1936 – Paris – Les étudiants en médecine et en droit

Note dactylographiée: « La corporation des Etudiants en médecine a reçu hier soir sur le mode rabelaisien, à l’ombre de la statue de Vulpian, la Corporation des Etudiants en Droit« .

La statue de Vulpian se situe dans la rue de l’Ecole de Médecine à Paris. Agence Trampus, Paris, rue du Bouloi.

corporation des Etudiants en médecine Faluche

 

Edmé Félix Alfred Vulpian (5 janvier 1826 à Paris – 18 mai 1887 à Paris) est un physiologiste et neurologue français, médecin des hôpitaux et professeur d’anatomie pathologique et de pathologie expérimentale. (plus de renseignement sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Vulpian)

La Faculté de Médecine de Nancy

Le 27 juin 1822, Nancy obtenait une école secondaire de médecine qui devint en 1843 une école préparatoire illustrée par les Simonin, les Parisot, les Bonfils, les Poincaré.

Ce court rappel historique était nécessaire pour comprendre la transformation de l’enseignement médical en Lorraine. Après la guerre de 1870, la Faculté de Médecine de Strasbourg fut transférée à Nancy. Le 21 mars 1872, l’Assemblée Nationale votait « le transférement » confirmé le 1er octobre par le Président de la République. L’installation du personnel eut lieu le 1er octobre 1872 et l’inauguration solennelle le 19 novembre 1872. Le premier Doyen fut l’éminent professeur d’obstétrique, ancien doyen de la Faculté de Strasbourg, le professeur Stoltz. Au cours de la cérémonie d’inauguration, il donna connaissance d’une lettre du Ministre de l’Instruction publique, Jules Simon, qui exprimait tous ses vœux pour l’avenir de la nouvelle Faculté, ne méconnaissant pas l’installation modeste dans laquelle elle se trouvait et reconnaissant les sacrifices faits par l’Etat, le département et la ville de Nancy pour son installation et son fonctionnement.

Grâce à l’activité déployée par le Professeur Coze, délégué à cet effet par le Doyen, la Faculté put commencer son enseignement le lendemain de la séance de rentrée. Elle avait été installée dans les locaux de l’ancienne École préparatoire et dans ceux de l’École supérieure de garçons, située à côté du Palais de l’Académie, mise par la ville à la disposition de la Faculté.

La Faculté de Médecine de Strasbourg comptait seize chaires. Le décret de 1872 les maintint à Nancy. Neuf d’entre elles gardaient leurs titulaires : Stoltz, Rameaux, Tourdes, Rigaud, Hirtz, Eugène Michel, Coze, Bach, Morel. Sept chaires étaient devenues vacantes, deux par suite des décès des titulaires Küss et Stoeber; trois par suite de retraite et d’honorariat, Caillot, Sédillot, Fée, deux enfin parce que les professeurs n’avaient pas quitté Strasbourg, Schutzenberger et Wieger. Si ce dernier accepta avec Aubenas, Soessel et Strohl de faire partie de la nouvelle université allemande, Schutzenberger et deux agrégés, Koeberlé et Bugène Boeckel, refusèrent toujours les propositions des vainqueurs.

Trois anciens professeurs de l’École préparatoire furent nommés : Blondlot, Simonin et Victor Parisot ; les quatre dernières chaires furent attribuées à quatre agrégés de Strasbourg, Beaunis, Feltz, Hecht, Engel. Le décret de 1872 avait désigné neuf professeurs adjoints : Roussel, Charles Démange, Bechet, Grandjean, Xardel, Léon Poincaré, Emile Parisot, Lallement et Ritter. Le même décret avait maintenu dans leurs fonctions huit agrégés en exercice de la Faculté de Strasbourg. Cinq d’entre eux vinrent à Nancy : Monoyer, Schlagdenhaufen, Bouchard, F. Gross, Bernheim. Les deux derniers seuls sont restés à la Faculté de Nancy

Il nous a paru utile de montrer en ces quelques lignes comment se présentait la Faculté de Médecine de Nancy lors de sa création. Les premiers professeurs qui l’ont illustrée ont laissé un nom dans la science. Leur souvenir est toujours cher aux Lorrains.

Dans la période qui s’étend de 1888 à 1902, la réputation de la Faculté de Médecine s’étend de plus en plus ; elle est due, pour ne citer que les disparus, aux professeurs Victor Parisot, Paul Spillmann, Heydenreich, Frédéric Gross, Schmitt, Simon, Rohmer, Charpentier, Meyer, Baraban, Nicolas, Prenant, Haushalter, Guilloz, Alphonse Hergott, Schuhl, Zilgien. C’est l’époque de « l’École de Nancy » grâce aux travaux et à l’enseignement du professeur Bernheim.

Des progrès incessants ont été réalisés par la Faculté à partir de 1872. Une série de transformations de chaires furent faites ; nous ne citerons que les principales. De 1872 à 1882, il y a création de deux chaires. En 1878, la chaire de Rameaux, chaire de Physique et d’Hygiène, est dédoublée en chaire de Physique dont le premier titulaire est le professeur Charpentier et en chaire d’Hygiène donnée au professeur Léon Poincaré. En 1879, la chaire de Stoltz devient la chaire de clinique obstétricale avec le professeur J. Herrgott comme titulaire. Une chaire d’histologie est créée pour le professeur Morel qui depuis 1856 faisait une conférence spéciale à Strasbourg.

De 1872 à 1882, les locaux consacrés à l’enseignement clinique étaient insuffisants. Au lendemain du transfert, il n’y avait qu’une seule clinique pour deux professeurs de clinique médicale et une seule pour les deux professeurs de clinique chirurgicale, l’un opérant l’hiver et l’autre l’été. Dès 1873, chaque professeur eut sa clinique particulière. La construction d’un hôpital général était décidée le 25 février 1878 et en novembre 1883 les services cliniques quittaient l’hôpital Saint-Charles et l’hôpital Saint-Léon. L’origine de l’hôpital Saint-Charles remontait à 1626 ; il occupait l’emplacement de la rue Saint-Jean, où se trouve actuellement le magasin d’exposition des automobiles Citroën. L’hôpital Saint-Léon était l’ancien dépôt de mendicité, actuellement l’École Supérieure de Filles de la rue Saint-Léon. C’est le Directoire qui, avec la loi du 16 vendémiaire an V, créa les commissions administratives destinées à remplacer les conseils de directeurs ou d’administrateurs de l’ancien régime. Les différentes Commissions administratives qui se sont succédées à Nancy depuis leur fondation se sont rendu compte de l’intérêt d’une entente d’abord avec l’Ecole Préparatoire dès 1843, et avec la Faculté depuis 1872. A cette époque, la Commission administrative confia les soins à donner aux malades dans ses différents établissements à la Faculté. Ce monopole a existé jusque dans ces dernières années jusqu’à la création de chirurgiens et de médecins des hôpitaux. En réalité, les services principaux de médecine, de chirurgie générales, les services de spécialités sont assurés par les professeurs titulaires et agrégés de la services hospitaliers qui doivent être dirigés par des membres du corps enseignant. L’administration hospitalière est aidée depuis 1652 par la Congrégation des Sœurs de Saint-Charles, créée « pour soigner les pauvres malades de Nancy ». Les sœurs de Saint-Charles étaient désignées au début sous le nom de sœurs de la Sainte-Famille. C’est eu 1679 que l’évêque de Toul, Jacques de Fieux, autorisa les filles de la Sainte-Famille à s’organiser en communauté et à changer leur nom en celui des sœurs de Saint-Charles-Borromée. Il faut leur rendre hommage : leur dévouement a toujours grandement facilité la tâche de la Faculté de Médecine.

Pendant la période qui va de 1872 à 1892, la première installation des laboratoires fut faite dans les locaux de l’ancienne Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie et dans ceux de l’Ecole supérieure des garçons, située à côté du Palais de l’Académie. Les bâtiments s’élevaient dans le jardin de l’Académie occupant l’angle formé par la jonction de la rue de Serre et de la rue de la Ravinelle. Les différents titulaires de ces laboratoires furent Morel, Lallement, Tourdes, E. Démange, Beaunis, Feltz, Léon Poincaré, Coze

En 1892, après une visite du directeur de l’enseignement supérieur, la création d’un Institut anatomique fut décidée. La construction fut commencée en 1892 et terminée à la fin de 1894. Il fut inauguré le 28 juin 1896 en présence du Ministre de l’Instruction publique Barthou, du Ministre du Commerce Boucher, du Directeur de l’Enseignement Supérieur Liard, sous le décanat du professeur Heydenreich.

En 1894 fut créé l’Institut sérothérapique de l’Est dans le but de préparer et de distribuer du sérum antidiphtérique et d’aider aux progrès de la bactériologie. Cet Institut était fondé avec l’aide d’un généreux donateur, Osiris, et le produit d’une souscription publique ouverte dans la région, des subventions des villes principales de l’Est, des départements de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, de la Meuse. Il fut confié au professeur Macé. Cet Institut vient d’être complètement transformé en Institut régional d’Hygiène sous l’active direction du titulaire actuel de la chaire d’Hygiène et de Médecine préventive. Ce centre de recherches est doté de grands laboratoires, d’un musée et d’une riche bibliothèque. Il est en liaison avec plusieurs départements de la région de l’Est. Le Dispensaire universitaire lui est annexé. Cette nouvelle création permet d’établir le livret sanitaire des étudiants inscrits à l’Université et de les surveiller au point de vue médical pendant toute la durée de leurs études.

C’est en 1899 que la question du transfert à proximité de l’Institut anatomique des services restés dans les locaux de la place Carnot entra dans la phase d’exécution. Le Doyen Heydenreich posa les premiers jalons ; le Doyen Gross eut l’honneur de terminer la nouvelle Faculté. Le terrain fut acquis en face de l’Institut anatomique. A la rentrée de 1902, la Faculté prenait possession de ses nouveaux locaux rue Lionnois.

Dans les bâtiments de l’Institut anatomique, outre le service d’anatomie et la salle de dissection pourvue de tout ce qui était nécessaire pour recevoir deux cents étudiants, se trouvèrent installés le service d’anatomie pathologique et sa collection d’enseignement commencée par le professeur Baraban et classée par le titulaire actuel, le service de médecine légale avec son musée de médecine légale et de médecine judiciaire, la morgue étant annexée au laboratoire, le service d’histologie, centre de recherches particulièrement actif avec ses laboratoires fréquentés par de nombreux travailleurs, le service d’histoire naturelle et de parasitologie avec les collections du savant professeur Vuillemin, le service de bactériologie en voie d’aménagement et d’organisation.

Dans le bâtiment principal de la rue Lionnois, le rez-de-chaussée a été affecté aux services généraux et administratifs. C’est là que se trouve la salle de réunion du Conseil et de l’Assemblée de Faculté avec une collection de portraits de professeurs de l’ancienne Faculté de médecine de Pont-à-Mousson, du collège royal de médecine et de chirurgie, des professeurs de l’ancienne école préparatoire, des professeurs de la Faculté de médecine depuis 1872. Cette série constitue un riche musée historique.

