Les racines de l’Université de Lyon

15 septembre 1793. Les universités sont abolies par la Convention, sous prétexte qu’elles sont trop aristocratiques.

10 mai 1806. Napoléon institue l’Université impériale, une corporation qui jouit du monopole de l’enseignement, dirigée par un grand maître, divisée en 22 académies. Dans chaque académie sont créées trois « facultés » dites « professionnelles » (théologie, droit, médecine) ainsi que deux « facultés académiques » de sciences et lettres. Ces deux dernières sont rattachées au lycée du chef-lieu de l’académie. Leur rôle est principalement la collation des grades, en particulier du baccalauréat…Composées de trois ou quatre professeurs chacune, misérablement dotées de moyens, la plupart de ces facultés ne fonctionnaient en réalité, le plus souvent, que comme jurys d’examen…Ainsi à la Restauration (ordonnance du 18 janvier 1816), on supprime d’un seul coup dix-sept facultés des lettres et trois facultés des sciences, pour y substituer aussitôt de simples commissions chargées d’examiner les candidats au baccalauréat…(1).

Ce fut le cas à Lyon. Le Lycée de Lyon, établi par l’arrêté du 19 octobre 1802 et installé dans les murs du Grand Collège (… de la Trinité, emplacement actuel du Lycée Ampère), accueillit ainsi de 1809 à 1816 le rectorat et l’inspection académique ainsi que des ersatz de facultés de lettres, sciences, théologie (2), que les universités lyonnaises ne reconnaissent d’ailleurs pas comme leurs aïeules. Les « véritables » facultés furent créées plus tardivement : 1833 pour la Faculté des Sciences de Lyon, 1838 pour la Faculté des Lettres de Lyon, 1839 pour la Faculté de Théologie de Lyon, qui se maintint difficilement jusqu’en 1885 et laissa ensuite la place à la Faculté Catholique ; la Faculté de Droit est créé en 1875 (11) et celle – très attendue – de Médecine et Pharmacie en 1877.
-  Un article de F Bouillier dans La Revue du Lyonnais, série 2, n° 21, « La création d’une Faculté de Médecine à Lyon »

lyon

Construction du pont des Facultés

Fonds Sylvestre, 1901
Collection BML

12 juillet 1875. La Loi sur la liberté de l’enseignement supérieur, supprime le privilège de l’Etat et autorise l’ouverture de facultés privées. L’Université Catholique de Lyon est ainsi fondée en 1876, crée en 1875 sa Faculté de Droit, puis Lettres et Sciences. Elle est réservée aux prêtres jusqu’en 1933, puis après 1968, ouverte à tout étudiant. Elle fonde en 1878 son école de Théologie, qui deviendra Faculté en 1886. 100 ans après, elle est la plus importante de France en nombre d’étudiants comme en renommée. Elle est membre associé du PRES lyonnais.

faluche, lyon

Bal des étudiants

Le Progrès illustré, 20/03/1892
Collection BML

lyon, faluche 

Monome des étudiants

Le Progrès illustré, 27/03/1892
Collection BML

Entre 1876 et 1890, Jules Ferry et ses successeurs reconstruisent les facultés – dont celle de Lyon- avec le concours des villes, les dotent d’un budget, créent des chaires de professeurs. Le décret du 28 décembre 1885 leur donne leur statut, la fonction de doyen assisté par une assemblée qui examine les questions relatives aux enseignements (professeurs, enseignants et étudiants) et un conseil d’administration et de cooptation des enseignants (cercle de notables ne comprenant que des professeurs titulaires).

lyon, faluche

Bal des étudiants

AffG0131, 1907
Collection BML

 lyon, faluche

Bal des étudiants

AffG0053, 1912
Collection BML

 La Loi du 10 juillet 1896 porte création de l’Université. Cette loidonne aux universités nouvelles un statut administratif qui n’évoluera pas de manière significative jusqu’à la loi Faure de 1968. Ses décrets d’application autorisent les universités à créer leurs diplômes propres (à côté des diplômes d’Etat) et leur assure la liberté d’employer leurs fonds particuliers pour la création de cours spécifiques.(1). La seule évolution marquante est la création des IUT en 1966. Christine Musselin (3) attribue à cette longue période le nom de « république des facultés ». Elle est marquée par deux principes : uniformisation et égalitarisme, i.e. un enseignement universitaire théoriquement identique sur l’ensemble du territoire.

