Toucher n’est pas jouer

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Le microcosme faluchard est traversé ces jours ci par une bonne grosse polémique comme on les aime. Les faits sont assez graves et les avis sont à la fois proches, mais divergents. Et au moins un avis est, pour moi, plus préoccupant que tout.

Je résume rapidement l’affaire au cœur du débat.

Un faluchard est actuellement sujet à au moins une plainte pour des faits de viol. Je dis au moins, car il semble y avoir plusieurs plaintes. Une d’entre elle est certaine , confirmée par des sources très sures.

Lors d’un récent week-end, au vu de la gravité des faits supposés, des anciens, en accord avec les GM présents, après concertation avec l’officant d’une cérémonie, après confirmation de la réalité du dépot de plainte, lui ont enlevé sa faluche de manière provisoire dans l’attente de la décision judiciaire (donc d’ici 3-4 ans, à la vitesse de la justice sans moyen de notre pays) et lui ont demandé de ne plus paraître en événements faluchard, aussi bien apéro que week-end ou tout au moins de se faire discret.

Le faluchard incriminé a accepté les conditions, contrepartie normale de la discrétion quant aux faits, discrétion dont la nécessité ne faisait aucun doute dans l’esprit des personnes présentes.

Ce faluchard n’a pas respecté sa partie du contrat : Il sort en apéro, se pose en parrain possible et fait comme si de rien n’était. La grande question fut donc la réponse à apporter, afin de respecter aussi bien la présomption d’innocence qu’un principe de précaution visant à éviter qu’un éventuel individu dangereux fréquentes nos évenements.

Je ne parlerai absolument pas de la culpabilité. Nul ne connaît les tenants et aboutissants de l’affaire, même les personnes qui ont entendu les victimes déclarées ou l’auteur présumé, et nul ne peut donc présumer de l’innocence ou pas de ce jeune homme. Je me contenterai donc de donner uniquement mon avis général vis à vis de ce genre de faits qui, il ne faut pas rêver, se sont produits dans le passé et se reproduiront dans l’avenir, malheureusement.

Nous sommes ici devant un sujet complexe, où le rôle des émotions est très fort, ce qui obscurci toujours le jugement. Garder la tête froide est très important. Réagir avec ses émotions, c’est ouvrir la porte à des abus, des dérives, des jugements à l’emporte-pièce, voir à de réels lynchages virtuels ou réels. Il est donc indispensable de rester aussi neutre que possible, aussi détaché des émotions, ceci afin non seulement d’aider les victimes (même si celles-ci ne s’en rendent pas toujours compte, préférant qu’on les soutienne sans condition), mais aussi la personne incriminée, qui est peut être totalement innocente. 

Je vous citerai dans la suite de mon propos certains cas survenus en faluche, sans jamais citer de nom, bien sur.

Ne rêvons pas : le viol et l’agression sexuelle ont toujours eu lieu dans notre communauté, comme dans le reste de la population. Rassemblez des jeunes hommes, des jeunes femmes et de l’alcool en un seul et même lieu, et c’est non pas une incitation, mais une plus grande probabilité d’atteintes sexuelles. Mais il ne faut pas non plus sombrer dans la psychose et considérer que viol et agressions sont communs. Le fait que cette histoire nous agite prouve le caractère fort heureusement exceptionnels de ce genre d’affaire.

Bien, commençons par une séquence souvenir.

Je me souviens avoir vu, de mes yeux, quelqu’un lécher les seins d’une jeune femme alors ivre morte lors d’un week-end faluchard. Ceci est une agression sexuelle. De quel coté qu’on le tourne, même si la jeune femme n’en a pas de souvenir, c’est une agression sexuelle. Tripoter les parties génitales, même secondaires, de quelqu’un pendant qu’il est inconscient est une agression sexuelle.

Et je n’ai rien fait. Oui, j’étais présent, et je n’ai rien fait. Je n’en suis pas fier, je n’ai aucune excuse. J’étais moi aussi passablement saoul comme une barrique et je n’ai pas eu l’idée d’agir, bien que je me souvienne de ma gêne devant le spectacle.