La Faculté comprend le service de physique biologique avec amphithéâtre, salle de travaux, importante collection d’instruments et appareils ; le service de physiologie, laboratoire très moderne avec une salle d’opérations, des collections d’une grande richesse et une bibliothèque importante; le service de chimie, pourvu de toutes les ressources nécessaires; le service de thérapeutique et de pharmacologie avec son musée; le service de médecine opératoire avec ses collections d’instruments et une installation de chirurgie expérimentale. La Faculté s’est récemment agrandie par la création, dans l’ancien hôtel des Missions royales affecté il y a quelques années aux besoins de l’Université, d’un grand laboratoire d’hydrologie qui peut compter parmi les installations les plus importantes de notre pays. La formule qui a permis cette réalisation est particulièrement intéressante; le service a été aménagé avec des crédits relativement peu élevés dans un très vieux local qui ‘paraissait ne plus pouvoir être utilisé.

Le nombre des travaux qui sortent de ce laboratoire prouve clairement que la somptuosité des installations n’est pas indispensable à la recherche scientifique. A côté du service d’hydrologie, et dans les mêmes conditions, a été aménagé un Institut d’Education Physique d’Université rattaché à la Faculté de Médecine. Sa réputation, désormais solidement établie, fait honneur à son Directeur.

La Faculté de Nancy fut la première, dès l’année 1901, à organiser l’enseignement dentaire. L’Institut de Nancy date de l’année 1910 : il avait été construit sur un terrain voisin de l’Institut anatomique et concédé à la Faculté par la ville. De 1901 à 1910, l’enseignement avait été donné dans des locaux disponibles de la Faculté et à la Clinique dentaire de l’Hôpital civil. L’Institut devint rapidement trop petit pour le nombre toujours croissant des élèves. Il comprend actuellement un grand bâtiment affecté aux laboratoires et aux services de prothèse; c’est l’Institut dentaire considérablement agrandi et transformé pour les besoins de l’enseignement moderne. Il comprend ensuite une clinique modèle installée à côté de la nouvelle Maternité. Le style de la construction, ses remarquables aménagements intérieurs avec ses salles d’opération et surtout son hall immense renfermant 70 fauteuils pourvus des derniers perfectionnements font l’admiration des visiteurs. La Faculté de Nancy possède actuellement un des plus beaux centres d’enseignement dentaire d’Europe.

Pendant que la Faculté agrandissait ses laboratoires et perfectionnait son outillage, les Services hospitaliers subissaient d’importantes modifications. Il serait trop long de les envisager au fur et à mesure de leur réalisation. Nous devrons nous contenter de passer en revue les créations les plus importantes qui ont fait des hôpitaux de Nancy un très remarquable ensemble. Un vaste programme a été réalisé dans le cours des 20 dernières années et surtout depuis 1919 par la Commission administrative des Hospices. Il faut rendre justice aux membres de cette Commission qui toujours ont fait leur possible pour donner satisfaction aux désirs de la Faculté.

Avec la tendance actuelle, tendance absolument justifiée et nécessitée par l’évolution continuelle des sciences médicales, la spécialisation devient nécessaire. Depuis 1918, la Commission, présidée par M. Krug, a réalisé toutes les transformations et il est intéressant de constater que les transformations des services hospitaliers ont marché de pair avec les créations d’enseignements.

La Faculté de Nancy est la première qui a réalisé, pour donner aux médecins désireux de se consacrer à certaines spécialités médicales et chirurgicales, des diplômes spéciaux. Ces diplômes s’appellent « Attestations d’études médicales spéciales ». Ces attestations sont délivrées avec les mentions suivantes :

1° Ophtalmologie; 2° Electro-radiologie; 3° Chirurgie; 4° Gynécologie; 5° Médecine infantile; 6° Chirurgie infantile et orthopédique; 7° Oto-rhino-laryngologie; 8° Urologie; 9° Dermatologie et syphiligraphie ; 10° Maladies tuberculeuses ; 11° Obstétrique. Pour obtenir une attestation, il faut faire un stage d’un an dans une clinique de la Faculté.

En 1872, une charge de cours complémentaire d’ophtalmologie était créée à la Faculté. C’est en 1898 seulement que cet enseignement fut élevé au rang d’enseignement magistral. Le professeur Rohmer fut le premier titulaire de la chaire. La clinique était installée dans le Pavillon Brullard-Balbâtre ; elle fut, depuis quelques années, complètement transformée. C’est actuellement une magnifique clinique d’enseignement pourvue d’un très riche matériel.

C’est en 1894 qu’un cours complémentaire de médecine infantile était créé puis installé dans le Pavillon Virginie-Mauvais. En 1906, cette clinique complémentaire était transformée en chaire magistrale et confiée au si regretté professeur Haushalter. Depuis la dernière guerre, la clinique infantile est installée dans un grand bâtiment nouvellement construit par les Hospices. L’aménagement de cette clinique permet l’hospitalisation de très nombreux enfants malades dans des conditions parfaites. Les locaux consacrés à l’enseignement sont particulièrement développés. C’est un centre important de lutte contre la mortalité infantile.

Le départ de la clinique médicale infantile dans ses nouvelles installations, en 1930, permit aux Hospices d’attribuer tout le Pavillon Virginie-Mauvais à la clinique de chirurgie infantile et d’orthopédie qui put ainsi prendre tout le développement nécessaire. Deux grandes cliniques furent ensuite aménagées à côté de la clinique médicale infantile pour l’oto-rhino-laryngologie et l’urologie. Ces deux cliniques magistrales créées à la Faculté peu de temps après la guerre constituent à l’heure actuelle deux centres d’enseignement importants avec salles d’opération, services de consultation et laboratoires.

Dès 1895, la Faculté créa un cours dont le titulaire fut chargé du service des consultations pour électrothérapie et électrodiagnostic.

Les applications de la radiographie à la chirurgie furent étudiées à Nancy dès la découverte de Rœntgen, par le professeur Guilloz, qui, une des premières victimes des rayons X, fut un des titulaires du prix et de la médaille de la fondation Carnegie.

Au moment de la fondation de la Faculté, dans l’ancien Hospice Saint-Julien, fondé en 1588 sur l’emplacement occupé actuellement par l’Hôtel des Postes, fonctionnait un enseignement des maladies des vieillards. Cet enseignement est devenu un cours complémentaire de clinique des maladies des vieillards. Il a sa clinique dans le nouvel Hospice Saint-Julien, élevé près de l’Hôpital central et ouvert en octobre 1900. Cet établissement réunit trois classes de la population nancéienne, la classe aisée, la classe de condition moyenne, la classe pauvre. Les bénéfices réalisés avec les deux premières servent chaque année à améliorer la troisième, conception des plus heureuses au point de vue assistance. Depuis quelques années fonctionnent à Saint-Julien une clinique médicale de propédeutique et une consultation de neurologie.

La Maison départementale de Secours dont l’origine remonte à 1624, reçut, dès le transfert de la Faculté de Strasbourg, la clinique d’accouchements. La chaire d’accouchements et la clinique d’accouchements avaient été maintenues à Nancy comme chaire de clinique obstétricale et gynécologique. Stoltz, titulaire à Strasbourg, était resté titulaire à Nancy. Au moment de sa retraite, les deux enseignements théorique et clinique furent réunis en une seule chaire dont J. Herrgott fut titulaire et auquel succéda son fils le professeur Alphonse Herrgott.

En 1906, le vœu si longtemps émis de voir créer une nouvelle maternité était enfin entendu. En 1907, la construction en était décidée. Le professeur Hergott en a présenté le premier projet et les premiers plans. Les bâtiments devaient s’élever sur un terrain acquis près de l’ancien domaine du Grand Séminaire. Les travaux commencés en 1914 furent interrompus pendant la durée des hostilités. Repris en 1920, ils furent terminés en 1928. La nouvelle Maternité est un établissement magnifique faisant honneur à la ville, au département, à l’Université. C’est une des plus belles Maternités d’Europe. L’administration en est départementale. Elle a fait une très large part à l’enseignement. La clinique d’obstétrique y est installée dans des conditions remarquables.

A la Maison de Secours, outre la clinique d’accouchements, se trouvaient les services spéciaux pour affections syphilitiques, cutanées, scrofuleuses et cancéreuses. Dès 1905, la Municipalité de Nancy, sur l’initiative prise en 1904 par son ancien maire Hippolyte Maringer, faisait l’acquisition d’une immense propriété appartenant aux. Dames du Sacré-Cœur. Dans cette propriété donnée par la ville aux Hospices civils, la Commission administrative créa, d’une part, l’hôpital Villemin, hôpital-sanatorium, d’autre part, l’hôpital Hippolyte-Maringer où furent transférés les services spéciaux de la Maison de Secours. C’est le 1er avril 1914 que la clinique de dermatologie et de syphiligraphie était transférée dans le nouvel Etablissement où fonctionnaient aussi dès cette époque une clinique médicale et une clinique chirurgicale complémentaires devenue clinique de propédeutique chirurgicale. L’Hôpital Maringer s’est transformé ultérieurement par suite de la création de l’Hôpital Fournier. L’Hôpital-Sanatorium Villemin était sur le point d’être achevé à la mobilisation de 1914 ; de rapides travaux provisoires le mirent en état de fonctionner pendant toute la durée des hostilités comme Hôpital de contagieux. A ce titre, il rendit de très grands services. L es travaux furent repris dès le printemps de l’année 1919 et, à la fin de l’année, le pavillon d’hommes était ouvert et, au printemps de l’année suivante, le pavillon des femmes l’était à son tour.

A côté de l’Hôpital Villemin, se trouve le Dispensaire antituberculeux de l’Office départemental d’hygiène sociale.

Du point de vue de la lutte antituberculeuse, l’Hôpital Villemin est complété par le Sanatorium de Lay-Saint-Christophe, très agrandi, dont le fondateur a été le professeur Paul Spillmann, président de l’Oeuvre lorraine des tuberculeux. C’est en 1919 que le Sanatorium a été confié à l’Administration des Hospices.

L’Hôpital Villemin, l’Hôpital Hippolyte-Maringer, l’Hôpital A. Fournier constituent un ensemble hospitalier important affecté aux maladies transmissibles. En octobre 1926, la Commission administrative procédait à la transformation des locaux de l’ancienne Ecole des Mutilés de la Guerre, construits en 1915 et sans affectation depuis la fermeture de cette école en 1927. Ainsi se trouva constituée une clinique des maladies contagieuses avec chambres d’isolement.

En 1922, la Commission administrative avait mis à l’étude :

a) La construction, à l’Hôpital civil, d’un nouveau pavillon destiné à recevoir

la clinique de médecine infantile, la clinique d’oto-rhino-laryngologie et d’urologie,

le service de radiologie centrale.

b) La construction, à l’Hôpital civil, de deux importants groupes opératoires.

c) La réorganisation du service des consultations gratuites et des salles d’opération de la clinique ophtalmologique.

d) La création de l’Hôpital A. Fournier.

Dès 1923, les travaux étaient commencés. Le 16 juin 1924, le nouveau service des consultations gratuites de médecine et de chirurgie était ouvert. En janvier 1925, les deux groupes opératoires dont la construction avait été entreprise en 1923, étaient mis à la disposition des deux cliniques chirurgicales de la Faculté. En septembre 1925, l’Hôpital A. Fournier entrait en fonctionnement avec sa clinique de dermatologie et de syphiligraphie. En novembre 1925, l’administration hospitalière ouvrait son nouveau service de consultations gratuites. Ie nouveau service opératoire de la clinique d’ophtalmologie fonctionna en mai 1927.