L’Université de Lyon de 1896 regroupe les facultés de Sciences, Lettres, Médecine et Droit (11).

-  Annonce de la création de l’Université de Lyon, [Revue du Lyonnais], 1888, série 5, N°5 , Constitution de l’Université de Lyon.

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-  (1)  Histoire des universités en France , sous la direction de Jacques Verger Du XIIe siècle jusqu’en 1980 : histoire des institutions et législation, organisation des enseignements et programmes, statuts des enseignants, statistiques sur les effectifs…

-  (2)  Education et pédagogie à Lyon, de l’Antiquité à nos jours , sous la direction de Guy Avanzini. Voir en particulier « L’enseignement primaire et secondaire » et « L’enseignement supérieur public », de Roland Saussac, qui relate la naissance difficile des facultés lyonnaises et le rôle majeur des maires de Lyon, Gailletonnsi que la contribution Jacqueline de Romilly, l’Enseignement en détresse

-  (3)  La longue marche des universités françaises

-  (4)  Vous avez dit matière grise ?, par Claude Allègre. 2006.

-  (5)  Les Universités dans la région Rhône-Alpes. 10 tomes en 18 volumes couvrant la période 1974-1992. Ces dossiers sous forme papier sont prolongés à partir de 1993 par laBase de données des dossiers de presse, qui contient un millier de références d’articles consacrés aux universités lyonnaises.

-  (6) L’Académie de Lyon compte 76 000 étudiants en 1987 dont 53 500 dans les trois universités lyonnaises. Lyon Figarotitre, le 22 octobre 1988, « Des facultés très encombrées » :Pour la première fois à Lyon, la rentrée universitaire se fait au-dessus de la cote d’alerte. Locaux saturés, équipements dépassés, enseignements surchargés…. Ce constat revient comme une antienne. Lyon III accuse alors une augmentation de 28% des effectifs en première année…et pour mémoire …

  • 2 335 étudiants à Lyon en 1898
  • 36 500 étudiants en 1973
  • 42 600 étudiants en 1978
  • 50 000 étudiants en 1982
  • 52 000 étudiants en 1985
  • 112 303 étudiants dans le Rhône en 2006, sur 134 267 pour l’Académie (Ain+Loire+Rhône), secteur public et privé confondu.

-  (7) Voir sur le sujet un article de Gilles Garel, intitulé Pour une histoire de la gestion de projet

-  (8) Les trois universités lyonnaises ont bénéficié du plan Université 2000. Sur une enveloppe globale de 2 milliards de francs, les collectivités locales ont participé à hauteur de 50% : extensions de capacité d’accueil à Lyon I, Lyon II et Lyon III (Manufacture), développement des IUT, rénovation des résidences et des restaurants universitaires… et surtout création d’un « Campus scientifique et technologique » à Gerland, extension de Lyon I, où se trouvait déjà l’ENS. Sur l’implication actuelle de la région Rhône-Alpes dans l’enseignement supérieur et la recherche :

-  (9)  L’Université Lyon 2 1973-2004. Les Françoise Bayard et Bernard Comte analysent les deux « fondations » de l’Université Lyon II, celle de 1969 et celle de 1973. Nombreuses statistiques permettant de comprendre le développement de l’Université. Portraits. 2004

-  (10) Le sujet n’est pas innocent : une thèse négationniste soutient que les Juifs seraient morts du typhus dans les camps de concentration nazis et leurs corps brûlés pour éviter l’épidémie.