Mais vous voulez savoir autre chose d’aussi choquant que mon inaction : cette agression a eu lieu devant une vingtaine de personne. Nous étions à la sortie d’une salle de danse, juste à coté du bar, et aucune n’a agit. Aucune ne pouvait imaginer qu’il s’agissait d’une agression sexuelle. Pourtant cela en était bien une. Aujourd’hui, je regrette cette inaction. Mais les regrets, c’est bien rigolo, mais ça n’efface pas les faits : nous avons été complices, par notre silence, d’une agression sexuelle.

Tout cela pour dire que quand j’entends certains parler d’un “retour” des histoires de viols ou d’agression en faluche, c’est soit qu’ils ont eu la chance de ne pas entendre parler de ces histoires à leur époque, soit qu’ils se voilent la face, soit qu’ils mentent.

Aujourd’hui, je pense qu’il est nécessaire, justement, d’en parler ouvertement.

J’ai récemment lu quelqu’un qui disait : “ cette discussion n’a rien à faire dans la faluche et cela ne nous regarde pas.” Je suis obligé de considérer la personne qui a dit cela soit comme un irresponsable, soit comme un complice. Je trouve cette réaction plus que préoccupante quant à la position de la personne vis à vis de ce qu’est la faluche. Il y a ici un souci de transmission des valeurs, et pas seulement par les anciens, mais aussi par les parents du jeune homme dans sa vie non falucharde.

Oui, cette histoire nous concerne tous autant que nous sommes. Faluchards encore actifs, étudiants ou dans la vie réelle, anciens ou nouveaux. Elle nous concerne car l’idée même d’esprit faluchard, avec ce qu’il implique de solidarité et de camaraderie, impose que nous nous protégions, et pas seulement en mettant une capote. Et ce n’est pas parce que nous travaillons, que nous sortons moins, que nous perdons cet esprit (tout le monde change), que nous devons rester passif quand ce genre de chose arrive sans que nul ne s’en offusque.

Quand un faluchard tombe ivre mort, tout le monde considère normal de le mettre en PLS. Mais il faudrait, quand une agression sexuelle ou un viol nous est connu que nous détournions le regard ? Quelle magnifique conception de la faluche !

Mais avant de donner encore plus mon avis, je vais quand même devoir préciser ce qu’est un viol, car quand je vois certaines réactions, je me demande si c’est très clair pour tout le monde. Apparemment, pour certains néandertaliens (ceci dit sans mépris aucun pour nos lointains cousins disparus) un viol c’est uniquement quand la fille se débat, crie “non non non” ou montre réellement un refus. Et bien ce n’est pas si simple.

D’abord du pur juridique :

Article 222-22 du Code Pénal :

Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise.

Article 222-27 du Code Pénal : les agressions sexuelles autres que le viol sont punies de cinq ans ’emprisonnement et 75 000 euros d’amendes.

Article 222-23 du Code Pénal :

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.

Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle.

 

Je précise donc pour les rachitiques du cerveau :

Demander à une jeune femme (ou un jeune homme) durant un baptême, de mettre le sexe de quelqu’un dans sa bouche est un viol. Même si il y a apparemment consentement, même si le propriétaire du pénis est son mec, il ne sera pas difficile de déterminer la contrainte morale. La pression du groupe, des soi-disant traditions sont suffisantes.

Avoir une relation sexuelle avec une femme ivre morte est un viol. On parlera ici de surprise. C’est pas compliqué d’attendre au matin pour qu’elle soit réveillée et être sure qu’elle soit consentante ! Vous êtes si frustré que vous ne pouvez pas vous retenir ? Une bonne branlette et ensuite dodo !

Se masturber et éjaculer sur le visage d’une femme terrifiée est une agression sexuelle. Ben oui, certaines n’aiment pas les éjacs faciales, surtout quand elles ont dit non à une relation sexuelle consentie avant.

