1988 – Réapparition de la Faluche

Les dictionnaires ne peuvent guère les renseigner à ce sujet. Le Robert {Dictionnaire de la langue française, éd. 1977) rappelle seulement que c’est un « béret d’étudiant » (terme d’origine obscure). Le Larousse {Grand dictionnaire encyclopédique, éd. 1983), signalant que c’est un terme vieilli (dont l’étymologie serait à rechercher dans le lillois faluche, galette ?), indique que c’est le béret de velours noir des étudiants.
Ce béret aurait cent ans d’existence. Il aurait été adopté par les étudiants français à l’occasion d’un congrès international auquel tous les étudiants étrangers portaient des coiffures spéciales, généralement des casquettes de couleurs vives.
On peut se demander s’il n’a pas été choisi alors à l’imitation du béret alpin. Ne s’en coiffe-t-on pas de la même façon ? N’en a-t-il pas la forme et l’ampleur ? Serait-ce d’ailleurs une coïncidence si justement le béret alpin a également cent ans, sa description ayant été précisée par une décision ministérielle du 24 mars 1889 ? Il comporte trois parties : un bourrelet de tête d’une hauteur de 18 mm, qui se rentre à l’intérieur quand on se coiffe du béret ; une couronne et un turban qui, tissés en laine d’une seule pièce et sans couture, ne peuvent se distinguer que lorsque le béret est à plat, le turban réunissant au bourrelet la couronne dessus du béret.
La faluche comprend pareillement une couronne et un turban en velours noir d’une seule pièce, mais au lieu d’un bourrelet, un bandeau qui n’est pas rentré à l’intérieur quand on coiffe le béret. Ce bandeau, de 40 mm de hauteur environ, est traditionnellement recouvert d’un ruban de la couleur attribuée à la faculté : rouge pour les étudiants en droit, velours cramoisi pour ceux de médecine, amarante ceux des sciences, jaune d’or pour ceux des lettres et velours vert pour ceux de pharmacie.

Dans certaines associations d’étudiants, comme à Paris, la faluche ne comporte pas ce seul ruban sur le bandeau, mais parfois bien d’autres ornements : rubans au travers de la couronne, divers insignes généralement métalliques sur le bandeau ou la couronne, armoiries de la ville universitaire brodées ou sur écusson de métal, etc. Il n’est évidemment pas question de les décrire ici, ni d’en indiquer la signification.

Cette réapparition de la faluche sera-t-elle durable ? Ce que l’on peut en dire actuellement, c’est qu’à Paris, elle serait portée par quelques étudiants en droit et en pharmacie. Pour ces derniers, en juin 1988, une quarantaine d’étudiants s’en était procuré une et beaucoup plus en province. La photo ci-jointe représente une manifestation en l’honneur de la faluche organisée le 22 juin 1988 à laquelle Mlle le Professeur Bournique avait été invitée ainsi que moi-même en qualité de président de la Société d’Histoire de la Pharmacie.

 

GROUPE D'ÉTUDIANTS EN PHARMACIE PARISIENS PORTANT LA FALUCHE

GROUPE D’ÉTUDIANTS EN PHARMACIE PARISIENS PORTANT LA FALUCHE
(au premier plan, M. le Doyen honoraire G. Dillemann et Mlle le Pr C. Bournique)

Georges DILLEMANN.

 


In: Revue d’histoire de la pharmacie, 76e année, N. 279, 1988. pp. 369-370.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1988_num_76_279_3005


 

La statue de Rabelais au jardin des plantes de Montpellier


Un bourgeois de la ville se désespère parce que son épouse est muette. Les chirurgiens lui rendent la voix, mais notre homme excédé ne peut plus la supporter. L’opération inverse étant impossible, ils lui enlevèrent un osselet dans chaque oreille, pour le rendre sourd. Dès lors, il n’entend plus rien et tout finit par une bagarre générale.

Les personnages de droite représentent : l’un, la Faculté de Médecine, sous l’apparence allégorique d’une jeune femme en costume professoral, l’épitoge au côté, l’autre un carabin style entre-deux-guerres, avec cape et faluche.