-  (11)   La faculté de droit de Lyon : 130 ans d’histoire , sous la direction de Hugues Fulchiron : histoire de la fondation de la Faculté en 1875, la Faculté sous l’occupation, Mai 1968, histoire du Palais de l’Université, quelques grandes figures (Exupère Caillemer, Charles Appleton, Paul Pic, Edouard Lambert, Louis Josserand, Emmanuel Levy…, témoignages et riche iconographie. 2006

-  (12) Petite histoire des crues du Rhône, d’Alain Pelosato.

 


 

article trouvé ici: http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=1287

 

Tableaux au sein de l’Université de Montpellier


.Le bureau de l’association des étudiants de Montpellier aux fêtes du VIème centenaire 1892.

Le bureau de l’association des étudiants de Montpellier aux fêtes du VIème centenaire (H/T, 200 x 298), Ernest Michel (1833-1902), 1892.


La remise du drapeau à l’Association générale des étudiants par le président de la République Sadi Carnot 1891

La remise du drapeau à l’Association générale des étudiants par le président de la République Sadi Carnot (H/T, 200 x 300), Édouard Marsal (1845-1929), 1891.

 


.Le salut des drapeaux sur la place du Peyrou 1892.
Le salut des drapeaux sur la place du Peyrou (H/T, 300 x 700), Max Leenhardt (1853-1941), 1892.

 


 

Ce tableau fait partie des toiles commandées à trois artistes montpelliérains renommés au XIXe siècle et aujourd’hui injustement oubliés, Ernest Michel (1833-1902), Max Leenhardt (1853-1941) et Édouard Marsal (1845-1929). Contemporains d’autres artistes montpelliérains tels que Frédéric Bazille (1841-1870), Charles Matet (1791-1870), Auguste Glaize (1807-1893), Jean-Pierre Montseret (1813-1888) et bien sûr d’Alexandre Cabanel (1824-1889), dont ils furent les élèves, ils réalisèrent aussi de nombreux portraits pour la galerie des professeurs de l’université.

La redécouverte de trois toiles que l’on croyait disparues, mises au rebut et roulées dans un réduit de la faculté de médecine, a permis de mettre en relation les œuvres commémorant le centenaire. La première, d’Édouard Marsal, La remise du drapeau à l’Association générale des étudiants par le président de la République Sadi Carnot sur la place de la Préfecture le vendredi 23 mai 1890, ornait l’escalier d’honneur de la faculté de médecine. À cette première cérémonie assistent Chancel recteur de l’Académie, les doyens Vigié (faculté de droit), de Rouville (faculté des sciences), Castets (faculté de lettres), Castan (faculté de médecine) et le directeur de l’école de pharmacie (Diacon). On peut reconnaître, en outre, le préfet Pointu-Nores, Eugène Lisbonne, président du conseil général, Alexandre Laissac, maire de Montpellier. Elle complète l’ensemble formé par les deux toiles immortalisant la célébration de l’après-midi, Le salut des drapeaux sur la place du Peyrou le 23 mai : l’une d’Ernest Michel pour le Conseil général est conservée aux archives départementales, l’autre de Max Leenhardt, destinée à la salle des Fêtes du palais universitaire est au Rectorat. Le cérémonial prévoyait que la bannière de l’association des étudiants serait entourée de toutes les bannières des délégations des universités étrangères et que les étudiants défileraient ensuite devant le président de la République, reconnaissables à leur faluche, ornée de liserés de différentes couleurs selon les disciplines : rouge pour le droit, verte pour la pharmacie, grenat pour la médecine, jaune pour les lettres. À côté de ces tableaux officiels, et commandés aux mêmes peintres, les deux autres tableaux retrouvés, Le Bureau de l’association des étudiants de Montpellier aux fêtes du VIe centenaire (Ernest Michel) et Étudiants fêtant le VIe centenaire près de la cathédrale de Maguelone (Max Leenhardt), rappellent la fête des étudiants du 26 mai 1890. Ce sont des donations des artistes pour le Cercle des étudiants (actuel Pavillon populaire) qui venait d’être construit par l’architecte Carlier pour l’association des étudiants nouvellement créée, l’A.G.E.M. et présidée par Jean-François Guy.