Se relayer à trois pour faire boire quelqu’un afin que l’un des trois passe la nuit avec la personne est un viol. C’est plus difficile à prouver, mais on peut parler de contraintes. Et si vous ne voyez pas la différence entre « boire avec une jeune fille et avec laquelle, les inhibitions disparaissant, vous vous retrouvez à faire des galipettes » et « bourrer la gueule sciemment de la dite jeune fille pour lui bourrer le cul », c’est que vous avez de gros problèmes en terme de moralité. GHB ou Alcool, c’est du pareil au même. 

Ah oui ! Autre chose : Si vous (ou la victime) êtes sous l’influence de l’alcool ou de stupéfiants, c’est une circonstance aggravante. « J’étais bourré », ça ne fonctionne pas si c’est suivi de « donc je l’ai bourrée et elle était pas d’accord. » Et si il y a circonstance aggravante, le viol est puni de vingt ans, et non plus quinze et les agressions sexuelles de sept ans, et non plus cinq.

De même, c’est aggravant (donc 20 et sept ans) si l’infraction ou le crime est commis par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions. Un GM qui se permet donc de tripoter « entre ami », un ou une falucharde de sa filière commet un délit. Et non, « pouet pouet camion », quand la fille n’est pas consentante, ce n’est pas marrant : c’est un délit, pas une fille qui n’a pas d’humour. De nos jours, fort heureusement, la jeune fille met une grosse baffe au mec, mais ça n’enlève rien au caractère délictuel de « pouet pouet camion ».

Cher lecteur, je ne remet pas en doute ton intelligence, mais tu auras beau rationaliser autant que tu veux, te trouver des excuses comme tout bon délinquant sexuel (« Mais j’étais amoureux, monsieur le juge! » « J’avais trop bu, je sais pas ce qui m’a pris, je suis un tendre quand je suis pas saoul »), tu auras tort. Et à partir du moment où le consentement est altéré, la frontière entre l’amusement entre adulte consentant et l’atteinte sexuelle devient très flou.  

Par contre, voici un autre cas qui montre que l’on est dans une situation où rumeur et erreur étant courantes, il faut prendre des précautions.

Il y a quelques années, je reçois un coup de téléphone d’un faluchard affolé me disant qu’une jeune femme l’avait accusé de viol lors d’un we où j’avais également participé. Connaissant l’individu, dont les conquêtes féminines se comptaient sur les doigts d’un poulpe, j’étais un poil étonné, je l’ai donc rassuré. En plus, il avait passé une partie de la soirée à discuter avec moi. Il ne voyait même pas qui était son accusatrice. Maisn bon, l’alcool étant présent, il avait peur d’avoir fait un acte dont il n’aurait eu aucun souvenir. Quelques temps plus tard, il entends de nouveau parler de cette histoire, venant d’une autre personne, GM de son état. Par le plus grand des hasards, il a pu voir lors d’un apéro la victime présumée. Il est allé la voir, s’est présenté poliment, et elle ne l’a pas reconnue. Elle avait bien été agressée (pas violée, mais tripotée rudement) mais elle s’était trompée dans le surnom de son agresseur, accusant ainsi à tort mon infortuné camarade. Elle a eu l’intelligence et l’honnêteté de dire la vérité à tout le monde par la suite. Mon pote attends toujours les excuses de la GM qui a relaté l’histoire.  

Je ne reviendrai pas non plus sur cette histoire où un autre avait été accusé parce que sa partenaire n’avait pas voulu avouer à son copain qu’elle était consentante. Il y avait eu une plainte de déposée et fort heureusement les charges avaient été abandonnées, en raison du témoignages des autres personnes présentes dans la pièce qui les avaient entendues baiser comme des pécaris en rut, avec force rires et gémissements.

Mais revenons à notre affaire.

De tels actes ont toujours eu lieu, et contrairement aux avis des autruches, pénibles tartufes modernes, clamant « cachez ce viol que nous ne saurions voir », ils appellent une réponse. Et c’est cette réponse qui est le plus difficile à établir.