Le  10 juin 1924, grâce à une donation importante de Mme veuve Boulanger (donation du 19 juillet 1910), le professeur Vautrin, mandataire de la donatrice, organisait, avec la Commission administrative des Hospices civils, une clinique de gynécologie avec dispensaire. Quelque temps après, il créait le centre anticancéreux de Lorraine dont il fut le premier directeur. Ayant obtenu de certains industriels de la région de l’Est des subventions importantes, il pouvait, avec le concours du Ministère de l’Hygiène, acquérir du radium. Ce centre anticancéreux est administré par un Conseil d’Administration, présidé par le Doyen de la Facuité de Médecine, et composé de délégués de la Municipalité, de la Faculté de Médecine, de la Commission administrative, de l’Office départemental d’Hygiène sociale. Placé à proximité des services de médecine et de chirurgie générales, en étroite communication avec l’Institut gynécologique, ce centre peut mettre à leur disposition ses moyens de traitement et a toute facilité d’hospitaliser les malades dont il assure la responsabilité du traitement.

En mai 1930, les services, réservés l’un à la clinique d’oto-rhino-laryngologie, l’autre à la clinique d’urologie, pouvaient fonctionner.

Un pavillon spécial est annexé à ces cliniques pour le service des consultations gratuites, si importantes pour leur fonctionnement.

La Faculté fut autorisée à organiser un enseignement des maladies mentales à l’Asile des aliénés de Maréville. Par décision ministérielle en date du 13 août 1878, un des médecins chefs de l’Asile fut chargé d’un cours pratique et théorique. De 1895 à 1905, par suite de difficultés entre l’Administration de l’intérieur et celle de l’instruction publique, l’enseignement des maladies mentales n’eut plus lieu à Maréville mais à l’Hospice Saint-Julien. Grâce à l’appui du directeur de l’enseignement supérieur Liard, cet enseignement a été rétabli à Maréville et il y est toujours fait, pour le plus grand bien des étudiants, par un des médecins chefs de l’Asile qui a le titre de chargé de cours.

Dès 1902, tous les services administratifs de la Faculté de Médecine, tous les laboratoires étaient réunis rue Lionnois. Depuis 1930, tous les services cliniques dépendant de la Faculté et de la Commission sont réunis dans le même quartier, proches de la nouvelle maternité.

On pourrait regretter que ce remarquable centre d’instruction médicale fût un peu éparpillé : les bâtiments de la Faculté et les différents hôpitaux qui lui sont rattachés sont sépares les uns des autres par des rues très passagères, par des groupes de maisons et même par la voie ferrée Paris-Strasbourg. Il était impossible de faire autrement, les premiers aménagements ayant été conçus d’une façon beaucoup trop restreinte. L’avenir n’avait pas été prévu avec l’ampleur désirable. Le même reproche peut, d’ailleurs, être adressé à ceux qui ont dispersé les différentes Facultés aux quatre coins de la ville. Si l’Université de Nancy était groupée dans le même quartier, elle formerait un ensemble unique. Dans le cours de ces dernières années, de gros efforts ont été faits pour rassembler tous les locaux dont la Faculté de Médecine constitue le centre tout naturel. Le jour où la Faculté de Pharmacie sera reconstruite à côté de l’Hôpital Central, les erreurs commises il y a quarante ans seront en partie réparées. L’ensemble actuel comprend, d’une part, la Faculté et l’Hôpital central, d’autre part, l’Hôpital des vieillards, la Maternité et les trois hôpitaux consacrés aux maladies contagieuses, à la tuberculose et aux maladies vénériennes.

Bien que les Services d’Hygiène sociale ne fassent pas partie de la Faculté, il est indispensable de signaler qu’ils jouent à Nancy et dans tout le département un rôle de première importance. Ils fonctionnent d’ailleurs dans les hôpitaux, sont dirigés par des membres du corps enseignant et peuvent recevoir les étudiants au cours de leur scolarité. Ces différents services ont été créés par l’Office départemental d’Hygiène sociale sous l’impulsion du Doyen Fr. Gross, son premier président, et du professeur J. Parisot, son président actuel. L’Office départemental comprend plusieurs sections qui gardent chacune leur autonomie mais qui sont soumises à la même gestion administrative. Les Présidents de section font tous les ans, à l’Assemblée générale de l’Office, un rapport sur le fonctionnement de leur service ; les différents budgets sont entre les mains du Trésorier de l’Office. La Section antituberculeuse a son dispensaire central à l’Hôpital Villemin; la section antivénérienne a son dispensaire central à l’Hôpital Fournier. Ces deux dispensaires sont spécialisés. Le dispensaire antituberculeux a des centres annexes dans différent s quartiers de la ville. Le dispensaire antisyphilitique a comme annexe le dispensais antiblennorragique de l’Hôpital Fournier, le dispensaire de la Maternité consacré à la lutte contre la syphilis infantile et le centre de la Maison d’arrêt. La lutte antituberculeuse est dirigée par le Professeur d’hygiène et de médecine préventive ; la lutte antivénérienne est confiée au Professeur de clinique des maladies syphilitiques et cutanées. Des dispensaires polyvalents ont été créés dans tout le département, dans les villes importantes et dans les grands centres industriels. On y fait à des jours différents des consultations antituberculeuses et antivénériennes. Cette importante organisation a permis d’obtenir des résultats remarquables. A ces deux sections, il faut ajouter la section de protection de l’enfance placée sous la direction du Professeur de clinique médicale infantile. Elle a à sa disposition des pouponnières et de très nombreuses consultations de nourrissons. Une quatrième section s’occupe de la lutte anticancéreuse. Elle est dirigée par le Professeur d’anatomie pathologique. Le centre anticancéreux dont il a déjà été question comprend actuellement des salles de consultation, des laboratoires, une salle de radiothérapie profonde et des salles d’hospitalisation qui vont être considérablement agrandies. L’Office départemental a créé récemment une section d’Hygiène mentale, une section de propagande. Une section d’Hygiène dentaire est en voie de réalisation. A côté de la Faculté de Médecine et des Hôpitaux, en liaison avec leurs différents laboratoires ou services cliniques, l’Office départemental a ainsi réalisé une vaste organisation de lutte contre les maladies sociales qui est souvent citée connue modèle en France et à l’étranger.

Depuis de longues années, la Bibliothèque de la Faculté était réunie aux bibliothèques des autres Facultés formant la Bibliothèque universitaire, les étudiants en médecine ne profitaient qu’incomplètement de cette bibliothèque. Grâce aux efforts de notre actif et dévoué doyen actuel, la Bibliothèque de la Faculté de Médecine aura son local particulier. Elle sera établie à côté des laboratoires de la Faculté, de l’Institut anatomique, de l’Institut d’Hydrologie, de la nouvelle Maternité, de l’Institut d’Hygiène, de l’Institut dentaire, de l’Hôpital central, du Centre Villemin-Maringer-Fournier. Son installation des plus modernes comprend une salle de travail pour étudiants, un cabinet de lecture pour les professeurs. Elle est terminée depuis le 1er avril 1932.

L’activité de la Faculté de Médecine de Nancy ne s’est pas démentie un seul instant depuis l’année 1872. Après avoir été pendant quarante-six ans la Faculté française d’avant-garde, elle a eu le périlleux honneur, au cours de la grande guerre, d’assurer une partie de ses enseignements à moins de vingt kilomètres des lignes sous les bombardements par avions et par canons à longue portée. Une flatteuse citation à l’ordre de la nation constitue un de ses plus beaux titres de gloire. Les nobles traditions médicales y sont jalousement conservées. Plusieurs de ses maîtres, parmi les meilleurs, ont été appelés dans d’autres Universités. La plupart sont restés fidèles à la terre lorraine. Leur plus grand désir est de conserver à la Faculté où ils ont été élevés la place qu’elle doit conserver parmi les grands centres français d’enseignement. De nombreux congrès scientifiques ou professionnels ont tenu leurs assises à Nancy. Des savants et des médecins souvent venus de très loin ont voulu rendre hommage aux efforts considérables réalisés dans les domaines de la science médicale. La vieille Société de Médecine qui, avant la guerre de 1914, centralisait tous les travaux des maîtres nancéiens a vu se fonder à côté d’elle de jeunes sociétés dont l’activité ne cesse de grandir : réunion biologique dont le professeur Jolly vient de célébrer le 30ème anniversaire, société d’ophtalmologie de l’Est, société de gynécologie et d’obstétrique, réunion de dermatologie et de syphiligraphie. De nombreuses publications témoignent de leur incessant développement. Depuis quelques années, des réunions médicales annuelles groupent plusieurs centaines de médecins venus de toute la région pour se tenir au courant des nouvelles méthodes de recherche, de diagnostic et de traitement. Des conférences et des démonstrations resserrent, de très heureuse façon, les liens qui doivent étroitement unir le corps professoral et le corps des médecins praticiens. Tous les ans, nombreux sont les professeurs et leurs collaborateurs qui, dans les congrès nationaux et internationaux, vont porter le bon renom de la Faculté de Médecine. Ainsi se maintient, par delà les années, la renommée du centre d’enseignement médical lorrain, digne successeur de la vieille Faculté de Pont-à-Mousson et des Collèges royaux de Médecine et de chirurgie de Nancy.

L’énumération des transformations et des créations, forcément un peu sèche, permet de se rendre compte de l’essor de la Faculté de Médecine depuis 1872. Alors qu’elle comptait seize chaires, en 1932 elle comporte vingt et une chaires. En 1872, il y avait neuf professeurs adjoints; actuellement, il y a treize cours complémentaires, quatre cours de cliniques complémentaires, sept agrégés chargés d’enseignement, plus l’Institut dentaire qui comporte douze conférences.

Au lendemain de la guerre, quand plusieurs professeurs de Nancy partirent pour la Faculté de Strasbourg, on avait cru dans bien des milieux que les deux Facultés ne pourraient vivre et que la Faculté lorraine serait sacrifiée. Il n’en a rien été. Cette dernière a montré quelle était sa vitalité et les deux institutions peuvent se développer parallèlement.

En 1872, les étudiants en médecine étaient au nombre de 185. En 1931, les étudiants sont au nombre de 438.

Il y a eu une véritable transfusion de sang en 1872 quand la Faculté de Strasbourg est venue à Nancy et depuis la Faculté de Nancy n’a fait que prospérer. Au point de vue clinique, grâce à la Commission administrative des Hospices civils, la Faculté a à sa disposition environ 2642 lits. En 1872-1873, les cliniques de Faculté recevaient : Saint-Charles : 691 malades; Saint-Léon : 555 malades. En 1888, les cliniques du nouvel hôpital recevaient 2961 malades; en 1898 : 5257; en 1913-1914 : 9000 malades. En 1931, les malades traités à l’Hôpital central étaient de 10526. Le groupe Hôpitaux Maringer, Fournier, Villemin et Sanatorium de Lay-Saint-Christophe soignaient 3608 malades. Ces chiffres se passent de tout commentaire; ils sont assez éloquents par eux-mêmes ; ils montrent quelles sont les ressources de l’enseignement clinique à Nancy.

En 1872, tout était presque à créer ou à améliorer. De 1872 à 1932, les Doyens qui se sont succédés à la tête de la Faculté ont tout fait pour la doter de laboratoires bien installés, bien équipés. Actuellement ces laboratoires suffisent aux besoins de l’enseignement, mais ils sont perfectibles et seront perfectionnés.