L’Université de Montpellier, créée le 26 octobre 1289 par la bulle du pape Nicolas IV, célèbre avec faste son VIe centenaire en 1890, du 21 au 26 mai, en présence du président de la République Sadi Carnot, du ministre de l’instruction publique, Léon Bourgeois, du directeur de l’enseignement supérieur, Louis Liard, et de Gaston Boissier, de l’Académie française. Une toile emblématique vient d’être redécouverte, toujours conservée in situ, dans l’ancien palais universitaire, actuel rectorat. Dans la lignée de l’Apothéose d’Homère (Ingres, 1827) ou de l’Hémicycle de l’École des Beaux-Arts (Delaroche, 1837), l’université commande pour la salle des fêtes de son palais l’allégorie des Savoirs du monde et de l’université de Montpellier ; l’artiste choisi est le peintre montpelliérain Ernest Michel, élève de Cabanel, connu pour ses décors du théâtre et du palais de Justice de Montpellier. Ce tableau symbolise l’union des Arts et Sciences, reflétant le projet d’une université républicaine sur le modèle de l’université pluridisciplinaire de Berlin, l’université des savoirs, regroupée sous un même toit et sous une même autorité, mettant un terme provisoire à la fragmentation du système des facultés napoléoniennes et renouant avec l’organisation de l’université médiévale. Candidate au statut de ville universitaire du sud de la France, Montpellier souhaite alors promouvoir l’université régionale par l’édification d’un palais universitaire (la faculté de médecine et l’école de pharmacie – qui sera faculté en 1920 – échappent à ce regroupement). Toutes les institutions se sont associées, préfecture, conseil général, mairie, sociétés savantes pour faire de cette fête intellectuelle un événement grandiose et populaire, imaginé par Alexandre Germain (1809-1887), doyen de la faculté des Lettres et membre de l’académie des sciences et des lettres de Montpellier. L’objectif de ces fêtes du VIe centenaire, célébrant la renaissance de l’université, est de mettre en scène la dimension universitaire de la ville, de se distinguer auprès des élites nationales et d’emporter la décision du gouvernement. Ce tableau fait écho à l’organisation que l’université souhaite mettre en place avec ses cinq facultés, médecine, droit, lettres, sciences et pharmacie, en inaugurant le palais de l’université et le musée des moulages le samedi 24 mai 1890 dans l’ancien hôpital Saint-Éloi, réaménagé par l’architecte de la ville Anthony Kruger. Plan Campus avant la lettre, le parallèle avec le projet actuel de fusion des trois universités est saisissant et riche d’enseignements.


article extrait de l’excellent site : http://insitu.revues.org


Lille – Les origines du Singe

Éléments de contexte

Pour ma part, j’avais en tête l’article auquel Ptit Joe faisait référence et qui relatait que le Singe avait amené vivant par l’équipe d’Afrique du Sud lors d’une rencontre de rugby contre l’Université de Lille. Le singe étant resté à Lille, il devint rapidement la mascotte locale.

 

 Source : http://irhis.recherche.univ-lille3.fr/00-SiteUniversite/htdocs/sport.html

 Note : aucune mention concernant l’année de cette rencontre…

 

Qu’apporte l’article de Lille Université

Cet article fait état des traditions au sein de L’U. (ie Union des Etudiants de Lille) et plus particulièrement d’une qualifiée de « La belle tradition de l’U, c’est le singe ». 

L’article fait mention d’un « vrai singe » et qui a « l’inappréciable avantage d’être empaillé » ce qui contribue à le rendre selon l’auteur de l’article « plus vénérable, et plus propre ».