L’une des premières choses à éviter, c’est de mener l’enquête nous même. Dans notre pays, nous avons une institution formidable, appelée la Police Nationale. Elle est certainement plus apte que nous à démêler le vrai du faux. Que chacun fasse son métier !  

Déjà une petite précision : il ne faut pas demander aux présumées victimes de la fermer. Je ne parle pas de les laisser lancer des rumeurs ou autre, je parle de les inciter à ne pas faire de vagues et à laisser tomber. C’est ce qui s’est passé de trop nombreuses fois, malheureusement. Mais cette action doit, elle aussi, avoir un cadre précis : Il faut au contraire les inciter à porter plainte le plus vite possible.

J’insiste vraiment sur cette rapidité nécessaire. La justice de notre pays est lente, fautes des moyens adéquats, et entre un dépôt de plainte et les premières auditions des auteurs présumés, il peut se passer 6 mois à un an. Et oui, c’est ainsi. C’est inadmissible. Mais on a la justice que l’on mérite avec les moyens qu’on lui donne ! Donc plus la plainte est déposée tôt, et plus vite la lente machine judiciaire se met en marche.

Mais une fois cette froide machine lancée, une fois des vies placées sur la sellette, que faire, nous, faluchard ?  

Et bien là, je pense qu’il faudra en parler à la prochaine réunion des GM de l’anniversaire de la Faluche. Il y a des sujets bien plus important que de connaître la couleur du ruban de l’école d’apiculture supérieure de Lescheroux, et je pense qu’un tel sujet permettrai une tentative d’harmonisation des pratiques, et une condamnation claire, nette et précise des agresseurs et de ceux qui les ont couvert en connaissance de cause.

Voila par contre ce que, moi, Lonch’, je propose en tant qu’ancien sans aucune légitimité autre que le respect que j’ai gagné auprès de ceux qui me connaisse, et qui n’a rien à voir avec mon ancienneté. Je n’ai jamais réclamé le respect en tant qu’ancien, et n’ai aucune autre légitimité que ma parole. Alors me casser pas les burnes.  

Dans un premier temps, je pense qu’il est nécessaire que rien ne soit fait en faluche tant qu’une plainte n’est pas déposée. Il serait malheureux que des simples querelles de personnes débouchant sur des fausses accusations n’entachent le nom de quelqu’un. Quand une plainte est déposée, il y a un acte légal qui est accompli. La victime présumée témoigne de ce qui s’est passé selon elle. Elle engage sa parole. Elle se dresse et annonce « J’ai été violée ». Et l’agresseur présumé n’a pas à savoir le nom de son accusatrice, ce afin d’éviter pression de sa part ou de celle de ses amis. Ce nom lui sera dit par les autorités compétentes, c’est à dire la police ou le procureur. En attendant, ce n’est pas à nous, faluchard, de le lui dire.

Et c’est là que nous, en tant que faluchard, nous ne pouvons rester inactif.

Je pense qu’à titre conservatoire, la faluche de la personne accusée doit lui être retirée, en toute discrétion. Je pense aussi que cette personne se doit rester discrète. Libre à lui de continuer à voir ses amis (qui ne manqueront pas de clamer son innocence et de crier à l’injustice), mais il me paraît difficile qu’un danger potentiel soit laisser libre de nuire. Ça s’appelle le principe de précaution.

Cette idée existe d’ailleurs en droit pénal, sans que nul ne remette en cause la présomption d’innocence : pendant un contrôle judiciaire, le prévenu est souvent interdit d’aller à certains endroits, afin d’éviter une réitération des crimes ou délits.

La décision relèverai ici du Grand Maître assisté de ses grands chambellans ou de plusieurs anciens en cas de lacune des précités, afin d’éviter l’arbitraire. Cette décision se ferait après une confirmation de la plainte. Dans tous les cas, il doit y avoir concertation entre personnes neutres et aucune décision unilatérale et autocratique.