La Faculté de Médecine de Nancy garde fidèlement les traditions de ses anciens professeurs ; elle fait marcher de pair la recherche scientifique et la préparation technique des futurs médecins. Elle s’est donné comme but le développement de la science désintéressée et l’enseignement de la médecine. C’est une lourde tâche que les professeurs actuels accomplissent avec la ténacité propre au caractère lorrain pour faire honneur à l’Université de Nancy, à la Lorraine et à la France.

 


Article trouvé sur l’excellent site: http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Faculte_Medecine.htm

 

Souvenirs de mes années 1940 en médecine

A cet effet, je me revois encore en 1942, étudiant de 2ème année et assistant à une clinique en service de médecine. Nous étions tous rassemblés autour de la malade dans un petit box au fond de la salle commune, et nous écoutions avec attention les commentaires de notre moniteur, un jeune chef de clinique, qui devint ensuite un grand professeur que vous avez tous connu.

La patiente était une jeune fille couchée en chien de fusil sur son lit dans la pénombre.

Notre chef, petit par la taille, se hissait à la tête du lit et sur la pointe des pieds pour exprimer d’un ton doctoral des faits importants. Il affirmait que le diagnostic porté, et ceci de façon formelle, était celui de méningite tuberculeuse, bien que l’on n’ait pas trouvé de bacille de Koch dans le liquide céphalo-rachidien, ce qui était habituel à l’époque.

De ce fait, étant donné que nous ne disposions d’aucun moyen thérapeutique efficace, cette pauvre fille était condamnée à une mort certaine. Il ajoutait que le bacille de Koch avait une épaisse capsule de cire qui le rendait acido et alcoolo résistant. On pouvait le tremper dans l’acide le plus concentré ou dans l’alcool absolu sans le détruire, et dans ces conditions, il était impensable de découvrir un jour un traitement efficace.

Vous savez tous ce qu’il est advenu du traitement et du pronostic de cette affection quelques années plus tard avec l’avènement de la streptomycine.

Mais je dois également vous conter l’épilogue de cette histoire. Nous avions tous, jeunes étudiants, été profondément frappés par le destin tragique de cette jeune fille qui avait notre âge. Aussi, huit jours plus tard, nous avons été trouver discrètement la sœur de la salle pour avoir quelques nouvelles sur le sort de la malheureuse. Elle nous accueillit avec le sourire et nous dit qu’on pouvait la voir et qu’elle prenait son déjeuner.

L’externe de la salle nous donna de plus amples explications. En fait le diagnostic de méningite tuberculeuse avait été porté un peu hâtivement, il s’agissait simplement d’une méningite lymphocytaire bénigne spontanément curable.

Cet exemple clinique m’est toujours resté présent et j’en ai tiré deux conclusions :

Tout d’abord l’erreur est possible en médecine et ensuite l’espoir est toujours permis même dans les cas jugés désespérés.

J’ajouterai d’ailleurs que j’ai vu au centre anticancéreux à plusieurs reprises des malades apparemment condamnés à une mort prochaine, renvoyés dans leurs foyers, se présenter quelques mois plus tard à la consultation en pleine santé apparente. A nous d’en tirer une leçon de modestie.

Il faut également garder confiance dans l’avenir de la médecine, des découvertes inespérées pouvant toujours démentir les dogmes les mieux établis.

Etudes médicales

 

Les études médicales de l’époque duraient 6 ans et étaient précédées d’une année de préparation : le PCB (photo de la promo – 1940) qui se déroulait à la faculté des sciences dans le quartier de la Craffe, c’est à dire à l’Institut de Physique Chimie Biologie. En 1940, le nombre d’étudiants était limité par les difficultés que beaucoup d’entre nous avaient pour rejoindre Nancy restée en zone interdite. L’atmosphère était celle d’une franche camaraderie renforcée par de nombreuses sorties collectives. A l’occasion de l’une d’elle, vous pouvez voir le futur Professeur Rauber exerçant déjà ses talents oratoires et captivant son auditoire.

 

1ère année

Après cette année de détente relative, les choses nous paraissaient plus sérieuses, lorsque nous franchissions les portes de la faculté de médecine dans le quartier Saint Pierre.

Les cours et les travaux pratiques étaient communs aux deux premières années, le programme étant étalé sur 2 ans, ce qui favorisait les relations entre étudiants d’années différentes.

Le premier semestre était le plus important car il était consacré à l’anatomie et à l’histologie, qui représentaient alors la base de l’enseignement. Celui de l’anatomie était fondamental et  4 après midi par semaine, nous nous retrouvions tous de 2 à 4 heures en salle de dissection.(photo de la promo – 1941 ).

Inutile de décrire l’impression désagréable ressentie lorsque nous pénétrions pour la première fois dans cette immense salle froide où régnait une forte odeur de formol qui nous prenait au nez et où une dizaine de cadavres étaient alignés sur des tables en pierre. Nous étions accueillis par le Professeur Beau, alors jeune agrégé, dont la froideur apparente de maitre de cérémonie complétait admirablement l’atmosphère morbide.

Mais peu à peu le climat se réchauffait, les conversations engendraient un brouhaha général en même temps qu’un lourd nuage de fumée emplissait la salle, chacun allumant cigarette ou pipe pour se donner du courage avant d’entreprendre la dissection.

La dissection se passait par équipe de 2 ou 3 équipes travaillant sur le même cadavre tout en compulsant le petit Rouvière.

En salle de dissection

Le professeur et les aides d’anatomie passaient de tables en tables pour donner des conseils ; ils se mêlaient volontiers aux discussions qui portaient sur les sujets les plus variés. La première impression désagréable passée, ces heures étaient des moments de détente dont nous avons conservé de bons souvenirs.

2ème année

 

L’histologie nous était enseignée de façon magistrale par l’un des grands maîtres de l’époque, le Professeur Remy Collin. Ses cours essentiellement consacrés à l’histophysiologie de l’hypophyse, se référaient à des travaux personnels. Il s’exprimait toujours dans un langage châtié et fascinant son auditoire par la clarté de son exposé. Personnage qui nous paraissait déjà d’un autre âge, il portait toujours des binocles et un col dur cassé et amidonné.

Je me souviendrai toujours de l’épreuve de TP d’histologie où j’avais confondu une coupe de testicule avec une coupe d’antéhypophyse. Devant ce sacrilège, les binocles en sont tombés sur la table d’indignation et bien sûr je fus recalé.

 

Le deuxième semestre était consacré à l’enseignement de la physique, de la chimie et de la physiologie. La chimie et la physique occupaient peu de place.

Le Professeur Robert devait interrompre une fois par semaine son passe temps favori, la pêche, pour venir de Lunéville faire son cours sur les protides, les glucides et les lipides.

Son sujet favori était le lait, et,  à cette occasion, il nous faisait l’inventaire de tous les objets insolites que l’on trouvait dans les bidons de lait à la laiterie Saint Hubert, tels que vieilles chaussures, bottes, chats, rats, souris crevés et j’en passe.

Il faut dire que l’examen se passait gentiment. Le candidat était invité à choisir son sujet qui infailliblement était le lait. Seuls ceux qui s’étaient distingués en chahutant pendant les cours étaient recalés.

La physique était enseignée dans une atmosphère houleuse. Le Pr Georges Lamy apparaissait sur son bureau, le visage congestif, lisait à voix basse son cours sur le fonctionnement du tube de Crookes en sautant de temps en temps inconsciemment quelques pages au milieu des piécettes et objets divers qui atterrissaient autour de lui.

Seule la physiologie était prise plus au sérieux. Elle nous était enseignée par le Professeur Chailley Bert, à l’allure de lord anglais qui ne manquait pas une occasion de faire référence à son illustre beau père, Paul Bert, et à son maître Charles Richet.

 

3ème année

 

La troisième année (photo de la promo) était essentiellement consacrée à l’anatomie pathologique et à la bactériologie. Nous avons eu le privilège de bénéficier de l’enseignement d’un brillant élève du Pr Remy Collin, le Professeur Pierre Florentin, directeur du Centre anticancéreux. Ses cours remarquablement illustrés par des schémas simples et clairs, faits au tableau, séduisaient l’auditoire.

Le Professeur Paulin de Lavergne avait des qualités d’orateur et d’enseignant exceptionnels. Ses cours étaient de véritables spectacles où l’auditoire était à la fois captivé par le verbe et amusé par les gestes et les mimiques.

 

Paulin de Lavergne

 

On le voyait ainsi certains jours traverser l’estrade  genoux ployés, les bras tombant ou majestueusement pour indiquer la banalité ou la rareté dune bactérie; ou encore pour retenir l’attention, rattraper au dernier moment sa paire de lunettes qu’il avait malicieusement laissée glisser sur son pupitre.

A partir de la quatrième année, les cours étaient peu fréquentés. Nos fonctions d’externe et la préparation à l’internat se substituaient avantageusement  aux cours de pathologie.

 

5ème année

 

En 5ème année, l’hygiène et le traitement des gadoues intéressaient peu de monde.

Seuls les cours de thérapeutique du Pr Kissel emplissaient l’amphithéâtre.

Pour d’autres raisons, nous fréquentions le cours de médecine légale du Pr Mutel. Avec un flegme non simulé, il avait l’art de distiller nombre d’histoires drôles touchant une discipline qui ne s’y prêtait guère.

Enfin, la 6ème année était consacrée à la préparation des examens cliniques et à la thèse.

 

Salle des thèses (1954)

Concours hospitaliers

 

Dans le cursus des études médicales, les examens ne constituaient au pire qu’un barrage temporaire pour l’étudiant qui arrivait presque toujours à décrocher son diplôme de médecine, à condition d’avoir la patience et d’y mettre le temps. La seule sélection était celle des concours hospitaliers (interrompus de 1943 à 1945). On peut dire qu’un étudiant sur 3 devenait externe et qu’un externe sur 3 ou 4 devenait  interne.

L’externat se passait habituellement en fin de 2ème année, mais dès le début de la première année, nous assistions aux conférences faites pas les internes.

L’examen comprenait 3 épreuves: une d’anatomie et deux épreuves médicales, l’une de médecine dite de pathologie interne et l’autre de chirurgie dite de pathologie externe. Chaque épreuve consistait en un exposé oral de 5 minutes devant le jury après tirage au sort des questions et préparation de 10 minutes.

Le concours d’internat se passait généralement en 5ème ou 6ème année et nécessitait une préparation intensive. A cet effet, notre livre de chevet était les« Conférences de clinique » de Louis Ramond en 13 volumes.

Le concours comportait 3 épreuves: anatomie – pathologie interne- pathologie externe,  chacune d’une durée d’une heure.

Après les épreuves, le candidat lisait sa copie devant le jury sous la surveillance d’un camarade. Mais si l’écrit était discriminatoire, le résultat final et le classement étaient essentiellement en rapport avec les résultats de l’épreuve orale, éminemment pratiques, c’est-à-dire «  l’épreuve des malades ».

 

Le candidat avait 1/4 d’heure pour examiner le malade tiré au sort et demander les quelques examens complémentaires nécessaires pour préciser le diagnostic. Après 15 minutes de réflexion, il devait en 10 minutes présenter le malade devant le jury en exposant successivement les symptômes, les signes cliniques et biologiques, le diagnostic différentiel, le diagnostic affirmé ou présumé, le traitement et éventuellement le pronostic. Enfin, une épreuve d’urgence départageait les ex-æquo.