François Rabelais s’inscrivit à la Faculté de Médecine en septembre 1530, avant d’être célèbre pour son oeuvre de littérateur. Les étudiants le considèrent comme un modèle, peut-être pour sa philosophie qui allie beaucoup de travail à quantité de plaisirs à tirer de la vie, celui de la « dive bouteille » étant le plus recommandé. Il est assez fréquent que des monômes soient organisés ici, autour d’un tonneau de vin de Mireval, mis en perce.

En 1910, l’Union des Etudiants voulut élever un monument à Rabelais, sur l’Esplanade, à proximité du local de l’association. A l’instigation de Paul Ravoire, leur Secrétaire Général, une souscription fut lancée et un grand concours national, ouvert auprès des sculpteurs. Deux projets sur sept furent retenus, celui de Jacques Villeneuve devançant celui du bitterois Magrou par 12 voix contre sept au jury. Ce choix entraîna une violente polémique journalistique. Pendant quatre années, les gazettes locales se déchaînèrent.

Il fallut la première guerre mondiale pour apaiser les esprits. Quelque opinion que l’on ait de cette oeuvre, que ses détracteurs comparaient à un cheminée ou une pendule, il est difficile actuellement d’imaginer la virulence de la querelle qui partagea les montpelliérains. Les rancoeurs étant calmées, il fut décidé d’élever le monument au Jardin des plantes. L’inauguration eut lieu le 21 octobre 1921, à l’occasion des grandioses fêtes du VIIème centenaire de la Faculté de Médecine. La foule réconciliée pouvait goûter un florilège de beaux discours.

Article du Journal l’Eclair du 7 novembre 1921 :

« A dix heures sonnantes, Monsieur le Président Millérand est venu s’asseoir, entouré des Ministres, sur l’estrade aménagée devant le monument de Villeneuve. La tribune des orateurs est dressée en face. Les délégations professorales de nos facultés, précédées de leur Doyen, les délégations françaises et étrangères, sont présentes en costumes d’apparat. Autour du piédestal ont pris place les porteurs de drapeaux et bannières, ainsi que les choristes de l’Ecole Normale qui nous donnèrent une interprétation nuancée de l’hymne national et la cantate Au drapeau, accompagnée par la Sainte-Cécile. »


(Merci à Diesel Montpellier)


Autres clichés d’époque du monument.

Rabelais

 

Rabelais

Manifeste du carabin

Mais le problème, c’est que ce mot génère diverses connotations, plus ou moins reluisantes, et si on associe carabin à faluche, c’est encore pire.

La faluche est la coiffe traditionnelle des étudiants français. Adoptée lors d’un congrès international estudiantin à Bologne en 1888, elle coiffe depuis les étudiants français de n’importe quel cursus, qui ont choisi de devenir faluchard, suite à un baptême. La faluche est apolitique, assyndicale, et aconfessionale.

Alors il me semble important, et de surcroît approprié, à l’occasion de votre intégration, d’expliquer ce qu’est la culture carabine, ce qu’est la culture falucharde.

Tiens d’ailleurs, parlons-en de cette inté. Avant, c’était un bizutage, et le bizutage médecine avait une sacrée réputation ! Mais que l’on prenne ou non en compte les on-dit de l’époque, les divers témoignages, exagérés ou non, sous-estimés ou non, quoi qu’il en soit, le bizutage désormais n’est plus. Certains actes réalisés au cours de ce bizutage étaient déshonorants, humiliants, et ces pratiques ont été bannies des études par la loi, mais aussi et surtout par les étudiants eux-mêmes. Alors une fois de plus, on vous l’a dit et répété, mais c’est toujours bien de le signaler, vous n’avez pas du tout à avoir peur de votre inté, c’est vraiment quelque chose qui vous servira et où surtout vous vous marrerez énormément.

