Toulouse – une communauté

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Les privilèges de l’université

  1. L’université de Toulouse obtient du pape Grégoire IX, en 1233, tes mêmes privilèges que celle de Paris, confirmés ou étendus ensuite par les rois de France. Parmi les principaux figurent le privilège pour les maîtres, étudiants et officiers d’être jugés par les tribunaux ecclésiastiques et non laïques, un certain nombre d’exemptions fiscales que l’université cherche à étendre, et des privilèges honorifiques (comme les préséances] auxquels on accorde une grande importance. L’université de Toulouse n’a de cesse, à la fin du

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    Moyen Âge et à l’époque moderne, de défendre ou d’étendre ces privilèges contre les différents pouvoirs et surtout contre l’autorité municipale.

     

    78 Lettres patentes de Charles VIII confirmant les privilèges de l’université de Toulouse, 1483. Dans un recueil de textes sur ses privilèges imprimé en 1703 à la demande de l’université de Toulouse (mention manuscrite du secrétaire). BUA, SCDT1, Resp 39414

     

    Le costume professoral

  2. Au Moyen Âge, les professeurs des universités portent un costume particulier Au départ, chaque université pouvait choisir le sien, avec cependant des constantes : robe longue,

    chape, chaperon, bonnet. Les couleurs varient selon les facultés : à Toulouse, à partir du XIVe siècle, c’est le noir pour la faculté des Arts et le rouge pour le Droit, la Médecine et la Théologie. Au XVIIe siècle, le costume prend sa forme quasi définitive mais à Toulouse il reste proche du modèle médiéval : robe noire à manches longues, chape et chaperons rouges, alors que dans d’autres universités le chaperon est remplacé par l’épitoge (bande de tissu portée sur fa toge). En 1804 pour les écoles spéciales, puis en 1808 pour l’université, Napoléon impose et unifie le costume universitaire (costume de cérémonie et petit costume). Les différentes disciplines sont individualisées par des couleurs particulières : rouge écarlate pour les juristes, rouge cramoisi pour les médecins, amarante pour les scientifiques, jonquille pour les littéraires, violet pour les théologiens, rouge saumon pour les pharmaciens, noir et violet pour le recteur. L’usage de ces costumes devient moins fréquent au XXe siècle.

     

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    79 Robe de professeur de Lettres. Fin du XXe siècle. UT2

    Le vêtement des étudiants

  3. Les étudiants sont au Moyen Âge assimilés à des clercs et doivent donc porter la robe longue. Les statuts de 1407 règlementent minutieusement le costume que les étudiants doivent porter sous peine d’excommunication et d’impossibilité d’obtenir leurs grades. L’usage d’un vêtement spécifique pour les étudiants subsiste au XVIe siècle puis se perd peu à peu (cf. ill. 39).

     

  4. Le Code universitaire du XIXe siècle ne réglemente pas l’habillement des étudiants. Mais les conventions exigent jusqu’en mai 1968 une tenue respectable, sans particularisme, à l’exception de certaines cérémonies festives. Les étudiants en médecine se distinguent avec le port de la blouse. À la fin du XIXe siècle apparaît la faluche, large béret noir adopté par les étudiants comme signe distinctif, porté pour la première fois en 1888 par les représentants de l’association générale des Étudiants de France aux fêtes des 800 ans de l’université de Bologne. Interdite pendant l’Occupation, elle connaît un certain renouveau éphémère en 1945, surtout en droit et en médecine.

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    1. Photographie de groupe d’étudiants en 1re année de la faculté de Médecine de Toulouse, 1918. L’un des étudiants porte la faluche.

      AMT 9Fi4191

       

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    2. Photographie de groupe d’étudiants en 2e année de la faculté de Droit de Toulouse, 1931-1932. Carte photo.

