HISTOIRE DES ASSOCIATIONS ETUDIANTES FRANÇAISES selon la FAGE

I – 1907-1939, LA PERIODE DITE  » CORPORATIVE « 

1) Naissance des A.G.E. et de l’U.N.E.F.

Cette partie est extraite du Cahier du G.E.R.M.E. (Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Mouvements Etudiants) spécial n°3 (Engagements) de janvier 1998. Elle a principalement été rédigée par Alain Monchablon.

C’est vers 1880 qu’apparurent en France les premières Associations Générales d’Etudiants (A.G.E.) : Nancy 1877, Lille 1881, Paris 1884, Caen et Toulouse 1887, Nantes et Dijon 1888, Montpellier 1889…

A Nancy, ce sont des étudiants alsaciens-lorrains, qui avaient opté pour la France à l’issue du conflit de 1870, qui fondent l’A.G.E.. Celle-ci reçut l’agrément préfectoral en mai 1878 puis en 1880 le soutien du Ministre de l’Instruction Publique Paul Bert qui souhaita la généralisation de l’entreprise. C’est un étudiant de Nancy qui eut l’initiative de créer l’Union des Facultés de L’Etat à Lille en 1881.

Toutefois, un décret de 1820 interdisait à priori la constitution de tout groupement d’étudiants. En 1883, suite à une consultation des Facultés et des Conseils Académiques, le Ministère de l’Instruction Publique décidait de ne pas le renouveler, et de le remplacer par un nouveau et plus souple régime disciplinaire des établissements d’enseignement supérieur.

Dès lors, le Ministère et les réformateurs de l’Université feront tout pour favoriser l’émergence de nouvelles A.G.E. dans les villes qui en étaient encore dépourvues. A cette époque, les professeurs commençaient également à se regrouper en organisations, les étudiants devaient faire de même,  » tandis que les régimes précédents avaient cherché à maintenir les étudiants dans le carcan des influences familiales et locales, les républicains désiraient couper ces liens conservateurs qui leur paraissaient être une entrave à l’Etat nouveau.  » De plus, une influence non négligeable est celle des groupements d’étudiants allemands, hyper structurés et encourageant une intense sociabilité (même si certains aspects comme les duels entre étudiants ne furent pas imités).

En 1891, toutes les villes de Faculté disposent d’associations générales d’étudiants, appellation qui se répand et se généralise. Les A.G.E. fonctionnent alors déjà sur le principe démocratique ; elles sont ouvertes à tout étudiant moyennant une cotisation faible et fonctionnent sur le mode de l’élection.

Les A.G.E. se donnent, et ceci dès leur fondation, des statuts mettant l’accent sur le refus des discussions politiques et religieuses.  » Ce silence, qui pourrait s’interpréter comme une prudence, est sans doute au contraire une innovation audacieuse : brisant les divisions confessionnelles et politiques au sein des classes dirigeantes, il mène en fait à y acclimater l’idée républicaine par la pratique d’une sociabilité aux tournures démocratiques, et d’où le contenu religieux serait évacué, car  » c’est dans ces petites sociétés qu’on fait l’apprentissage de la vie réelle « . Par exemple à l’A.G.E.Alger, qui  » condamnait seulement la politique partisane qui divise les étudiants. Mais elle prônait une politique nationale censée les rapprocher dans un même consensus. En tant qu’Association Générale, elle avait mission de défendre leurs intérêts communs auprès de l’administration et du gouvernement. En tant qu’association d’étudiants français, elle entendait les réunir sans distinction d’origine dans les mêmes  » sentiments d’honneur et de patriotisme  » (article 1 des statuts). Patriotisme qui justifiait un engagement si naturel que son caractère politique se laissait oublier !  » Cette analyse doit donc relativiser la volonté d’apolitisme des associations étudiantes à cette époque.

C’est seulement au cours d’un Congrès tenu à Lille le 4 mai 1907, que les A.G.E. décidèrent de se fédérer pour former « l’Union Nationale des Associations Générales d’Etudiants de France », communément appelée U.N.E.F.. La France Pourtant la naissance de l’U.N.E.F. aura été laborieuse et son cheminement tortueux : les A.G.E. qui la constituent alors ont toutes trente ans d’âge en 1907, et souvent pignon sur rue, en particulier la plus importante d’ente elles,  » l’A. de Paris « . Alors, pourquoi ce décalage, quand les premiers projets d’une fédération nationale des étudiants datent de 1887, et sont suivis de nombreuses autres tentatives ? C’est que les pères de la IIIème république qui veillèrent sur les premiers pas des associations étudiantes les avaient conçues comme des lieux de sociabilité intellectuelle locale, non comme les éléments d’une organisation nationale, tôt ou tard vouée à la revendication. Aussi, pendant longtemps n’ont-ils pas encouragé l’Union Nationale.

Le résultat, relativement paradoxal est qu’au début du siècle existent des associations locales dans toutes les villes universitaires, une assez fantomatique union internationale (c’est à dire européenne) des étudiants, dite Corda Frates, mais pas d’associations nationale (dont le congrès de 1888 se tenait à Bologne à l’occasion du 8ème centenaire de la création de l’Université…). La création de l’U.N.E.F. va combler ce vide, mais d’une manière accidentelle, et qui révèle le rôle persistant du monde politique et universitaire dans la tentative de façonner le mouvement étudiant.

A Marseille en 1906 se tient en effet, à l’ombre de l’Exposition Coloniale, un congrès international d’étudiants. Le but est de réformer la Corda Frates, jugée inefficace et encombrée d’éternels anciens étudiants. Mais rapidement le congrès dévie de son objectif initial et jette les bases d’une purement française Union Nationale des Associations d’Etudiants. Les délégués de Lille sont chargés de parachever le projet et de le faire adopter à un congrès convoqué pour 1907. Or l’initiative de ce changement d’orientation semble revenir à un non étudiant, notaire de l’Université de Lille et bien introduit dans les milieux universitaires. A une époque où les milieux dirigeants s’inquiètent de la condition estudiantine au point de patronner une Ligue pour le Bien des Etudiants, il a été chargé par le ministre d’une mission en Allemagne pour étudier les œuvres créées dans les Universités allemandes pour l’amélioration de la condition matérielle et morale des étudiants ou anciens étudiants, afin d’en proposer une transposition en France. Il en est venu à l’idée que ces œuvres ne sauraient exister sans le support des associations d’étudiants et obtint apparemment l’accord du Ministre..

Ce sont pourtant de mesquines rivalités entre responsables étudiants qui limitent l’importance du congrès de 1907 : le Président de l’importante Association de Paris, César Campinchi (futur ministre radical) en conditionne l’adhésion à l’assurance que le siège de l’Union serait à Paris, la moitié des mandats dévolue à l’association parisienne, et la présidence assurée par lui-même. Le refus qu’il essuie provoque le retrait des parisiens et d’autres associations. Il faudra attendre 1909 pour que l’Association parisienne avec d’autres intègre l’U.N.E.F., devenue alors vraiment représentative.

Les buts que se donne l’Union Nationale sont de développer l’esprit d’association et de camaraderie chez les étudiants, de présenter aux pouvoirs publics les revendications du milieu, et de créer et propager les œuvres pouvant améliorer la situation matérielle des étudiants. Comme les A.G.E., l’U.N.E.F. ne pouvait dès lors que rencontrer les choix politiques sur son chemin. Au delà de l’apolitisme affirmé pas ses statuts, elle se montre républicaine et patriote. Une union rivale tente de se monter avec l’Action Française pour  » les étudiants vraiment français « . En 1913, l’U.N.E.F. ne remettra pas en cause la loi militaire  » des Trois Ans  » (de service), se bornant à demander des aménagements pour les conscrits étudiants.

Tiraillé politiquement, le mouvement étudiant est également hésitant sur ses fonctions : est-il partie intégrante de l’Université qu’il doit respecter, apportant aux étudiants des avantages matériels et un élargissement culturel, ce qui est la vocation des A.G.E. ? Ou se situe-t-il à l’extérieur, revendiquant, au besoin violemment, contre les règlements et examens universitaires comme le font des associations  » corporatives  » qui viennent de se créer, et dont certaines sont intégrées à l’U.N.E.F. (Pharmacie,…).

D’emblée, le mouvement naissant se trouve au cœur des querelles politiques et des interrogations sur sa fonction dans la société.

 

2) L’U.N.E.F. de l’entre-deux-guerres

Cette partie est extraite du Cahier du G.E.R.M.E. (Groupement d’Etudes et de Recherches sur les Mouvements Etudiants) spécial n°3 (Engagements) de janvier 1998. Elle a été rédigée par Didier Fischer.

L’U.N.E.F., née des Associations Générales d’Etudiants qui se sont constituées à la fin du XIXème siècle est, dans l’entre-deux-guerres une organisation dynamique. Elle a su s’adapter à l’évolution du milieu universitaire et a développé, au bénéfice des étudiants, tout un réseau d’entraide, de secours et de services. Aussi occupe-t-elle dans le paysage estudiantin de l’après-guerre une place particulière. La plus représentative des organisations étudiantes de cette époque s’inscrit de fait dans une trajectoire sociale et civique de premier plan. Elle est un lieu, par l’intermédiaire de plus d’une trentaine d’A.G.E., où les adhérents en augmentation constante sur la période vivent, débattent, organisent, réalisent, se divertissent. Elle encadre et forme une jeunesse soucieuse de participer aux responsabilités universitaires. Elle recèle aussi une part de cette culture étudiante et favorise souvent l’intégration du nouveau venu au monde universitaire. Concurrencée par les organisations de jeunesse des principaux partis politiques, elle s’en démarque par sa profession d’apolitisme et son souci affiché de limiter son action aux questions étudiantes. Il serait toutefois inexact de considérer l’U.N.E.F. comme exclue du champ politique de l’entre-deux-guerres. L’organisation étudiante a, dans ce domaine aussi, épousé son temps.

 

a) L’U.N.E.F. et le milieu étudiant

– Une organisation en plein essor

L’U.N.E.F., qui voit le jour au congrès des Associations générales d’étudiants de Lille en 1907, connaît dans l’entre?deux?guerres un véritable essor. Comme toutes les A.G.E. qui la composent, elle est régie par la loi sur les associations de 1901, et non par celle sur les syndicats de 1884. Ce choix reflète assez bien ses origines et surtout les buts qu’elle s’assigne. Il ne s’agit pas de faire de l’U.N.E.F. un lieu de contestation de la société ou même de défense des étudiants. Elle reprend en fait l’esprit des A.G.E. : celui de cercle où l’on développe la camaraderie, où l’on perpétue certaines traditions estudiantines (commémorations, monômes, bals), où l’on peut trouver revues et livres et dont l’adhésion procure certains avantages matériels (réductions chez les commerçants…). Pourtant, la Première guerre mondiale accélère une évolution vers la prise en compte de la dimension sociale de l’action des A.G.E.. L’U.N.E.F. se lance alors dans des réalisations d’envergure comme la construction et la gestion du sanatorium de Saint?Hilaire du Touvet. Elle mène campagne pour l’octroi aux étudiants de prêts d’honneur, et pose à partir de 1924 les premiers jalons d’une revendication d’allocution d’études. Si les A.G.E. peuvent dans certains cas faire figure de sociétés de secours mutuel, elles semblent demeurer fidèles, tout au moins dans leur affirmation, aux principes de leurs origines et se définissent elles?mêmes comme des organisations corporatives dégagées de tout caractère politique et confessionnel.

Ces années de l’entre-deux-guerres confirment l’implantation de l’U.N.E.F. dans le monde étudiant. Une trentaine d’A.G.E. existent à la fin des années trente. Affiliées à l’Union nationale, elles n’en sont pas moins jalouses de leur indépendance et les relations qu’elles entretiennent avec le bureau national sont souvent conflictuelles. Il fallut en fait beaucoup de tact, de patience, de crises aussi pour que l’U.N.E.F. finisse par s’imposer comme la représentante à l’échelon national et international des étudiants réunis en A.G.E.. Cette histoire reste encore à faire.

Toujours est-il que le nombre d’adhérents augmente régulièrement dans l’entre?deux?guerres. Au milieu des années vingt, l’U.N.E.F. revendique près de trente mille membres. En mars 1932, elle en annonce plus de 40000. Il est tout de même permis de douter. La surestimation pour des raisons de propagande est évidente En reprenant les comptes rendus des congrès U.N.E.F. de l’entre?deux?guerres, et plus particulièrement les rapports sur la vérification des pouvoirs, nous pouvons avancer l’estimation suivante : en 1925, le nombre des adhérents ne devait pas dépasser les 10000, il atteignait probablement les 16000 en 1935, et devait légèrement dépasser les 21000 en 1939.

Même si nous revoyons ses effectifs à la baisse, l’U.N.E.F. est l’organisation étudiante qui draine, et de loin, le plus d’étudiants entre 1919 et 1939. Elle est donc solidement implantée en milieu universitaire et son essor ne semble pas contestable. En fait, cet essor s’appuie sur l’évolution du milieu étudiant de l’entre?deux?guerres.

 

– La transformation du milieu

Le choc de la Première guerre mondiale et la crise des années trente semblent avoir eu des conséquences importantes sur le monde étudiant. Doit?on s’arrêter pour autant à ces seuls facteurs exogènes pour rendre compte de l’évolution du milieu ? En fait la prise en compte de facteurs endogènes rarement soulignés l’éclaire d’un jour nouveau.

De profondes transformations s’amorcent donc qui touchent aux rites et pratiques de la vie étudiante, et posent souvent avec acuité la question sociale.

La faluche, le monôme et le bal constituaient depuis la fin des années 1880 les attributs de la distinction estudiantine.

Véritables institutions d’un monde tourné vers les plaisirs, ces manifestations sont largement celles d’une jeunesse de bonne famille où la pauvreté était rare. Fils de médecin, de pharmacien, d’avocat, de grands bourgeois, les étudiants fin de siècle étaient des héritiers volontiers provocateurs, aimant souvent en découdre avec les forces de l’ordre, mais qui ne perdaient jamais de vue qu’ils appartenaient à une élite privilégiée et protégée.

Après la Première guerre mondiale, toutes ces certitudes sont remises en question. Les journaux des A.G.E. de France témoigneraient de cette évolution. Leurs rédacteurs remarquent unanimes, en faisant référence à un prétendu âge d’or, que les traditions disparaissent. On peut y lire que le port de la faluche est en recul, que les monômes sont moins joyeux qu’auparavant et que les étudiants s’y retrouvent moins nombreux. Les bals se maintiennent néanmoins mais ils seraient souvent plus calmes. A Rennes en 1938, Jean Loïc peut écrire à propos du bal de l’A.G.E., qui a lieu tous les ans au mois de janvier :  » Dieu sait cependant si notre soirée a été calme et presque cérémonieuse. Rien que des figures sereines et gravement souriantes émergeant de plastrons immaculés ou de l’échancrure audacieuse ou délicate des plus jolies robes.  » S’il ne faut pas accorder plus d’importance à ce type de témoignages qu’ils n’en ont, dans la mesure où cette tradition invoquée est largement une construction a posteriori, ils n’en traduisent pas moins un réel malaise en milieu étudiant.

En fait, ce que craignent bien des responsables étudiants, dont quelques uns sont très proches de l’Action française, c’est la perte d’une identité étudiante qui reposerait sur la visibilité sociale. L’étudiant en ne portant plus sa faluche, en ne se rendant plus au monôme, se fond dans la masse des jeunes. Il offre pour nos rédacteurs  » le triste spectacle de bourgeois allant aux facultés « . Il perd son caractère élitaire que toute une tradition estudiantine avait jusque là développé.

L’intégration de l’étudiant à la nation, thème qui apparaît dans les années trente et qui fut repris par le syndicalisme étudiant issu du congrès de Grenoble en 1946, s’accompagne inévitablement d’un dépouillement des attributs distinctifs et  » traditionnel  » du milieu.

La loi du nombre et l’amorce d’une démocratisation du milieu participent aussi de cette évolution. En effet, les années de l’entre?deux?guerres voient une augmentation relativement forte du nombre des étudiants. Si ce phénomène ne prend pas les proportions des années soixante, il mérite quand même notre attention. Entre 1919 et 1939, le nombre des étudiants a plus que doublé en France sous l’effet d’un double mouvement : le rallongement des cursus universitaires pour améliorer les formations et les progrès de la scolarisation supérieure qui touche de plus en plus les classes moyennes de la société. Ainsi passe?t?on selon les statistiques du Ministère de l’Instruction publique de 42 000 étudiants à plus de 90 000 à la veille de la Seconde guerre mondiale.