Maintenant parlons de la réputation des carabins. Ah, les soirées médecine, une vraie légende ! Demandez à n’importe quel étudiant ne venant pas de médecine, demandez-lui ce qu’il pense des soirées médecine, en comparaison des autres sorties estudiantines ! Bon on se passe un peu de la pommade là, mais tous ceux que je connais venant d’ailleurs ont toujours trouvé nos soirées comme étant les meilleures… Il n’y a que lors d’une sortie médecine où j’ai pu voir un prof, très sérieux par ailleurs, nous montrer ses fesses ! Ce sont donc des soirées où les gens se lâchent beaucoup plus, étudiants ou profs, où il y a un petit grain de folie qui abolit une grande partie de nos réserves… et ça c’est bien propre à nos études.

Mais là ça devient dérangeant. Certains n’apprécient que très moyennement que tombe le rideau de la pudeur, que les comportements deviennent très borderline, bref, cette désinhibition qui affecte nombre de carabins. Mais peut-être y’a-t-il une raison à cela. Peu de gens cherchent à connaître ces raisons, mais en médecine, on sait implicitement pourquoi. N’oublions pas que le médecin a accès au corps humain, vivant ou mort, jusqu’à son intimité la plus profonde (sans jeu de mots vulgaire, quoique). Le médecin a accès aux parties intimes de l’extérieur du corps, a accès à l’intérieur du corps (c’est peut-être moins intime, mais une endoscopie peut-être beaucoup plus dérangeante qu’un palpé des bourses), que ce soit par des examens invasifs ou non, ou par l’imagerie. Et s’il n’a pas un accès direct aux pensées de son patient, il en sait tout de même énormément sur lui, sur sa vie, sur son passé, sur son mode de vie, rien que grâce au colloque de la consultation. Et puis, demandez à quelqu’un dans la rue de se foutre à poil : si cette personne ne vous agresse pas physiquement, elle vous aura au moins insulté ; qu’un médecin pose la même question dans son cabinet (en y mettant plus de formes tout de même), la personne obéira. Docilement. En clair, le médecin possède un énorme pouvoir sur son patient, et ça, je peux vous dire que ça génère un certain stress. Qu’est-ce que ça à voir avec la désinhibition des carabins me direz-vous ? C’est très simple. Les tabous concernant le corps, que notre société judéo-chrétienne insère dans notre esprit dès notre plus jeune âge, doivent tous être mis de côté lors de l’examen médical. On a accès à des gens nus, dans le meilleur des cas, en vie, mais parfois décédés. Encore un tabou, celui de la mort cette fois, contre lequel il faut lutter également. Et pour ce faire, il faut pouvoir accepter la réalité que ces tabous veulent nous dissimuler, la réalité de la nudité, la réalité de la maladie, celle de la mort aussi. Et afin de pouvoir accepter la réalité de ces choses sur d’autres personnes, il me semble important de l’accepter sur nous-mêmes. C’est maintenant que la désinhibition des carabins opère, c’est elle qui permet au carabin de s’accepter, d’accepter son corps nu, de pouvoir ensuite accepter la nudité des autres.

C’est uniquement une question socio-cultutrelle : on nous a inculqué dans notre jeunesse des principes, mais des principes que l’on doit mettre de côté au cours de l’exercice médical, alors que le reste de la société les a conservés. D’où cette cassure entre les 2, qui génèrent une mauvaise vision de la société vis-à-vis des carabins. De même, si un médecin n’a plus besoin de ça pour accepter la nudité, il a toujours une distance à conserver vis-à-vis de la mort et de la maladie. Beaucoup de médecins sont considérés froids, insensibles, avec parfois un humour noir corrosif à faire grincer les dents. C’est là aussi une forme de protection. Alors qu’on a à affronter la maladie, la souffrance et la mort, il faut au risque de choquer, banaliser ces choses. On ne peut raisonnablement plus leur prêter toute l’importance méritée que le « profane » leur accorde, auquel cas on pèterait tous littéralement un câble, ce serait la déprime permanente, et tous les médecins iraient en consultation psy (problème, les psychiatres sont des toubibs aussi…).