Il faut dire que quel que soit le résultat, la préparation au concours, dans un esprit de compétition et plus particulièrement celle de l’épreuve de malades, constituait un enseignement fécond et vivant. Pour nous entrainer, nous faisions de nombreuses présentations de malades aux anciens internes et à quelques agrégés comme les PrChalnot et Kissel. On apprenait ainsi la discipline et la rigueur de l’examen clinique. On s’entrainait également à observer, à réfléchir, et à exposer.

Cet enseignement complet englobait la maladie, c’est à dire la pathologie et également le malade c’est à dire l’investigation clinique. La proclamation des résultats était suivie du traditionnel baptême. A cette époque, le nombre total des internes en exercice était limité à 15 ou 20, ce qui favorisait les réunions amicales et les sorties communes.

(photo d’internat – 1947 ) (photo – dans le service du Pr. Chalnot)

Les hôpitaux de Nancy

 

L’enseignement clinique au lit du malade ayant lieu tous les matins à l’hôpital, dès la première année, les externes avaient le privilège de participer pleinement à la vie des services et de faire partie du personnel médical de l’hôpital.

En 1943, au début de mon externat, les hôpitaux étaient la propriété pleine et entière des sœurs de Saint Charles qui en assuraient la gestion. L’administration était réduite à sa plus simple expression, c’est à dire à un économe gestionnaire et à un trésorier auprès duquel nous allions chercher à la fin de chaque mois notre maigre pécule.

Le personnage suprême et tout puissant et pour nous un peu mystérieux était la supérieure des soeurs de Saint Charles. Son pouvoir absolu pouvait à l’occasion aller jusqu’à faire ou défaire une carrière médicale.

Elle disposait d’un service de renseignement parfaitement structuré car la communauté exerçait un contrôle absolu et permanent sur tous les services. Les responsables des services et des salles communes étaient des sœurs dont l’autorité  était d’autant plus grande qu’étant donné leur âge canonique, elles avaient souvent connu le chef de service alors qu’il n’était qu’externe, et il était courant de désigner un service ou une salle par le nom de la sœur responsable. Il faut dire toutefois que beaucoup de ces sœurs étaient à l’époque des femmes remarquables d’une grande intelligence ayant acquis sur le terrain une expérience considérable. De plus, disponibles 24h sur 24 et dévouées, elles assuraient auprès des malades un soutien moral irremplaçable.

La population hospitalière à l’époque était également différente de celle d’aujourd’hui L’hôpital était essentiellement réservé aux classes sociales les plus défavorisées qui ne bénéficiaient pas souvent de prestations financières maladie.

La sécurité sociale n’existait pas avant 1945. Seuls des salariés non cadre étaient obligatoirement inscrits à une caisse mutuelle d’assurance maladie ce qui représentait en fait une minorité de la population dans un pays encore à l’époque essentiellement agricole.

Les médecins peu ou pas rétribués exerçaient tous à temps partiel. Ceux qui n’avaient pas de fonction universitaire trouvaient leur revenu dans un exercice en clientèle privée ou comme consultant. Cet exercice était grandement favorisé par le titre prestigieux de « chirurgien ou médecin des hôpitaux ».

Ces facteurs socio-économiques retentissaient également sur les mentalités. Les malades étaient peu ou pas revendicateurs. Ils acceptaient sans grande explication et avec un certain fatalisme le verdict et les décisions médicales même lorsqu’elles se traduisaient par des mutilations importantes.

Le problème de la vérité au malade ne se posait pas. L’image du médecin qui donnait gratuitement des soins aux pauvres et aux indigents était grandie. Le pouvoir médical était considérable.

Chirurgie

 

Au début des années 40, certains chirurgiens commençaient à s’intéresser à la chirurgie fonctionnelle à la suite des travaux de Leriche, mais le chirurgien restait encore essentiellement dirigé vers la technique sur la base de ses connaissances anatomiques.

Nombre de techniques chirurgicales utilisées couramment aujourd’hui étaient déjà décrites, mais les conditions de réalisation de ces interventions avaient peu évolué depuis l’époque pasteurienne c’est à dire de l’asepsie.

L’intervention majeure était alors la gastrectomie subtotale. Ne disait-on pas qu’elle constituait le brevet du chirurgien et cette confirmation était acquise à l’interne qui, en fin de 4eme année, avait le privilège de réaliser sous la direction du patron ou du chef de clinique sa première gastrectomie.

Il faut dire que ses indications étaient alors très larges. Pratiquement tout ulcère qui ne répondait pas rapidement favorablement au traitement médical ou qui récidivait était opéré. Et j’ai vu nombre de jeunes de 20 ans ou même moins subir cette intervention qui était  grevée d’une mortalité opératoire inacceptable aujourd’hui.

En effet les conditions de réalisation des interventions étaient précaires. Les techniques d’anesthésie générale utilisées nous paraissent aujourd’hui d’un autre âge. L’anesthésie était réalisée au Schleich (chlorure d’éthyle – éther – chloroforme) au masque d’Ombredanne, ou encore chez l’enfant  au chloroforme en goutte à goutte sur une compresse.

Les moyens de réanimation se limitaient à l’inhalation d’oxygène et si nécessaire des transfusions de bras à bras, en utilisant en cas d’urgence le donneur que l’on avait sous la main, c’est à dire un brancardier ou l’externe de service.

Inutile d’ajouter que l’on ne disposait ni d’antibiotiques pour juguler l’infection, ni d’anticoagulant pour traiter les thromboses.

Dans de telles conditions la mortalité opératoire était fonction essentiellement de la maitrise du chirurgien, de la sureté et de la rapidité du geste. La durée d’une intervention ne devait pas dépasser en principe 60 minutes sans risque d’augmenter de façon intolérable les risques opératoires.

A cet effet l’adresse et la célébrité du Pr Hamant étaient légendaire, il était capable de battre des records. Personnage hors du commun, doué dune personnalité puissante et colorée, son influence lorsqu’il se trouvait dans un jury d’internat pouvait être décisive pour le candidat. Ainsi, tout externe soucieux de son avenir se devait de faire un stage en chirurgie B. La journée du Pr Hamant commençait à 5h30 à la clinique Bonsecours.

Lorsque 8H sonnait à la chapelle de l’hôpital, il arrivait au service portant sous son bras sa traditionnelle bicyclette jusqu’à son bureau. Tout le personnel médical l’attendait dans un alignement parfait.

La visite commençait et entouré de ses gardes du corps, chef de clinique et internes. Il  parcourait au pas  de course les 4 salles du service, suivi de la cohorte des externes.

Après cette courte visite débutaient les séances opératoires. Le Pr Hamant se réservait les 2 ou 3 interventions jugées les plus importantes, puis le chef de clinique et les internes prenaient le relais.

 

Le tableau opératoire était toujours très chargé : gastrectomie, colectomie, cholecystectomie se succédaient.

Les interventions gynécologiques les plus courantes étaient l’hystérectomie subtotale avec annexectomie réalisée souvent chez des femmes jeunes de moins de 30 ans pour saignements ou chez des femmes plus âgées pour fibrome. Les cancers gynécologiques étaient traités généralement par Wertheim ou Halsted.

Certaines interventions peuvent paraitre aujourd’hui anachroniques. Ainsi les péritonites tuberculeuses avec épanchement, très fréquentes à l’époque, étaient traitées et parfois guéries par simple exposition des lésions après laparotomie. Il s’agissait en l’occurrence d’une forme d’héliothérapie.

Les hernies et les appendicites étaient,  bien sûr,  l’apanage des internes, mais lorsqu’un externe avait été jugé particulièrement méritant, il avait le privilège à la fin de son stage de réaliser l’une des interventions sous le contrôle d’un chirurgien expérimenté.

La traumatologie occupait également une place importante et une salle au service des hommes était réservée à ces blessés.

L’enclouage des fractures du col, la pose de broches  étaient des interventions courantes. La réduction des fractures,  de même que la recherche des corps étrangers se faisaient sous contrôle scopique avec « la boule de Siemens », l’externe tenant l’écran. Ces appareils étaient mal protégés et nombre de chirurgiens de l’époque ont gardé des séquelles sous forme de radiodermites au niveau des mains.

Enfin, il faut dire que les ostéomyélites étaient fréquentes  et en l’absence d’antibiotiques, le traitement était essentiellement chirurgical.

Dans les services de chirurgie le rôle essentiel de l’externe était celui d’anesthésiste. Inutile de décrire la terreur panique qui pouvait s’emparer de nous lorsque nous étions amenés à donner dans le service du Pr Hamant la première anesthésie générale pour le patron.

L’apprentissage était des plus sommaires. On nous mettait l’appareil d’Ombredanne dans les mains après avoir versé dans le réservoir une ampoule de Schleich. On nous expliquait qu’il fallait simplement  monter progressivement la manette au repère 8, jusqu’à ce que le malade dorme, ce qui s’appréciait par l’abolition du réflexe palpébral, en mettant le doigt sur la cornée. Puis on devait redescendre progressivement la manette en surveillant la respiration du malade, c’est à dire le rythme d’expansion de la vessie et l’état de la pupille.

En fait il fallait beaucoup de doigté pour naviguer entre les 2 écueils, c’est à dire la syncope qui était annoncée par une mydriase et le réveil du malade associé parfois à des vomissements.

Lors des cas de syncope, la réanimation consistait essentiellement après avoir dégagé les voies respiratoires à l’administration de grandes tapes sur la joue du patient.

De temps en temps, le silence de la salle était brutalement rompu par les vociférations de l’opérateur: le sang est noir, le malade jaune. Quand cela ne se traduisait pas par des actes, le pauvre externe se retrouvait avec son tabouret au fond de la salle sous l’effet d’un magistral coup de pied du Pr Hamant.

On racontait également l’aventure arrivée à un jeune externe au service d’urologie du temps du Pr André. Elle avait donné lieu à un quiproquo assez comique. Le jeune externe effrayé par l’ampleur de l’expansion de la vessie de l’appareil s’était écrié : « Monsieur, la vessie va éclater ». Le patron intervenant chez le patient sur le même organe s’offusqua bruyamment de cette réflexion inopinée qui lui paraissait déplacée. L’externe eut finalement le mot de la fin en disant : « Monsieur ce n’est pas la vôtre, mais c’est la mienne qui va éclater ».

Parmi les spécialités chirurgicales, le service de chirurgie infantile du Pr Bodart se trouvait au pavillon Virginie Mauvais, actuellement détruit. Je n’ai pas fréquenté ce service mais le seul souvenir que j’en ai gardé est l’aventure qui m’est arrivée lors de ma première nuit de garde d’interne. A cette occasion, il faut dire que l’on avait du mal à contenir une certaine angoisse lorsqu’on se trouvait pour la première fois seul responsable dans cet immense hôpital.

La première partie de la nuit s’était relativement bien passée. Quelques appels souvent peu justifiés de veilleuses totalement incompétentes. Tel l’appel pour un malade pris soudainement de violentes douleurs abdominales et qui à mon arrivée se trouvait tout à fait bien après être passé aux toilettes.

Vers 1h du matin, je suis amené à examiner un enfant qui apparemment présentait une hernie étranglée. Je fais appel au chirurgien de garde qui à cette époque, n’ayant pas de moyen de locomotion, venait à pied depuis la rue de Metz. Au bout d’une heure, je le vis apparaitre en salle de garde pour m’informer que je l’avais dérangé inutilement, la sœur Rosalie, experte en la matière, ayant réduit la hernie dans un bain d’eau tiède.