Si les progrès de la scolarisation témoignent de l’amorce d’une démocratisation dans l’Université française, puisqu’en 1939 les classes moyennes dominent statistiquement avec plus de 40% des effectifs, il n’en demeure pas moins que cette augmentation du nombre des étudiants apparaît tout autant liée à la féminisation. C’est dans cette période que les jeunes filles ont entrepris la conquête du monde étudiant. Elles étaient 624 en 1900, 3884 en 1921, 30695 en 1938. Ce qui apparaît comme une progression inexorable ne se fit pas sans mal. La présence des femmes soulevait dans un milieu traditionnellement masculin un certain nombre de questions. Comment les intégrer aux différents rituels étudiants souvent paillards et sexuellement connotés ? Fallait?il encore les accueillir dans les A.G.E. ou créer des structures spéciales où elles pourraient s’exprimer ? En fait, ce ne sont là que de faux problèmes qui masquent souvent la crainte de voir les positions acquises par les hommes remises en question par cette poussée féminine, pour ne pas dire féministe. L’U.N.E.F. créa une vice?présidence féminine au bureau national. C’était ainsi la garantie de ne pas avoir deux femmes ou plus à la tête de I’organisation étudiante. Mais les femmes furent plus difficilement acceptées par les professeurs que par les étudiants. En 1930, Gustave Cohen, professeur à la faculté des lettres de Paris considère que  » la plus grande révolution depuis la guerre « , c’est  » l’invasion de l’Université par les femmes « , et se demande avec inquiétude  » si, après avoir été jadis, nos maîtresses, elles ne vont pas devenir nos maîtres « .

Toujours est-il, bien des facultés commencent à éprouver des difficultés pour accueillir tout le monde. Les amphithéâtres regorgent d’étudiants et d’étudiantes. Le phénomène est particulièrement sensible à Paris qui concentre 45% des étudiants de France. Cette répartition géographique n’est d’ailleurs pas sans conséquence puisqu’un bon tiers des étudiants parisiens viennent de province. Ceux?ci sont de ce fait souvent aux prises avec des difficultés importantes : isolement familial, problème de logement ressources modestes.

Un tournant est assurément pris dans l’entre-deux-guerres qui révèle, par la même occasion, des évolutions sociales. Ainsi, dès les années vingt au mythe de l’étudiant joyeux drille et portant faluche, pilier des maisons closes, chahuteur invétéré mais socialement favorisé, succède donc celui de l’étudiant pauvre et étriqué dans son petit costume, préoccupé par son avenir à en perdre sa joie de vivre.

Sans vouloir dresser un tableau sombre de la situation étudiante de cette époque, il faut néanmoins se rendre à l’évidence : les difficultés matérielles, les questions de santé, les problèmes d’orientation et de débouchés reviennent souvent dans le discours étudiant de l’entre?deux-guerres.

Du pauvre étudiant à la François Villon, on passe dans un glissement sémantique des plus intéressant à  » l’étudiant pauvre « . La Première guerre mondiale et la crise des années trente prirent donc une part non négligeable dans cette évolution.

La Grande Guerre a accéléré sur les bancs de l’Université une véritable prise de conscience. Le milieu étudiant a payé un lourd tribut à la victoire. Au début des années vingt de nombreux anciens combattants trouvent ou retrouvent le chemin des études. Beaucoup d’entre?eux ont à cœur de développer, par le biais des A.G.E., un esprit revendicatif et corporatif. Il ne faut pas que le sacrifice de leurs camarades, dont ils entretiennent fidèlement le souvenir, ait été inutile. Dix ans plus tard, au début des années trente, la crise économique qui touche la France pose entre autres le délicat problème du chômage intellectuel, et alimente une certaine effervescence politique dans le milieu étudiant.

Aussi, entre 1919 et 1939, les revendications les plus nombreuses dont l’U.N.E.F. se fait l’écho portent?elles sur les questions du logement étudiant des restaurants universitaires, de la santé et des débouchés professionnels.

Quelle fut dans ces différents domaines la portée de son action ?

– Des revendications aux réalisations.

Dans l’entre-deux-guerres, la question du logement des étudiants devient un des thèmes de I’action revendicative de l’U.N.E.F.. La chambre chez l’habitant est au début des années vingt, et par la suite d’ailleurs, la formule la plu répandue. Cependant deux difficultés commencent à poindre sous l’effet de l’augmentation des effectifs : elle se fait plus rare, mais aussi plus chère.

Face à ce problème, l’U.N.E.F. mène désormais campagne en faveur de la cité universitaire. Elle pousse à la construction de tels bâtiments pour abriter les étudiants. On ne peut pas dire qu’avant 1939 son action ait été réellement efficace. Une seule cité importante existe en France, celle de Paris, financée en grande partie par des dons privés (fondation Deutsch de la Meurthe). Sa construction a débuté en 1921 et elle peut accueillir les premiers résidents en 1925. Des maisons de l’étudiant peuvent aussi exister.

Elles offrent comme c’est le cas à Dijon, quelques chambres. Mais elles demeurent encore bien rares. Aussi ne sont?elles pas en mesure de répondre entièrement au problème du logement étudiant. Dans la capitale, la Cité Universitaire fournit quelques centaines de places alors que près de 15 000 étudiants cherchent à se loger à la fin des années trente. A la question des logements s’ajoute celle des repas.

Les villes universitaires, et celles qui accueillent des écoles de préparation possèdent leurs restaurants universitaires. Cependant leur nombre est très insuffisant et leur gestion échappe souvent à l’A.G.E., ce que dénonce l’U.N.E.F.. En réalité, au début des années vingt, seule l’Association de Strasbourg dispose d’un restaurant universitaire : la Gallia. Héritage bismarckien, il suscite parmi les autres A.G.E. des envies de généralisation. Il semble bien pourtant que les A.G.E. ne réussirent guère à étendre ce type de gestion. En 1946, au congrès de Grenoble les restaurants universitaires qui dépendent directement des A.G.E. sont en nombre réduit. 5 établissements semblent directement gérés par les étudiants. Sinon les autres le sont par les autorités rectorales avec au C.A. une représentation étudiante, ou encore d’une manière totalement indépendante de I’Université par un gérant privé. D’une manière générale, entre 1919 et 1939, les A.G.E. ont pris l’initiative de la création de restaurants universitaires sur le modèle de celui de Strasbourg mais elles n’ont pu dans bien des cas en assurer, pour des misons matérielles et de suivi, la gestion. Elles se contentent d’une participation étudiante en inaugurant ce que l’on appellera bientôt la cogestion.

La santé est aussi un sujet qui ne laisse pas indifférent l’U.N.E.F.. Le fléau le plus préoccupant en milieu étudiant est la tuberculose. S’il est difficile, faute de sources précises pour l’entre?deux?guerres, d’évaluer le nombre exact d’étudiants atteints, les nécrologies qui paraissent dans les journaux étudiants de cette époque témoignent de son importance. Aussi, en 1923 au congrès de l’U.N.E.F. de Clermont?Ferrand, est?il décidé de la construction d’un sanatorium étudiant à Saint?Hilaire?du?Touvet (près de Grenoble) dont la particularité doit être, en plus de la structure de soins, de permettre aux jeunes malades de pouvoir poursuivre leurs études. Il fallut néanmoins dix ans pour que le projet devienne réalité. En effet, il n’ouvrit ses portes aux premiers malades qu’en 1933. La Fondation chargée de sa réalisation et de sa gestion avec participation étudiante eut un certain mal à récolter les fonds nécessaires. La gestion même de ces fonds fut contestée. L’U.N.E.F. se plaignit, à plusieurs reprises, de ne pas avoir beaucoup de nouvelles de la construction du sanatorium. En lien avec ce dernier, la fin des années trente vit, sur le modèle jamais égalé de la Caisse des Malades de l’A.G.E. de Strasbourg (née en 1926 sur le modèle allemand), le début dans les villes universitaires de la mise en place de services médicaux de prévention à destination des étudiants.

Mais ce qui cristallisa un temps les revendications étudiantes des années trente, ce fut la question des débouchés professionnels. En effet, la crise économique développe l’inquiétude des étudiants quant à leur devenir professionnel. De nombreuses grèves et manifestations en témoignent. Elles visent presque toutes à limiter l’élargissement social du recrutement et sont orientées par exemple contre l’accès des capacitaires en droit à la licence (1932), contre l’accès des bacheliers sans latin à la faculté des lettres, ou encore contre les étudiants étrangers, notamment en médecine, qui représentent à l’époque environ 20% des effectifs universitaires. Si l’UN.E.F. prend sa part dans ce type de manifestations, elle n’en contribue pas moins à la création d’une institution originale pour faire face à l’engorgement des professions  » intellectuelles  » : le B.U.S. (Bureau universitaire de statistique). Il naît aussi de l’initiative conjointe du Ministère de l’Instruction publique, de la Confédération des travailleurs intellectuels, de la Fédération des associations de parents d’élèves des lycées et collèges et de l’Institut national d’orientation professionnelle. Alfred Rosier, ancien président de l’A.G.E. de Lyon au milieu des années vingt et probablement l’inspirateur du projet, en devient le directeur. Le B.U.S. a pour mission d’établir des statistiques universitaires, mais surtout d’élaborer des enquêtes sur les carrières accessibles aux étudiants et de constituer une documentation scolaire sur les moyens d’atteindre ces carrières. Ainsi les premiers éléments d’une orientation scolaire et universitaire se mettent?ils en place.

A la veille de la guerre, le bilan de l’U.N.E.F. dans le domaine de l’aide sociale aux étudiants est loin d’être négatif. Si les premières revendications en 1924 d’une allocation d’études n’ont pas été suivies d’effet la mise en place des prêts d’honneur au début des années vingt annonce le développement des œuvres universitaires et scolaires (offices de sport et de tourisme, logements, restaurants universitaires, sanatorium et médecine préventive, B.U.S.). L’arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936 permet, à l’initiative du ministre de l’Education nationale Jean Zay, une réorganisation des œuvres. Elles sont alors regroupées au sein d’un Comité supérieur des œuvres sociales en faveur des étudiants, qui est doté d’un secrétariat permanent dirigé par Alfred Rosier, qui devient par ailleurs en 1937 le chef de cabinet de Jean Zay. Cependant l’institution des prêts d’honneur la revendication d’une allocation d’études le développement des Oeuvres ne sont pas seulement l’expression des difficultés du monde estudiantin de cette époque, ils posent déjà avec force la question de la place de l’étudiant dans la Nation, ainsi d’ailleurs que celle du rapport au politique qu’entretient la principale organisation étudiante.

 

b) L’U.N.E.F. et la politique

Il est évident qu’on ne peut s’en tenir dans ce domaine aux déclarations d’apolitisme de l’U.N.E.F.. L’organisation étudiante joue un rôle politique plus grand qu’il n’y paraît dans le milieu étudiant de l’entre?deux?guerres. Toujours proche des différents gouvernements qui se succèdent, y compris ceux du Front populaire, l’U.N.E.F. tient une fonction civique de premier plan et ses engagements sélectifs lors de ces deux décennies sont toujours guidés par le refus des extrêmes.

Une fonction civique en milieu étudiant

Les A.G.E. sont pour les adhérents des lieux de sociabilité souvent précieux. Le local de l’A.G.E. le bar de l’A.G.E., la Maison des étudiants dans certaines villes universitaires sont autant d’endroits où les étudiants peuvent se rencontrer, échanger, débattre, lire, collecter de l’information sur la faculté qu’ils fréquentent. L’accroissement du nombre des étudiants depuis la fin de la Première guerre mondiale s’accompagne dans le même temps d’un plus grand isolement des individus. Aussi les A.G.E. sont?elles des lieux qui permettent de rompre la solitude. Dans un milieu en pleine évolution, elles constituent des points d’ancrage, voire des repères. D’ailleurs chaque année, les A.G.E. en mal de renouvellement font valoir dans leurs journaux cet argument pour attirer l’attention des nouveaux étudiants. Pour certains, ceux qui s’investissent dans les activités de l’A.G.E. cette dernière peut devenir un véritable lieu de formation.

Le passage à l’U.N.E.F. est pour ces jeunes gens le temps des premières responsabilités administratives et civiques. Ils y apprennent le sens de l’organisation et le travail en commun, la clarté dans l’expression, voire la négociation et la manœuvre. Cet apprentissage révèle le bon dirigeant. Surtout que ce dernier est souvent en contact avec les pouvoirs publics, Il suffit pour s’en convaincre de reprendre les listes des membres bienfaiteurs et honoraires des différentes A.G.E. Ministres, préfets, maires figurent toujours en bonne place et constituent les interlocuteurs préférés des représentants étudiants. Dans les A.G.E., et surtout au bureau national, on pratique la stratégie du lobbying. Un président de l’U.N.E.F. ou un vice-président est en fait plus familier des couloirs de la Chambre ou des cabinets ministériels que des manifestations de rue ou de l’appel à la grève.

Certains accomplissent même pour le Quai d’Orsay des missions à l’étranger dans la mesure où l’U.N.E.F. appartient comme membre fondateur à la Confédération Internationale des Etudiants. La confirmation de ce fait est apportée indirectement par l’examen de la répartition de l’origine des subventions gouvernementales accordées à l’organisation étudiante. En 1938, les 2/3 de ces subventions proviennent du Ministère des Affaires étrangères et 1/3 du Ministère de l’Education nationale.

Peut?on rêver meilleure formation ? Surtout lorsqu’elle s’effectue à l’ombre tutélaire des anciens qui assurent la stabilité et la continuité de l’organisation. Plusieurs années après la fin de leurs mandats, on les retrouve encore dans les congrès. Ils font partager aux plus jeunes leur expérience et jouent souvent grâce à leurs relations professionnelles, voire politiques, un rôle de placement rendu nécessaire dans les années trente par les effets de la crise.

Cette culture civique et gouvernementale éloigne, en fin de compte, l’U.N.E.F. de la tentation extrémiste de l’entre-deux?guerres.

 

– Le refus de l’extrême-droite

Cette revendication corporatiste et apolitique dont les journaux des A.G.E., ainsi que le Bureau national de l’U.N.E.F. se font souvent l’écho, ce que j’ai appelé le  » corpolitisme  » de l’U.N.E.F., c’est?à?dire cette activité tournée vers la satisfaction des intérêts d’un milieu dans un dialogue constant avec les pouvoirs publics est à l’opposé de toute la stratégie d’affrontement que développe à l’époque l’extrême?droite en milieu étudiant.

En effet, pour I’U.N.E.F. il s’agit de s’adresser au plus grand nombre. Son implantation en milieu étudiant dépend de sa capacité à maintenir vivante en son sein la tradition républicaine des origines. Cela explique que l’on soit aussi sensible dans l’organisation étudiante, et tout particulièrement à son bureau national aux formes de la démocratie élective et représentative. Les élections des comités d’A.G.E., les congrès, les élections du bureau national sont des temps forts de la vie de l’organisation.

Cela n’empêche pourtant pas la montée d’une droite extrême au sein de I’U.N.E.F.. L’A.G.E. de Paris tombe sous le contrôle de l’Action française dès 1925 et le resta jusqu’à sa disparition en 1934 dans une débâcle financière retentissante. Quelques A.G.E. de province suivent, semble?t?il le même mouvement. Mais les grosses A.G.E. provinciales, à l’image de celle de Lyon, ne sont guère affectées par celle poussée extrémiste. Elle est d’ailleurs contenue à la direction de I’U.N.E.F. puisqu’on ne peut identifier de membres de l’Action française au bureau national. Bien au contraire, c’est un étudiant socialiste Claude Delorme qui en devient le président en 1937.

En fin de compte. I’U.N.E.F. où la tradition républicaine et démocratique est plus ancrée qu’on ne le croît généralement pour celle période résista assez bien à la poussée extrémiste. Cependant ces engagements politiques, jamais avoués comme tels mais bien réels dans les faits, peuvent sur certains points prêter à équivoque.