Et quand je parle de lacune, je parle, par exemple, de GM ayant conseillés aux présumés victimes de ne rien faire et de laisser tomber. Pour moi, c’est une faute grave de la part d’un GM, ainsi qu’une mauvaise comprehension de son rôle par celui ci. Un GM est au service de ses faluchard, il doit les protéger et les aider, il n’est pas un chef ou un dictateur.  

En cas d’innocence ou de non lieu, la faluche sera rendue publiquement, devant un maximum de faluchards. Et en cas de culpabilité, elle sera détruite de la même manière.

Il est, dans notre serment, une phrase qui dit que si nous manquons à notre parole, nous serons « couvert d’opprobre ». Ce dernier mot implique la publicité : le déshonneur doit être public. Mais il ne peut intervenir que lorsqu’une décision pénale définitive est intervenue. 

Mais plus que d’agir a posteriori (car nous n’aurons de réponses définitives que 4 ou 5 ans après) ne devrions nous pas réfléchir à agir a priori ?

Non parce que c’est bien joli de dire « le viol c’est pas bieeeeennn et ça fait mal au cul», mais si personne ne fait rien, continue de se bourrer la gueule, de se voiler la face, je vois pas réellement l’intérêt. Ne faut il pas se poser des simples questions ?

Pourquoi, par exemple, certaines victimes présumées vont voir des anciens plutôt que des GM en exercice ? N’y a t’il pas, ici, un gros souci de confiance ? Plutôt, d’ailleurs, que de critiquer les anciens qui soulèvent le lièvre, ne faudrait il pas que les GM actuels se demande pourquoi eux-même ne l’ont pas fait ? 

Si les GM se comportaient en GM, et non pas en petit chef soucieux de ne pas faire de vague, il y aurait déjà une amélioration. Je ne dis pas que tous le sont, mais quand des victimes présumées viennent leur en parler et qu’ils leur demande de la fermer, je pense qu’il y a un gros souci éthique. Pour moi, une fois la condamnation prononcée, on devrait également sanctionner ces indélicats (si la justice ne l’a pas déjà fait pour complicité.) soit en leur retirant leur croix, soit en leur infligeant un blâme bien visible.

Il n’y a pas grand chose à faire, en vérité, pour prévenir ce genre de chose, mis à part changer la nature humaine.

La seule chose est de diffuser au maximum cette idée : si vous êtes victimes de ce genre de faits, vous devez aller porter plainte au plus vite ; si vous êtes le confident ou le témoin de ces actes, vous devez inciter la victime à porter plainte au plus vite. Vous vous taisez, vous êtes un lâche ; vous dites à la victime de se taire, vous êtes complice. Réfléchissez : un violeur mérite t’il qu’on le protège ?

On le voit, le sujet est tout de même assez complexe. Chacun réagira en fonction de son ressenti, de ses liens avec les personnes impliquées. Certains condamneront ou excuseront, sans réfléchir, sans connaître tous les aspects. Certains expliqueront l’acte par le comportement des victimes, ou leur caractère. « Elle était bourrée et elle regrette, et maintenant elle l’accuse de viol, le pauvre. » C’est une phrase que l’on entends souvent dans la bouche des proches des auteurs d’agressions. Mais ça peut être pire : « Vu ta gueule, c’était ta seule chance de baiser », « En même temps, tu l’as cherché, tu l’as allumé toute la nuit ! » « De toute façon, c’est une mytho ».

Joie et misère de la nature humaine.

Mais l’auteur présumé aussi va en prendre plein la tronche : « j’ai toujours trouvé qu’il me regardait bizarrement. » « En même temps, vu sa gueule, y’a que comme ça qu’il peut choper. »

Les victimes vont souffrir car, comme toute communauté, certains vont les descendre et d’autres les croire sans fondement. Et l’auteur présumé sera logé exactement à la même enseigne que les victimes présumées.

Ne rêvons pas. Certains ou certaines auront ce genre de réaction. C’est pourquoi on ne peut pas, et on ne doit pas, se poser en juge ; c’est pourquoi il faut inciter les victimes au dépôt d’une plainte ; c’est pourquoi il ne faut pas régler l’affaire en interne, sans faire intervenir la police. C’est pourquoi une réaction de notre part ne peut avoir lieu qu’après le dépôt de plainte, pour des mesures provisoires, et après le jugement, pour des mesures définitives.