Note : notre singe rugbyman serait-il passé de vie à trépas dans la belle ville de Lille et afin d’honorer sa mémoire, les étudiants de l’Union auraient-ils pris la décision de le faire empailler… 

Il est également précisé que ce fameux singe « préside aux destinées de l’U » et que ses membres ne « sauraient vivre sans lui ».

Notre singe réside dans le « salon de la Dictature » considéré par les étudiants par « le Saint des Saints »

 

Le rituel

 Le singe est semble t-il au centre d’une cérémonie, une sorte de rituel initiatique qui est le suivant :

« Les bonzes, introduits tour à tour dans le sanctuaire (ie. La chambre de la Dictature), la tête rasée et couverte de cendre, les pieds nus, un cierge à la main, s’avancent défaillants. Chacun d’eux prononce les imprécations d’usage, vide d’un trait un grand demi et imprime ses lèvres à l’endroit consacré. Autrefois, l’extrémité caudale du singe recevait ce chaste baiser. Aujourd’hui ! … Hélas ! Trois fois hélas ! Les traditions baissent !

Note personnelle : je comprends mieux l’importance du singe et de son usage en tant qu’emblème au sein de l’Union

Le lieu du rituel – la salle du Comité

 

A propos du singe – Les insignes de l’U.E.L.

Il est à noter qu’au moins 2 matrices ont existé, par contre, je suis dans l’incapacité de pouvoir les dater et les replacer dans le temps…avis aux éventuels contributeurs

Vous connaissez le jeu des 7 erreurs, dans ce cas à vous de jouer…

 

   

 


Ajouté par Hervé Giraud le 2 décembre 2012


 

 

1888 – le ptit journal – les étudiants à Bologne

Page 1:
« Mr Lockrey, ministre de l’instruction publque, a communiqué au conseil des renseignements à propos des faits qui se sont produits à Bologne à l’occasion des fêtes de huitiième centenaire de l’Université.
Les étudiants italiens et allemands attendaient à la gare les étudiants français. Les allemands ont salué de l’épée le drapeau français.
Les italiens ont poussé le cri de « vive la France! ». Ils ont ensuite embrassé le drapeau.
La voiture où se trouvaient les étudiants français a été dételée, les étudiants ont été portées en triomphe.
Le président de la société des étuidants français,M. Chaumeton, a eu une entrevue publique avec le roi qui lui a sérré la main.
Le roi est entré à Bologne précédé par le drapeau français apporté par les étudiants.
A droite, se trouvait le drapeau de Rome, à gauche celui de Venise. »

Page 2:
« Bologne
Au moment du départ des souverains, les étudiants français ont offert, au milieu des acclamations, à la reine Marguerite un bouquet de fleurs aux couleurs nationales françaises réunies par un ruban aux couleurs italiennes. »

Juin 1888 - le ptit journal - les étudiants à Bologne

Juin 1888 - le ptit journal - les étudiants à Bologne

2009 – Les désordres de la chaire

Les désordres de la chaire - monome etudiants
Les désordres de la chaire

La renommée intellectuelle de Toulouse date de… l’Antiquité. L’école de Toulouse jouissait d’une excellente réputation dans le monde méditerranéen en rhétorique et en grec grâce au talent de ses grammatici (maîtres es lettres) et de ses rhetores (professeurs d’éloquence). Au IVe siècle de notre ère, le brillant rhéteur Arborius est même appelé à Constantinople où il est chargé de l’éducation d’un des fils de l’empereur. Parmi les « étudiants » de ces temps lointains figure le poète bordelais Ausone, qui fait allusion dans de beaux vers à Toulouse sa « nourrice ».