 

– Les engagements

Dès la fin de la guerre, L’U.N.E.F. s’inscrit résolument d’un point de vue international dans cet esprit de Genève. En 1919, au congrès de Strasbourg, elle est à l’initiative de la fondation de La C.I.E. (Confédération internationale des étudiants). La Confédération déploie des activités essentiellement dans trois domaines : la coopération intellectuelle, l’organisation de voyages pour les étudiants, ainsi que la compétition sportive avec l’organisation des Jeux universitaires internationaux. Reconnue, soutenue et intégrée à la S.D.N., la C.I.E. s’inscrit bien dans cette démarche de défense de la paix. L’engagement pacifiste, voire briandiste de l’U.N.E.F. ne peut faire de doute. Les A.G.E. furent même souvent à l’origine des sections du Groupement Universitaire pour la S.D.N. qui étaient chargées de la propagande des idées de la S.D.N. dans le monde universitaire. Par ailleurs, l’adhésion de l’U.N.E.F. à la C.T.I. en 1922 lui permettait de siéger à la Commission de la coopération intellectuelle de la Société des Nations.

Pourtant cet engagement international n’alla pas sans ambiguïté. Avant guerre, les ponts ne furent jamais coupés avec les organisations étudiantes italiennes devenues fascistes. Ainsi Italiens et Français ont continué d’entretenir des relations étroites dans le cadre notamment de l’organisation des Jeux universitaires internationaux au moins jusqu’en 1938. Si l’U.N.E.F. ne s’est jamais montrée favorable au fascisme, il faut bien remarquer que certaines A.G.E. ont laissé filtrer dans leur presse des articles exprimant de l’intérêt pour les réalisations mussoliniennes. En fait d’une manière générale, l’U.N.E.F. s’est toujours située, d’un point de vue international, dans la ligne de la défense des intérêts de la France. Aussi, quand à partir de 1936?1937, les G.U.F. (Groupements universitaires antifascistes italiens) manifestent clairement au sein de la C.I.E. leur engagement en faveur de la politique extérieure du Duce, les étudiants français représentés notamment par Jean David et Claude Delorme prennent leurs distances et poussent I’Italie à la démission en janvier 1938.

Les difficultés économiques des années trente relancent la question de la place des étrangers dans la société française, et plus particulièrement pour ce qui nous intéresse, de celle des étudiants étrangers dans l’Université française. Contrairement à ce que peut affirmer l’Action française, la part des étudiants étrangers dans l’Université n’a pas progressé d’une manière spectaculaire d’une décennie à l’autre. Elle est même en recul dans certaines facultés, excepté en médecine où elle progresse sensiblement entre 1932 et 1935. Il n’en faut pas plus pour développer un véritable climat xénophobe aux forts relents antisémites dans les rangs notamment des étudiants en droit et en médecine. Les premiers obtiennent que le barreau soit inaccessible aux réfugiés allemands et les seconds que soient dressés des obstacles aux diplômes des étudiants étrangers et à l’établissement professionnel de leurs confrères étrangers.

Si l’U.N.E.F. n’a pas été à la pointe des actions menées contre les étudiants étrangers, ses dirigeants étaient tout de même présents lors des manifestations du 1 et 2 février 1935. Son président Georges Laffitte prend, avec les responsables des étudiants d’Action française et des Jeunesses patriotes, la tête des différents cortèges. Lors du congrès de Tours en avril 1935, les étudiants de France demandent des mesures restrictives dans la délivrance des diplômes aux étrangers. Ils souhaitent notamment que le diplôme d’Etat ne soit délivré à l’étudiant étranger qu’à l’issu d’un délai de cinq ans après sa soutenance de thèse si ce dernier a effectué son service militaire en France. Si ce n’était pas le cas, ce délai se verrait prolongé de deux ans ! En février 1935, Angers Etudiant (journal de l’A.G.E.) titre un de ses articles sur les étudiants étrangers :  » La France aux Français « . Il est clair que dans les A.G.E. sous l’influence de l’Action française la retenue n’est pas la règle. La xénophobie, exceptionnelle tout de même à l’U.N.E.F., peut ainsi s’afficher en toute tranquillité au nom de la défense  » de l’intérêt général des étudiants français « . Cependant, dans la seconde moitié des années trente, la tentation xénophobe et souvent aussi antisémite au sein des A.G.E. et à l’U.N.E.F. semble battue en brèche. Il est vrai que sous la présidence de Claude Delorme à partir de 1937, le changement de cap amorcé en 1936 se confirme:  » c’est une organisation étudiante apaisée et confiante en sa capacité à peser sur l’avenir des étudiants, qui aborde la fin des années trente « . Les contacts qu’elle entretient avec Jean Zay, ministre de l’Education nationale sont, d’un avis réciproque, excellents.

Autre aspect de l’engagement de l’U.N.E.F. dans ces années de l’entre?deux?guerres, la question coloniale. Il n’est évidemment pas du rôle de l’U.N.E.F. de désavouer la politique coloniale de la France comme on commence à le faire dans les rangs communistes. Au contraire, on célèbre avec faste les 100 ans de la conquête de l’Algérie en tenant congrès au mois d’avril 1930 à Alger. A cette occasion, Paul Saurin, président de l’A.G.E. d’Alger, est triomphalement réélu président de I’U.N.E.F. et Fehrat Abbas, responsable des étudiants musulmans accède à la vice?présidence. En 1938, au congrès de Nice, les délégués étudiants se montrent fiers de cette  » France de 104 000 000 d’habitants « . Il faut néanmoins remarquer que l’U.N.E.F. à partir de 1938, tient plutôt un discours de progrès en matière coloniale sans pour autant parler d’indépendance. A l’initiative de son vice?président Jean David, elle condamne le racisme et réclame l’égalité des droits. Ainsi l’U.N.E.F. défend?t?elle désormais la thèse de l’assimilation des peuples colonisés. C’est un peu la mystique de l’Union française avant la lettre et à laquelle l’U.N.E.F resta fidèle jusqu’à la guerre d’Algérie qui commence à faire son chemin. Il faut néanmoins remarquer que cette nouvelle approche de la question coloniale intervient dans un contexte international où les initiatives d’Hitler menacent la paix. La France se prépare à la guerre et tente de mobiliser son Empire où, depuis la Première guerre mondiale, la protestation nationale commence à prendre une certaine ampleur dans les milieux intellectuels. Le discours de circonstance tenu par le gouvernement sur l’égalité des droits est ainsi grâce à l’U.N.E.F. relayé dans le monde étudiant. L’organisation étudiante ne ferait donc dans ce contexte que son devoir patriotique et l’évolution interne de I’U.N.E.F. à partir de 1936, que nous avons déjà souligné, serait plus le fait de l’habileté de l’inamovible ministre de I’Education nationale, Jean Zay.

Est-il nécessaire, pour conclure, de souligner que l’entre?deux?guerres fut bien pour l’U.N.E.F. une période clef de son histoire ? L’Union Nationale ne fut pas cette organisation figée, timorée dans ses prises de position et conservatrice dans ses décisions, pour tout dire vivant hors de son temps, que nous décrit sous le sceau du corporatisme la maigre historiographie étudiante ou syndicale. En effet, l’U.N.E.F. de l’entre?deux?guerres a bien épousé son temps jusque dans ses contradictions sociales et politiques. Les grandes réalisations que sont les œuvres sociales en milieu étudiant sont bien antérieures à la Libération. Les principes mêmes du syndicalisme étudiant, qui reposent sur la revendication de la place de l’étudiant dans la Nation, sont déjà posés à la fin des années trente. Aussi, ce constat nous amène?t?il à relativiser l’importance du renouvellement syndical de 1946. Il ne fut pas, comme voulait le faire croire à l’époque certains de ses acteurs, ce passage de l’ombre à la lumière. Dans les pratiques, le syndicalisme de Grenoble ne rompt pas avec le corpolitisme de l’entre?deux?guerres. Sa seule grande réalisation, la Sécurité sociale étudiante (1948) est obtenue selon les mêmes méthodes qu’avant guerre.

 

II – 1939-1945, L’U.N.E.F DANS LA GUERRE

Cette partie est extraite du Cahier du G.E.R.M.E. (Groupement d’Etudes et de Recherches sur les Mouvements Etudiants) spécial n°1 (actes du colloque de mai 1995) de mars 1996. Elle a été rédigée par Stéphane Merceron.

 

1) L’U.N.E.F. des années noires

Concernant l’Union Nationale des Étudiants de France entre 1937 et 1944, la première chose que l’on peut observer c’est qu’elle constitue en quelque sorte l’enfant délaissé d’une histoire de la jeunesse « dans la France des années noires » qui s’est singulièrement enrichie depuis le début des années quatre vingt. L’Union Nationale regroupe pourtant, par l’intermédiaire de ses Associations Générales, plus de 21.000 adhérents en 1939, soit à peu près 1 étudiant sur 4, ce qui la situe au niveau de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et à un niveau cinq fois supérieur à celui de la Jeunesse Étudiante Chrétienne qui elles ont fait l’objet d’un certain nombre d’études. En rétrécissant notre champ chronologique à la seule « France de Vichy », on s’aperçoit que trois types de mouvements de jeunesse ont été retenus par l’historiographie. Ceux qui ont été créés par Vichy, dans sa tentative d’encadrement de la jeunesse comme les Compagnons de France, mouvement qui regroupe 30.000 jeunes en 1943. Ceux dont se sont dotés les partis collaborationnistes dont les effectifs oscillent entre 3 et 5.000 membres comme la Jeunesse de France et d’outre?mer, la Jeunesse populaire française, ou encore, les Jeunes de l’Europe nouvelle. Enfin, des mouvements qui n’ont pas été dissous par Vichy en août 1940, comme les différents mouvements du scoutisme et les mouvements confessionnels. On peut sans doute avancer au moins deux explications sur cette absence de l’U.N.E.F. dans l’historiographie de la période. D’une part l’U.N.E.F. a pu paraître un peu fade. On ne peut pas la classer comme un mouvement auxiliaire de la Révolution nationale, encore moins comme un mouvement collaborationniste, malgré le maréchalisme affiché de certains journaux d’A.G.E. ou l’appartenance au Conseil National de Vichy d’un de ses présidents. Et on ne peut pas non plus la caractériser comme une association engagée dans la Résistance malgré l’engagement d’un certain de nombre de ses responsables. D’autre part, l’U.N.E.F. a perdu entre la fin des années vingt et le début des années trente, sa vocation seconde de lieu de formation des élites politiques.

L’U.N.E.F. pendant cette période, tout d’abord, exprime une volonté de neutralité vis?à?vis du politique et du religieux qui la distingue des autres mouvements. Ainsi, elle n’est pas guidée dans ses choix et dans son fonctionnement par des dirigeants qui lui sont extérieurs. Par exemple, la réaction de l’U.N.E.F. et de ses membres, à la situation politique générale et aux politiques de la jeunesse en particulier, n’est pas soumise au filtre que peut constituer, par exemple, la hiérarchie catholique pour les mouvements de l’Association Catholique de la Jeunesse Française, ou les directions des partis politiques pour les mouvements de jeunesse qui leur sont rattachés. Deuxièmement, c’est un mouvement particulièrement attentif aux changements politiques, malgré sa neutralité affichée, pour au moins trois raisons. Il se considère comme la future élite de la nation. Il exerce une fonction de représentation des étudiants vis?à?vis des pouvoir publics. Il privilégie des moyens d’action institutionnels pour atteindre ses objectifs. Troisième intérêt, l’U.N.E.F. constitue un « groupe social » qui peut donc être étudié comme tel dans son environnement social, culturel, économique et politique. Ses membres y sont en interaction selon des règles fixées et acceptées par tous, le respect scrupuleux des statuts en est un exemple. Ils y nouent des rapports sociaux caractéristiques entraînant l’observation d’un certain nombre de pratiques. Ils partagent le sentiment de constituer une identité particulière dont le folklore étudiant est l’une des affirmations les plus spectaculaires.

Une esquisse va être tracée à grands traits de ce qui semble avoir été la « réalité » de l’U.N.E.F. entre le déclenchement du second conflit mondial et la Libération, en insistant plus particulièrement sur la période qui va de la mobilisation, le 1er septembre 1939, au congrès de la Zone Sud qui se tient à Tain en avril 1941. Les années 1942?1945 ne seront abordées qu’au travers des événements les plus importants.

– Du ler septembre à la défaite de juin 1940

A l’annonce de la mobilisation, le choix effectué par l’U.N.E.F. est extrêmement clair. Il s’agit pour elle de maintenir ses activités pour maintenir la pérennité de ses Oeuvres. A cette fin, Jean David, vice?président chargé des relations avec les étudiants d’outre?mer et seul membre du bureau à ne pas être mobilisé, est désigné pour faire fonction de président. Dès le 2 septembre, il envoie sa première circulaire aux A.G.E. pour indiquer qu’il suit les Oeuvres dans leur repli à Vallères, près de Tours. Cette circulaire, co?signée par Alfred Rosier en tant que secrétaire permanent des Oeuvres et celle qu’il enverra le 16 septembre, fixent une ligne de conduite qui sera respectée par les dirigeants successifs de l’Union Nationale jusqu’à la Libération : « maintenir l’U.N.E.F. pour maintenir les œuvres ». Ajoutons qu’il s’agit tout autant de « maintenir les œuvres » pour que l’U.N.E.F. ait les moyens de continuer à jouer un rôle auprès des étudiants. Tout naturellement, le premier acte de l’Union Nationale est aussi la première manifestation de cette volonté. Pour faire face à la situation créée par la mobilisation, elle crée avec le Comité Supérieur des Oeuvres (C.S.O.) le Centre d’Entr’aide aux Étudiants Mobilisés (C.E.E.M.) destiné à soutenir par des envois de livres et de colis, le moral des étudiants mobilisés. Dans le même temps, Le Courrier des Étudiants édité par l’U.N.E.F. et le C.S.O. devient Le Courrier de l’Etudiant aux armées dont le tirage passera rapidement de 10.000 à 30.000 exemplaires et pour lequel les A.G.E. assurent la collecte des adresses militaires de tous les étudiants mobilisés de leur université. Pour accentuer le lien qui doit unir ceux qui sont partis à ceux qui restent, on procède à la distribution gratuite de la carte d’adhérent de l’U.N.E.F. à tous les étudiants mobilisés. Au moment où la majorité des jeunes Étudiants a été arrachée par la guerre à ses travaux et à sa vie universitaire, Alfred Rosier ne doute pas que pour ceux qui restent, comme pour ceux qui participent sur le front à la défense de notre culture, une seule communauté existe, qui est représentée par les délégués de l’Union Nationale des Étudiants dont 30.000 membres sont sous les armes. Pour les pouvoirs publics, l’U.N.E.F. continue de justifier pleinement son existence. Se rendant de Vallères à Paris pour rencontrer, trois jours après sa nomination, le nouveau ministre de l’Education nationale, Yvon Delbos, Jean David est reçu sans rendez?vous cinq minutes après son arrivée au ministère. D’un point de vue organisationnel, bon nombre d’A.G.E. qui semblaient décapitées en septembre 1939, retrouvent peu à peu leurs marques à partir de décembre. A cette date, Jean David est en contact avec les 4/5 des A.G.E.. Au Conseil d’administration du 24 décembre, les 12 A.G.E. de province qui ont pu se faire représenter adoptent un « protocole de fonctionnement de l’U.N.E.F. pendant toutes les hostilités » précisant qu’aucun Congrès National d’Etudiants ne saurait être tenu en l’absence des étudiants mobilisés qui constituent une large majorité des membres de l’U.N.E.F. et que les membres du bureau de l’U.N.E.F. élus au dernier congrès restent nominativement en fonctions pendant toute la durée des hostilités. Dans cette optique, le congrès de Pâques est remplacé par un Conseil d’administration qui se tient à Bordeaux du 28 au 30 mars 1940. L’U.N.E.F. aura donc voulu rester un point de repère pour tous les étudiants dans l’attente de la victoire promise. Le bilan que l’on peut dresser des différentes initiatives prises par les A.G.E. et le C.E.E.M. indique que cet objectif a pour partie été atteint. L’émotion qui se dégage des lettres adressées à Jean David par des étudiants coloniaux mobilisés et des étudiants étrangers en est un signe. En voici deux des plus beaux extraits :  » … l’heure a sonné de payer notre tribut à la mère patrie. Nous sommes nés pendant la guerre de 1914?1918, et nous participons à celle de 1939. Pauvre génération ! Adieu études, espoirs, projets d’avenir, rêves de jeunesse ! Nous avions compté sans l’ambition et l’orgueil d’un despote. [..] Quoiqu’il en soit la France peut compter sur nous, car notre sang coulera pour la bonne cause. On se fera « casser la gueule  » pour la France, [..], cette France qui a décrété que « nulle terre française ne devait plus porter l’esclavage » ? Gilbert Anselme, étudiant guadeloupéen, Vice?Président de l’AGE de Nancy, le 15 septembre 1939.  » ;  » Nous avons senti qu’il est de notre devoir de nous engager volontairement par le simple fait que la victoire de la France contribuera au rehaussement de notre pays ; par contre la domination allemande équivaut à l’esclavage des hommes de couleurs. […] On m’a fait beaucoup de reproches à cause de ce geste : vous avez une valeur intellectuelle, geste inutile etc… etc… vous rendez plus de services etc… Je pense par contre que c’est mon devoir de soulager le sort des milliers d’engagés volontaires malgaches qui ne sont que des illettrés et qui ont senti pourtant eux aussi cet appel. [. .]. C’est nous, intellectuels et fils de famille, qui devons donner l’exemple […] Certainement du sang malgache sera versé sur le sol français [.J. Nous espérons en tout cas que ce sang resserrera davantage le lien qui unit la France et Madagascar et qu’on en tiendra compte plus tard pour la construction et l’évolution de notre Pays malgache qui nous est cher. ? A. Rakoto?Ratsimamanga, Président de l’Association des Étudiants d’origine Malgache, le 25 septembre 1939. « 