Vers 3h du matin, je vois un autre enfant qui présentait manifestement des symptômes d’invagination intestinale. Cette fois, avant de déplacer le chirurgien, j’avais pris la précaution de consulter la sœur Rosalie pour savoir si elle n’avait pas également une technique pour réduire les invaginations des nourrissons.

J’ai fréquenté le service d’urologie du Pr André Guillemin lors de mon premier stage d’externe en 1943. Une des occupations essentielles de l’externe était alors de pratiquer dans une salle spécialement aménagée les nombreuses dilatations quotidiennes au Béniquet des urètres rétrécis le plus souvent à la suite de blennorragie.

Le service était sous la haute protection de la sœur Andrée qui, lorsque le patron apparaissait, se précipitait sur une petite clochette qu’elle actionnait fébrilement pour prévenir le personnel médical que la visite allait commencer.

Le service de gynécologie se trouvait dans le vieil hôpital Marin. Le Pr Binet était très connu pour ses publications de sexologie que l’on trouvait dans les kiosques à journaux. Elles faisaient scandale à l’époque alors qu’elles apparaitraient certainement bien banales aujourd’hui.

L’externe du service était préposé au traitement par Propidon des salpingites chroniques, ce qui représentait une forme de thermothérapie.

Enfin, la neurochirurgie naissante était alors abritée dans les locaux du service d’ORL du Dr Aubriot. Le Pr Rousseaux, chirurgien habile et orateur brillant trop tôt disparu y opérait déjà quelques tumeurs cérébrales. Mais les résultats de ces opérations souvent longues étaient alors décevants, car les malades décédaient habituellement dans les 24h, l’hypertension cérébrale étant alors mal contrôlée.

Et je l’ai entendu dire un jour désabusé qu’il n’y avait qu’une bonne intervention, c’était celle de l’appendicite aigüe. Heureusement il trouvait plus de satisfactions dans les interventions pour hernie discale  ou dans la chirurgie de la thyroïde qu’il affectionnait.

Le Professeur Kissel intervenait au service comme consultant de neurologie, et cette brillante association constituait un magnifique tandem pour le plus grand bénéfice des étudiants.

Dans les services de chirurgie, l’externe était formé à une rude discipline. L’activité y était intense, le temps était compté et l’exactitude était de rigueur. Tout autre était l’atmosphère plus détendue qui régnait dans les services de médecine où la pose matinale traditionnelle de 11h favorisait les discussions.

On prenait également le temps de la réflexion pour élaborer des théories pathogéniques souvent ingénieuses et séduisantes mais rapidement caduques. Certaines conceptions de l’époque nous paraissent aujourd’hui complètement aberrantes.

On voyait la vérole partout. Certes, la syphilis était beaucoup plus fréquente qu’elle ne l’est aujourd’hui. A l’hôpital Fournier, on pouvait observer quotidiennement chancre, roséole, gommes …. De même, dans les services de médecine, on trouvait toujours quelques malades atteints de tabes et de paralysie générales

Mais on attribuait également à la syphilis ou plutôt à l’hérédosyphilis un grand nombre de maladies dont on ignorait l’étiologie. C’était le cas d’un grand nombre d’affections néonatales ou congénitales et d’une grande partie des maladies vasculaires ou neurologiques. Il suffisait de quelques dents malformées, d’une kératite suspecte, d’une aorte douteuse quelque peu déroulée pour entreprendre un traitement spécifique.

A la maternité, toute femme qui avait fait plusieurs avortements spontanés ou accouchements prématurés ou dont l’enfant était malformé, était suspectée de syphilis et était soumise au traitement par Novarsenobenzol et Bismuth.

L’interne, comme aujourd’hui, était une des chevilles ouvrières indispensables à la bonne marche des services de médecine, assurant le suivi des malades, l’accueil et l’examen des nouveaux malades, lors des contre visites. De plus, en l’absence de secrétaire médical, il écrivait le courrier.

L’externe était « le notaire » et prenait les observations détaillées. Mais de plus, comme les secrétaires n’étaient pas autorisées à pratiquer les ponctions veineuses, il était chargé également des prises de sang, injections intra veineuses et des diverses ponctions d’épanchement pleuraux ou d’ascites.

Mais les services constituaient avant tout une école de clinique où l’on apprenait à interroger, à palper, à ausculter. L’examen clinique du malade était fondamental et devait permettre dans la plupart des cas d’établir le diagnostic.

C’était une application de la méthode anatomoclinique décrite déjà en 1819 par Laennec. L’auscultation occupait ainsi une place importante en pneumologie: elle se faisait directement à l’oreille au travers d’une serviette. Les râles crépitants, les tintements métalliques et le souffle amphorique du pneumothorax.

Les examens complémentaires étaient limités, en dehors des examens systématiques traditionnels: NF, BW, urée, recherche du sucre et de l’albumine dans les urines. On réalisait parfois à la demande: constante d’Ambard, glycémie, dosage des protides et tests hépatiques.

Les radiographies étaient demandées en fonction des données de l’examen clinique.

En période de restriction, il était d’usage de réduire le nombre des clichés qui étaient d’ailleurs souvent de mauvaise qualité. Le Pr Lamy, responsable du service de radiologie, avait d’ailleurs décrété qu’il était inutile de faire des radios pulmonaires de profil, arguant de l’incapacité des médecins pour interpréter  correctement un cliché de face.

Dans le domaine de la thérapeutique, les moyens doués de quelque efficacité étaient peu nombreux en dehors de quelques diurétiques et tonicardiaques,

    – des anti inflammatoires de type salicylate de sodium (utilisé pour le traitement du rhumatisme articulaire aigu, pathologie fréquente à l’époque.

    – de la quinine utilisée dans le paludisme et comme anti thermique

    – de l’insuline pour traitement du diabète.

L’infection était traitée par les sulfamides depuis la découverte de Domack en 1935.

Dans certains cas de septicémies et endocardites malignes, on utilisait couramment l’abcès de fixation provoqué par l’injection de térébenthine.

Enfin, l’alcool par voie intraveineuse sous diverses formes avait une place importante dans le traitement des pneumopathies aigues.

Mais si les médicaments actifs étaient peu nombreux, la pharmacologie n’en était pas moins riche. Si l’on se réfère à l’épaisseur du codex, emplis de noms à consonance latine que nous étions censés connaitre pour l’examen de pharmacologie qui constituait une épreuve redoutable.

L’examinateur ouvrait au hasard une page du Codex et le candidat devait donner la propriété, les indications et la posologie du produit qui y figurait.

Il faut dire également que les préparations magistrales de certain de nos Maîtres telles que celles du Pr Louyot faisaient notre émerveillement en même temps que la terreur des pharmaciens.

La pathologie rencontrée dans les services de médecine différait quelque peu de celle rencontrée aujourd’hui. Je n’ai pas vu de cirrhose pendant des années de garde du fait du sevrage alcoolique.  Le cancer du poumon était très rare. Il faut dire que les indications de la bronchoscopie étaient restreintes et le diagnostic n’était fait qu’à un stade tardif.

Les moyens thérapeutiques étant limités, nombre d’affections aujourd’hui facilement curables étaient réputées généralement mortelles.

Il en était ainsi des endocardites à évolution lente d’Osler.

Il en était de même de la maladie de Hogkin, bien que quelques rémissions pouvaient déjà être espérées à la suite de traitement radiothérapique.

Les deux services de médecine générale A et B se faisaient face de part et d’autre de la cour centrale au 1er étage des bâtiments Collinet de la Salle et Roger de Videlange.

L’ambiance qui y régnait était également différente. Au service du Pr Drouet, l’hormonologie occupait une place importante. La clinique y était brillante et on avait le culte du trait de génie qui donnait le jour à de nouvelles pathogénies.

En face, le Pr Abel manifestait une conscience professionnelle poussée jusqu’au scrupule et il régnait dans ce service une atmosphère de sérieux et de gravité qui se répandait sur tout et sur tous.

Chez le Docteur Mathieu

 

Voisin des deux grands services de médecine générale, le service de médecine complémentaire du Dr Mathieu était situé sous les combles dans le pavillon Collinet de la Salle.

Les malades devaient gravir à pied les deux étages, ce qui constituait une véritable épreuve d’effort, le nombre et la durée des étages constituant un bon test pour apprécier l’état des coronaires et témoignant du degré d’insuffisance cardiaque.

Dans le local des consultations, l’électrocardiogramme à corde était un meuble impressionnant  plus proche d’un buffet lorrain par son volume que des appareils modernes. Il nécessitait pour son maniement la main experte des demoiselles Hadot qui seules étaient capables d’obtenir un tracé satisfaisant.

La visite était agrémentée de longues stations au lit des malades. Le Maître auscultait attentivement dans un profond silence posant délicatement son stéthoscope dont la longueur inhabituelle des tuyaux de caoutchouc nous impressionnait. Puis chacun de nous s’évertuait à percevoir et à localiser le petit souffle diastolique ou le bruit de galop qu’il avait décrit et que nos oreilles inexpertes ne trouvaient que rarement.

Entre deux salles, il s’arrêtait volontiers, et pour détendre l’atmosphère, il nous contait une histoire drôle vécue, telle que celle du père Garnier, professeur de Chimie dans les années 20 dont il avait été le préparateur.

C’était l’heureuse époque où les étudiants passaient les examens individuellement quand ils le désiraient. Certains étaient plus assidus des brasseries que des salles de cours et l’un d’eux se rendant au labo de chimie pour fixer la date de son examen tombe sur un vieil homme à la blouse crasseuse qui farfouillait dans un poêle à charbon pour en ranimer la flamme. Il lui dit, le prenant pour un garçon de laboratoire : « Tu sais pas où est le vieux con de père Garnier » et l’autre se raidissant lui répondit : « le vieux con, c’est moi ! »

Inutile de décrire la stupeur de l’étudiant et le résultat de l’examen.

Les malades hospitalisés au service de cardiologie étaient pour la plupart des cardiaques en état de décompensation avancée, auxquels on administrait largement les quelques médicaments diurétiques et tonicardiaques disponibles associés si nécessaire aux ponctions d’hydrothorax et d’ascite. La saignée était couramment pratiquée chez les hypertendus et dans les œdèmes aigus du poumon. Les grands œdémateux étaient soulagés par le drainage lymphatique réalisé par tube de Southey placé aux chevilles.

Enfin, le Dr Mathieu affectionnait  l’application de sangsues dans les œdèmes phlébitiques, ce qui réalisait un traitement heparinique avant l’heure. J’ai d’ailleurs lu récemment dans la littérature que ce moyen thérapeutique qui nous parait d’un autre âge existe toujours dans la pharmacopée et connait une nouvelle vogue en microchirurgie pour la résorption des œdèmes veineux.

Nous gardons du Dr Mathieu l’image d’un vrai médecin.

Il était doté d’une grande culture et d’un vaste savoir médical acquis par le travail et d’une longue pratique en clientèle et à l’hôpital. Fin psychologue, il savait être proche du malade, et, quelque soit sa condition sociale, trouver le langage le mieux approprié pour communiquer avec lui. Il savait également à l’occasion se montrer paternel et bienveillant avec ses collaborateurs.