Une fois condamné ou acquitté, ou non lieu, les choses sont simples et sans aucune demi mesure. Elle sont clairement et totalement simples : Couvert d’opprobre ou innocenté ; Banni à vie, faluche brûlée, ou accepté et accueilli de nouveau. En faluche, il n’y a pas de réhabilitation.  

Lonch’ finit son discours en hurlant, à poil, et en tenant au dessus de son auditoire terrifié une peluche verte en forme de Cthulhu. La petite chose sinople dardait ses tentacules pelucheuses vers le public en les regardant d’un œil torve.

« Bon, j’ai soif… J’espère qu’un de ces peignes-cul a pensé à la bibine ! Z’avez écouté et compris ?»

« Euh… Je crois… Tu nous a dit ça pour qu’on se bouge le fion, qu’on pose des règles, qu’on fasse le ménage et que plus aucune histoire comme ça ne soit enterrées par des GM plus à la recherche de popularité que de remplir leur rôle ? »

« Putain, j’hallucine, y’en a un qui suit… Et quoi d’autre ? »

« Et je suppose, parce que tu n’en causes pas, que la filière ou l’ancienneté ne sont pas des critères quand il faut sévir. »

« voilà ! Tu savais qu’un jour, un GM avait dit à une fille qui venait lui parler d’une agression qu’elle avait subi que comme l’agresseur n’était pas dans sa filière, il ne pouvait rien faire ? »

« C’est complètement con ! »

« On est d’accord… Et tu savais que ce même GM lui a ajouté « en plus, c’est un ancien, donc c’est difficile… », juste après ? »

« Mais c’est qui cet abruti ? Ancien ou pas, quand on fait un crime ou un délit, n’importe qui peut agir ! Et c’est pas compliqué de prendre la nana par la main pour l’accompagner chez les condés !»

« Et ouais… Agir en faluche, on le fait, mais APRES avoir agi en dehors de la faluche. On est pas un milieu fermé, il faut qu’on respecte les lois !.

« C’est un minimum ».

« Et agir en faluche, ce n’est pas une question de filière ou de ville. N’importe quel GM, n’importe quel ancien peut agir avec d’autres pour poser un cadre. C’est ce qu’on avait fait dans le passé dans une ville que je ne citerai pas, suite à une agression sexuelle. Tous les GM présents lors du congrès ont agi, et l’individu a été totalement exclu, sauf malheureusement dans sa ville et section d’origine, dont le groupe l’a protégé. Fort heureusement, il n’a jamais eu ce comportement dans cette ville. »

« Moi je lui aurait pété la tronche. Il a été condamné ?»

« non, les gens de la ville du gars ont fait pression sur la fille pour ne pas qu’il y ait de plainte, en contrepartie de cette exclusion nationale de l’individu. Exclusion qu’il a d’ailleurs respectée, ce qu’on ne peut pas dire de tout le monde. »

« En même temps, on m’accuse d’un truc comme ça, j’aurai pas envie de faire profil bas. J’aurai envie de me défendre.»

« C’est certain ! Mais il y a se défendre et se défendre. Tu as la méthode DSK, ‘Je suis innocent et l’enquête le montrera’, et la méthode crétin des alpages ‘Vous vous repentirez de m’avoir attaqué, ma vengeance sera terriiiiible, mouahahahahaah !!’

« La deuxième méthode fonctionne ? »

« Non, elle montre la bêtise, pas une attitude responsable. Mais bon, la connerie humaine n’a aucune limite. » Lonch’ regarda distraitement la demoiselle qui lui posait les question, posa sa peluche Cthulhu dans son décolleté, et repris la parole : « Au fait, je peux te toucher les lolos, gamine ? », puis se tournant vers le jeune homme. « Tu vois, je demande, je suis poli ! » 

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