 

– De la défaite au printemps 1941

Comme pour tous les Français, la défaite de juin 1940 constitue un choc brutal pour l’Union Nationale. La France est vaincue. Des étudiants sont morts ? on n’oubliera pas de leur rendre hommage ?, d’autres sont prisonniers. Surtout, la ligne de démarcation et celle qui sépare la Zone Occupée de la Zone Interdite séparent l’Union Nationale en trois parties. En Zone sud la première des préoccupations de Jean David est d’installer son secrétariat à Clermont?Ferrand, à proximité des ministères à Vichy pour maintenir le contact avec les pouvoirs publics. Il y rencontre dès son arrivée, fin juillet, Emile Mireaux, le nouveau ministre de l’Instruction publique. Après une petite réunion tenue à Tain le 12 août 1940, à laquelle participent Jean David, René?Yves Le Mazou ? secrétaire général de l’U.N.E.F. ?, Paul Durand ? 1er vice?président ayant en charge la trésorerie ?, et Alfred Rosier, l’U.N.E.F. propose naturellement son aide et son expérience au Ministère de l’Instruction publique et des Beaux arts, au Haut commissariat à l’Education physique et aux Sports, et au Commissariat Général à la Jeunesse où elle ressent déjà l’influence grandissante des mouvements catholiques. Ce choix est confirmé par un Conseil d’administration de la Zone Sud le 30 Août. L’accord passé avec le Ministère de l’Instruction publique prévoit : l’appui du ministère à l’U.N.E.F. et à ses Oeuvres, une collaboration encore plus étroite entre l’Union Nationale et le secrétariat des Oeuvres, la révision des statuts des A.G.E. pour permettre la participation d’anciens de l’Union Nationale, le contrôle financier des A.G.E. par les autorités académiques et la création effective dans chaque A.G.R. de « comités de patronage des étudiants » comprenant un représentant nommé par le Recteur. La volonté ministérielle d’exercer un contrôle sur les A.G.E. pour ne pas laisser les étudiants totalement maîtres de leur action est manifeste. Prenons garde de ne pas y voir seulement la volonté du nouveau régime d’exercer sur l’U.N.E.F. le même contrôle que celui qu’elle tente d’exercer sur l’ensemble de la société française. Certaines de ces mesures avaient déjà été discutées avant?guerre en vue de remédier à certains dysfonctionnements. Il semble par contre que dès la fin du mois de juin 1940, les rapports avec le Ministère de la Jeunesse aient pour le moins été tendus. Lui reprochant d’être de l’ancien régime et dirigée par un juif (Jean David), on y aurait projeté la disparition de l’U.N.E.F. au profit des cercles confessionnels. Autant d’attaques justifiant le fait que Le Mazou ait été trouver le président Laval pour y mettre fin. Les rapports entretenus par l’U.N.E.F. avec le Ministère de l’Instruction publique puis de l’Education nationale varièrent par la suite en fonction des ministres. Bons avec Georges Ripert, ils devinrent tendus avec Jean?Jacques Chevallier qui la veille de son départ du Ministère adressa aux recteurs une circulaire leur disant de procéder à la transformation des A.G.E. et à la nomination de nouveaux dirigeants. Redevenus bons avec Jérôme Carcopino, ils se dégradèrent très rapidement après la nomination d’Abel Bonnard en avril 1942. L’esprit de la Révolution nationale pénétrera très vite un certain nombre d’A.G.E. à l’exemple de celles de Montpellier et de Grenoble dont les journaux  » Le cri des étudiants  » et  » Promontoires  » vantèrent rapidement les mérites. En Zone nord, l’activité est prise en main par François de Lescure, président de la Corpo des Lettres à Paris et directeur de l’Office des Lettres depuis le Conseil d’administration de décembre 1939, qui devient Président de la Fédération des Étudiants de Paris et « délégué de l’U.N.E.F. en Zone occupée ». Nous ne savons rien de la façon dont il est désigné. Il ne semble pas qu’il ait été élu. Il apparaît comme le seul responsable présent à Paris pendant l’été 1940. Responsable parisien clandestin de l’Union des Étudiants et Lycéens Communistes, il saisit sans doute une opportunité. Sans doute a?t?il bénéficié très tôt de l’aide d’Alfred Rosier avec qui il fonda le mouvement de résistance « Maintenir » dès septembre 1940 (constitué essentiellement de personnels des œuvres et d’anciens du bureau de l’U.N.E.F., et auquel on doit notamment les manifestations lycéennes et étudiantes des 8 et 11 novembre 1940). Sa première tâche consiste à renouer les liens avec les A.G.E. de la Zone nord. C’est chose faite à la fin du mois de septembre 1940. On peut sans doute situer dès cette période le début d’un mouvement qui conduira progressivement à un renforcement du rôle exécutif joué par le bureau de l’U.N.E.F. vis?à?vis des A.G.E. Il y a nécessité d’une plus grande cohésion pour faire face à la nouvelle situation comme en témoigne une circulaire envoyée le 3 septembre 1940 par François de Lescure aux A.G.E. de la Zone nord :  » Tu es aussi d’avis, je pense, qu’actuellement il faut s’unir et se renforcer pour résister aux tentatives de différentes sortes qui sont déjà ou vont être faites pour essayer de nous désorganiser ou de nous donner des buts qui ne sont pas les nôtres. [..] Les A.G.E. ne doivent pas se laisser prendre de vitesse par des organisations aux buts plus ou moins définis. Nous devons plus que jamais nous affirmer comme les porte-parole de tous les étudiants de France. La correspondance qui arrive à l’U.N.E.F. est importante : étudiants, familles d’étudiants ? étudiants prisonniers souvent ? s’interrogent sur la future libération des prisonniers, la reprise des cours en facultés, la validation des examens de juin, parfois interrompus par un bombardement, les modalités d’exemption des Chantiers de jeunesse… Les A.G.E. font le compte?rendu de leur activité depuis le mois de juin, demandent les nouvelles cartes de l’U.N.E.F. pour préparer la rentrée. Elles s’interrogent sur un avenir très incertain et dont on redoute qu’il passe par une emprise du gouvernement sur l’Union Nationale. Le ton exprimé par les A.G.E. de la Zone nord semble très différent de celui exprimé par les journaux d’A.G. de la Zone sud.

L’occupation est une réalité que ne parvient pas à gommer le discours de Vichy. Pour Roger Geniaux de l’A.G.E. de Rouen,  » les A.G.E. devraient être combles car si malheureusement quelques camarades ne sont pas revenus, la foule de ceux qui sont ici ne savent pas que faire de leur temps libre ; presque plus de cinéma, des cafés où l’on boit de l’eau, jusqu’aux bordels qui sont « réservés » ! A Paris, la principale activité de l’UNEF est de participer à la gestion du Centre d’Entr’aide aux Étudiants Prisonniers, dont la direction a été confiée par Alfred Rosier à Claude Bellanger ?encore un ancien. D’octobre à fin décembre, ce sont 25.000 ouvrages, représentant douze tonnes, pour l’ensemble des 108 camps d’Allemagne qui sont expédiés. Cette solidarité active constituera à Paris comme dans de nombreuses A.G.E. l’une des principales activités de l’U.N.E.F. pendant toute la guerre.

 

– Le Congrès de Tain (14-18 avril 1941)

Le Congrès tenu à Tain (près de Tournon) en Zone sud du 14 au 18 avril marque la fin de cette première période. Il ne semble pas exister de compte?rendu de ce congrès. On le connaît surtout par un compte?rendu publié par  » Le Cri des Étudiants  » de l’A.G.E de Montpellier. Ce compte?rendu met surtout en avant la volonté de l’U.N.E.F. de participer à la Révolution nationale. Pour le représentant de l’A.G.E. de Montpellier, pour la première fois depuis son existence, l’U.N.E.F. qui, jusqu’ici n’avait jamais admis (et ceci fort scrupuleusement) la moindre activité politique, décida « de faire de la politique  »  » .. et c'[était] tout à son honneur [..] car dans un magnifique élan de patriotisme et de rénovation, l’Union Nationale [..] a élaboré le 15 avril 1941 à Tournon son programme d’action politique qui se résume en deux mots : Suivre Pétain.  » Le congrès cependant voit s’opposer  » ceux qui réclame[nt] une organisation officielle de tous les étudiants sous la forme d’une véritable  » corporation  » avec inscription obligatoire, s’intégrant dans le cadre [..] des A.G.E. mais avec certaines modifications (concernant la nomination des dirigeants et le contrôle de leur activité) conduit par Ponseillé, le président de l’A.G.E. de Montpellier et ceux qui refuse[nt] l’inscription obligatoire aux A.G.E. tout en reconnaissant la nécessité d’un organisme supérieur de direction portant au moins sur les principales créations de chaque A.G.E. (finance, secrétariat général) emmenés par Georges Bellot le président de l’A.G.E. de Clermont?Ferrand « . Le compte?rendu fait état d’une discussion sur la question juive présentée dans un esprit de justice mais de profond esprit français par Gillot, le président de l’A.G.E. d’Alger (membre de l’Action Française). Le Conseil d’administration du 11 janvier 1942 présidé par Le Mazou, donne également certains détails de ce petit congrès.  » Les débats [y] ont été souvent orageux, notamment pour les problèmes concernant les étudiants coloniaux et l’admission des Juifs à l’Université. [..] Gillot, Président de l’A.G.E. d’Alger, a soumis au congrès un long rapport sur les Juifs et terminait en demandant le numerus clausus pour leur entrée à l’Université en déclarant que, si l’on veut arrêter un fleuve, il faut le faire à la source et non à l’embouchure. Ses conclusions, 3% furent votés par une majorité d’étudiants.  » Cette dernière précision pourrait avoir son importance. Si l’approbation avait été massive aurait?on jugé nécessaire de préciser qu’elle fut votée par « une majorité d’étudiants » ? Ne nous dit?on pas aussi que ce débat a été orageux. Aucune décision n’est prise au sujet réforme de l’Union Nationale et des A.G.E. On demande à Bellot et Ponseillé de préparer deux projets destinés à être soumis plus tard à l’avis du bureau de l’U.N.E.F.. Le bureau qui est élu à l’issue du congrès est un bureau de compromis majoritairement acquis aux thèses de la Révolution nationale. René?Yves Le Mazou, ancien secrétaire général, membre du Comité de propagande social du Maréchal, est élu à la présidence. Georges Bellot est élu secrétaire général. Fait exceptionnel, six vice?présidents sont désignés. Ponseillé devient vice?président à la propagande et Gillot vice?président délégué à l’Afrique du Nord.

 

– D’avril 1941 au Congrès de la Chapelle-en-Vercors

En Zone nord les préoccupations restent les mêmes. Il semble impossible de pouvoir peser sur les évènements, les pouvoirs publics étant établis en Zone sud. La principale activité reste l’effort de solidarité envers les 14.000 étudiants prisonniers inscrits dans les registres du C.E.E.P.. Ne recevant plus de subventions, l’U.N.E.F. de la Zone nord fonctionne grâce aux avances que lui consent le C.S.O.. En octobre 1941, un projet de réorganisation des associations étudiantes sous le nom de « Corporation Nationale des Étudiants » prévoit la dissolution de l’U.N.E.F.. Il est finalement refusé par les autorités d’occupation qui voient d’un mauvais œil la constitution d’un vaste mouvement de jeunes sous contrôle du gouvernement. La division est moins dangereuse. L’U.N.E.F. est dans l’expectative. On écrit à l’Amiral Darlan pour plaider la cause de l’Union Nationale mais la question reste posée. Elle rebondit avec l’arrivée d’Abel Bonnard au Ministère de l’Education nationale. Le 12 septembre 1942, le ministre présente son projet de « Conseil National des Étudiants » ; il restera lettre morte. L’opposition de l’Église à la main mise de l’Etat sur ses propres mouvements et la rivalité qui oppose les partisans d’une « Jeunesse unique » aux partisans d’une « Jeunesse unie » profitent à l’U.N.E.F.. Le 17 février 1943, le Service du Travail Obligatoire est institué en pleine année universitaire. L’inquiétude est grande parmi les étudiants, de nombreuses lettres arrivent au siège parisien de l’U.N.E.F., qui s’emploie à obtenir des aménagements. Le début de l’année 1943 est également marqué par l’ouverture de la ligne de démarcation consécutive à l’occupation de la Zone sud par les allemands. Elle permet à l’U.N.E.F. de se réunifier. Le 14 mars, lors d’un « déjeuner » (puisque les réunions officielles ne sont pas autorisées), vingt-cinq membres du bureau et délégués des deux zones décident la tenue d’un congrès. Il se déroule à La Chapelle?en?Vercors du 28 avril au 2 mai 1943.