      AMT 9Fi5886

       

      Les fêtes et cérémonies

  5. La vie universitaire, à Toulouse comme ailleurs, est ponctuée au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime par de nombreuses fêtes, processions, messes, liées aux événements de l’université (élection du recteur, rentrée, obsèques, examens) ou aux fêtes religieuses, qui absorbent une grande partie du budget de l’université. Les bedeaux jouent le rôle de maîtres de cérémonie et le protocole doit être respecté. Les messes sont particulièrement nombreuses au Moyen Âge à Toulouse : messes quotidiennes, messes pour la sainte- Catherine et la saint-Nicolas auxquelles tous les maîtres et étudiants sont tenus d’assister, messe de la saint-Hilaire (pour le repos de tous les membres de l’université décédés dans l’année), etc. Les examens sont l’objet de réjouissances fort coûteuses, que les statuts tentent de réglementer.

  6. Au XIXe siècle, l’université conserve un goût marqué pour les cérémonies : inaugurations, anniversaires, rentrées solennelles des facultés ou de l’université, décès. Des messes sont également célébrées pour la rentrée universitaire, de façon officielle ou non selon les périodes. Ces traditions perdurent d’une certaine façon au XXe siècle.

     

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    1. Réglementation des fêtes avec trompettes et tambours dans l’université de Toulouse. Statuts de 1328 (copie du XVe siècle).

      BUA, SCDT1 Ms 1 fo 54

       

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    2. Inauguration du monument en l’honneur de Maurice Hauriou à l’université de Droit de Toulouse. Photographie,1931.

      UT1

       

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    3. Publicité pour un monôme « Droit PCN » dans : L’écho des étudiants de Toulouse, 6e année. No 43, janvier 1932.

    BUA, SCDT1 86866

     

    Des nations aux syndicats étudiants

     

    • Les nations

  7. Au Moyen Âge, les étudiants se regroupent selon leurs origines dans des sortes d’associations appelées « nations ». À Toulouse, elles n’ont pas d’existence légale, contrairement à d’autres villes comme Paris où elles sont associées au fonctionnement de l’université. Dirigées par un prieur élu chaque année, elles entretiennent la solidarité des étudiants par l’organisation de banquets, fêtes patronales, etc. Cette solidarité dégénère souvent en bagarres contre les autres nations, et à Toulouse, c’est surtout pas ce biais qu’elles apparaissent dans les archives, en dehors du manuscrit Liber nationis provinciae provinciarum, sorte de journal des étudiants provençaux à l’université de Toulouse tenu

    1558-1630, édité en 1965, mais aujourd’hui non localisé. L’un des incidents les plus graves se déroule en 1540, entre la nation des Espagnols et celle des « Français » et des

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    « Gascons » : il se traduit par la mort d’un Espagnol, une répression du parlement qui provoque en réaction l’incendie par les étudiants des salles de cours des professeurs de droit Jean de Coras et Arnaud du Ferrier. Les autorités ont beau multiplier les interdictions des nations au cours des XVIe, celles-ci perdurent jusque la mi-XVIIe siècle.

     

    1. Document manuscrit sur la bagarre mortelle entre la nation des Gascons et celle des Espagnols, 1540.

      ADHG, 16 D 29

       

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    2. Signature de Jean de Coras au bas de sa relation de l’incendie de ses salles de cours en 1540, conséquence des bagarres entre nations. Registre parchemin.

    BUA, SCDT1, Ms 1 fo 181

     

    Des nations aux syndicats étudiants

     

    • Les associations étudiantes

  8. Avant les années 1880, les associations étudiantes sont interdites. Les cercles catholiques sont les seules organisations qui réussissent à regrouper les étudiants (en petit nombre) de façon relativement durable, comme la conférence toulousaine de la Société Saint-Vincent de Paul. Elles se multiplient ensuite en France avec le soutien du parti républicain, à condition de répondre à trois critères : solidarité universitaire (inter-facultés), solidarité sociale, solidarité internationale. À Toulouse, la création de l’AGET (association générale des Étudiants de Toulouse) veut se placer dans ce cadre. Elle naît en 1886 et, après des débuts modestes, elle est réorganisée et compte 500 membres en 1895, à qui elle offre un local avec bibliothèque, salles de musique, de sport, des consultations médicales gratuites et des réductions diverses. De nombreux bals et réjouissances sont organisés, parfois à but charitable. Elle publie dans les années 1890 une revue mensuelle et un Guide de l’étudiant.