Maintenant, parlons du problème des faluchards. Déjà, il est important de signaler qu’il n’y a pas qu’en médecine qu’on trouve des faluches, c’est bien la coiffe de tous les étudiants français. On en trouve en pharma, en sciences, en lettres… Pourquoi la faluche est-elle mal vue ? Une espèce d’ordre, de caste, avec son signe distinctif, son code, ses insignes… Alors que la faluche se veut « œcuménique », je dirais plutôt confraternelle et universelle, on la désigne comme étant sectaire, réservée à une poignée d’individus ubuesques, qui ont pour seules motivations le sexe et l’alcool. Mais là déjà, faut arrêter un peu l’hypocrisie : il y a énormément de non-faluchards qui ont pour seules motivations le sexe et l’alcool, et énormément de faluchards qui ne sont pas motivés par l’un ou l’autre ! Mais le mérite des porteurs de cette coiffe est peut-être justement d’assumer leurs pulsions, contrairement à d’autres qui ne sont en fait que des personnalités refoulées… Mais malheureusement, à cause de cette mauvaise réputation, parce que la faluche est mal connue, elle ne peut plus jouer son rôle de réunification de tous les étudiants, puisqu’elle est boudée dans nombre de cursus, où le peu de personnes qui la portent, plutôt que d’en faire la promotion, la desservent en croyant faire partie d’une espèce d’élite… Il me semble donc important, avant de mal la juger, de bien connaître ce qu’est réellement la faluche, ce qu’elle signifie, ce qu’elle implique de la part de ceux qui la portent… Ce n’est point ici mon propos, s’il y en a que ça intéresse vraiment (et je le souhaite), les spécialistes ès faluche s’occuperont de vous en temps et en heure, et si vous êtes impatients, prenez contact avec des faluchards (vous en verrez le vendredi avec leur coiffe) ou avec la corpo qui vous orientera.

Un autre problème, qui concerne les carabins tout comme les faluchards (on associe souvent les deux, il faut avouer qu’une bonne partie des faluchés est en médecine), c’est celui des chansons paillardes. Je tiens à différencier les paillardes chantées par des beaufs et celles chantées par les étudiants en médecine ; bien sûr ce sont les mêmes, mais l’esprit, le but dans lequel on les chante est différent. Bon, on se marre en entendant les paroles, maintenant on a tous bien conscience que c’est très limité et que ça ne vole pas souvent très haut (il y a des exceptions, certaines chansons sont au contraire pleines de subtilités et font preuve de l’intelligence de leur auteur). Mais ça, nous on le sait, à la différence de la plupart des beaufs ! C’est là où se trouve une différence essentielle. Ensuite, qu’est-ce qui a amené la présence des paillardes dans nos bien-aimées études ? Déjà, il faut signaler qu’elles viennent « d’en haut » et pas « d’en bas », je m’explique : elles viennent des salles de garde, des internes, elles sont ensuite descendues progressivement vers les externes puis les années inférieures. De plus, elles sont chargées d’histoire, elles nous viennent de l’époque révolue où l’étudiant était essentiellement un citoyen du Quartier Latin, où les étudiants représentaient encore une population bien particulière. A quoi nous servent les paillardes ? peut-être tout simplement à oublier que l’on fait un métier incroyablement difficile. En étant médecin, on possède un savoir et une technique très pointus, que l’on met en œuvre quotidiennement pour soigner des gens, et ce en faisant le moins d’erreurs possibles, en puisant dans la quantité incommensurable de connaissances que l’on possède, la bonne solution. Il ne faut pas se voiler la face et jouer les faux modestes : on fait tout de même partie d’une certaine élite, sans en faire de la vantardise idiote. Et à cause de cela, l’erreur ne nous est pas pardonnée ; on est comme tout le monde, mais on nous reprochera la plus petite erreur que l’on fera. Cette pression constante sur nos épaules, on a à la subir à chaque minute de notre exercice professionnel. En allant plus loin et en évoluant dans les études, on se rend compte qu’il n’est pas facile de faire un TR ou un TV, pas facile de disséquer un corps qui a appartenu à un être vivant, doué d’une conscience comme tout un chacun, pas facile non plus d’annoncer à quelqu’un qu’il lui reste 2 mois à vivre et qu’on ne peut rien faire. Je pense que les paillardes servent aussi à nous faire oublier tout ça. Enfin, les paillardes sont chantées entre amis étudiants. La médecine est une grande famille, tous ceux de la promo, ceux qu’on connaît des années supérieures, tout ce petit monde sera plus tard un groupe de médecins qui pratiqueront en même temps. Dans le milieu hospitalier, ils se connaissent tous, et ce sera d’autant plus vrai pour nous dans la mesure où les départs à la retraite seront importants et que les numerus clausus augmentent : on connaîtra plus de monde au cours de notre pratique que n’en ont connu nos prédécesseurs. Alors quand on voit des potes aussi souvent, n’a-t-on pas envie de faire la fête ? Et quel meilleur moyen pour exprimer cette envie que la chanson ?