 

– Le XXXIIème Congrès de La Chapelle-en-Vercors(28 avril-2 mai 1943)

René-Yves Le Mazou cesse toute activité au sein de l’U.N.E.F. pendant la période de préparation du congrès. Certes, en application du protocole de fonctionnement de l’U.N.E.F. pendant la guerre, le retour d’Allemagne d’Albert Lenclud, président élu en 1939, a naturellement posé la question de son départ de la présidence. Comment ne pas s’interroger sur le départ brutal d’un dirigeant si marqué « Révolution nationale ». Risquons une hypothèse. Elu pour diriger un bureau recherchant une collaboration poussée avec les pouvoirs publics, René?Yves Le Mazou est confronté à l’impossibilité de résoudre avec les pouvoirs publics la question de l’avenir de l’U.N.E.F., à l’activité grandissante des mouvements étudiants confessionnels en Zone sud et à la disparition des subventions ministérielles. Les A.G.E. de la Zone nord qui subissent l’occupation allemande dans toute sa rigueur depuis 1940, ne partagent pas le maréchalisme du président par intérim et de certaines A.G.E. de la Zone sud. Aussi, la réunification des A.G.E. de la Zone nord avec celles de la Zone sud est?elle de nature à modifier l’équilibre issu du Congrès de Tain qui semble avoir été reconduit lors d’un congrès tenu en mars?avril 1942 à La Bourboule. Nous savons que l’hiver 1942-1943 correspond à une phase de basculement dans la popularité du régime. Il est donc permis de penser que dans ces circonstances, la démission de René?Yves Le Mazou prend un sens que pourrait tout aussi bien traduire les noms des trois responsables qui assistent Albert Lenclud lors de l’assemblée générale d’ouverture du congrès : Georges Bellot, secrétaire général, président de l’A.G.E. de ClermontFerrand et membre de la Résistance ; Louis Laisney, ancien président de l’A.G.E. de Caen, secrétaire général pour la Zone nord, également membre de la Résistance ; Jean Cosson qui a pris la succession de Jean David à la tête de l’A.G.E. de Nancy. Le Congrès de 1943, s’ouvre par un discours d’Albert Lenclud qui ressemble fort à un testament « politique ». Il y rappelle le long chemin parcouru depuis 1907 en soulignant toute l’attention que l’on doit porter aux Oeuvres fondées par l’U.N.E.F.. Il annonce  » à[ces] jeunes camarades [..] [qu]’aux listes déjà longues des monuments aux morts [ils auront] à graver d’autres noms [pour] que les générations d’étudiants et surtout ceux qui [les] regardent et qui trop souvent [les] critiquent sachent [qu’ils ont] toujours fait [leur] devoir. Maintenant que [l’] existence [de l’U.N.E.F.] est menacée, que [les] associations risquent de perdre les derniers libertés qu’on accordait aux Universités, il leur demande de reprendre [leurs] traditions et de défendre jusqu’au bout les intérêts des étudiants et leurs dernières libertés. [..]. Pour le reste, il les invite à appliqu[er] la thérapeutique cartésienne [en] n’admett[ant] rien pour certain [qu’ils n’aient] vérifié comme tel « . Le congrès est surtout marqué par une opposition entre le projet de réorganisation de l’U.N.E.F. présenté par l’A.G.E. de Montpellier et celui présenté par Emmanuel Villedieu, le président de l’A.G.E. de Caen qui insiste sur la nécessité de conserver à l’U.N.E.F. son indépendance vis?à?vis des pouvoirs publics. C’est ce dernier qui est adopté. Contrairement aux précédents projets élaborés, il ne s’inscrit plus dans la perspective d’une proposition à présenter aux pouvoirs publics mais dans celle d’une préparation à la lutte pour la défense des intérêts des étudiants au cas où le gouvernement leur demanderait leur opinion, et surtout, en vue de préparer quelque chose de cohérent pour l’après?guerre. Georges Bellot est élu président de l’U.N.E.F. par 70 voix contre 41 au candidat de l’A.G.E. de Montpellier. (Georges Bellot épousera la Présidente de l’A.G.E. de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, Marie-Louise Weber). Après la réception du Congrès à Vichy par le Maréchal Pétain, Louis Laisney fait parvenir à Londres une petite rectification, et on lui  » [répond] qu’on [a] pris acte [..] que l’Union Nationale n[‘a] rien à voir avec Vichy, et surtout [qu’on sait] que ses dirigeants [ne sont] pas nommés par Vichy. »

 

– De la Chapelle-en-Vercors à la Libération

Jusqu’à la Libération, les difficultés vont aller croissantes avec le ministère d’Abel Bonnard, l’un des ministres les plus collaborationnistes. En janvier 1944, lors d’un Conseil d’administration où Emmanuel Villedieu remplace Georges Bellot à la présidence, on vote une adresse unanime au général De Gaulle. Les derniers mois voient s’accentuer la pression sur l’U.N.E.F., des responsables sont inquiétés et la Gestapo perquisitionne aux Oeuvres. A la Libération l’U.N.E.F. est confrontée à la concurrence des mouvements de jeunes issus de la Résistance. La question de sa représentativité est posée. Enfin, elle éprouve des difficultés à reprendre la place qu’elle occupait avant guerre au sein des Oeuvres.

 

2) Quelques propositions

On peut avancer deux propositions qui tiennent compte de ce que nous venons de voir sur la situation de l’U.N.E.F. entre 1939 et 1944.

– L’U.N.E.F. constate qu’en l’absence d’un dialogue avec les pouvoirs publics dans lequel elle peut user de sa compétence et de ses réseaux d’anciens ? ce qui n’est pas le cas pendant Vichy, malgré la présence d’un ancien au Commissariat Général à la Jeunesse car la plupart sont marqués du sceau de la IIIème République ?, il lui manque la capacité d’imposer ses choix. Une déclaration d’Emmanuel Villedieu au Congrès de Dax, en 1945, à propos des élections aux conseils d’université illustre très bien les conséquences pratiques de ce constat : Ce que nous exigeons, c’est une décision publique, une prise de position immédiate. Si cette prise de position est acceptée, ça ira fort bien, l’Union Nationale marchera main dans la main avec le Ministère ; si elle n’est pas acceptée, nous entrerons en lutte avec lui jusqu’à ce qu’elle soit acceptée. C’est. avec la question la représentativité de l’U.N.E.F. posée par la concurrence des autres mouvement de jeunesses politiques et confessionnels, l’une des préoccupations qui amène l’U.N.E.F. à considérer comme nécessaire l’élargissement de « sa base » afin d’imposer avec plus de force ses revendications.

– Autre conséquence directe de la période antérieure. Si l’on regarde l’évolution de l’opinion publique française tout au long de la période, on s’aperçoit que la distinction entre la zone nord et la zone sud déterminerait des choix plus volontiers et plus longtemps pétainiste dans le sud, plus tôt critique, sinon résistant dans le nord. L’U.N.E.F. n’échapperait pas à ce schéma involontairement exprimé par Louis Laisney au Congrès de Dax lorsqu’il indique que comparativement à l’attitude de l’Union Nationale pendant ces quatre années les A.G.E. de Lyon, de Montpellier et de Toulouse -A.G.E. de la Zone sud? sont des associations collaboratrices à côte de l’U.N.E.F. qui était une association de résistance. Cette situation aurait pour effet immédiat la mise en place à la Libération de bureaux d’A.G.E. complètement neufs dans la plus part des A.G.E. de l’ancienne Zone sud. Dans l’ancienne Zone nord. Il semble au contraire que passée la coupure de septembre 1939 ? juin 1940, il n’y ait pas eu de véritable coupure générationnelle. Le parcours des honneurs qui amène le jeune étudiant à gravir un à un les différents échelons de l’A.G.E. y est respecté sous l’œil bienveillant d’anciens qui favorisent selon un schéma qui n’est pas propre aux organisations étudiantes ?ceux qui leur ressemblent le plus. Nous aurions là une première ligne de partage possible entre les partisans d’une U.N.E.F. profondément rénovée et ceux d’une U.N.E.F. plus conforme à ce qu’elle était avant?guerre.

Pour la première fois lors du Congrès de Dax en 1945, le mot « syndicalisme » est employé dans un congrès de l’U.N.E.F. en lieu et place du mot « corporatisme » pour traduire le sens de son action. Les pratiques de l’U.N.E.F. ont?elles pour autant fondamentalement changé? Celles qui se dessinent à partir de 1945 s’opposent?elles suffisamment à celles de 1938 pour justifier ce glissement lexicologique ou est?ce plutôt la « représentation » qu’un certain nombre de dirigeants se font de leur action qui a changé, le terme « corporatisme » ayant été usé par l’usage qui en avait été fait sous l’Etat français ? Dans ces conditions, ce serait la nature du débat sur la mission « corporative » ou « syndicale » de l’U.N.E.F. ?qui reviendra constamment par la suite, y compris comme prétexte, jusqu’à la scission de 1961/1962 ? qui se trouverait modifié. Son enjeu porterait alors autant sur le développement de l’acceptation du mot « syndicalisme », que sur sa « définition », ce qui conduirait à s’interroger sur le fondement du découpage U.N.E.F. « corporatiste » U.N.E.F. « syndicaliste » par delà le Congrès de Grenoble de 1946, ou tout au moins de le relativiser.

A l’issue de la guerre, les mouvements étudiants doivent se réorganiser, et des organisations politiques d’étudiants issues des mouvements de la résistance forment l’U.P.O.E. (Union Patriotique des Organisations d’Etudiants). Mais la majorité des étudiants préfère l’U.N.E.F., mieux connue, à l’U.P.O.E., trop politisée et d’ailleurs divisée. Or le nouveau président de l’U.N.E.F., Pierre Rostini, est un ancien résistant. Sous son impulsion, l’U.P.O.E. se dissout et ses adhérents rejoignent l’U.N.E.F.

 

III – 1946-1956, LA PERIODE DITE  » SYNDICALE « 

1) la charte de GRENOBLE

En 1946, le congrès de l’U.N.E.F. se tient à GRENOBLE. sous l’influence des militants venus de l’U.P.O.E., plus sensibles aux problèmes politiques et sociaux, l’U.N.E.F. élabore un document, la « charte de GRENOBLE » (annexe 1), qui:

– définit l’étudiant comme « un jeune travailleur intellectuel »,

– définit, en conséquence, l’U.N.E.F. comme un syndicat.

Cette charte est importante car elle reste actuellement le fondement théorique d’un grand nombre de revendications. Or elle porte la trace du climat politique de la libération et s’exprime dans un vocabulaire marxiste. Parce que « travailleur », l’étudiant « doit » lutter contre le capitalisme « exploiteur ». Parce qu’intellectuel », il a le devoir de rechercher « le sens de l’histoire ».

Mais au moment où l’U.N.E.F. adopte ce document para-politique, elle se donne un bureau dépolitisé.

 

2) L’U.N.E.F. Syndicat « apolitique » :

– Les « majos » au pouvoir(1947-1956)

De 1947 à 1956 une tendance « gestionnaire », hostile à des prises de position politiques, contrôle le Bureau National de l’U.N.E.F. parce qu’ils détiennent la « majorité », les gestionnaires sont appelés « majos ».

Ils conserveront, quant à eux, l’appellation de « minos ».

Les « majos », pour être gestionnaires et « apolitiques », n’en étaient pas moins revendicatifs. Dès 1947, une grève étudiante avait lieu contre le relèvement des droits universitaires. En 1953, sous la présidence de MOUSSERON, l’U.N.E.F. manifestait contre l’insuffisance du budget de l’Education Nationale.

A ces revendications correspondirent les seules conquêtes syndicales de l’U.N.E.F. :

– Loi du 23 Septembre 1948, assure aux étudiants le bénéfice d’un régime de Sécurité Sociale dont la gestion complète est remise à leurs représentants élus de la Mutuelle Nationale des Etudiants de France,

– Loi du 16 Avril 1955, un président « majo », BALLAND, obtient le vote de la loi transformant les anciens Centres des Oeuvres en établissements publics, la création du Centre National des Oeuvres et organisant la cogestion.

Mais les « majos » se heurtent à une opposition « mino » surtout préoccupée par les problèmes politiques posés par la décolonisation.

L’U.N.E.F. « majo » ne prend pas position dans la guerre d’Indochine. Certaines A.G.E. (menées par Grenoble) le lui reprochent.

Au début des événements d’Afrique du Nord, l’U.N.E.F. refuse encore de prendre position. L’A.E.M.A.F. (Association des Etudiants Musulmans d’Afrique du Nord en France) et la F.E.A.N.F. (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France) rompent avec l’U.N.E.F.

La majorité s’effrite devant les attaques « minos » et aussi l’agitation brouillonne de l’A.G.E. d’Alger tenue en main par des étudiants « Algérie Française » (cf. Lagaillarde).

En 1955, Raffoux, Président « majo » de l’A.G.E. de Lille est élu Président de l’U.N.E.F. Mais il est mis en minorité au C.A. National et doit céder la place à un « mino » issu de le J.E.C., Michel de la Fournière (début 1956). Peu à peu, les « minos », mieux coordonnés, vont prendre en main le mouvement.

 

3) Causes de la victoire « mino »

C’est essentiellement la guerre d’Algérie.

Elle pose à chacun un cas de conscience. De plus, le régime strict des sursis, l’inflation du budget militaire (30% du budget national en 1956) par rapport au budget de l’Education Nationale (9% à la même époque) conduisent les étudiants à s’intéresser aux questions politiques et à souhaiter la fin du conflit par la négociation.

 

IV – 1957-1967, LA PERIODE POLITIQUE

1) Le syndicalisme étudiant et la guerre d’Algérie

Pour les « minos » il n’y a pas de « problèmes étudiants », mais des « aspects étudiants des problèmes politiques nationaux ». Une telle conception permet toutes les interventions dans le domaine politique.

De ce fait l’U.N.E.F. en vient à prendre des positions très engagées sur le problème algérien. L’Union Générale des Etudiants Musulmans d’Algérie (U.G.E.M.A.) ayant été interdite par le Gouvernement pour ralliement au F.L.N., le Vice-Président International de l’U.N.E.F., Dominique Wallon, se rend au Congrès de l’U.G.E.M.A. à Tunis.

En 1958, les « majos » (18 A.G.E.) tentent une scission et fondent le M.E.F. (Mouvement des Etudiants de France). Mais le Haut-Commissaire à la jeunesse et aux sports, Maurice Herzog, refuse de les recevoir et ils doivent réintégrer l’U.N.E.F. au Congrès de Lyon (Pâques 1959), moyennant promesse de retour à une « neutralité politique ».

Cette promesse ne sera pas tenue. En 1960, Dominique Wallon, qui a pris des contacts avec le F.L.N., devient Président de l’U.N.E.F. En octobre 1960, l’U.N.E.F. participe à de grandes manifestations pour la paix en Algérie. En décembre 1961 et février 1962, elle prendra une part active aux manifestations anti O.A.S.

Devant cette situation, les « majos » tentent de mener une opposition interne plus vigoureuse en coordonnant leur action : c’est le C.L.I.E.F. (Comité de Liaison et d’Information des Etudiants de France) créé par Jacques Kremer et Philippe Letteron (octobre 1960). A cette époque Lille est « mino » au 2/3, mais Paris-Sciences, Amiens, Montpellier, Nice, Toulouse, Nantes, Paris-Droit, la plupart des Grandes Ecoles, sont encore « majos », ainsi que la majorité des corpos de Médecine et de Droit. Mais la tension est vive entre extrémistes (Paris-Lettres, Alger). Des scissions éclatent spontanément – à Dijon, à Caen-. Au Congrès de Caen (Pâques 1961), les « majos » du C.L.I.E.F. ne parviennent pas à s’assurer la majorité. Les gestionnaires « majos » se divisent à la suite de cet échec. Ceux qui appartiennent à des A.G.E. contrôlées par les « minos » (en province) font scission et préfèrent mener la lutte de l’extérieur : ils créent la F.N.E.F. (Fédération Nationale des Etudiants de France), sous la direction de Lapasset.

Quelques associations « majos » restent dans l’U.N.E.F., pour y poursuivre la lutte de l’intérieur : Paris-Sciences, Langues Orientales, H.E.C.

C’est la fin de l’unité du syndicalisme étudiant.

Quelques remarques s’imposent à propos de cette scission :

 

– Elle a été l’oeuvre des offices techniques de Droit et de Médecine, restés aux mains des « majos ». Elle recoupe donc un clivage traditionnel entre juristes et médecins « de droite » -Professions Libérales-, et littéraires et scientifiques « de gauche » -Professions Salariales-.

– C’est un épiphénomène de la guerre d’Algérie.

En fait, restent dans l’U.N.E.F. :

– Ceux qui souhaitent la victoire du F.L.N. en Algérie.

– Ceux qui se situe « à gauche » et se sentent donc chez eux dans une U.N.E.F. « de gauche ».

Adhèrent à la F.N.E.F. :

– Certains des tenants traditionnels de l' »apolitisme syndicale, authentiques « majos ».

– Les partisans de l’Algérie Française.

La scission a reçu l’appui du gouvernement (pour des raisons tactiques), de certains responsables F.O. (au nom de l' »apolitisme » syndicale), de divers milieux d’extrême droite (pour l’Algérie Française).

Mais la F.N.E.F. de LlAPASSET et MOULYNS-YSSAL ne pourra s’implanter vraiment qu’en Droit et Médecine. Elle restera donc « catégorielle » et, de plus, divisée entre les deux tendances qui lui ont donné naissance : le courant syndical apolitique, les militants de droite.

 

2) Situation à la fin de la guerre d’Algérie

Lors des accords d’EVIAN (Printemps 1962), la situation est donc la suivante :

– L’U.N.E.F. est un mouvement important (80 000 cartes), très marqué à gauche et qui rassemble ses troupes essentiellement à cause de ses positions sur l’affaire algérienne.

– La F.N.E.F. (20 000 cartes) vivote. Par contre, La F.N.A.G.E. (Fédération Nationale des Associations de Grandes Ecoles), de tendance « majo » l’emporte lentement sur l’U.G.E. (Union des Etudiants en Grandes Ecoles) liée à l’U.N.E.F.