 

Le contexte dans lequel naît l’Université de Toulouse en 1229 n’a, lui, rien de poétique. Ce 12 avril, le comte de Toulouse Raimond VII capitule et signe le traité de Paris après les vingt ans de croisade contre l’hérésie cathare qui ont mis le Languedoc à feu et à sang. Le traité prévoit la fondation d’une Université de quatorze professeurs pour introduire dans la cité l’enseignement de la foi et extirper l’hérésie.

On dépêche sur place d’éminents maîtres parisiens, pressés de remettre ces épouvantables Toulousains dans le droit chemin. Parmi eux, un certain Jean de Garlande qui invite les étudiants de tous pays à venir à Toulouse, « où Bacchus règne dans les vignes, où Cérès règne dans les champs ». Malgré cette publicité dithyrambique, Jean de Garlande reçoit un accueil glacial de la part de la population. Son activisme le contraint à quitter rapidement la ville, sur une barque jusqu’à Castelsarrasin, puis déguisé en pèlerin… Ses collègues lui emboîtent vite le pas.

L’Université se renouvelle alors avec des professeurs méridionaux. Impliqués dans la vie de la cité, ils enseignent dans plusieurs facultés : les arts (lettres et sciences), la théologie, première dans l’ordre des préséances, et enfin le droit. La médecine, éclipsée par Montpellier, fait figure de parent pauvre : en 1411, Charles VI s’indigne que cette discipline soit exercée par des ignorants, mais aussi, comble de l’abomination, par… des femmes.

 

Un capitoul poignardé

La jeune Université toulousaine est placée sous l’autorité d’un chancelier appartenant au clergé, d’un recteur, et du conseil, qui délibère sur toutes les questions la concernant. Et il y a fort à faire. Car les « écoliers », comme on les appelle alors, sont nombreux, près de 2000 à la fin du XIVe siècle, et remuants.

Sur les bancs des facultés ou dans les cafés, se côtoient des fils de bonne famille et des nécessiteux, des jeunes gens de moins de 15 ans et d’éternels étudiants que rien ou presque ne distingue des clochards. Les plus méritants et les plus chanceux sont hébergés dans les collèges (Saint-Martial, de Périgord, Maguelonne, de l’Esquile, de Foix…) fondés par de riches Toulousains dans le futur quartier des études, à proximité de la rue du Taur et de la rue des Lois.

Les étudiants toulousains, parmi lesquels figurent quand même trois futurs papes d’Avignon, sont alors particulièrement teigneux. Ils ne font pas bon ménage avec la police, pas plus qu’avec les capitouls qui administrent la cité. Jusqu’à leurs condisciples ou à leurs professeurs auxquels ils cherchent des noises.

Le pape les exhorte au calme. En vain. Ils manient facilement l’épée ; leurs banquets dégénèrent en rixes ; les cours sont perturbés. En principe, les autorités municipales ne peuvent rien faire car les fauteurs de troubles relèvent des tribunaux ecclésiastiques. En principe seulement… En 1292, une rumeur parvient jusqu’aux oreilles de Philippe le Bel : elle fait état d’étudiants torturés puis noyés, de nuit, dans la Garonne sur ordre des capitouls.

Quarante ans plus tard, un capitoul qui tentait de restaurer le calme lors d’un chahut reçoit un coup de couteau du front jusqu’au menton et perd onze dents par la même occasion. Le coupable, Aimeri Bérenger, est décapité sur décision des consuls après un traitement de choc : on lui arrache le poing et on le traîne dans les rues attaché à la queue d’un cheval…

L’Université de Toulouse, et surtout sa faculté de droit, brille tout particulièrement à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle grâce aux doctores tholosani, les docteurs toulousains, comme Guillem de Ferrières ou Arnaud Arpadelle, le commentateur des coutumes de Toulouse. Encore faut-il que ces grands juristes parviennent à faire cours…

Les professeurs se livrent à la lectura et à la disputatio dans des salles prêtées ou louées pour l’occasion. La lectura consiste à lire purement et simplement un corpus d’ouvrages de A à Z en agrémentant la leçon de commentaires, en latin évidemment. Un reportator retranscrit parfois les paroles du professeur quand la pagaille n’est pas trop grande. « Aujourd’hui, je n’ai rien pu noter, ni entendre, les étudiants sifflaient », signale un malheureux sténographe en 1315. La disputatio captive davantage l’auditoire : le professeur peut y briller, surtout dans l’exercice du quodlibet, où il accepte de répondre à n’importe quelle question sur n’importe quel sujet posée par de jeunes étudiants, bacheliers, licenciés ou docteurs.