Et enfin, pour finir avec les carabins faluchards, on remarquera que ce sont eux qui sont le plus engagés dans la communauté de la vie étudiante. Ce sont eux qui se battent pour les réformes, qui font grêve, qui agissent au niveau des différents BDE et corpos, qui prennent en charge la formation et l’aide aux plus jeunes, qui organisent les soirées, le crit, le férium, et, bien sûr, les intés…

Alors pour toutes ces raisons, oui je suis fier de porter une faluche, oui je suis fier de chanter des paillardes, oui je suis fier d’être un carabin !!!

Article rédigé par pookie

Trouvé sur le net ici : http://www.remede.org/spip/article175.html

2011 – Les « faluchardes » : rencontre avec de drôles d’étudiantes

Séverine : C’est une faluche, la coiffe des étudiants français. Elle est apolitique, aconfessionnelle, indépendante et asyndicale. Elle aurait été rapportée en France après un congrès d’étudiants qui a eu lieu à Bologne, en Italie, le 12 juin 1888. Ils portaient des coiffes aux couleurs de leur fac, et ils ont trouvé le concept sympa.

Tatiana : Les faluchards, c’est d’abord des étudiants ! C’est une grande famille, un grand réseau de personnes qui portent un chapeau, se rencontrent, font la fête et perpétuent une tradition.

C’est pas très connu tout ça. Comment vous avez eu l’idée de faire partie des faluchards ?

Séverine : On ne fait pas d’affichage, ça fonctionne par le bouche-à-oreille. J’ai connu des faluchards en médecine, j’aimais le concept, mais je n’avais pas accroché avec les personnes. Par la suite, j’ai rencontré des gens super et l’ambiance m’a plu. J’ai attendu 9 ans avant de me faire « baptiser ».

Tatiana : Si je n’avais pas fait d’associatif, je n’aurais peut-être pas de faluche. J’ai rencontré ces gens à chapeaux pendant la formation du BDE de mon IUT, je leur ai posé plein de questions. J’ai traîné avec eux pendant 3 ans et demi avant de me faire falucher.

Justine : Au moment de mon intégration en médecine, j’ai vu des gens avec des chapeaux qui avaient l’air sympa. À l’époque, j’avais pas le temps mais je m’étais renseignée sur Internet et ça me plaisait. Je suis allée à un apéro faluchard et j’ai accroché.

Devenir falucharde, mode d’emploi

Okay, donc vous avez kiffé et décidé d’être faluchardes. Concrètement, on fait quoi ?

Justine : À ce moment-là, on nous appelle les impétrants. On doit se trouver un parrain et une marraine de faluche, des faluchards avec qui on s’entend bien ! C’est des confidents, on aura vraiment une relation privilégiée donc il faut les choisir soigneusement, même si dans certaines villes ils sont imposés. On a la notion de famille en faluche : avec Tatiana, on est « cousines » parce qu’on a un parrain en commun.

Tatiana : Mon parrain, c’est lui qui m’a lancé dans l’associatif, il m’avait dit qu’il aimerait bien avoir ce rôle ! Et sa marraine, c’est Séverine !

Séverine : Ma marraine, c’est un mec ! Ils ont un rôle un peu éducatif, ils sont là pour te préparer à ton baptême.