    En 1907, elle s’affilie à l’union nationale des associations générales d’Étudiants de France (UNAGEF) qui devient rapidement l’UNEF (union nationale des Étudiants de France). Déclinante à la fin du siècle et au début du XXe siècle (100 membres pour 2600 étudiants en 1913), elle doit bientôt faire face à la concurrence de nombreuses autres associations, comme notamment l’association des Étudiantes de Toulouse qui gère ta Maison des étudiantes, ou des associations plus « spécialisées » : associations d’étudiants étrangers, associations regroupant les étudiants par discipline, associations culturelles ou sportives, etc. L’action de l’AGET devient plus revendicative au cours du XXe siècle et elle retrouve une audience importante à partir des années 30 (1 400 membres en 1931). Elle devient par la suite l’AGET-UNEF. Les associations étudiantes se politisent : syndicats étudiants comme l’AGET-UNEF, l’union syndicale des Étudiants, proche de la CGT ou la FET, affiliée à la Fédération nationale des étudiants de France ; groupuscules d’extrême gauche ou d’extrême droite.

     

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    1. Photographie de la bannière sous laquelle l’association générale des Étudiants de Toulouse était rassemblée lors des cérémonies officielles du 600e anniversaire de l’université de Montpellier en 1890.

      ATT, Boîte 43

       

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    2. Facture adressée à l’association des Étudiantes. 1925. AUT1 3P14

  9. Certains étudiants forment également des groupes au sein des partis politiques à partir de la fin du XIXe siècle et surtout après la Libération, mais ils n’ont jamais été très nombreux à Toulouse. Quoi qu’il en soit, la politique proprement dite n’a théoriquement pas droit de cité au sein de l’université jusqu’aux dernières décennies du XXe siècle.

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  1. Partition de la chorale des étudiants : « Pavane à 4 voix ». 1912.

    ADHG 3807 W165

     

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  2. Tract du parti communiste et protestation des étudiants RPF, 8 juin 1951.

Source: https://books.openedition.org/pumi/20917

ET TOULOUSE POUR APPRENDRE

Sept siècles d’histoire de l’université de Toulouse 1229-1969

 
 

« Paris pour voir; Lyon pour avoir, Bordeaux pour dispendre /dépenser/ et Toulouse pour apprendre ! ». Ce proverbe du xvie siècle illustre à merveille la renommée de l’université de Toulouse, l’une des plus anciennes d’Europe. Créée par le traité de Paris en 1229, supprimée en 1793, éclatée en facultés distinctes au xixe siècle, elle retrouve son identité juridique en 1896 jusqu’à la constitution d’universités distinctes en 1969.

Cet ouvrage – qui a accompagné une exposition présentée à Toulouse de novembre 2010 à janvier 2011 – se propose de retracer la longue et riche histoire de cette institution. La vie universitaire, marquée par l’enseignement et la recherche, mais aussi par les rites et cérémonies propres à toute communauté, y occupe une place de choix. Il s’agit de mettre en lumière la place particulière de l’université au sein de la ville, dynamisée – mais parfois aussi perturbée – par la présence des enseignants et des étudiants. Le parcours s’achève avec un rappel de la longue tradition d’accueil et d’ouverture sur le monde de l’université de Toulouse, et par la présentation de trente grandes figures, connues ou méconnues, qui ont marqué son histoire.

Adossé au travail d’une dizaine de chercheurs d’horizons disciplinaires variés, cet ouvrage donne à voir près de deux cents documents originaux conservés dans des collections publiques ou privées.

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