 

Amphithéâtres incendiés

Du XVIe au XVIIIe siècle, les étudiants toulousains ont le choix entre quatre facultés, art, théologie, droit et médecine, qui se laïcisent progressivement sous l’autorité du Parlement. Affaiblie un temps par la crise économique, la peste et la guerre de Cent ans, l’Université bénéficie de nouveau du prestige de sa faculté de droit dès la première moitié du XVIe siècle. Les écoliers se pressent dans les beaux amphithéâtres inaugurés en 1521 dans l’actuelle rue Lautmann. Parmi eux, de grands esprits : l’imprimeur humaniste Étienne Dolet, Michel de l’Hospital, qui deviendra chancelier de France, Montaigne, dont la mère est toulousaine, et son célèbre ami La Boétie. Jusqu’à Pantagruel que Rabelais fait séjourner à Toulouse !

De brillants professeurs comme Arnaud du Ferrier ou le très populaire Jean de Coras, qui attire à ses cours des milliers d’auditeurs, enseignent le droit romain. Hélas, faute de poste, Jacques Cujas, le meilleur juriste de son temps, part de Toulouse pour Cahors, puis Bourges.

Omniprésent, le Parlement, dont la création remonte à 1443, surveille les étudiants de très près. Interdiction des salles de billard et de jeu de paume dans un certain périmètre autour des amphithéâtres, décence des vêtements, bonne tenue des bals, contenu des cours, respect des horaires, exhortations à se tenir tranquilles…

Les écoliers restent cependant tout aussi querelleurs et violents qu’au Moyen Âge. Les insolences, les entrées illicites dans la « bouteillerie », les injures font le quotidien des collèges (il y en a une vingtaine au XVIe siècle). Regroupés en « nations » de Gascons, Provençaux, Bretons, Français, Espagnols, les étudiants en viennent vite aux armes, dont l’achat est financé par le prélèvement d’un « droit de bienvenue » sur leurs nouveaux compatriotes.

En 1540, le Parlement fait clouer l’épée d’un bagarreur à la porte des amphithéâtres. Ses camarades l’arrachent aussitôt et mettent le feu aux salles. Le coupable est pendu. En 1581, une gigantesque rixe entre étudiants et soldats de guet fait de nombreuses victimes. En 1604, un capitoul qui voulait faire respecter les arrêts du Consistoire est assassiné. Ordonnances, arrêts, envoi aux galères, châtiments corporels, exécutions : rien ne semble décourager ces jeunes gens ingouvernables, qui sont les bêtes noires de la population.

Les affrontements idéologiques des temps alimentent aussi les violences et les polémiques. Le jeune Étienne Dolet se fait arrêter pour avoir défendu des thèses humanistes dans les années 1530. Plus tard, les guerres de religion visent tout autant les étudiants que les professeurs soupçonnés de sympathie avec le protestantisme. En 1572, Jean de Coras est pendu au grand ormeau de la cour du Parlement dans sa robe rouge de cérémonie.

 

Opposition au régime

La discipline, encore déplorable sous Louis XIII, s’améliore un peu avec son successeur. Au XVIIe siècle, l’Université de Toulouse offre pourtant une bien piètre image comme en témoigne une consternante enquête officielle de 1668. Les professeurs « font corvée d’aller aux écoles, s’absentent des jours, des semaines, des mois et des années entières », les vacances durent « depuis la Saint-Jean jusqu’à la Saint-Martin ». Les étudiants, libertins et oisifs, acquièrent leurs grades « sans avoir étudié le temps porté par les statuts, ou pour mieux dire sans avoir étudié ».