Ça se passe comment, un baptême faluchard ?

Séverine : Son déroulement est tenu au secret ! Il faut que ce soit la surprise pour l’impétrant qui se fait falucher, sachant que le but, c’est qu’il s’en souvienne de façon positive. Chez nous ça se passe sur une soirée, il y a quelques épreuves, on va te demander d’apprendre des chansons et de connaître le code de la faluche.

Tatiana : J’en garde un super souvenir. Tu n’en connais pas toujours la date, même si on s’en doute un peu ! Les gens qui deviennent faluchards le même jour que toi sont tes « frérots » ou « soeurettes ». Pendant le baptême, ou après, on te donne ton surnom, par rapport au déroulement de la soirée, à ta vie perso, tes origines… C’est plein d’acronymes et de jeux de mots.

 

Décryptage de la faluche, cet objet mystérieux

Après votre baptême, vous portez un truc pas du tout discret, la faluche. Ca ressemble à quoi ?

Séverine : C’est un chapeau en velours avec des pin’s et des rubans qui ont une signification, un peu le « CV » de l’étudiant. Il y a un code national et des particularités pour les villes. La mienne, je l’ai achetée vierge.

Justine : Avec Tatiana, notre faluche a été « faite maison » par notre parrain ! Et on doit tout coudre à la main dessus ! C’est un souvenir, on y est super attachées, pour sa valeur sentimentale mais aussi pécunière (on achète les pin’s), et parce qu’on en a bavé sur les coutures !

Et ça veut dire quoi, tous ces pin’s et ces rubans ? À toi Séverine !

 explication faluche

1- La base, le circulaire : avec le nom de la personne, ses initiales, quel bac elle a passé et l’année où elle l’a eu. Pour le ruban, il y a un code couleur selon ta filière. Il est en velours pour les étudiants en santé, en satin pour les autres. Par dessus, il y a les emblèmes de discipline, qui décrivent ta scolarité (réussite, redoublement etc.)

2- Une partie personnelle : il y a les surnoms de tes parrains, les insignes de ce que tu aimes, éventuellement ta devise.

3- Une partie (souvent un écusson) avec ta province ou ville de naissance.

4- Une partie associative, avec des rubans de couleur : si tu fais partie d’une association étudiante ou d’une BDE.

5- Une partie avec tes villes d’études.

6- Une partie officielle, avec ce qu’on te décerne.

7- Une partie pour les voyages et échanges.

8- Une sécurité, pour éviter de se la faire voler : il y a des gens qui ne nous aiment pas et qui piquent les faluches.

9- L’intérieur, le « potager » : l’endroit où tu mets ce que tu ne veux pas que tout le monde sache. Théoriquement il faut l’autorisation de son proprio pour regarder dans une faluche.

 

La vie de la falucharde : let’s get the party started…

Maintenant que vous avez votre chapeau sur la caboche, vous faites quoi ?

Séverine : C’est du partage, de l’entraide, et de la fête. Dans chaque ville, il y a des associations faluchardes qui organisent des événements. À Lyon, il y a un apéro faluchard une fois par semaine. C’est pas du tout obligatoire et tu peux aussi venir si tu veux juste poser des questions. On se déplace parfois pour faire les apéros des autres villes ! Il y a aussi les repas de filière, l’anniversaire de la faluche chaque année, et les week-ends de congrès organisés par chaque ville.

Justine : Le congrès, c’est souvent en camping, l’hiver dans des gîtes. On est habillés complètement à l’arrache, parfois déguisés. Ça commence par une soirée le vendredi. Le samedi, on fait des activités, l’après-midi il y a des événements de faluche, genre « mariage » (pour le délire, entre faluchards de plus de six mois) ou « enterrement »(quand tu décides d’arrêter). Le samedi soir, c’est apéro avec toutes les spécialités locales, puis soirée.

Le code du faluchard

En tant que faluchardes, vous avez des obligations, des règles ?