Autres services médicaux

En 1943, le service des contagieux du Pr de Lavergne était transféré de Maringer à la maison de sœurs actuellement Hôpital St Charles.

En l’absence de vaccination systématique, la fréquence des maladies infectieuses était nettement plus élevée qu’aujourd’hui et on ne disposait d’aucun traitement spécifique en dehors de la sérothérapie. On y retrouvait toutes les maladies infectieuses de l’enfance dont les complications étaient parfois redoutables en l’absence d’antibiotique.

Chez l’adulte, les cas de tétanos étaient fréquents. Il en était de même des paratyphoïdes et des typhoïdes dont il existait un foyer endémique dans la Meuse à Bar Le Duc, et les décès dans les formes graves n’étaient pas exceptionnelles.

Les cas de fièvre de Malte paraissaient également de plus en plus fréquents.

L’hôpital Villemin était à l’époque un hôpital sanatorium où l’on soignait exclusivement la tuberculose pulmonaire. Cet hôpital avait été construit en 1922 sur le modèle des sanatoriums. On peut encore voir actuellement les galeries de cures où les malades passèrent de longues heures allongées pour effectuer leur cure de repos et de silence.

La tuberculose dans ces années de guerre et de privation était le grand fléau à l’époque, touchant activement les jeunes. Les étudiants en médecine étaient plus particulièrement exposés et payaient un lourd tribu. Près du tiers de l’effectif de étudiants de chaque année de médecine subissaient plus ou moins sévèrement l’atteinte du mal et plusieurs de nos camarades l’ont payé de leur vie.

En l’absence de traitement spécifique, la thérapeutique habituelle dans les formes excavées était la collapsothérapie, c’est à dire essentiellement le pneumothorax associé le plus souvent à une section de bride et entretenue plusieurs années. Il se compliquait fréquemment d’épanchement liquidien ou purulent  nécessitant un drainage.

Lorsque la collapsothérapie par simple pneumothorax s’avérait insuffisante, on préconisait parfois pour les cavernes du lobe inférieur la phrénicectomie qui entrainait un déficit ventilatoire important  et pour les cavernes du sommet les plus fréquentes la thoracoplastie.

J’ai assisté à quelques unes de ces interventions réalisées à l’époque à l’hôpital Maringer par le Pr André Guillemin. Les opérations étaient redoutées par les malades. Elles étaient très mutilantes et très pénibles, car réalisées sous anesthésie locale, elles étaient très douloureuses. J’entends encore d’un jeune malade, qui, au cours de l’intervention, alors que le Pr Simonin devisait avec le chirurgien de la situation politique du moment, s’écria excédé : « M’en fous de votre Pétain et de votre De Gaulle », ce qui contribua instantanément à ramener au silence absolu.

Pour tous les malades, une cure de repos en sanatorium, généralement à la montagne, pendant de nombreux mois, voire plusieurs années, complétait le traitement, mais on ne pouvait malheureusement le plus souvent  espérer qu’une stabilisation des lésions et les rechutes étaient fréquentes.

Inutile de dire que la mortalité était importante.

Les malades multi excavés et cachectiques mouraient habituellement dans un tableau de généralisation associant  granulie, laryngite et parfois méningite tuberculeuse.

Hautement contagieux, ces moribonds étaient isolés dans une chambre individuelle ce qui avait souvent un effet psychologique dramatique.

A l’hôpital Fournier, à coté des cas de galle qui encombraient les consultations, le diagnostic et le traitement de la syphilis occupaient une place importante. Fournier, médecin de Saint Louis, avait consacré sa vie à la syphiligraphie.

L’externe chargé chaque matin de faire les injections  de novarsenobenzol aux longues files de malades atteints ou présumés y perfectionnait sa technique.

Au pavillon Ricord du Dr Bonnet, personnage pittoresque au vocabulaire de troupier, traitant énergiquement les blennorragies par les grands lavages urétraux au permanganate.

Le service de médecine infantile situé au pavillon Krug était peu hospitalier pour les externes ou les internes qui n’étaient pas du service. L’Amélie, non religieuse, factotum du patron et véritable cerbère, refoulait systématiquement  tout visiteur importun. Elle était pleine d’attention pour le Maître, le professeur Caussade qu’elle tirait par la manche pendant la visite de 11H45 pour lui passer son manteau afin qu’il ne rate pas son tramway pour rentrer chez lui.

La maternité a toujours été un service à part. Le Professeur Vermelin enseignait que l’accouchement est et doit rester un acte physiologique, la nature étant présumée faire les choses au mieux. Trop souvent, l’intervention médicale crée la dystocie et était à l’origine des complications.

Cette conception traduisait  un certain bon sens à une époque où l’infection était redoutable en l’absence d’antibiotique.

Toutes les femmes fébriles étaient transférées immédiatement au pavillon d’isolement. On y rencontrait également  nombre de jeunes femmes qui, à la suite d’un avortement provoqué dans des conditions précaires, mourraient généralement  de péritonite dans un tableau de septicémie.

Que dire du pavillon de Radiothérapie en 1940 ! Le Pavillon des cancéreux, c’était le refuge des malades atteints de cancers avancés, au teint jaune paille, et qui présentaient souvent d’énormes tumeurs surinfectées et nécrosées.

Il faut dire que les cancéreux étaient moins nombreux à l’époque et que le cancer ne constituait pas comme aujourd’hui un problème de société.

On peut évoquer plusieurs raisons: l’espérance de vie était plus courte, les moyens de diagnostic étaient limités.

Enfin, nombre de personnes âgées, surtout de la campagne, dépourvues de protection sociale et de ressources, refusaient toute hospitalisation.

Pour beaucoup, la chirurgie représentait alors le seul traitement à visée curative. Et jusqu’à l’arrivée du Pr Chalnot en 1945, il n’y avait pas de chirurgien au Centre. Le traitement radiothérapique n’était souvent perçu que comme un pis aller relevant un peu des médecines parallèles. Si son efficacité était discutable, ce traitement avait au moins l’avantage de donner au médecin la possibilité d’expliquer au malade, lorsque son état s’était aggravé, que c’était l’effet des rayons et que cet effet était transitoire, et qu’il ne pouvait qu’aller mieux.

La médecine après 1945

 

De 1940 à 1945, on a donc assisté en France et à Nancy, à une certaine stagnation des sciences médicales. Pendant les années de guerre, les moyens de communication étaient pratiquement inexistants et de plus, la plupart des travaux anglo saxons étaient couverts par le secret militaire.

L’arrivée des américains en automne 44 fut pour nous une révélation.

Ils amenaient dans leur paquetage un produit miraculeux, la pénicilline, dont l’action bactéricide apparaissait spectaculaire avec des doses qui nous paraissent aujourd’hui ridicules, de l’ordre de 500.000 à 1.000.000 d’unités au total.

Le produit était distribué avec parcimonie aux civils et par suite réservé aux malades les plus gravement atteints. Les flacons étaient conservés à basse température et les injections se faisaient toutes les 3 H. C’est à cette occasion que s’est installé à l’hôpital un externe de garde chargé de parcourir la nuit les salles pour réaliser les traitements.

L’apparition de la pénicilline  a marqué le début de l’antibiothérapie et fut bientôt suivie de nouvelles drogues.

Ainsi, en 1947, l’avènement de la streptomycine a permis enfin le contrôle du BK.

Un service spécial fut créé à Maringer sous le contrôle du Pr de Lavergne où l’on traitait essentiellement des granulies et des méningites BK.

Je me souviens alors que j’étais interne au service en 1948 du premier malade traité et guéri à Nancy d’une méningite tuberculeuse.

C’était un médecin biologiste alsacien qui avait fait lui même son diagnostic et suivait avec angoisse l’évolution de sa maladie.

Peu de temps après, ce fut l’avènement de la typhomycine qui modifie le pronostic de la typhoïde.

L’arrivée des américains a également marqué le début d’une ère nouvelle en chirurgie.

Les américains ont permis d’équiper les hôpitaux avec les premiers appareils d’anesthésie à circuit fermé.

En même temps, l’armée américaine approvisionnait les services de chirurgie en flacon de plasma en attendant l’ouverture par le Pr Michon en 1948 du Centre Régional de Transfusion. Cette évolution des techniques d’anesthésie et de réanimation favorisait en particulier le développement au service du Pr Chalnot de la chirurgie thoracique puis de la chirurgie cardiaque.

Par la suite on assista à l’éclatement de la médecine et de la chirurgie générale en nombreux services de spécialité.

Les locaux de l’hôpital central s’avérèrent bientôt trop exigus et dès 1948, on faisait des projets pour le nouvel hôpital.

Parallèlement, sous l’influence du Pr Jacques Parisot, élu doyen en 1949, la faculté devait également connaitre un développement et une expansion considérable.

Si l’on fait le bilan de l’état de la médecine en cette fin de siècle par rapport à ce qu’il était dans les années 40, le bilan est certes très positif.

La pénétration de la médecine par les sciences exactes, physique et chimique, et par les sciences biologiques, est à l’origine de développements prodigieux dans tous les domaines et cette évolution se poursuivra certainement dans l’avenir.

Mais il ne faudrait pas que la médecine ne devienne que l’expression d’une haute technicité orientée uniquement vers le traitement de la maladie, le malade lui même étant considéré comme une association d’organes, qui font l’objet de multiples investigations, réunis dans des bilans parfois impressionnants, quand il n’est pas assimilé à un simple volume cible.

Ainsi, lors des staffs du lundi soir au service du Pr Chalnot, la présentation et l’examen du malade était de règle avant la prise de décision thérapeutique. Actuellement, ces décisions se prennent souvent sur simple examen de dossier, et l’on peut craindre que dans l’avenir, l’ordinateur seul établisse le programme thérapeutique.

Malgré les progrès, la médecine ne sera jamais une science exacte, et il est nécessaire de conserver l’esprit médical, transmis par nos anciens maitres, généralistes et humanistes, et qui repose sur la valeur de l’examen clinique, le développement de l’esprit clinique et la personnalité de chacun.

 


Article trouvé sur l’excellent site: http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Schoumacher_souvenirs.htm

2010 – Soirées médecine : « biture express » chez les étudiants

22h00 Tenue de combat

Une semaine que mon entourage me met en garde contre les supposés « débordements » des soirées médecine : « Tu vas voir, dans ces soirées, c’est l’orgie », « surtout ne bois rien, on ne sait pas ce qu’ils mettent dans les verres ». Préparée au pire pour cette soirée de fin d’année de la fac de médecine Paris 5, je retrouve mes vieux réflexes d’étudiante. J’enfile mon « jean de soirée » et mes converses infatigables (j’ai bousillé trop de chaussures dans le fameux « jus de soirée », ce mélange de bière et d’alcools variés qui tapisse le sol des boites). 

