

Logo du conseil de l’Ordre National des Médecins

 

Asclepios/Esculape

Esculape est le dieu de la médecine magique et de la chirurgie. Il serait, selon nos antiques aïeux, à l’origine de la constellation du Serpentaire. On lui attribue la fondation de la médecine. Représenté barbu et pensif, il est souvent appuyé sur une canne d’olivier et il arbore les palmes tantôt de laurier, tantôt d’olivier.

Asclepios

 

Il est le fils d’Apollon et de Coronis (Corbeaux), une mortelle qu’il tuera pour son infidélité avec un mortel Ischys (Pindare, Pythiques, IX, 104). Il est élevé par le centaure Chyron, le précepteur antique bien connu, qui lui apprend les incantations, la science des philtres, des drogues et de la chirurgie (Pindare, Pythiques III). Il fait, un temps, partie des Argonautes qu’il aide par ses talents de médecin. L’histoire de sa naissance est étroitement liée au corbeau : certains auteurs prêtent à la traîtrise d’un corbeau la mort de la mère d’Esculape (l’oiseau aurait, à tort, colporté la fausse nouvelle de l’infidélité de Coronis) et la malédiction d’Apollon, sa punition, qui rendit l’oiseau noir alors qu’il était, dit-on, blanc auparavant.

Il est le dépositaire du sang de la Gorgone Méduse, poison et remède (Apollodore III) et figure les premières idées de posologie et des balances bénéfices-risques qu’abordera Galien, père de la pharmacie. Faiseur de miracles, il ressuscite les morts et c’est pour cette hérésie qu’il est foudroyé par Zeus. Il ne rejoint cependant pas l’Hadès et devient un dieu à part entière.

Son principal lieu de dévotion fut Epidaure bien que son origine fut incontestablement Thessalonicienne. C’est d’ailleurs à Trica que l’on commença à lier le dieu de la médecine et le serpent qui porte aujourd’hui son nom, ceci probablement sous une influence asiatique. Athènes comme Rome célébraient ce dieu en grande pompe notamment pour se protéger de la peste.

Epidaure, lieu où l’on venait chercher la guérison, était un lieu de forte ascèse: le jeûne, l’abstinence et la continence y étaient de mise. Ce lieu préfigure en quelque sorte déjà l’hôpital de notre temps. En 293 av JC, par exemple, des serpents d’Epidaure partirent jusque Rome pour la consécration du temple d’Esculape sur le Tibre pour conjurer l’épidémie de peste qui sévissait.

C’est sous le patronage d’Esculape que se placeront Hippocrate et les Asclépiades (Galien Méthode de traitement I et II), père de la Médecine, de l’épidémiologie, de l’orthopédie et de la chirurgie et ses disciples après lui resteront sous le patronage de ce dieu.

La couleuvre d’Esculape

Il s’agit ici d’un point commun à tous ces « armoiries » divines : on y fait figurer le serpent qui était élevé dans des temples. On sait, aujourd’hui, qu’il s’agissait de Zamenis longissimus (anciennement Elaphe longissima) espèce décrite par Laurenti en 1768 et qui porte également les noms triviaux de couleuvre d’Esculape ou Liron en France.

Zamenis longissimus

 

L’identification de cette espèce précise peut être faite pour plusieurs raisons. Premièrement, il est le serpent le plus facile à manipuler et à élever du bassin méditerranéen. D’autres indices nous ont amené à penser cela : la grande taille des animaux décrits dans les temples (Z.longissimis est une grande couleuvre pouvant atteindre les 1m80) ainsi que les mentions de serpents blancs (l’espèce Z.longissimus est très sujette à l’albinisme).

La description qui en est faite dans les textes récents des représentations d’Hygie figure deux interprétations des statues et poteries : soit le serpent crache son venin dans la coupe, soit il vient y boire. A la vue de ce que l’on sait de l’élevage des serpents dans les temples d’Asclepios, où Hygie était souvent révérée, et à l’observation de certains bas reliefs (notamment dans les thermes de Salonique) et d’autres œuvres anciennes où le serpent est tenu contre le sein d’Hygie, il paraît peu probable que le serpent figuré soit d’une espèce venimeuse. Les temples des deux dieux étaient communs dans la plupart des villes. Si l’on considère de plus que l’élevage des viperidae (seule famille de serpents à venin en Europe) est assez malaisé et que les plus grandes espèces de vipères atteignent difficilement 90cm (ce qui ne correspond pas aux descriptions des serpents des temples) il semble plus probable que c’est la seconde interprétation qui doit être retenue (le serpent se sustente à la coupe) et que le serpent d’Hygie et le serpent d’Asclépios sont une seule espèce : Zamenis longissimus.

Dans les temples dédiés aux soins, on élevait donc ce serpent considéré comme la forme terrestre d’Esculape, à tel point qu’il était même emmené en campagnes militaires durant lesquelles des prêtres suivaient les armées avec quelques serpents. Il avait, dit-on, des propriétés curatives et servait dans les oracles.

Autre fait marquant sur ce serpent, les traditions celtiques, bien avant le moindre contact avec l’empire romain, attribuaient déjà à ce serpent des vertus: son ingestion donnait la connaissance médicale (sous-entendu la reconnaissance des remèdes et drogues végétales).

Citons aussi le serpent d’airain des Hébreux auquel on a prêté des vertus de guérisseur.

On peut en tout cas affirmer qu’il s’agit d’un des meilleurs outils naturels d’assainissement des villes : une couleuvre de cette taille est un dératiseur non négligeable (un adulte capture en moyenne 150 rongeurs par an) en ces temps jadis où sévissaient d’importantes épidémies véhiculée par les rongeurs.