Justine : On doit respecter nos aînés faluchards, et notre faluche. Elle doit rester dans son domaine étudiant. Et on doit se tenir bien dans les événements publics : si tu as une conduite déplorable, on peut te reprendre ta faluche (même si c’est très rare). En fait, on passe pour des marginaux alors qu’au final c’est assez structuré. On se fait falucher par choix, donc on accepte les contraintes, et puis c’est pas le bout du monde.

Est-ce qu’il y a une hiérarchie « officielle », un support écrit qui vous aide ?

Séverine : Beaucoup de choses se transmettent à l’oral, d’où l’importance de la tradition, mais le code évolue. Il y a un code écrit des faluchards (que tu peux trouver sur Internet), national et par ville. Il n’y pas de vraie hiérarchie, mais des « grands maîtres » (GM) dans chaque filière, qui officient aux baptêmes, recadrent les gens. Ce sont des gardiens de la tradition.

Pour Justine, « la plus grosse contrainte, c’est le regard des autres »

Est-ce que vos parents savent que vous êtes faluchées ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ?

Tatiana : Ils ont un peu flippé, mon père trouvait ça un peu sectaire. Je ne leur ai dit qu’après, quand j’ai demandé à ma mère de m’expliquer comment coudre ma faluche. Je leur ai expliqué, et puis ils savent que ça ne m’empêche pas de travailler donc ils me font confiance.

Séverine : Ils sont au courant, tant que je passe mes diplômes ça va. Mais mon frère est violemment anti-faluche, il m’a dit que j’allais être « la honte de ma famille ».

Et vos potes d’avant la faluche, quelle a été leur réaction ? Est-ce que vos relations ont changé ?

Tatiana : Certains gardent en tête le préjugé du faluchard alcoolo. D’autres sont un peu sceptiques mais voient que je suis bien dedans. Mais je n’ai pas l’impression de voir moins mes amis non faluchards comme certains le craignaient, et je ne pense pas avoir changé, ou alors plutôt en bien.

Séverine : On s’est éloignés, mais c’est plus une question d’horaires incompatibles et de distance géographique. Mais ils viennent aux apéros, ils se mélangent aux faluchards, ça ne gêne personne.

Cette image d’étudiants fêtards, gros buveurs… Vous la vivez comment ?

Séverine : Tout le monde a des détracteurs, nous c’est parce qu’on a un chapeau et que c’est pas dans la norme. Forcément, entre deux étudiants qui finissent dans un sale état, tu retiendras celui qui avait un truc sur la tête. Mais il y aussi des faluchards qui ne boivent pas, par choix ! Ils ont un insigne spécial, le Bacchus troué.

 

La faluche bienheureuse face à la réalité étudiante

faluche de dos

Aller aux apéros, aux congrès, aux baptêmes… Tout ça prend du temps, vous faites comment pour gérer la faluche avec vos études ?

Justine : Le premier commandement, c’est « un bon faluchard est un faluchard qui réussit ses études » et qui est diplômé. Par exemple, j’avais demandé à ce que mon baptême soit après mes partiels, qui étaient ma priorité.

Séverine : Que tu aies une faluche ou pas, si t’as envie de faire la fête, tu trouveras le moyen de la faire. C’est sûre qu’avec la faluche, il y a plus de tentations, mais c’est la responsabilité de chacun qui entre en jeu. Et c’est rare qu’on aille à tous les apéros et tous les week-ends.

Financièrement, acheter des pin’s et faire des voyages, ça revient pas trop cher ?

Justine : C’est souvent là que se trouve la limite. On reste des étudiantes fauchés. Du coup, on va peut-être travailler pendant les petites vacances pour pouvoir se payer ça, parce que ça nous fait plaisir.

Séverine : Le prix d’un week-end est relativement accessible : à 40-50 euros avec logement, repas et boisson, on se débrouille. Et les gens s’organisent en covoiturage pour réduire les frais.

En résumé, la faluche, ça vous apporte quoi par rapport à une étudiante « lambda » ?