23h45 Préchauffe

soiree medecine« Les filles, j’enchaîne depuis 18 heures, je suis défoncée », rigole Lucie, 22 ans, devant l’entrée de la boite-péniche. Une centaine d’autres étudiants attendent l’ouverture des portes depuis une demi-heure. Pour faire passer le temps, la plupart se pré-chauffent, avec une bière ou un mélange fait maison de rhum-orange. Paf ! Le groupe de Lucie s’ouvre une bouteille de champagne. « C’est la soirée des 6ème année ce soir. Ils viennent de passer le concours de leur vie,l’internat. Ils n’ont pas mis le nez dehors depuis 3 mois, m’explique David, 21 ans, avant de reprendre une gorgée de sa bouteille de rosé. Rien de mieux qu’une bonne défonce pour relâcher la pression. » Une jeune fille à l’entrée échange notre pré-vente (à 18€) contre des « tickets boissons ». 10 hard, 10 soft, par personne. L’équivalent d’une demie bouteille d’alcool fort. Depuis l’interdiction des open bars par la loi Bachelot (2009), les BDE (Bureaux des élèves) en charge de l’organisation des soirées, contournent la difficulté avec la distribution de tickets ou de bracelets à trous. « En cas de descente de flics, on est en règle. Mais on boit toujours autant », m’explique un étudiant en rigolant.

00h30 Whisky-coca ou vodka-pomme ?

soiree medecine alcoolLes plus téméraires resteront 5 heures dans l’ambiance moite et l’odeur de transpiration des soirées précédentes de la salle de danse. Les autres picolent sur le pont de la péniche. Au bar, les mélanges sont balisés : whisky-coca, vodka-pomme ou bière. Ce soir, il n’y aura ni distribution de bracelets fluorescents, ni danseuses professionnelles offerts par les marques d’alcool. Attirés par le marché très lucratif des jeunes, les « alcooliers » sont normalement des habitués des soirées étudiantes. Sur la piste de danse, un petit groupe de filles délurées ondulent, toutes un verre à la main. L’une, hilare, donne des coups de bassin sur les fesses de sa copine. Une autre est écroulée sur un canapé, loin dans les délires de l’alcool. 

01h30 Record à battre

soiree medecine alcool« Record à battre les mecs : 8 galettes en une soirée », la bande de Pierre, 23 ans, répond avec des râles de plaisir à ce nouveau défi. Et hop, ils avalent cul sec la fin de leur verre. Pierre se lève et part affronter la cohue au bar pour une nouvelle tournée. Les trois-quarts des étudiants sont agglutinés sur le pont de la péniche. Par petits groupes, ils sifflent leurs tickets. Personne ne semble boire sous la contrainte. Mais comment en être sûre ? « Il n’y a rien de pire que de se retrouver dans une soirée sans avaler une goutte d’alcool, raconte Sophie, 22 ans, 3 verres de whisky-coca et deux bières dans le sang. Même si parfois on va un peu trop loin, les soirées seraient d’un ennui mortel. Si tout le monde boit, t’es obligé de suivre le rythme pour être au même niveau » Pression de groupe, hyper alcoolisation, oubli de soi, les soirées étudiantes empruntent de nombreux codes du bizutage. Sur le pont, il n’y a pas de musique, mais ils sont obligés de crier pour se parler. « C’est mort ce soir, philosophe Guillaume, en 3ème année de médecine. Y a quasiment que des étudiants de 6ème année. Ils ne savent plus boire. C’est chiant. » Sa copine Sophie confirme : « C’est pas une soirée normale. D’habitude les mecs sont à poil. » Et les filles ? « A poil aussi ! » Pour Ousseynou Ngom, auteur d’un mémoire sur Les Jeunes et l’alcool, cette baisse de consommation d’alcool au bout de 2 ou 3 ans d’études, « n’est pas une question de maturité ou de prise de conscience. Une fois que vous êtes accepté et reconnu dans le groupe, vous n’avez plus besoin de faire vos preuves. »

02h15 Roi de la choppe

soiree medecine sexeAccoudé au bar, Mathieu porte la faluche : un béret de velours rouge, recouvert de pin’s, de rubans colorés, d’un mousqueton, d’une petite corde d’escalade… Comme tous ses camarades faluchards, il fait partie de la « corpo » de la fac, l’équivalent du BDE. Pour intégrer ce cercle très fermé des « durs », Mathieu a passé toutes les étapes. Mais la mise à l’épreuve ne s’arrête pas là, « à chaque soirée, nous honorons les 4 piliers de la vie : la fête, la bouffe, l’alcool, le sexe », explique le faluchard, imbibé d’alcool. Ce soir il manque la bouffe, mais la tension sexuelle est partout. Juste à coté, j’entends un étudiant dire à ses potes : « Bon les mecs, on va choper ou pas ? Là il faut qu’on se bouge ! ». Dans la queue des toilettes des filles, Delphine, 20 ans est déçue : « J’ai pas réussi à choper ma target » [comprendre : elle n’a pas réussi à embrasser le garçon qui lui plaisait]. Sa copine, Pauline m’explique son truc pour draguer. « Moi je suis une fille faluche. J’ai qui je veux. » Je connaissais les compétitions de chopes en soirée, mais là je remballe mes idées fleurs bleues.

03h00 Drogues dures

De retour à l’étage, sur le pont de la péniche, une horde de zombies se meut au ralenti. Chacun prend appui sur les autres pour tenir debout et se frayer un chemin. Les gestes sont maladroits, les peaux moites. Luc me bouscule. Il pose sa main sur mon épaule et me dit péniblement, les yeux quasiment fermés par l’alcool : « Pardon, je t’avais pas vue ». Ni moi, ni la cuite. Installés autour d’une table, 4 étudiants préparent discrètement des lignes de cocaïne. Ils ne voudront pas en parler, mais cette pratique s’est banalisée dans les soirées étudiantes ces dernières années. « Le sujet est tabou, analyse Ousseynou Ngom. Contrairement à l’alcool, la consommation de cocaïne n’est pas assumée. On sait que le prix de vente de cette drogue a fortement diminué ces dernières années, mais on ne dispose d’aucun chiffre précis sur sa consommation. »

03h45 Dernier tour de piste

A l’écart dans une autre salle, une étudiante lutte contre le trou noir de l’alcool. Assise face au mur, les mains sur les cuisses, la tête baissée, elle attend que ses hallucinations passent. Une copine passe par là, « ca va ? » Réponse « Hum ». Sans commentaire, la copine s’en va. La scène est trop banale pour pouvoir s’en inquiéter. Ce soir il n’y a pas d’équipe du Samu sur place. A la demande des administrations des établissements, certains BDE anticipent les bitures et réservent un stand au Samu ou à la Croix rouge,directement à l’entrée de la boite. Des mesures pas forcément efficaces pour encadrer la défonce… Un spécimen s’approche de moi : « Je sens que cette demoiselle a très envie de voir ma b… » Je le coupe avant de connaître la suite. Il part exhiber ses attributs un peu plus loin. Je fais un dernier tour avant de partir. Les coins sombres sont tous occupés par des corps qui se caressent. Les faluchards font le siège du bar. Les derniers résistants sur la piste de danse, dégoulinent de sueur. Ce soir, les futurs médecins n’ont pas joué leur grand numéro de débauche. Il y a encore des partiels la semaine prochaine. Preuve que le groupe n’a pas toujours le dernier mot.

Texte et photos : Julia Zimmerlich
 
 
Soirées médecine : « biture express » chez les étudiants
 

Article trouvé sur le site de l’étudiant: http://www.letudiant.fr/loisirsvie-pratique/soirees-medecine-biture-express-chez-les-etudiants-14749.html

septembre 2010


Etude – Regard sur l’engagement étudiant et l’exemple de la Faculté de Médecine de Rennes

Document écrit par par Thierry KESSLER, ancien étudiant en médecine de Rennes. Téléchargement du pdf en fin de page 

L’Association Amicale des Étudiants en Médecine de Rennes (AAEMR) s’inscrit dans la conception apolitique de l’engagement étudiant. Elle participe à la vie de la faculté de Médecine non seulement par ses services, mais aussi par la présence de ses représentants dans les Conseils statutaires de l’université de Rennes I. L’AAEMR est également soucieuse de préserver un certain esprit estudiantin ainsi que ses traditions. L’analyse de quelques événements qui ont marqué son histoire depuis 1986 correspond, d’une certaine manière, à un album de photographie éclairé d’une expérience personnelle. Continuer la lecture de « Etude – Regard sur l’engagement étudiant et l’exemple de la Faculté de Médecine de Rennes »

2011 – DOSSIER : BIZUTAGE, ÇA CONTINUE

Officiellement, les actes de bizutage sont interdits et punis par la loi depuis 1998. Pourtant à chaque rentrée, les petits nouveaux sont mis à l’épreuve par leurs aînés. Notre journaliste Julia Zimmerlich, qui a elle-même vécu ces pratiques alors qu’elle était étudiante, a enquêté sur les nouveaux codes du bizutage.

Anne, bizutée en 2009 en 2ème année de médecine: “Les bizuteurs ont le pouvoir qu’on leur donne”

Étudiante en médecine en Normandie, Anne* a été bizutée en 2009 alors qu’elle était en deuxième année de santé. Le sentiment qui lui en reste ? Celui d’avoir pu contrôler les choses.

Continuer la lecture de « 2011 – DOSSIER : BIZUTAGE, ÇA CONTINUE »

2012 – Ouest-France – Les faluchards caennais fiers de leurs traditions – Caen

La légende remonte à plus de 800 ans. À l’époque, des étudiants de l’Europe entière se sont retrouvés à Bologne, en Italie. Tous alors avaient une coiffe distincte, pour chaque pays. Sauf les Français. De là est née la faluche, un béret noir arboré par les étudiants de l’Hexagone.

Depuis, la tradition persiste. Le week-end dernier, tous les faluchards de France se sont même donné rendez-vous pour leur 124 e congrès annuel, à Paris. L’occasion pour eux de se retrouver et de faire la fête.

À Caen, c’est tous les mardis soirs que les faluchards se retrouvent au bar « Le Cla’b », rue Saint-Laurent. Romain, 25 ans, étudiant en sociologie explique : « Ici on se retrouve pour bien boire, bien manger. On vient de toutes les filières et on est membres de plusieurs associations ».

Julie, 32 ans, a terminé ses études de radiologie mais ça ne l’empêche pas de rejoindre les faluchards : « Il faut savoir que, même si on ne le voit pas, ce sont surtout des faluchards qui s’occupent des associations étudiantes ».

Un esprit très rabelaisien

Romain a lui-même confectionné sa coiffe. Il la décrit avec fierté : « Sur une faluche, des emblêmes. On peut tout savoir d’un étudiant : sa filière, le nombre d’années terminées, les résultats aux examens. Une étoile dorée, c’est une année validée. Une étoile argentée, une redoublée. Après des insignes peuvent s’ajouter. J’ai la fourchette de fin cuistot car je cuisine souvent pour les soirées. J’ai aussi le ciseau, comme j’ai créé moi-même ma faluche. »

Leurs valeurs ? « On a un esprit très rabelaisien. On est des bons vivants mais la réussite est aussi très importante. On récompense les bons étudiants ou au contraire, on peut distribuer des blâmes. »

Pour devenir faluchard, il faut avoir fait ses preuves lors du baptême : « Ce n’est pas méchant du tout, ce n’est pas un bizutage. On n’en garde tous de très bons souvenirs, mais ça doit rester secret ».

Entre faluchards français, la solidarité est forte. « On peut arriver dans n’importe quelle ville, un collègue nous accueillera. Même avec des étudiants étrangers, car il y a aussi des faluchards belges, italiens, espagnols… On aime aussi s’échanger des bons produits », explique Julie.

Lucie BACON.

Les faluchards caennais fiers de leur tradition


article trouvé sur le site de Ouest France: http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Les-faluchards-caennais-fiers-de-leurs-traditions-_14118-avd-20120723-63290873_actuLocale.Htm