L’unité du syndicalisme étudiant est rompue. Les rapports de l’U.N.E.F. avec les pouvoirs publics sont franchement mauvais. L’acquis syndical est menacé et, l’élément passionnel disparaissant avec la guerre d’Algérie, L’U.N.E.F. risque de perdre tout cheval de bataille politique.

A la fin de son mandat, Dominique WALLON s’était efforcé de redonner à l’U.N.E.F. une activité purement gestionnaire. Ses Successeurs de 1962-1963, LEMEILLEUR puis ROURE, personnages falots, s’efforceront de lancer des campagnes syndicales, notamment sur le logement étudiant (fin 1962). Mais sans grand succès.

L’U.N.E.F. tente alors de rassembler les étudiants sur le thème de l’allocation d’études pour tous. L’étudiant recevant un « salaire » devra, dans une optique marxiste, s’opposer au régime « capitaliste-gaulliste ». Mais le « pré-salaire » mobilise moins que la guerre d’Algérie.

En 1964, l’U.N.E.F. est en crise et chacun sent qu’un tournant s’amorce.

3) le tournant de 1964

Le départ de la plupart des « majos » gestionnaires laissait en présence deux groupes au sein de l’U.N.E.F. :

– Les « minos » traditionnels, de tendance chrétienne progressiste, issus de la J.E.C., souvent proches du S.G.E.N. (Syndicat Général de l’Education Nationale, C.F.T.C.).

– Les « marxistes », ensemble hybride d’étudiants P.S.U., U.E.C. (Union des Etudiants Communistes), Trotskystes, etc…

Au Congrès de Pâques 1963, Michel Mousel, fils d’un cadre du S.G.E.N., fut élu Président de l’U.N.E.F., contre ollack, Président de l’Association Générale des Etudiants en Médecine de Paris (A.G.E.M.P.) et membre de l’U.E.C. Le Bureau élu comprenait aussi François Calaque , Secrétaire Général très modéré, mais aussi deux militants communistes : Marechal et Malrieu.

Rapidement, le Bureau Mousel va se révéler prisonnier des extrémistes de la « tendance Pollack ». Ceux-ci fondent leurs revendications sur la théorie de « l’étudiant, jeune travailleur intellectuel », coupé de sa famille.

De ce postulat découlent :

– La revendication du pré-salaire qui doit être égal pour tous, puisque l’étudiant est coupé de son milieu social d’origine.

– La revendication de participation aux Assemblées de Faculté puisque l’étudiant est majeur et doit traiter d’égal à égal avec les enseignants.

– En conséquence, le rôle du syndicat est d’aboutir à une « contestation globale » et à la construction d’une « alternative socialiste ».

Le syndicat étudiant ne peut être que révolutionnaire et anticapitaliste pour les « minos ».

Cette doctrine sera poussée à ses limites extrêmes par les dirigeants de Paris-Lettres, Peninou et Kravetz, leaders de la tendance « syndicalo-terroriste », qui prôneront la mise en place de « structures de déséquilibre », c’est-à-dire en langage non- marxiste, la politique du pire. Il s’agissait de saboter, plus ou moins ouvertement, les mécanismes d’aide aux étudiants (système des bourses, etc …) pour en prouver l’inefficacité et en accélérer le remplacement par des mécanismes nouveaux et socialistes (le pré-salaire).

Bon gré mal gré, le Bureau MOUSEL dut se mettre à la remorque des « syndicalo-terroristes ». Chantage pur et simple au désordre et défi permanent aux autorités. La plus belle manifestation du « syndicalo-terrorisme » fut le mot d’ordre d’interdiction de la Sorbonne au Ministre de l’Education Nationale lors de la visite du Président SEGNI (février 1964) qui aboutit à la mise en état de siège du quartier latin.

Une telle attitude devait avoir des conséquences graves. Prenant acte de cette « contestation globale » qui entravait le fonctionnement régulier du Centre National des Oeuvres « cogéré », le gouvernement réforma le C.N.O. et diminua les possibilités de participations des étudiants à sa gestion.

Ainsi donc, les excès de la « mino » aboutirent à la remise en question des conquêtes du syndicalisme étudiant.

Manifestement, la grande masse des étudiants ne « suivait » plus. Peninou et Kravetz le reconnurent. Mais, au lieu d’en tirer les conséquences et de revenir à des préoccupations reflétant les problèmes de la masse des étudiants, ils élaborèrent la théorie de l’U.N.E.F. -fer de lance de la révolution, syndicat minoritaire expression politique consciente du monde étudiant.

Ainsi, huit ans de gestion « mino » aboutirent, en 1964 :

– à la division du syndicalisme étudiant,

– à l’abandon de la doctrine de « l’U.N.E.F. syndicat de masse » au profit de l’idée du « syndicat-fer de lance politique », nécessairement minoritaire,

– à la remise en question des principales conquêtes syndicales du monde étudiant.

 

4) Le Congrès de TOULOUSE (Pâques 1964)

Au sein même du Bureau National, on semblait avoir pris conscience, à la veille du Congrès, du danger que les « syndicalo-terroristes » faisaient courir au Mouvement.

PENINOU et KRAVETZ espéraient prendre le contrôle du Bureau National à la faveur du Congrès. Ils trouvèrent en face d’eux une triple opposition :

– celle des « majos » parisiens, restés à l’intérieur de l’U.N.E.F. Ils se renforcent, au Printemps 1964, en s’emparant de Paris-Médecine, une des plus grosses A.G. de France, dont Pollack fut Président.

– celle des U.E.C. « suivistes » ou « orthodoxes ». En effet, nous sommes en pleine révolte de l’U.E.C. contre le P.C.F. Or, Pollack et la plupart des cadres U.E.C. de l’U.N.E.F. appartiennent à une fraction en révolte contre le parti. Et le P.C.F. condamne leurs thèses « révolutionnaristes », considérées comme « aventuristes ». Aussi les fidèles du P.C.F. vont-ils condamner la doctrine du syndicat « minoritaire » et remettre en avant la doctrine de « l’U.N.E.F.-syndicat de masse », tout comme les « majos » mais avec des buts bien différents.

– celle des A.G.E. de Province et de la « mino » traditionnelle, plus ou moins dépassée par les événements.

La coalition plus ou moins factice de ces deux dernières oppositions réussit à mettre en échec les « syndicalo-terroristes » parisiens et amena l’élection d’un Bureau « provincial » présidé par Bernard Schreiner.

La presse parla alors d’une victoire des gestionnaires. Il n’en était rien. Simplement, des éléments de gauche et d’extrême-gauche « réalistes », d’obédience « marxiste », avaient fait échec à une poignée d’excités pour sauver un Mouvement qui leur permet de faire « passer plus commodément » leurs propres idées politiques.

D’ailleurs, Schreiner déclara qu’il continuerait la politique de Mousel (influencée par l’extrémiste). Il devait tenir parole. Mais ses possibilités d’action devenaient de plus en plus réduites :

– Le Ministère a depuis longtemps coupé les crédits alloués à l’U.N.E.F. et celle-ci souffre d’une grave crise de trésorerie.

– La vente des cartes diminue de façon impressionnante.

– Les « majos » vont s’emparer successivement de Paris-Sciences Po. et Paris-Pharma, s’assurant ainsi une solide majorité au sein de la F.E.P. (Fédération des Etudiants de Paris).

– Les situationnistes, en s’emparant de l’A.G.E. de Strasbourg, A.G.E. même de Schreiner, porteront la confusion à son comble puisque ces « anarchistes de gauche » nient l’intérêt de l’U.N.E.F. en tant qu’organisation et travaillent à sa destruction pure et simple…

En 1965, Nallet, frère du leader de la J.E.C. en difficulté avec la Hiérarchie, est élu Président de l’U.N.E.F. Au Congrès de 1966, tenu à Grenoble, « vingt ans après … » il doit reconnaître dans son rapport moral la faillite de l’U.N.E.F. Reconduit dans ses fonctions, il devait la place en juillet 1966 à Terrel (Normal’Sup.) qui devait démissionner, en janvier 1967, en raison de l’opposition manifestée par les U.E.C. « orthodoxes » envers ce marxiste-léniniste « pro-chinois ». C’est alors que les étudiants P.S.U. vont s’emparer de l’appareil de l’U.N.E.F. où il n’est plus question d’affrontements syndicaux, mais simplement de la lutte pour le pouvoir entre deux appareils politiques : les étudiants du P.S.U. et les étudiants de l’U.E.C.

A partir de 1967, il ne s’agit plus de savoir quel parti politique pourra s’emparer de l’U.N.E.F.

 

V – 1967-1968, L’U.N.E.F. A PRENDRE (ou A REPRENDRE)

1) Le P.S.U. au pouvoir

Depuis quelques mois, le P.S.U. et le P.C.F., par l’intermédiaire de leurs Groupes Etudiants (E.S.U. et U.E.C.), ont pris le contrôle direct d’un certain nombre d’A.G.E. de Province dont la grande masse des étudiants écoeurée se détourne. L’U.E.C. s’est emparée des A.G.E. d’Aix, Saint-Etienne, Rouen. Les E.S.U. contrôlent l’importante A.G.E. de Lille. C’est un E.S.U. (de tendance Rocard), Pierre Van den Burie, étudiant en Droit à Lille, qui va succéder à Terrel, avec un bureau à majorité E.S.U. Dès janvier-février 1967 il va se heurter aux A.G.E. contrôlées par le P.C.F., mais il devra aussi composer avec les transfuges de l’U.E.C., reprise en main par le P.C.F., des trotskistes, des pro-chinois, tandis que les « majos », dont le poids ne cesse de s’accroître, postulent à nouveau la direction du Mouvement.

 

Dans ces conditions le bureau Van den Burie préfère repousser en juillet le Congrès de l’U.N.E.F. qui se tient traditionnellement à Pâques, et Van den Burie ira défendre … à BARCELONE, les étudiants victimes du franquisme, tandis que l’U.E.C. chasse l’E.S.U. de l’A.G.E. de Lille.

 

2) Le Congrès de Lyon (3-11 Juillet 1967)

C’est le lundi 3 Juillet 1967 à 15 H 30 que s’ouvrit le 56ème Congrès de l’U.N.E.F., à la mairie du 3ème arrondissement de Lyon.

Une première bataille devait se livrer sur la validation des mandats. Celle-ci fit, en effet, ressortir que l’U.N.E.F. avait connu la plus considérable baisse de cartes de son histoire et que, sans les « majos » l’U.N.E.F. n’aurait plus que 15 000 adhérents ( 100 000 en 1960). En fait, les A.G.E. dominées par le P.S.U. et celles dominées par l’U.E.C. se surveillaient de telle façon qu’elles empêchaient, pour la première fois, les validations abusives et fraudes sur le nombre de cartes. On s’aperçut alors que les « majos » pourraient bien enlever la majorité. Aussitôt, P.S.U. et U.E.C. se mirent d’accord pour valider sans contrôle les mandats de leurs A.G. respectives, et s’assurer ainsi une majorité artificielle.

Depuis le congrès de Lyon, la « mino » se maintient au pouvoir dans l’U.N.E.F. grâce à des truquages de mandats.

Dans ces conditions, les « majos » refusèrent d’acquitter leurs cotisations et furent invalidés. Mais l’alerte avait été si chaude, que « COMBAT » titrait le 6 Juillet : « L’U.N.E.F. reste aux « minos » après l’invalidation de l’opposition apolitique ».

Dès lors, le combat allait se circonscrire à l’E.S.U. et à l’U.E.C.

Dans son rapport moral, Pierre Van den Burie parlait de crise « organisationnelle », de « paralysie du Bureau National due à sa faiblesse en hommes et en moyens financiers », de la « coupure entre la direction nationale, les A.G.E. et les étudiants ». Ce rapport, qualifié de « vide » et « mystificateur », fut repousser par 145 voix contre 20 et 165 abstentions.

 

L’U.N.E.F. allait-elle passer aux mains de l’U.E.C. ?

On put le croire. L’HUMANITE publiait article sur article à propos du Congrès. Des permanents de la fédération du Rhône du Parti Communiste, présents dans la salle, téléguidaient leurs poulains. Finalement, trois textes d’orientation s’affrontèrent :

– un texte « majo », pour l’honneur car il n’avait aucune chance d’être adopté vu le truquage des mandats,

– un texte d’inspiration P.S.U. (E.S.U.)

– un texte d’inspiration P.C.F. (U.E.C.)

Le texte P.S.U. était une analyse très « intellectuelle » de la situation, et une condamnation sévère de l’Université « bourgeoise ».

Le texte P.C.F. était un catalogue des besoins des étudiants, parfois proche des préoccupations « majos » mais essentiellement « électoraliste » et, en cela, continuateur de la ligne suivie par l’U.E.C. « orthodoxe » depuis 1964.

Finalement le texte P.S.U. obtint 127 voix contre 121 au texte communiste.

A Lyon, les communistes avaient été battus, mais ils reviendront à l’assaut. C’est ce que laisse clairement entendre la déclaration « fractionnelle » faite par 11 A.G.E. d’obédience « communiste » à l’issue du Congrès.

 

3) La situation au Printemps 1968

Avec 600 000 F de dettes, l’U.N.E.F. n’avait pas les moyens de mener des actions de grande envergure. Elle put toutefois retrouver un peu d’audience en raison des difficultés de la rentrée en octobre 1967.

Mais les « majos » s’étaient emparés de Paris-Pharma et causaient de réelles difficultés aux « minos » dans certaines villes de province, en particulier à Lille. Si les « majos » parvenaient à chasser les communistes de la direction de l’A.G.E., l’U.N.E.F. basculerait irrémédiablement.

Malheureusement les « majos » restaient divisés entre U.N.E.F. « majos » partisans de la reconquête, et F.N.E.F. Et les « minos », qu’ils soient P.S.U. ou communistes, étaient décidés à tout pour empêcher la reprise en main par les « majos ». Le 21 Avril 1968, l’Assemblée Extraordinaire de l’U.N.E.F. exclut les Associations modérées restées en son sein. Par ce coup de force les « minos » se débarrassaient d’adversaires trop redoutables et montraient qu’ils ne respectaient plus l’apparence même d’une légalité dans ce qui avait été un grand Mouvement Etudiant.

Unis contre les « majos », les « minos » n’en restaient pas moins déchirés maintenant en cinq tendances :

– P.S.U. qui tenait le bureau,

– P.C.F. (U.E.C.),

– Jeunesse Communiste Révolutionnaire (J.C.R. dissidente de l’U.E.C.)

– Fédération des Etudiants Révolutionnaires (F.E.R. d’inspiration trotskiste).

– Union des Jeunesses Communistes Marxistes Léninistes (U.J.C.M.L.) d’obédience maoïste.

Au Printemps 1968, de l’aveu même de ses principaux dirigeants, l’U.N.E.F. avait cessé d’exister. Elle n’était plus que le champ clos d’une lutte d’appareils. Lorsque la crise éclata, l’U.N.E.F. n’avait même plus de président (Sauvageot n’était que Vice-Président). Au cours des journées de Mai, l’U.N.E.F. a pu faire illusion parce que son sigle était familier aux journalistes, aux étudiants et aux centrales ouvrières. Mais elle n’a joué, selon le mot de Jacques Sauvageot, que « le seul point de ralliement acceptable » (sous-entendu pour des groupuscules par ailleurs opposés).

 

VI – LE SYNDICALISME ETUDIANT DE MAI 1968 A MAI 1982

1) L’éclatement de l’U.N.E.F.

L’U.N.E.F. n’avait joué aucun rôle dans le déclenchement des événements de Mai. On put se demander, pourtant, si elle n’allait pas profiter de l’éclat retrouvé de son sigle.

C’est peut-être ce qu’espérait Sauvageot, élu à la présidence quand le calme fut revenu.

Son attente a été déçue :

– parce que Edgar Faure, en faisant voter la loi d’orientation, a repris l’initiative et isolé les extrémistes,

– parce que les factions marxistes qui formaient l’U.N.E.F. se sont divisées sur l’attitude à adopter à l’égard de la loi d’orientation.