Tatiana : Je suis peut-être un peu plus ouverte, un peu plus sûre de moi. Et c’est un vrai réseau, on passe beaucoup par Facebook et ça facilite les choses. L’année prochaine, je vais faire mon alternance à Paris, donc je vais faire marcher les pin’s pour trouver un coin de canapé où dormir ! Il y a une confiance mutuelle, on se connaît tous plus ou moins. Je pense rester en faluche au moins 2-3 ans après avoir fini mes études. Mais il y a même des faluchards de 80 ans !

Justine : C’est la famille qu’on s’est choisie. On est tous arrivés dedans parce qu’on avait envie de rencontrer des gens, ça permet de s’ouvrir, surtout en école d’infirmières où on reste assez fermés sur nous-même. Et pour voyager, tu passes 3 coups de fil et c’est parti !

Séverine : C’est une autre manière de vivre sa vie étudiante. C’est l’occasion de sortir de ta filière et de rencontrer les gens que tu n’aurais pas forcément côtoyés à la fac. Je pense que tu es falucharde parce que tu as l’esprit ouvert et que tu veux connaître des choses. Il y aussi beaucoup d’entraide et c’est un réseau qui perdure dans la vie active. Même si forcément, tu ne peux pas aimer tout le monde, ça créée un contact facile. Chacun sa vision de la faluche. Pour moi, il faut avoir de l’humour, et être tolérant vis-à-vis des autres. On n’est pas sectaires, on a juste un chapeau !

 


article trouvé sur le site mademoizelle.com: http://www.madmoizelle.com/faluchardes-rencontre-118237#sthash.ZyZ8krqO.dpbs


 

Mémoire – LA FALUCHE une forme de sociabilité estudiantine – Révisé

Manuel SEGURA – Tomes 1 et 2

Manuel segura faluche maitrise histoire

 

Ce sujet de maîtrise peut paraître farfelu, et pourtant il y aurait tant à dire sur la faluche et ceux qui l’ont portée. Quand, avec quelques camarades, nous avons voulu remettre la faluche d’actualité à la faculté d’Histoire de Poitiers, nous nous sommes heurtés à différents problèmes; nous avions des codes de la faluche différents, nous ne savions rien de l’organisation que nécessitait la faluche, et, si elle en nécessitait une.
Il nous manquait un témoignage, une trace écrite pour nous guider. Faire un mémoire sur la faluche, c’est laisser la possibilité à de futurs étudiants qui en auraient envie, de réactualiser la faluche si celle-ci venait à disparaître.
Faire un mémoire sur la faluche c’est aussi s’intéresser à un phénomène de société. En effet, depuis deux ou trois ans on ne compte plus les livres ou les articles de journaux et de revues consacrés à la faluche et aux faluchards, les porteurs de faluche. Aborder ce sujet, c’est aussi aborder un siècle d’Histoire de France, d’un point de vue original, surtout à notre époque que marque le retour aux traditions folkloriques.

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Mémoire – L’Association Générale des Etudiantes et Etudiants Rennais de 1919 à 1940

L’Association Générale des Etudiantes et Etudiants Rennais de 1919 à 1940

Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine (1999 – LE GOC Hervé)
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En 1919, l’Association Générale des Etudiantes et Etudiants Rennais reprend vie. Née à la fin du XIXe siècle, elle possède donc déjà un passé qu’il convient d’évoquer.

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Etude – Regard sur l’engagement étudiant et l’exemple de la Faculté de Médecine de Rennes

Document écrit par par Thierry KESSLER, ancien étudiant en médecine de Rennes. Téléchargement du pdf en fin de page 

L’Association Amicale des Étudiants en Médecine de Rennes (AAEMR) s’inscrit dans la conception apolitique de l’engagement étudiant. Elle participe à la vie de la faculté de Médecine non seulement par ses services, mais aussi par la présence de ses représentants dans les Conseils statutaires de l’université de Rennes I. L’AAEMR est également soucieuse de préserver un certain esprit estudiantin ainsi que ses traditions. L’analyse de quelques événements qui ont marqué son histoire depuis 1986 correspond, d’une certaine manière, à un album de photographie éclairé d’une expérience personnelle. Continuer la lecture de « Etude – Regard sur l’engagement étudiant et l’exemple de la Faculté de Médecine de Rennes »