 

Symbole des étudiants en éco-gestion, commerces et Kinésithérapie ; Le caducée d’Hermès/Mercure

Description

Le seul cas ou le terme caducée est réellement bien employé, il s’agit d’un bâton d’or où s’enroulent deux serpents qui se font face à son sommet, il est surmonté du vol entier, attribut d’Hermes/Mercure comme héraut des dieux.

Insigne pour faluche – Stadium : caducée Mercure

 

Il échangea le « bâton d’or » à Apollon contre la flûte (tantôt la harpe), instrument de son invention. On appelle plus communément ce caducée « sceptre du héraut ». On l’a aussi représenté en bois d’olivier mais la plupart des auteurs antiques en parlent comme la verge d’or échangée à Apollon (Hymne Homérique à Hermès 24)

Aux Etats-Unis c’est ce caducée qui représente le corps médical…

Hermès/Mercure

Il s’agit d’un des dieux les plus polyvalents : il a bien des facettes et des pouvoirs. Il est donné pour un des dieux les plus ingénieux et habiles qui soient. Représenté jeune et beau, coiffé d’un casque ailé, ses organes virils sont toujours très apparents (dans les représentations les plus anciennes).

Hermès copie Romaine – musée du vatican.

 

D’abord dieu des héraut et de l’éloquence, il est élu par Zeus/Jupiter entre tous pour son habileté. Il en fait le messager des dieux avec le fameux casque ailé. Son symbole, le caducée, était ainsi la marque des ambassadeurs contre qui il ne fallait pas lever le fer (sorte de drapeau blanc) et en tant que maître de l’éloquence, son symbole a été choisi en France pour orner la tribune de l’Assemblée Nationale.

En lien avec son éloquence reconnue il est le dieu des commerçants et des marchands, il aide souvent les hommes à négocier (Illiade XXIV, 317 ou Odysée X, 307). Il est également le seul dieu à avoir négocié par contrat son immortalité !

Dieu des voyageurs, il est invoqué pour garder des bandits et des dangers de la route comme Saint Christophe dans la tradition chrétienne occidentale.

Retord, menteur et farceur, il est aussi le dieu des ruffians et des voleurs. Il sauve Ulysse des griffes de Calypso mais séduit sa femme Pénélope. Il est aussi à l’origine du conflit de Troie en arbitrant le concours entre Héra/Junon, Athéna/Minerve et Aphrodite/Vénus… Les Grecs utilisaient l’expression « coup d’Hermès » pour signifier un hasard malheureux.

Ainsi, aussi cocasse que cela paraisse, le bandit dépouilleur de grand chemin et le commerçant transportant ses biens priaient le même dieu dans un sens différent !

Si l’ont voit bien se dessiner ici la représentation des métiers du commerce et, par extension, des étudiants de ces disciplines, Le lien avec la profession de masseur-kinésithérapeute est moins aisée. Elle s’explique par la méconnaissance des symboles à l’époque de leur réappropriation.

Symbole des pharmaciens, la coupe d’Hygie/Salus.

Description

Le caducée de Pharmacie qu’on doit appeler plus proprement coupe d’Hygie est constitué de nos jours d’une coupe sur laquelle s’enroule un serpent dont l’extrémité de la tête s’incurve sur l’ouverture du calice.

Insigne pour faluche – Stadium : coupe d’Hygie

 

Notons qu’à l’origine, il ne s’agit pas d’une coupe à pied comme sur nos insignes ou sur le symbole qui orne nos officines, mais d’un sceptre d’or surmonté d’une patera, un vase médicinal plat, le tout surplombé par la tête du serpent. Hygie tient d’ailleurs souvent la coupelle de la main gauche et le sceptre dans l’autre main.

Patère de Rennes représentant la victoire de Bacchus sur Hercule – IIIème siècle.

 

En France, il s’agit d’un attribut représentant le corps des pharmaciens officiellement depuis 1942 mais il est utilisé depuis au moins 1222 (société des apothicaires de Padoue) et en France depuis 1820 (société des Pharmaciens de Paris, qui deviendra l’Académie de Pharmacie en 1946)

Il a longtemps coexisté avec le serpent enroulé autour d’un dattier, et ce même sur nos couvre-chefs, mais cela est l’objet d’un autre de mes articles.

Hygie/Salus

Hygie – Copie Romaine d’un original Grec Ier siècle

 

Fille d’Asclépios (dieu de la médecine) et d’Epione, et soeur de Panacée, Hygie est la déesse de la santé et de la propreté. Le terme Hygiène est d’ailleurs dérivé de son nom. En effet, les Grecs dans leur sagesse populaire et leurs études avaient déjà déterminé le rôle de la salubrité dans la santé.

Son culte est célébré dès le VIIe siècle av JC mais c’est l’oracle de Delphes qui lui donne, vers 430 av JC, son statut de déesse après une série d’épidémies de peste.

Les Grecs la considéraient comme reine de la médecine et à ce titre elle était souvent représentée auréolée de laurier (car faisant doublement partie de la lignée d’Apollon) et tenant le sceptre d’or.

Représentation d’Hygie, Ostie IIème siècle

Claudius Galienus

 

Dans la mythologie, Hygie est la gardienne de la santé des hommes comme des bêtes. Elle régnait aussi sur le discernement des drogues naturelles et des choix d’icelles là pour guérir les maux des hommes. Là où Asclépios, son père, incarne la médecine magique théosophique, elle personnifie plus l’expérience physique de la santé et la connaissance des drogues.

Elle est la figure de proue de la pharmacopée telle que Galien la concevra. C’est donc assez logiquement que ses attributs sont devenus le symbole de la pharmacie, profession qui conserve la gnose curative et la connaissance des remèdes naturels ou, aujourd’hui, synthétiques.

 

 Par Rémy Y. Pamart

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