Le Bureau National de l’U.N.E.F. (P.S.U.), les maoïstes, trotskistes ont appelé au boycott des élections. Ils reprenaient ainsi la conception des « syndicalo-terroristes » de 1964 : l’U.N.E.F. est le fer de lance de la révolution, une avant-garde, nécessairement très minoritaire.

Les étudiants communistes ont recommandé de participer aux élections et de fondé la tendance U.N.E.F.-Renouveau. Une participation, qui ne doit pas tromper cependant : elle est tactique. Il s’agit pour eux, non d’aider à promouvoir des réformes, mais à s’emparer d’un maximum de positions dans les organes des Universités pour y faire un travail de pénétration communiste. Ils veulent faire de l’U.N.E.F. une sorte de C.G.T. étudiante.

Dès le Congrès de Marseille (Décembre 1968), une partie des trotskistes (ligue communiste de Krivine) et des maoïstes ont abandonné l’U.N.E.F., estimant que leur lutte politique devait être menée en dehors de toute action syndicale.

Le 58ème Congrès, tenu à Orléans, vit la mise en minorité de la tendance P.S.U. tandis que s’affirmait une double opposition (trotskiste, de l’Alliance des Jeunes pour le Socialisme : A.J.S., communiste de l’U.N.E.F.-Renouveau). Finalement un P.S.U., Jean-Pierre Chassine, fut quand même élu grâce au renfort de quelques maoïstes.

De plus en plus isolé, le Bureau P.S.U. finit par démissionner en janvier 1971, laissant face à face l’A.J.S. regroupée dans la tendance « Unité Syndicale », et l’U.E.C. de la tendance « Renouveau ».

Incapables de cohabiter, les deux fractions ont tenu des Congrès séparés :

– L’U.N.E.F. « Unité Syndicale » réunie à Dijon en février 1971, a élu Michel Serac à sa présidence. Des observateurs de F.O., de la C.F.D.T. et de la F.E.N. assistaient au Congrès. Michel Serac occupe le local de l’U.N.E.F. rue Soufflot à Paris.

– L’U.N.E.F. « Renouveau », réunie en mars 1971 à Paris, a élu Guy Konopnicki à sa présidence. Des observateurs de la C.G.T. assistaient au Congrès.

Guy Konopnicki a intenté un procès à Serac, mais le tribunal de Grande Instance de PARIS a estimé, en Juillet 1971, qu’aucune des deux organisations n’est légalement l’U.N.E.F., déclarant :

« En droit comme en fait il n’y a plus d’U.N.E.F. »

 

2) L’émiettement des « modérés »

Leur expulsion de l’U.N.E.F. posait aux « majos » un problème nouveau : dans quel cadre situer désormais leur action ?

A cette question ils n’ont pas su apporter une réponse commune.

Plusieurs causes expliquent cet émiettement :

– l’apparition après mai 1968 de nombreux groupes étudiants, formés par des éléments nouveaux, ignorants des clivages traditionnels.

– divergences sur l’attitude à adopter :

. vis-à-vis des réformes,

. à propos de la participation aux élections.

Un sondage de l’I.F.O.P. de la rentrée de 1968 révélait que, sur dix étudiants : un seul est révolutionnaire, cinq sont réformistes, quatre ne le sont même pas.

Ces attitudes se retrouvent :

– la F.N.E.F., après avoir hésité, a finalement refusé de participer aux élections prévues par la loi d’orientation. Elle critique certains aspects des réformes qu’elles jugent « insuffisantes ». Mais en fait ses adhérents, en majorité conservateurs, acceptent mal les réformes entreprises. Certains de ses militants ont même rallié le mouvement d’extrême droite « Ordre Nouveau », à travers le « Groupe Union Droit » (G.U.D.), successeur de la Corpo Droit de Paris. D’autres éléments paraissent néanmoins plus novateurs.

– l’U.N.I. : Union Nationale Inter-universitaire, créée en 1968, a pour inspirateur Frédéric Deloffre, professeur à la Sorbonne, connu pour son hostilité violente aux Gauchistes. L’U.N.I. déclare approuver la loi d’orientation. Elle présente des candidats aux élections. Mais son acceptation de la loi est plus résignée qu’enthousiaste. Plus décidée à « résister » qu’à innover, elle est condamnée à une attitude défensive, finalement peu constructive.

– le R.E.P. : Rassemblement des Etudiants pour la Participation. Créé, lui aussi, en 1968 (sous le sigle MODEL), il approuve la loi d’orientation mais n’a guère d’implantation qu’à Paris. Il est représentatif de ces nombreux groupements créés plus sur une base locale qu’en vue d’une action nationale. C’est pourquoi il a participé à la constitution de l’A.M.R.U. : Alliance des Mouvements Réformistes Universitaires.

– le C.L.E.R.U. : Comité de Liaison des Etudiants pour la Réforme Universitaire, résolument réformiste, n’est guère implanté en province, lui non plus.

– l’A.N.E.M.F. : Association Nationale des Etudiants en Médecine de France née de la fusion de l’U.N.E.M.F. (Union Nationale des Etudiants en Médecine de France) et de l’A.G.E.M.P. en 1965 et la F.N.A.G.E. : Fédération Nationale des Associations de Grandes Ecoles acceptent le cadre de la loi d’orientation et présentent des candidats. Elles existaient bien avant 1968 et sont réputées pour leur sérieux.

– le M.A.R.C. : Mouvement d’Action et de Recherche Critique se situe résolument « à gauche ». Il semble proche de la C.F.D.T. très critique à l’égard du pouvoir, il laisse à ses groupes locaux la liberté d’appréciation quant à la participation aux élections dans les U.E.R.

Au élections du C.N.E.S.E.R. de 1971 treize listes se disputent les suffrages des étudiants élus aux conseils des universités.

Ces résultats des élections au C.N.E.S.E.R. : Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 1971 donnent:

– U.N.E.F. 40,60% des voix : 7 sièges

– L.I.D.I.E.* 18,73% des voix : 3 sièges

– C.L.E.R.U. 8,65% des voix : 2 sièges

– U.N.I. 8,55% des voix : 1 siège

– A.M.R.U. 5,91% des voix : 1 siège

– Défense des Libertés Etudiantes 7,81% des voix : 1 siège

– M.A.R.C. 4,64% des voix : 1 siège

– Action Régionale Universitaire 3,90% des voix : 1 siège

– F.N.E.F. 2,42% des voix : 0 siège

– liste « cogestion » 0,52% des voix : 0 siège

– liste d’action régionale 0,00% des voix : 0 siège

– Fédération des étudiants sérieux 0,84% des voix : 0 siège

* L.I.D.I.E. : Liste Indépendante de défense des Intérêts des Etudiants (A.N.E.M.F. et F.N.A.G.E)

Une évidence se dégage de ce scrutin : l’émiettement des groupes modérés ou réformistes les a conduit à l’écrasement. La reconstruction d’un syndicalisme étudiant véritable passe par l’unité d’action de ces éléments actuellement dispersés.

Les débats politiques et les crises successives à l’intérieur de l’U.N.E.F., qui ont abouti à son éclatement, n’épargnèrent pas la M.N.E.F., et très vite cette dernière devint non plus une structure au service des étudiants, mais bien plutôt un instrument au service d’une certaine politique. Ce qui devait arriver arriva et la M.N.E.F. se retrouva bientôt avec un déficit financier considérable.

Ne pouvant accepter de voir les étudiants ainsi trompés, certaines associations membre de l’A.N.E.M.F. décidèrent de créer de nouvelles mutuelles indépendantes. Ainsi à Lyon et à Grenoble, se crée en 1970 la S.M.E.R.R.A. et, quelques années après, dans la région NORD – NORD OUEST, la S.M.E.N.O.

 

3) La recomposition du paysage syndical étudiant

Les « majos » exclus de l’U.N.E.F. depuis avril 1968, laminés par les élections au C.N.E.S.E.R. de 1971 mettent sur pied une structure de liaison à partir des associations nationales mono-disciplinaires.

En 1975 c’est la création du C.L.E.F. : Comité de Liaison des Etudiants de France présidé par Alain Marie issu de l’A.G.E.M.P.

Le C.L.E.F. regroupe : l’Association Nationale des Etudiants en Lettres, Droit, Sciences, Sciences Economiques et Technologie de France (A.N.E.F.); l’Association Nationale des Etudiants en Médecine de France (A.N.E.M.F.); l’Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France (A.N.E.P.F.); l’Union Nationale des Etudiants en Chirurgie Dentaire (U.N.E.C.D.); la Fédération Nationale des Associations des Grandes Ecoles (F.N.A.G.E.).

Malgré la constitution du C.L.E.F., les élections de 1976 au C.N.E.S.E.R. ne sont pas favorables aux « majos » et l’ont assiste à un renforcement de l’U.N.E.F.

Résultats C.N.E.S.E.R. élection 1976 :

U.N.E.F. 60% des voix 10 sièges

C.L.E.F. 25% des voix 5 sièges

U.N.I. 7,4% des voix 1 siège

M.A.R.C. 7% des voix 1 siège

Les élections présidentielles de 1974 amène au pouvoir Valéry Giscard d’Estaing. Son ministre des universités, Alice Saunier Seite, encourage la création en 1978 du Syndicat des Etudiants Libéraux de France (S.E.L.F.). Cette association loi 1901 est plus connue sous le sigle C.E.L.F. (Collectif des Etudiants Libéraux de France).

D’abord présent dans les élections aux C.R.O.U.S. et au C.N.O.U.S., il ne s’implantera jamais réellement.

En 1979, lors des élections aux instances consultatives auprès du ministère de l’éducation nationale (C.N.E.S.E.R. et C.N.O.U.S.) la F.N.E.F. obtient un siège :

1979 C.N.E.S.E.R. C.N.O.U.S.

U.N.E.F. 59,32% des voix 10 sièges U.N.E.F. S.E. 4 sièges

U.N.E.F. I.D. 5 sièges

C.L.E.F. 19,77% des voix 3 sièges

F.N.E.F. 5,16% des voix 1 siège

U.N.I. 15,76% des voix 3 sièges

C.E.L.F. 1 siège

Suite aux élections au C.N.E.S.E.R., La F.N.E.F. et le C.L.E.F. nouent des contacts qui aboutiront à une réunification, c’est la constitution de la C.N.E.F. (Confédération Nationale des étudiants de France), congrès de réunification mars 1982.

La C.N.E.F. s’appuie sur les associations de base. Ce sera un échec devant la vigueur retrouvée de certaines Associations Générale d’Etudiants. Cette organisation ne tiendra plus de congrès après 1986.

Les U.N.E.F. se réorganisent.

En 1980 l’U.N.E.F. Unité Syndicale et le M.A.S. (Mouvement d’Action Syndical) fusionnent et forment l’U.N.E.F. Indépendante et Démocratique. Elle participe aux élections universitaires et aux C.A. du C.R.O.U.S.

En 1982 l’U.N.E.F. Solidarité Etudiante prend la suite de U.N.E.F. Renouveau animée principalement par des étudiants de l’U.E.C. et du C.E.R.E.S.

L’U.N.I. s’affirme comme un mouvement étudiant d’opposition à la politique de gauche menée par François Mitterrand, président de la république depuis 1981.

C’est dans cette atmosphère de recomposition du paysage syndical étudiant que s’élabore la nouvelle loi d’orientation de l’enseignement supérieur.

 

VII – LE SYNDICALISME ETUDIANT DEPUIS 1982

1) Les réformes de la loi d’orientation de l’éducation nationale

L’année universitaire 1982-1983, sous l’impulsion du ministre socialiste de l’éducation nationale, voit la préparation d’une nouvelle loi d’orientation de l’enseignement supérieur. Cette initiative divise le monde universitaire et étudiant. De nombreuses grèves éclatent auxquelles participent les étudiants modérés : la diminution de la représentation étudiante dans les conseils et la « secondarisation » des premiers cycles sont au coeur de leurs préoccupations. La droite (U.N.I. et C.E.L.F.) et l’extrême droite relayent cette agitation. Les organisations de gauche U.N.E.F. S.E. et U.N.E.F. I.D. sont partagées entre les mots d’ordres politiques et leur volonté de relayer l’avis des étudiants. Elles ne participent que sporadiquement.

Devant la lenteur des réformes, l’U.N.E.F. I.D. boycotte les élections au C.N.O.U.S. en Décembre 1983.

1983 C.N.E.S.E.R. C.N.O.U.S.

P.S.A. 5,71% 1 siège

U.N.E.F. S.E. 31,46% 5 sièges 54,55% 6 sièges

U.N.E.F. I.D. 33,06% 6 sièges

U.N.I. 9,62% 2 sièges 13,86% 1 siège ( 13,86% 1 siège

C.E.L.F. 5,08% 1 siège ( ( 9,90% 1 siège

C.N.E.F. 6,42% 1 siège 7,92% 1 siège

F.N.E.M.S. 0,98% 0 siège

Et. Indép. 7,67% 1 siège

La loi est votée en janvier 1984, malgré de nombreux amendements. Il va s’en suivre une période de suspension des élections pendant laquelle les universités devront adapter leurs statuts laissant en place les conseils précédemment élus.

En 1986, les élections législatives modifient la majorité parlementaire. Une nouvelle loi est en préparation.

Savamment orchestrée par les deux U.N.E.F., et notamment l’U.N.E.F. I.D., l’agitation gagne l’enseignement supérieur, relayée par les syndicats enseignants que le ministre veut mettre au pas. Elle gagne les lycées. La mort d’un étudiant précipitera le retrait du projet et le départ du Ministre Devaquet. Ces grèves symboliseront le renouveau de l’U.N.E.F. I.D., dominée par des trotskystes qui se sont emparés du contrôle d’une organisation déstructurée et en déliquescence.

 

2) L’application de la nouvelle loi d’orientation

Une réforme de l’organisation des C.R.O.U.S. permet une timide reprise des processus électoraux. En 1987 les élections au C.N.O.U.S. donnent:

U.N.E.F. S.E. 15,97% 1 siège

U.N.E.F. I.D. 38,88% 3 sièges

U.N.I. 18,75% 2 sièges

C.E.L.F. 15,97% 1 siège

Indépendants 11,11% 1 siège

La liste indépendante, présentée par les A.G.E. de Strasbourg (A.F.G.E.S.) et Lille Catho (F.E.S.L.V.), reçoit le soutient de la C.N.E.F., c’est la fin de cette association.

A.F.G.E.S. et F.E.S.L.V. gèrent encore les derniers restaurants universitaires autonomes.

En 1989, et après la remise à niveau statutaire des établissements effectuée dans le cadre d’une loi d’orientation de l’université, la gauche revenue au pouvoir, les élections aux C.N.E.S.E.R. et C.N.O.U.S. reprennent un rythme normal.

A l’initiative des associations nationales mono-disciplinaires (A.N.E.M.F., A.N.E.P.F., U.N.E.C.D., U.N.E.D.E.S.E.P.), toujours restées actives, et des Fédés. ou A.G.E. de Lille-Catho, Strasbourg, Montpellier, Nantes, la liste Défense des Etudiants obtient un bon succès aux élections aux C.N.E.S.E.R. et C.N.O.U.S.

1989 C.N.E.S.E.R. C.N.O.U.S.

P.S.A. 5,23%

U.N.E.F. S.E. 16,38% 2 sièges 20,39% 1 siège

U.N.E.F. I.D. 35,67% 4 sièges 35,52% 3 sièges

U.N.I. 14,67% 2 sièges 21,71% 2 sièges

C.E.L.F. 9,15% 1 siège 10,52% 1 siège

Défense des Etudiants 18,89% 2 sièges 11,84% 1 siège

C’est sur la base de ces résultats que seront nommés les étudiants au Conseil Supérieur de l’Education (1 U.N.E.F. I.D., 1 U.N.E.F. S.E., 1 Défense des Etudiants) et à l’Observatoire de la Vie Etudiante (4 U.N.E.F. I.D., 2 U.N.E.F. S.E., 1 U.N.I., 1 C.E.L.F., 2 Défense des Etudiants).

Défense des Etudiants, d’étiquette électorale, se transforme pour répondre à la loi d’orientation de 1989, en centre de formation des élus.

Parallèlement on assiste à la création de la F.A.G.E. (Fédération des Associations Générales d’Etudiants) à Lille puis à Paris à la fin de 1989. Son objectif est de fédérer, à partir des associations de villes, un maximum d’associations étudiantes. Son premier Président est Jean-François Leconte de l’A.F.G.E.S..