Au siècle des Lumières, l’Université accueille dans des locaux vétustes et délabrés environ un millier d’étudiants dont près de la moitié à la faculté de droit – il y existe depuis 1679 une chaire de droit français dont le titulaire enseigne, c’est une nouveauté, dans la langue nationale. Ces derniers demeurent tout aussi belliqueux, et toujours prêts à en découdre quand un camarade est rossé par la police pour avoir sifflé trop fort à la comédie. « Enseignement sans vie, études sans force, discipline sans vigueur, abus de tous genres », constate un nouveau rapport…

Supprimée par la Convention, l’Université renaît sous Napoléon 1er sous la forme de quatre facultés en 1808. Peu de succès pour celles de théologie et de sciences dont le baccalauréat ne présente plus trop d’intérêt. La faculté de lettres organise par contre les examens du baccalauréat qui permet de s’inscrire en droit. Elle délivre 170 diplômes par an sous la Restauration, 240 après 1830. Un vrai record ! Les cours du philosophe et homme politique Gatien-Arnoult font salle comble auprès d’un auditoire qui a soif de culture et d’ouverture idéologique.

La faculté de droit, avec près de 600 inscrits continue à faire le renom de Toulouse, seconde ville universitaire de France après Paris. L’école de médecine, qui forme des officiers de santé, reprend son titre de faculté en 1891 seulement.

Les étudiants conservent tout leur mordant et s’opposent en général au régime quel qu’il soit. Ils manifestent au Grand Rond, au Pont des Demoiselles, dans les théâtres… Sous le Second Empire, acquis, comme leurs professeurs, à la cause républicaine, ils se montrent remuants sans aller jusqu’à la révolte.

 

Des carnavals à mai 68

À la veille de la Première Guerre mondiale, les inscriptions en faculté atteignent presque le seuil des 3000. Les étudiants toulousains, de plus en plus nombreux en lettres (où fait cours un certain Jean Jaurès…) et en sciences, bénéficient des échanges avec Madrid, Barcelone, Burgos, Saragosse, et profitent des différents instituts à vocation scientifique de la ville. Leur chahut dans les lieux publics est toujours aussi mal accepté par la société toulousaine.

Pour encadrer cette jeunesse fêtarde et turbulente, le quotidien La Dépêche crée en 1886 avec le recteur Perroud une Association générale des étudiants toulousains. Laquelle revoit vite à la baisse ses ambitions culturelles et sociales et se borne à mettre sur pied des bals de charité… Outre le bizutage hérité du Moyen Âge et ses rituels d’intégration, cocktail explosif de brimades et d’esprit potache, apparaissent de nouveaux folklores. Les étudiants se mettent à porter la faluche, cette galette noire ornée d’insignes inspirée du béret de Bologne. Les faluchards font même la Une de l’Écho des étudiants de Toulouse en 1930.

Accroissement constant du nombre d’étudiants, explosion des effectifs en médecine, pharmacie, sciences et lettres, déménagement des facultés en périphérie (Rangueil en 1968 pour la médecine puis les sciences, le Mirail en 1973 pour les lettres) : le XXe siècle marque un tournant dans l’histoire de l’Université de Toulouse, avec le grand coup de volant de mai 68.

Sur les murs : « Les chemins de l’excès mènent à la sagesse », « Se soumettre, ou résister et vaincre ». Trente mille étudiants, entassés dans des amphis et des bibliothèques bondés : il y avait là encore une raison de se battre.

 

redaction@depechemag.com

Anne Le Stang


article trouvé sur le site de la dépêche du midi: http://www.ladepeche.fr/article/2009/10/21/698800-les-desordres-de-la-chaire.html