Rapidement il faut faire collaborer association de villes et mono-disciplinaires c’est la structuration de la F.A.G.E. en F.A.G.E.M. : Fédération des Associations Générales d’Etudiants et Mono-disciplinaires dès mai 1991. C’est sous cette bannière que les associations se présenteront aux élections du C.A. du C.N.O.U.S.

1991 C.N.E.S.E.R. C.N.O.U.S.

U.N.E.F. S.E. 18,05% 2 sièges 25,97% 2 sièges

U.N.E.F. I.D. 32,05% 4 sièges 26,62% 2 sièges

U.N.I. 18,14% 2 sièges 22,72% 2 sièges

C.E.L.F. 4,42% 1 siège 3,24%

Défense des Etudiants/ F.A.G.E.M. 20,81% 2 sièges 21,42% 2 sièges

C.N.E.F. 3,77%

G.A.M.M.A. 2,76%

C’est la réponse apportée par les associations à la nouvelle loi d’orientation qui consacre « une représentativité nationale » des organisations étudiantes ayant des élus au C.N.E.S.E.R. et/ou au C.N.O.U.S.

 

3) La reprise de contrôle des associations étudiantes a-politiques :

Au mois de Juin 1991 le gouvernement présente un projet dit « de rénovation pédagogique du 1er cycle des études universitaires ». Plusieurs rédactions seront présentées par amendements de la Conférence des Présidents d’universités, du C.N.E.S.E.R. L’U.N.E.F. ne mobilisera les étudiants qu’à l’approche des élections régionales du mois de mars 1992. Le bureau national de l’U.N.E.F.-I.D. ardent défenseur du projet gouvernemental, ne pourra qu’emboîter le pas de l’U.N.E.F. sous peine d’éclater, poussé par la base. La F.A.G.E.M. déposera des contre-projets au texte qu’elle ne trouve pas globalement négatif. Le mouvement se calmera après que Lionel Jospin ait fait imprimer et distribuer le projet aux étudiants par les associations étudiantes et que Jack Lang l’ait remplacé au ministère de l’éducation nationale après l’échec de la gauche aux élections régionales.

La publication du 2ème rapport de l’Observatoire de la Vie Etudiante sur le budget de l’étudiant fera couler beaucoup d’encre, un rapport critique du CREDOC apaisera la situation. La nomination de Christophe Borgel, ancien président de l’U.N.E.F.-I.D., à la présidence de l’O.V.E. avant les élections législatives de mars 1993 apparaît comme très politique et jette un dernier discrédit sur cet organisme. La nomination des représentants étudiants à l’O.V.E. fait perdre au C.E.L.F. sa place (4 U.N.E.F.-I.D., 2 U.N.E.F., 2 U.N.I. et 2 Défense des Etudiants-F.A.G.E.).

En mars 1993 les élections législatives ramènent au pouvoir une majorité UDF-RPR. Il y a création d’un ministère de l’enseignement supérieur. Les élections des représentants étudiants au C.N.E.S.E.R. et au CA des C.R.O.U.S. et du C.N.O.U.S. sont ajournées.

En Janvier 1994 les Associations Etudiantes membres de la F.A.G.E. deviennent la 1ère force étudiante dans les CA des C.R.O.U.S.. Le renouvellement des administrateurs étudiants au CA du C.N.O.U.S. et au C.N.E.S.E.R. sont programmées pour avril-mai 1994. Ces élections vont voir l’effondrement du C.E.L.F. (qui n’est plus représentatif au sens de la loi du 10/07/89), le recul de l’U.N.I., le tassement des 2 U.N.E.F. et la prise de pouvoir de la F.A.G.E. et des associations mono-disciplinaires rénovées. Le Front National au travers du Renouveau Etudiant ne s’implante pas dans l’université française, les mouvements confessionnels (U.E.J.F. et U.I.S.E.F.) restent très marginaux.

Juin 1994, voit les élections au C.N.E.S.E.R. confirmer ces tendances. La liste  » Associations Etudiantes  » soutenue par la F.A.G.E. et une grande majorité des associations mono-disciplinaires (A.N.E.M.F., U.N.E.C.D., A.F.N.E.U.Sciences, U.N.E.A.E.S., F.N.E.Géographie, F.F.A.E.Histoire, F.N.E E.P.S S.T.A.P.S) est première et obtient 3 élus. Les listes de l’U.N.E.F.-I.D., l’U.N.I., L’U.N.E.F.-S.E. en obtiennent 2. La liste Promotion et Défense des Etudiants (soutenue par l’A.N.E.P.F., U.N.E.D.E.S.E.P. et la F.N.E.Biologie) en obtient 1.

Pour la première fois depuis 1971, une U.N.E.F. n’est plus en tête, et une liste associative indépendante arrive en première position.

Le bon score de la liste A.E. permet à ses élus d’être présents en section permanente du C.N.E.S.E.R. ; organe essentiel qui examine tous les projets de décrets et d’arrêtés ministériels relatifs à l’Enseignement Supérieur ainsi que les habilitations de diplômes, tandis que le C.N.E.S.E.R. plénier ne se réunit que rarement. Les associations indépendantes n’étaient plus représentées dans la section permanente depuis 1983 !

Les deux U.N.E.F. se tassent et, surtout, l’U.N.E.F.-I.D. perd sa première place.

A la rentrée 1994, toutes les organisations étudiantes représentatives(à l’exception de l’U.N.E.F.) créent avec l’ensemble des mutuelles étudiantes, l’A.F.I.J. (Association pour Favoriser l’Insertion professionnelle des Jeunes diplômés), dont le but est d’aider par des formations, les jeunes diplômés à entrer rapidement dans le monde du travail. Cette fondation est aidée financièrement par le Gouvernement suite au  » questionnaire jeunes  » du Premier Ministre Balladur. Celui-ci inclut la création de l’A.F.I.J. dans les réponses apportées aux attentes des  » jeunes « .

Au Congrès de l’U.N.E.F.-I.D. de Décembre 1994, la majorité (rocardienne) en place de Philippe Campinchi est renversée au profit de celle (Gauche Socialiste, proche de Jean-Christophe Cambadélis et Julien Dray)emmenée par Pouria Amirshahi. La majorité sortante, au vu des résultats des élections nationales de Juin 1994, présente un texte dit  » pour une Confédération de la Jeunesse Scolarisée  » qui se veut fédérateur et ouvert. Il s’agit alors d’une proposition ouverte de prise en compte des associations étudiantes indépendantes ( » La Confédération peut être le moyen d’une réunification acceptable par tous parce que nous refondrions ensemble les deux U.N.E.F., les associations-corpos, les bureaux d’étudiants en une nouvelle organisation syndicale : la Confédération de la Jeunesse Scolarisée « ), d’une réorientation de l’U.N.E.F.-I.D. vers les activités de services et une réelle indépendance politique ( » l’U.N.E.F.-I.D. est devenue petit à petit l’union des étudiants socialistes  » dit le texte). Ce texte sera refusé par les congressistes qui lui préféreront celui plus orienté de la tendance  » Avenir Syndical  » qui milite pour  » une syndicat capable d’affronter les années à venir de manière unie et combative « .

Après le Congrès qui élira Pouria Amirshahi à la tête du syndicat, Philippe Campinchi et ses anciens colistiers fondent avec la Ligue de l’Enseignement et la Fédération de Œuvres Laïques, Anima’Fac.

En mars-avril 1995 ont lieu des manifestations au moment du vote du budget de l’Education Nationale. Le mouvement naît dans des collectifs indépendants (Rouen par exemple) mais sera bientôt plus ou moins repris par les U.N.E.F. Les manifestants demandent une augmentation de la dotation par le Ministère de leurs établissements (ils sont d’ailleurs souvent suivis par leurs Professeurs et Présidents d’Université).

Pendant la campagne Présidentielle de 1995, l’U.N.I. fera ouvertement campagne pour Jacques Chirac.

En mars 1996 ont lieu les élections dans les C.R.O.U.S. suivies en mai par celles au C.N.O.U.S. :

Elections C.N.O.U.S. mai 1996 :

U.N.E.F.-I.D. : 63 voix (36.2 %) 3 sièges

A.E. : 56 voix (32.2 %) 3 sièges

U.N.E.F. : 30 voix (17.2 %) 1 siège

U.N.I. : 25 voix (14.4 %) 1 siège

A.E. regroupe la F.A.G.E., et un certain nombre de mono-disciplinaires (A.F.N.E.U.S., U.N.E.C.D., U.N.A.E.S., F.F.A.E.H., F.N.E.G.,…). P.D.E. (F.N.E.B., U.N.E.D.E.S.E.P, A.N.E.P.F., A.N.E.M.F.-pour un an) n’a pas présenté de liste, car la F.N.E.B. et l’A.N.E.P.F. ont jugé que ce n’était pas le rôle des associations mono-disciplinaires que de siéger au C.N.O.U.S.. Ceci permet un très bon résultat de la liste associative, et rend compte du potentiel des indépendants vis à vis des syndicats. L’U.N.I. s’effondre et l’U.N.E.F. perd également un siège.

En juillet suivant ont lieu les élections au C.N.E.S.E.R. :

Elections CNESER juillet 1996 :

U.N.E.F.-I.D. : 464 voix (29.5 %) 4 sièges

A.E. : 430 voix (27.3 %) 3 sièges

U.N.E.F : 266 voix (16.9 %) 2 sièges

U.N.I. : 227 voix (14.4 %) 1 siège

P.D.E : 186 voix (11.8 %) 1 siège

Les élections au C.N.E.S.E.R. confirment la tendance de bipolarisation des organisations étudiantes autour de l’U.N.E.F.-I.D., qui retrouve sa place de première organisation étudiante, et des associatifs indépendants (F.A.G.E./A.E.). Deux ans auparavant, il y avait déjà 30 voix de différence entre les deux principales organisations, mais dans l’autre sens. Celles-ci restent donc stables. L’U.N.E.F. et l’U.N.I. perdent autant en représentativité qu’au C.N.O.U.S.. La présence d’une liste P.D.E. est due à la perdurance d’une hostilité entre ses dirigeants et ceux d’A.E.. Des tentatives sont menées pour un rapprochement, mais elles échoueront. La division s’installe, au grand dam de la logique de défense des étudiants par des associations pourtant membres parfois d’une fédération de ville membre de la F.A.G.E. et d’une mono-disciplinaire membre de P.D.E., entraînant des situations absurdes dans certaines villes.

Juin 1999

 


 

ANNEXE 1

LA CHARTE DE GRENOBLE

« Les représentants des étudiants français, légalement réunis en Congrès National à GRENOBLE le 24 Avril 1946, conscients de la valeur historique de l’époque où l’Union Française élabore la nouvelle déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ; où s’édifie le statut pacifique des Nations ; où le monde du travail et de la jeunesse dégage les bases d’une révolution économique et sociale au service de l’Homme ; Affirmant leur volonté de participer à l’effort unanime de reconstruction ; Fidèles aux buts traditionnels poursuivis pour la Jeunesse étudiantes française lorsqu’elle était à la plus haute conscience de sa mission ; Fidèles à l’exemple des meilleurs d’entre eux, morts dans la lutte du peuple français pour sa liberté ; Constatant le caractère périmé des institutions qui les régissent ; Déclarent vouloir se placer, comme ils l’ont fait si souvent au cours de notre histoire, en définissant librement comme base de leurs tâches et de leurs revendications, les principes suivants :

ARTICLE 1 :

L’ETUDIANT EST UN JEUNE TRAVAILLEUR INTELLECTUEL

Droits et Devoirs de l’étudiant en tant que jeune.

ARTICLE 2 :

En tant que jeune, l’étudiant à droit à une prévoyance sociale particulière dans les domaines physiques, intellectuel et moral.

ARTICLE 3 :

En tant que jeune, l’étudiant a le devoir de s’intégrer à l’ensemble de la Jeunesse Nationale et Mondiale.

Droit et Devoirs de l’étudiant en tant que travailleur.

ARTICLE 4 :

En tant que travailleur, l’étudiant a le droit au travail et au repos dans les meilleures conditions et dans l’indépendance matérielle, tant personnelle que sociale, garantie par le libre exercice des droits syndicaux.

ARTICLE 5 :

En tant que travailleur, l’étudiant a le droit d’acquérir la meilleure compétence technique.

Droit et Devoir de l’étudiant en tant qu’intellectuel.

ARTICLE 6 :

En tant qu’intellectuel, l’étudiant a le droit à la recherche de la vérité, et à la liberté qui en est la condition première.

ARTICLE 7 :

En tant qu’intellectuel, l’étudiant à le devoir :

– de rechercher, propager et de défendre la Vérité, ce qui implique le devoir de faire partager et progresser la culture et de dégager le sens de l’histoire

– de défendre la liberté contre toute oppression, ce qui, pour l’intellectuel constitue la mission la plus sacrée. »

ABBREVIATIONS

A.F.G.E.S. : Association Fédérative Générale des Etudiants de Strasbourg

A.F.N.E.U.S. : Association Fédérative Nationale des Etudiants Universitaires Scientifiques

A.G.E. : Association Générale des Etudiants (fédération de ville)

A.M.R.U. : Alliance des Mouvements Réformistes Universitaires

A.N.E.F. : Association Nationale des Etudiants de France

A.N.E.M.F. : Association Nationale des Etudiants en Médecine de France

A.N.E.P.F. : Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France

C.E.L.F. : Cercle des Etudiants Libéraux de France

C.L.E.F : Comité de Liaison des Etudiants de France

C.L.E.R.U. : Comité de Liaison de Etudiants pour la Réforme Universitaire

C.N.E.F. : Confédération Nationale des Etudiants de France

C.N.E.L.I.A. : Confédération Nationale des ELus Indépendants Associatifs

C.O.S.E.F. :

F.A.G.E. : Fédération des Associations Générales Etudiantes

F.A.G.E.M. : Fédération des Associations Générales Etudiantes et Mono-disciplinaires

F.E.S.L.V. : Fédération des Etudiants du Secteur Lille-Vauban

F.F.A.E.H. : Fédération Française des Associations d’Etudiants en Histoire

F.N.E.F. : Fédération Nationale des Etudiants de France

F.N.E.G. : Fédération Nationale des Etudiants Géographes

G.E.R.M.E. : Groupement d’Etude et de Recherche sur les Mouvements Etudiants

M.A.R.C. : Mouvement d’Action pour la Recherche Critique

M.A.S. : Mouvement d’Action Syndicale

P.S.A. : Pour un Syndicalisme Autogestionnaire

P.D.E. : Promotion et Défense des Etudiants

R.E. : Renouveau Etudiant

S.E.L.F. : Syndicat des Etudiants Libéraux de France

U.N.A.G.E.F. : Union Nationale des Associations Générales d’Etudiants de France (dite U.N.E.F.)

U.N.E.C.D. : Union Nationale des Etudiants en Chirurgie Dentaire

U.N.E.D.E.S.E.P. : Union Nationale des Etudiants en Droit Eco Sciences Po

U.N.E.A.E.S. : Union Nationale des Etudiants en AES

U.N.E.F. : Union Nationale des Etudiants de France

U.N.E.F.-i.d. : Union Nationale des Etudiants de France indépendante et démocratique

U.N.E.F.-u.s. : Union Nationale des Etudiants de France unité syndicale

U.N.E.F.-re. : Union Nationale des Etudiants de France renouveau

U.N.E.F.-s.e. : Union Nationale des Etudiants de France solidarité étudiante

U.N.I : Union Nationale Interuniversitaire

U.P.O.E. : Union Patriotique des Organisations Etudiantes

ADRESSES

F.A.G.E.

Fédération des Associations Générales Etudiantes

11, rue des petites écuries

75010 PARIS

01.53.34.93.93

fax : 01.53.34.93.99

www.fage.asso.fr

fage@club-internet.fr

 

C.N.E.L.I.A.

Confédération Nationale des Elus Indépendants Associatifs

11, rue des petites écuries

75010 PARIS

01.53.34.18.50

fax : 01.53.34.93.99

cnelia@wanadoo.fr

 

G.E.R.M.E.

Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Mouvements Etudiants

42, rue Faidherbe

75011 PARIS

fax : 01.44.93.07.32

www.ateliernet.org/germe

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